30 novembre 2025

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Eurydice somnolait sur le canapé des Lupin lorsque la porte d'entrée s'ouvrit. Le petit Fergus dormait sur son ventre profitant de la chaleur humaine. Andromeda lui avait répété plusieurs fois qu'il était important pour l'enfant dans ses premiers jours d'avoir des contacts humains. Eurydice le prit dans ses bras tandis qu'elle se redressait. Elle entendait le rire de Victoire tandis que Ted l'aidait à passer la porte. Louis se leva pour aller à leur rencontre. Eurydice le suivit serrant contre sa poitrine le nourrisson. Le rire de Victoire mourut dans sa gorge lorsqu'elle la vit et ses yeux se durcirent.

— Qu'est-ce qu'elle fait là ? questionna-t-elle d'une voix dure.

— Eurydice s'est occupée de la petite quand nous étions pas là tout comme ma grand-mère et tes parents, expliqua Ted.

Victoire se dirigea d'un pas rapide et déclara d'une voix ferme :

— Donne-moi mon fils !

Bien que n'aimant le ton sur lequel Victoire lui avait parlé, Eurydice préféra ne pas relever et entreprit de déposer délicatement Fergus dans ses bras.

— Fais attention à bien tenir sa tête, lui conseilla-t-elle doucement.

— Je sais comment tenir mon enfant, cracha Victoire.

— J'ai jamais dit que tu ne savais pas.

— Teddy, je suis fatiguée. J'aimerais aller m'allonger, déclara-t-elle.

— On va vous laisser alors, déclara Louis.

Il embrassa sa sœur, le petit puis salua Ted avant d'attraper sa veste accrochée au porte-manteaux. Eurydice osa à peine déposer un baiser sur le front de Fergus alors que la mère de ce dernier lui lançait un regard mauvais. Elle se tourna ensuite vers son meilleur ami qui l'enlaça et en profita pour lui murmurer à l'oreille :

— Merci pour tout Di et désolée pour Victoire.

— C'est pas grave. Prenez soin de vous ! chuchota-t-elle.

Elle l'embrassa sur la joue avant de récupérer son manteau et de quitter la maison à la suite de son fiancé. Le couple transplana directement dans leur appartement.

— Ta sœur n'a pas l'air d'aller très bien, dit-elle.

— Comment voudrais-tu qu'elle aille après ce qu'elle a vécu ? se contenta de répondre Louis. Tu devrais aller te changer. Il est bientôt midi.

Eurydice se dirigea vers leur chambre sans réussir à s'enlever de l'esprit les regards mauvais et le ton agressif de Victoire. Quelque chose n'allait dans son comportement. La jeune femme comprenait parfaitement qu'elle ait vécu des choses difficiles mais elle avait l'impression que son séjour à Sainte Mangouste avait rendu Victoire encore plus haineuse à son égard.

La jeune femme entreprit d'enfiler des vêtements un peu plus habillés avant de se maquiller. Le couple avait été invité à un déjeuner en compagnie d'Albus et Alexander. Elle retrouva Louis dans le hall déjà prêt, enfila ses escarpins et mit son manteau avant de transplaner à sa suite. Eurydice écarquilla les yeux en voyant Alexander mais aussi ses parents et son plus jeune frère. La vérité la frappa alors brutalement. Son frère allait faire son coming-out.

— Salut vous deux ! s'exclama Alexander en venant les saluer.

— On est les derniers ? questionna-t-elle ne pouvant s'empêcher de rire nerveusement.

— En effet. Allez-vous installer !

— Albus et toi vivez en colocation ? interrogea Marcus naïvement.

Eurydice jeta un coup d'œil à sa mère. Cette dernière, assise près de son époux, écoutait la conversation le visage fermé. En la voyant ainsi, la jeune femme sut qu'elle avait deviné ce qu'il se passait. Alexander s'installa en face de ses parents Albus à côté de lui.

— En quelque sorte oui, Papa

— En quelque sorte ? s'étonna Marcus. Comment tu peux être en quelque sorte en colocation avec quelqu'un ? Tu l'es ou tu l'es pas, c'est aussi simple que ça.

— Albus ne sommes pas seulement des colocataires.

— Oui, on le sait tous vous êtes des collègues et des amis avant toute chose, répliqua Marcus.

— Pas vraiment non Papa.

Eurydice vit que son père perdait son sourire amusé. L'expression sérieuse, qu'il affichait, donnait à son visage une impression d'agressivité. La cicatrice qui traversait le côté gauche de son visage n'arrangeait rien à cela.

— Qu'est-ce que t'essayes de nous dire par là, fils ?

— Albus n'est pas seulement mon collègue, c'est aussi mon petit ami.

La bombe était lancée. Comme à son habitude dans ce genre de situation, leur mère n'eut pour ainsi dire aucune réaction. Eurydice avait toujours été impressionné par sa maîtrise du masque Malefoy alors qu'elle n'avait pas élevé dans cette famille. Sans doute, les gênes n'étaient pas étrangers à cela. En voyant son père, Eurydice crut dans un premier temps que cette révélation n'allait pas se passer aussi mal qu'elle l'avait pensé mais la jeune femme vit son visage changer de couleur et se crisper.

— Ce cake est extrêmement bon. C'est vous qui l'avez fait Albus ? questionna Avalon.

Tous les regards, sauf celui de Marcus, se tournèrent vers elle puis vers Albus qui répondit par l'affirmatif.

— Pourriez-vous me donner la recette ?

La main de son mari frappa violemment la table faisant sursauter la plupart des personnes présentes. L'homme se leva de manière tout aussi rapide et brusque.

— Je peux savoir où tu vas, chéri ? demanda son épouse d'une voix doucereuse.

Au fil des années, Eurydice avait appris à se méfier de sa mère lorsqu'elle utilisait ce ton. En général, cela présageait la venue d'un orage de colère.

— Je vais prendre l'air. J'étouffe ici, rétorqua Marcus.

— A dans une demi-heure, mon chéri, lui dit-elle.

— Ouais, c'est ça, répliqua-t-il avant de transplaner.

Un silence gênant s'installa pendant plusieurs minutes avant qu'Avalon Flint ne le brise :

— Ne vous en faites pas, il s'en remettra ! Bon, je reprendrai bien un verre moi.

Albus s'empressa de service un verre d'hydromel à sa belle-mère. Cette dernière le remercia en souriant.

— Et sinon, vous êtes ensemble depuis combien de temps ? interrogea Jonas timidement.

— Neuf mois, commença Alexander.

— Et demi, ajouta Albus en souriant.

— Au moins, vous, vous n'avez pas attendu deux ans pour l'annoncer, remarqua-t-il, n'est-ce pas Di ?

— Je plaide coupable, déclara-t-elle en levant les mains en l'air. On va nous le reprocher encore longtemps ?

— Je te taquine juste. Enfin, on a une cougar, un gay, il manque plus que le play-boy, plaisanta Jonas en souriant.

— Et ce serait toi le play-boy ? questionna Eurydice amusée.

— Qui d'autre ? demanda Jonas en remonta le col de sa chemise.

Eurydice ne put s'empêcher de rire en le voyant faire son numéro de lover.

— Oh non, je t'en prie pas ça. C'est extrêmement laid, intervint sa mère en se penchant pour lui remettre son col correctement. Ton père avait la sale manie de faire pareil lorsque nous étions à Poudlard.

— Personnellement, je pensais plus à la cougar, au gay et au vieux garçon, déclara Alexander attendant la réaction de son frère. Tu en penses quoi Di ?

— Je vote pour.

— Mais être vieux garçon ne m'empêche pas d'être un play-boy, n'est ce pas ? N'est-ce pas ? Dommage ! s'exclama Jonas avant d'éclater de rire. Tu crois qu'il va revenir bientôt ?

— Il va revenir, assura Mrs Flint.

A peine, eut-elle fini sa phrase qu'un craquement sonore retentissait dans l'appartement. Marcus passa devant eux sans les regarder et s'installa à sa place près de sa femme.

— C'est sérieux entre vous ? demanda-t-il.

— Oui Papa.

Il hocha la tête plusieurs fois de suite. Eurydice devina qu'il réfléchissait à la situation.

— Très bien, finit-il par dire avant de boire d'une traite son verre d'hydromel. On finira par s'y faire. Hein, mon amour ? lâcha-t-il en se tournant vers son épouse.

Eurydice ne put s'empêcher de souffler de soulagement. Son père ne l'avait finalement pas pris aussi mal qu'elle le pensait. Bien sûr, il lui faudrait des mois voire peut-être quelques années avant de s'y faire entièrement mais sa réaction n'avait pas été aussi affreuse qu'elle l'avait imaginée. Marcus était une personne extrêmement colérique et impulsive, et il n'était pas toujours facile pour lui de rester calme. La promenade était une façon pour lui de réfléchir sans s'énerver sur les personnes autour de lui et dire des choses qu'il pourrait regretter dans l'avenir. Lorsqu'il sentait monter la pression, au lieu de hurler sur tout le monde, l'homme sortait se balader et revenait lorsqu'il avait les pensées plus claires.

Elle jeta un coup d'œil à son frère qui lui aussi semblait rassurer par la réaction de leur père. Le reste du repas se passa dans une ambiance timide mais bien plus agréable. Jonas continua de faire des blagues espérant détendre l'atmosphère. Eurydice quitta le domicile de son frère soulagée.

L'homosexualité était taboue dans la communauté sorcière plutôt traditionaliste. Peu de personnes connues étaient ouvertement homosexuel. Le seul qu'elle connaissait était un chanteur de variété sorcière du nom de Thomas Baker. Un autre personnage connu, dont l'orientation sexuelle avait souvent fait débats, était le professeur Dumbledore. Certains disaient que l'homme avait eu, dans sa jeunesses, une liaison avec le mage noir Grindelwald.

— Ça ne s'est pas si mal passé que ça, remarqua Eurydice.

Bras dessus bras dessous, le couple marchait vers leur domicile. Bien que la température ait chuté ces dernière jour, le soleil régnait en maître sans partage dans le ciel. Les deux jeunes gens avaient donc décidé de transplaner à quelques rues de leur appartement et de profiter du beau temps.

— En effet. Ton père a une manière bien à lui de digérer ce genre de nouvelles, plaisanta Louis.

— La légende familiale raconte, qu'un jour, ma mère excédée par ses excès de colère lui a dit d'aller faire un tour pour se calmer ce qui fonctionna étrangement bien. Depuis ce jour, mon père utilise cette méthode dès qu'il sent qu'il est sur le point de dire ou faire quelque chose qu'il pourrait regretter, expliqua-t-elle utilisant le ton des conteurs. Au fait, je voulais te demander. Tu as eu des nouvelles des investisseurs français qui veulent racheter des actions de la société de Drago et de ma mère ?

— Rien pour le moment. C'est toujours en négociation, d'après ce que j'ai entendu. Mais pourquoi tu ne demandes pas à ta mère ?

— Elle m'a dit qu'elle ne voulait pas m'ennuyer avec ce genre de choses. Je crois qu'elle a un peu de mal à considérer le fait que l'entreprise Malefoy est importante pour moi. Tu crois que le gouvernement va laisser faire ?

— Je ne sais pas. D'après ce que j'ai entendu, personne n'a envie qu'un des fleurons de notre pays passe aux mains de l'ennemi français.

Le jeune homme déclara les derniers mots de sa phrase sous le ton de la plaisanterie.

— Hey Louis ! s'exclama une voix féminine non loin.

Eurydice se tourna vers sa propriétaire et constata qu'elle ne la connaissait pas. Il s'agissait d'une jeune fille entre seize et dix-huit ans, aux longs cheveux bruns et lisses et aux yeux d'un noir profond.

— Oh salut Danielle, répliqua-t-il.

Danielle ? C'était elle Danielle ? Depuis environ deux mois, Louis donnait des cours de Français deux fois par semaine à une jeune fille du quartier. La jeune fille tourna son visage vers Eurydice et la regarda de haut en bas de manière peu discrète.

— C'est ta sœur ? questionna-t-elle le plus naturellement du monde.

— Non, ma fiancée, répondit Louis en souriant.

— Ah, souffla-t-elle visiblement surprise.

Louis et Eurydice avaient six ans d'écart et la jeune femme savait que leur différence d'âge se voyait malgré ses efforts pour paraître plus jeune.

— On est au pub d'en face avec des amis. Ça vous dit de boire un coup avec nous ? proposa-t-elle.

Louis jeta un coup d'œil dans la direction de sa fiancée qui hocha la tête en souriant.

— Ouais, allons-y !

Louis posa sa main dans le creux des reins d'Eurydice alors qu'ils se dirigeaient vers l'établissement. Ils y pénétrèrent à la suite de Danielle. Une bande de jeunes entre dix-sept et vingt-et-un ans était installé près de la vitre et relevèrent leur visage vers eux.

— Les gars. Louis et sa fiancée Eurydice. Louis et Eurydice, les gars, les présenta Danielle avant de s'asseoir.

Toutes les personnes présentes les saluèrent joyeusement tandis qu'Eurydice se trouvait une place entre un grand garçon au look métalleux et une jeune fille aux cheveux courts et roses.

— Tu veux ? questionna Louis à son oreille.

— Une Guinness, s'il te plaît.

Louis hocha la tête avant de se diriger vers le bar.

— Alors comme ça c'est toi la fiancée de Louis, remarqua Danielle.

— En effet.

— Je ne t'imaginais pas comme ça, avoua la jeune fille en souriant.

— Ah ! Et tu m'imaginais comment ?

— Blonde. Ne me demande pas pourquoi ! J'en ai pas la moindre idée moi-même.

— Ah bah non, je suis tout ce qu'il y a de plus brune, répliqua Eurydice en souriant.

— Et voilà pour toi, déclara Louis en posant sa pinte devant elle.

La jeune femme lui sourit en le remerciant tandis qu'il attrapait un tabouret pour s'asseoir de l'autre côté du métalleux.

— Et donc tu fais quoi comme études ? questionna Danielle.

— Je ne suis pas étudiante. Je travaille en tant que journaliste sportif, répondit-elle. Et toi ?

— Je suis encore au lycée.

La conversation se poursuivit. Bien que gênée au début, Eurydice finit par participer à une discussion entre la fille à sa droite qui lui dit s'appeler Tamara et un garçon, dont elle ne se souvenait pas le nom, sur les professeurs.

— Mes potes et moi, on aimait bien faire tourner les profs en bourrique, expliqua-t-elle quand ce fut à elle de raconter une anecdote. Je me rappelle d'une fois en cours de chimie. Nikolaï s'est trompé d'ingrédient et a fait explosé sa préparation. Résultat, comme j'étais sa partenaire, on s'est retrouvé tous les deux couverts de la tête aux pieds d'une substance visqueux. Bien sûr, direction l'infirmerie.

— Tu me l'avais jamais racontée celle-là, remarqua Louis.

— C'est possible. En même temps, Nikolaï était un sacré numéro.

— Je vois pas de quoi tu parles, déclara une voix dans son dos.

Eurydice tourna son visage vers le nouveau venu et fut extrêmement surprise de découvrir son meilleur ami.

— Bonjour à tous, dit-il poliment.

— Nikolaï. Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Eurydice en se levant.

— Je te… Enfin, je vous cherchais tous les deux. Victoire a été admise à Sainte Mangouste.

— Victoire ? commença Eurydice. Mais ce matin, elle allait bien.

Eurydice entendit Louis s'excuser auprès de Danielle tandis qu'elle-même les saluait avant de suivre Nikolaï en-dehors du pub.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? interrogea Louis visiblement inquiet.

— J'en sais rien. Comme Mr Weasley n'arrivait pas à vous contacter. Il m'a demandé de venir vous chercher. Je suis allé à votre appartement, j'ai sonné mais il n'y avait personne et en sortant de l'immeuble, je vous ai vus dans ce pub.

— Tu dis qu'elle est à Sainte Mangouste ? Et Fergus ? questionna Eurydice.

— Chez ses parents avec Mrs Tonks.

Sans attendre un instant, les jeunes gens montèrent à leur appartement pour pouvoir transplaner tranquillement. Après avoir demandé à l'accueil où avait été emmenée Victoire, ils retrouvèrent Ted ainsi que les parents de Victoire devant la salle où elle était traitée.

Eurydice accéléra le pas en voyant son meilleur ami, assis sur un banc en bois, le regard dans le vide. Elle s'installa à côté de lui et passa son bras autour de ses épaules. Ted se laissa aller contre son épaule. Elle était là pour lui et serait toujours à ses côtés.