Carrymaxwell : Comment ça, 'drooooogue' ? Comment je fais pour trouver des perles pareilles ? Je lis des tas de fics, en anglais effectivement. Merci de l'offre, mais je ne pratique pas le pokémon.

Désolée, le chapitre arrive tard, vacances en famille oblige !

Ririte : En tout cas Bofur et Bombur n'ont pas tout dit à Fili, ce qui peut se comprendre. Pour Tristan, tu verras plus tard et pour les tests du médecin... Tu vas savoir ça tout de suite !

HippiqueAndYDeaLD : Moi aussi il m'est arrivé de rire pendant ces chapitres, ne t'inquiète pas ! Effectivement je n'ai pas indiqué les infos sur mon profil, je vais arranger ça de ce pas !

Note : Licence artistique dans ce chapitre en ce qui concerne les procédures médicales.

Chapitre 8 :

Ce fut seulement quand ils furent assis dans la voiture que Fili réalisa, qu'avec toutes les allées et venues et les entretiens et les conversations graves, il avait à peine parlé à Kili depuis qu'ils avaient regardé des vidéos de suricates. Le pauvre gosse avait été harcelé par du monde toute la matinée, sans parler du drame de la nuit dernière, et il avait l'air pâle et en quelque sorte rétréci, enfoncé dans le siège passager en regardant par la fenêtre avec ses yeux rouges.

« Hé, dit Fili. Donc tu vas rester avec nous, alors. Cool, hein ? »

Kili le regarda en biais.

« Ouais, dit-il. »

Il n'avait pas l'air particulièrement enthousiaste, ce qui était assez bizarre, pensa Fili. Bombur avait dit qu'il voulait vraiment rester avec eux, mais il était là, à avoir l'air de s'en moquer.

« Dure matinée, cela dit, dit Fili en tournant à gauche sur la route principale. Bofur est un sacré numéro, pas vrai ?

- Ouais, marmonna Kili.

- Je me demande où il a trouvé ce chapeau, dit Fili. On dirait qu'il a été assemblé par un groupe de singes aveugles. »

Il sourit, jetant un regard à Kili, mais Kili ne fit que s'enfoncer davantage dans son siège.

« Ouais, répéta-t-il. »

Fili haussa les sourcils. OK, apparemment, Kili n'était pas d'humeur bavarde. Enfin, le gamin avait bavardé toute la matinée, donc il n'y avait pas de vraie surprise. Le silence était bien. Fili pouvait gérer le silence.

Et quel silence. Fili essaya encore une ou deux fois de relancer la conversation, mais Kili resta monosyllabique, et au final Fili renonça, et se concentra sur la conduite. Le temps qu'ils se garent sur le parking de l'hôpital Addenbrooke's, il avait à moitié oublié que Kili était dans la voiture.

« OK, allons-y, dit Fili. On n'est pas en retard, après tout. »

Il sortit de la voiture et, quand Kili resta juste assis là, il se pencha en avant.

« Hé, il y a un problème ? dit-il. C'est ici l'hôpital. Viens. »

Kili défit maladroitement sa ceinture et tomba à moitié de la voiture. Fili roula des yeux et verrouilla, puis commença à se diriger vers l'entrée. Au bout d'une seconde, cependant, il réalisa que Kili n'était pas avec lui.

« Euh, dit Fili. »

Il se retourna. Kili était encore debout près de la voiture, agrippant le rétroviseur d'une main. Il fixait l'hôpital, et avait presque l'air d'être en transe.

« Hé, appela Fili. Tu viens ? Ils ne peuvent pas faire les tests ici, tu sais. »

Kili cligna des yeux et sembla sortir de – quoi que ça soit.

« Oh, dit-il. Ouais. »

Et il s'empressa de rattraper Fili.

À l'intérieur, Fili demanda à la réception où ils étaient censés aller. Il était déjà venu à Addys – quand sa mère était morte – mais c'était des siècles plus tôt, et cet endroit était un vrai labyrinthe. Il ne fut pas aidé par le fait que dès qu'ils eurent passé l'entrée, Kili commença à marcher à un rythme glacial, si bien que Fili – se dépêchant pour arriver à l'heure – ne cessait de se retourner pour voir qu'il était à des kilomètres en arrière, traînant pour aucune raison apparente. La troisième fois que cela arriva, Fili sentit une poussée d'irritation et revint vers lui à grands pas.

« Hé, dit-il. C'est ton rendez-vous, tu sais. Je ne peux pas y aller sans toi. Alors quel est le problème, au juste ? »

Kili enfouit ses mains dans ses poches et rentra la tête dans les épaules.

« Désolé, dit-il. Il n'y a pas de problème. Je ne voulais pas nous mettre en retard.

- On n'est pas en retard, dit Fili. Pas encore. Viens. »

Il pressa Kili dans le couloir jusqu'à une petite salle d'attente avec des sièges en plastique et des magazines à l'air ennuyeux. Dieu merci il avait amené un livre. Il n'avait aucune idée du temps que prendraient les tests de Kili, mais il y avait une heure avant le rendez-vous avec le psy, et ensuite celui-là durerait probablement une heure aussi. Tout l'après-midi assis dans des salles d'attente. Ouaip, Fili menait une vie rock'n'roll, pour sûr.

Il ouvrit son livre et commençait juste à s'installer quand Kili gigota à côté de lui.

« Quels tests ils vont faire ? demanda-t-il.

- Hein ? demanda Fili. Oh, juste – tout ? Je ne sais pas. Je veux dire, est-ce que tu as des maladies terribles ? »

Kili secoua la tête. Il tapait du pied, enfoncé dans sa chaise comme dans la voiture, et Fili fronça les sourcils dans sa direction.

« Ce sera, genre – des tests sanguins, et probablement ta taille et ton poids, ce genre de choses, dit-il. Tu sais, un check-up. Et ils te demanderont des trucs. Genre – tes vaccins. Tu as passé tes vaccins ?

- Um, dit Kili avant de fixer le sol un moment. Oui. Ouais, je les ai passés.

- Eh bien, alors, dit Fili. Il n'y a aucune raison de s'inquiéter. »

Il regarda Kili taper du pied, résistant à l'envie de tendre la main pour l'immobiliser.

« Est-ce que tu as peur des aiguilles ?

- Non, dit Kili. Je n'ai pas peur. Je vais bien. »

Mais il se renfonça davantage dans sa chaise et sembla mâcher l'intérieur de sa joue, et Fili se demanda soudain si c'était juste les aiguilles. Il savait que certaines personnes étaient juste bizarres avec les hôpitaux en général, et puisque Kili était bizarre avec la plupart des choses, apparemment, et parce qu'il avait l'air d'aller à son propre enterrement depuis qu'il était monté dans la voiture, eh bien, tout ça faisait du sens.

« Hé, dit Fili, est-ce que tu veux que j'entre avec toi ? Je peux, si tu veux.

- Non, dit rapidement Kili. »

Mais il jeta ensuite un regard à Fili.

« Je veux dire — je ne veux pas causer d'ennuis.

- D'accord, dit Fili. Je peux soit venir avec toi et m'ennuyer, ou m'asseoir ici et m'ennuyer. »

Il haussa les épaules.

« Je veux dire, si tu ne veux pas, ça me va, mais ça m'est égal. »

Kili déglutit, observant Fili du coin de l'œil. Enfin, il baissa de nouveau les yeux vers le sol.

« Ouais, dit-il. OK. Si c'est bon.

- Ça va, dit Fili. »

Et un moment plus tard, une infirmière apparut, appelant le nom de Kili.

« OK, alors, on y va. »

Il suivit Kili dans la salle d'examen – manquant de lui rentrer dedans une ou deux fois, tellement il marchait lentement – et ferma la porte derrière eux. Le docteur était probablement en début de la quarantaine, grisonnant un peu sur les tempes, mais avait l'air amical. Il sourit quand ils entrèrent.

« Ah, vous êtes deux, alors ? dit-il. Et lequel est Kili ? »

Fili attendit, mais Kili ne parla pas, donc il le montra du doigt.

« Celui-là, dit-il. Je suis Fili.

- Juste là en soutien ? demanda le docteur. »

Fili hocha la tête et s'assit, faisant signe à Kili de faire la même chose. Le docteur consulta son écran d'ordinateur un moment, puis se tourna vers Kili.

« Je vois que tu es là pour la totale, dit-il. Et je n'ai pas de dossier pour toi, mais j'ai un mot ici disant que tu as eu un accident de voiture il y a quelque temps. C'est bien ça ?

- Oui, dit Kili. »

Le docteur hocha la tête et tapa quelque chose sur son ordinateur.

« Et c'était il y a combien de temps ?

- Euh. Deux ans, dit Kili.

- Et quelles blessures as-tu reçues ? J'ai cru comprendre que tu étais à l'hôpital pendant un certain temps.

- Je, euh, j'avais – des côtes cassées, dit Kili. Et ensuite j'ai eu la pneumonie. Et ils n'ont pas voulu – ils n'ont pas voulu me laisser partir. »

Il replia ses bras sur lui-même, se recroquevillant dans sa chaise, et Fili commença à penser qu'il comprenait peut-être d'où venait la bizarrerie avec les hôpitaux.

Le docteur marqua une pause dans ce qu'il tapait et posa les mains sur le bureau.

« Eh bien, nous allons certainement te laisser partir aujourd'hui, dit-il. Nous avons juste besoin de savoir certaines choses, c'est tout. »

Sa voix était étrangement apaisante, et Fili décida qu'il avait dû s'entraîner, peut-être même s'enregistrer et s'écouter ensuite. Est-ce que les docteurs faisaient ce genre de choses ? Probablement.

« OK, dit Kili.

- Bien, dit le docteur. Donc, des côtes brisées et une pneumonie – autre chose ? »

Kili secoua la tête.

« Juste des bleus, dit-il.

- Et as-tu eu d'autres hospitalisations ? demanda le docteur. Des maladies infantiles, des blessures, quelque chose comme ça ?

- Non, dit Kili.

- Des maladies chroniques ou des blessures ? demanda le docteur. De l'asthme ?

- Non, dit Kili. Je vais bien. Il n'y a pas de problème avec moi.

- Je suis content de l'entendre, dit le docteur. Juste quelques questions de plus. Y a-t-il des antécédents de cancer ou de diabète dans la famille ?

- Euh, dit Kili. Que – qu'est-ce que ça veut dire ?

- Est-ce que ta famille immédiate a déjà été diagnostiquée avec une forme de cancer ou de diabètes, demanda le docteur.

- Non, je – non, dit Kili.

- Bien, dit le docteur. Eh bien, maintenant, enlève donc tes chaussures et monte sur la balance. »

Ce fut la routine après ça. Le docteur pesa et mesura Kili, vérifia ses oreilles et ses yeux, préleva un peu de sang sur son doigt, et sortit ensuite son stéthoscope.

« Maintenant, si tu veux juste monter sur le lit, ici, dit-il, j'écouterai ta poitrine. J'ai peur que ce soit un peu froid. »

Kili monta sur le lit, et le docteur passa derrière et saisit le bord de son sweat pour le tirer vers le haut. Dès qu'il commença, cependant, Kili bondit soudain en avant et loin du lit, hors de la portée du docteur. Fili, qui avait été entraîné dans une sorte de somnolence ennuyée, s'assit brusquement et les fixa.

« Hé, dit-il. C'est quoi, ça ? »

Kili s'était retourné pour faire face au docteur – qui avait l'air surpris, son stéthoscope encore levé dans une main – et il tirait si fort sur son sweat, que Fili fut surpris qu'il ne le déchire pas.

« Je ne sais pas, dit-il. Qu'est-ce qu'il fait ?

- Il veut écouter ta poitrine, dit Fili. Ils n'ont pas fait ça la dernière fois ? Tu as eu une pneumonie, alors ils ont dû le faire. »

Kili lui jeta un regard paniqué.

« Est-ce que je dois enlever mes vêtements ? demanda-t-il.

- Euh, dit Fili avant de se tourner vers le docteur. Est-ce qu'il est obligé ? »

Le docteur abaissa le stéthoscope.

« Pas du tout, dit-il. Mais je vais devoir glisser le stéthoscope sous tes vêtements pour pouvoir écouter correctement. Je peux le faire sans que tu retires un seul de tes vêtements, si tu préfères. »

Kili regarda Fili.

« Est-ce que ça va ?

- Ouais, pas de problème, tant que le docteur n'est pas contre, dit Fili. »

Il réalisa, cependant, qu'il aurait dû être un peu plus clair avec le vieux toubib, étant donné que le pauvre homme ne les connaissait ni d'Eve ni d'Adam.

« Si vous pouviez – faire un peu attention, dit-il. C'est qu'il n'est pas vraiment du genre à aimer le contact, si vous voyez ce que je veux dire.

- Je vois, dit le docteur. »

Il sourit ensuite à Kili.

« Remonte sur le lit, alors, et on fera ça aussi vite que possible. »

Kili retourna vers le lit en traînant les pieds et y grimpa. Il fixa Fili, et Fili se leva, tirant sa chaise afin d'être assis juste à côté du lit.

« La vue est meilleure d'ici, dit-il. Ce poster sur la malaria est une œuvre d'art. »

Le docteur renifla discrètement, mais Kili se contenta de le fixer, puis se raidit quand le docteur saisit de nouveau son sweat.

« Maintenant, je vais juste glisser le stéthoscope là-dessous, dit le docteur en utilisant de nouveau cet ton extra-apaisant. Je vais essayer de ne pas te toucher sauf avec le stéthoscope, donc tu n'as pas à t'inquiéter. »

Il se pencha un peu en avant et glissa sa main sous les vêtements de Kili, cherchant un peu jusqu'à ce qu'il arrive à positionner le stéthoscope assez haut sur le dos de Kili. La requête de ne pas soulever son T-shirt signifiait qu'il devait se pencher en deux, ce qui avait l'air ridicule, et Fili se serait moqué de lui si Kili n'avait pas été assis là, complètement rigide, respirant beaucoup trop vite.

« D'accord, dit le docteur. Maintenant, si tu pouvais juste essayer de respirer un peu plus profondément. Une ou deux grandes respirations. Tu peux faire ça pour moi ?

- Ouais, dit Kili dans un souffle. »

Mais sa respiration ralentit à peine. Le docteur commença à avoir l'air un peu mal à l'aise – pas étonnant, vu la position qu'il avait – et il regarda Fili.

« Tiens, ton frère est juste là, dit-il à Kili. Peut-être que ça aiderait s'il te tenait la main ?

- Oh... dit Fili. »

Il s'apprêtait à dire au docteur que Kili n'était pas son frère et que le gamin n'était vraiment pas fan du contact – est-ce qu'il ne lui avait pas déjà dit ça ? – quand la main de Kili trouva soudain son chemin vers la sienne. Fili la fixa avec surprise, puis leva les yeux vers Kili, qui le fixait, la respiration encore rapide et superficielle.

« Est-ce que c'est bon ? murmura-t-il.

- Je suppose, dit Fili. Je veux dire – ouais, ça va. Ouais, c'est génial, tiens. »

Et il enroula sa main autour de celle de Kili – seigneur, le gosse avait des doigts osseux – et lui offrit un sourire rassurant.

« Alors, respirer est plutôt facile, dit-il. Crois-moi, je fais ça depuis des années, donc je suis super doué pour ça. Je vais te montrer, d'accord ? Comme ça : inspire. »

Il prit une profonde inspiration et serra la main de Kili.

« Et expire. »

Et il souffla, relâchant sa prise en même temps.

« Compris ? Tu peux faire ça ?

- Oui, dit Kili, haletant légèrement. OK. Ouais.

- Super, dit Fili. On y va. Inspire. »

Il prit une inspiration, serrant la main de Kili, et Kili inspira également, mais moitié aussi profondément que Fili, et avec un regard semi-paniqué dans les yeux. Fili lui serra la main un peu plus fort, puis lâcha, et Kili laissa échapper toute sa respiration d'un coup.

« Génial, dit Fili en jetant un œil au docteur. »

Le docteur lui fit un signe de tête, et Fili se retourna vers Kili.

« OK, on continue comme ça, dit-il. On aura fini en un rien de temps. Inspire... »

Ils n'eurent pas fini en un rien de temps, mais Kili réussit au moins à se calmer suffisamment pour que le docteur puisse obtenir les informations dont il avait besoin. Le temps qu'ils finissent, Fili commençait à avoir un peu le vertige à force de respirer profondément, et il fut presque aussi soulagé que Kili quand le docteur annonça qu'ils pouvaient arrêter. Après cela, il n'y eut que la tension – le docteur n'essaya même pas de mettre le tensiomètre au bras de Kili, annonçant qu'il avait un appareil pour le doigt qui n'était pas tout à fait aussi bon mais ferait très bien l'affaire -

et un échantillon d'urine. Heureusement, Kili ne sembla pas avoir de problème pour s'occuper de ce dernier point tout seul, donc Fili patienta dans la salle d'attente. Il était seulement une heure et demie, et il se demandait juste s'ils devraient trouver la cafétéria pour tuer le temps avant le prochain rendez-vous de Kili, quand le docteur le prit par surprise.

« Très bien, dit-il. Je serai prêt à discuter d'une partie de tes résultats dans une heure ou deux. En attendant, tu as des radios qui t'attendent.

- Euh, des radios ? dit Fili. Pour quoi faire ? »

Il se tourna vers Kili.

« Tu ne t'es rien cassé, si ?

- C'est la routine, dit le docteur. Le rendez-vous de Kili était pour une batterie complète de tests. »

Il consulta son ordinateur.

« Des radios de la poitrine. Ça permet d'éliminer la tuberculose.

- La tuberculose ? »

Fili eut un rire incrédule.

« Ce n'est pas un poète romantique du dix-neuvième siècle.

- C'est la routine, répéta le docteur. Et une bonne idée pour les patients qui ont eu la pneumonie, de toute façon. »

Il fronça un moment les sourcils en direction de Kili.

« Tu devras enlever ton haut, j'en ai peur, mais si tu veilles à dire au technicien que tu veux un examen privé, tout le monde sortira de la salle de radio, et personne ne sera dedans avec toi ni ne verra quoi que ce soit. Est-ce que ça t'ira ?

- Ouais, dit Kili avec un peu d'appréhension. OK Merci.

- Il n'y a pas de quoi, dit le docteur avec un sourire. Je vous verrai tous les deux plus tard. »

La radio se passa beaucoup plus facilement que Fili ne s'y serait attendu, après la bizarrerie de Kili pendant l'auscultation. Dieu soit loué pour le Dr Quel-que-soit-son-nom et son conseil de faire sortir les techniciens. Kili ne lui demanda même pas d'entrer, Fili fit donc un nouvel essai avec son livre, mais pour être honnête, il était trop fatigué pour retenir grand-chose. Il aurait dû emmener un roman au lieu d'un livre sur la philosophie des Lumières. La vie était apprentissage.

Le temps que Kili termine, il était l'heure d'aller chez le Dr Grey – un autre long parcours dans des couloirs d'hôpital interminables, bien que Kili bouge au moins un peu plus vite cette fois – et en peu de temps, Fili se retrouva dans une autre petite salle d'attente avec une autre sélection de magazines ennuyeux. Le Dr Grey s'avéra faire environ deux mètres de haut, avec la barbe la plus impressionnante que Fili ait jamais vue, et une étincelle dans l'œil comme si c'était le Père Noël. Kili ne lui demanda pas de venir, et Fili ne se proposa pas. Il avait eu assez de thérapeutes pour une journée.

Au bout d'un moment – probablement en essayant, une fois de plus, de finir la première page de son livre – Fili s'endormit. Quand il se réveilla, Kili était assis à côté de lui, regardant dans le vague.

« Beuh, dit Fili. »

Il s'assit et s'essuya la bouche. Oh, génial, il avait bavé. Heureusement que la réceptionniste était une femme bien portante d'âge moyen et pas canon comme celle au bureau principal.

« T'as fini ?

- Ouais, dit Kili.

- Tu es resté assis là combien de temps ? demanda Fili.

- Oh, euh, dit Kili en regardant l'horloge, quinze minutes ?

- Tu plaisantes, hein ? demanda Fili en secouant la tête. Pourquoi tu ne m'as pas réveillé ?

- Tu dormais, dit Kili.

- Euh, ouais, sans blague, dit Fili. Justement. Tu es vraiment juste resté assis là sans penser à me réveiller ? »

Kili sembla inquiet.

« Désolé, dit-il. Tu dormais.

- Je sais... commença Fili. »

Puis il s'interrompit, se souvenant de ce qu'avait dit Bombur au sujet de ne pas perdre son sang-froid.

« OK, peu importe, dit-il. Allons chercher tes résultats et fichons le camp d'ici. Ça sent les vieux dans cet hôpital. »

Il commença à se lever, puis marqua une pause, son regard se posant sur un éclair de couleur dans la main de Kili.

« Tu as eu un bonbon, dit-il. »

Kili baissa les yeux sur sa main.

« Je ne l'ai pas pris, dit-il. Il me l'a donné.

- Ouais, je sais ça, petit génie, dit Fili. Il croit que tu as six ans ou quoi ? »

Kili haussa les épaules et tendit le bonbon. Il était rouge, une de ces sucettes rondes et plates.

« Tiens, dit-il.

- Tu n'en veux pas ? demanda Fili. Pourquoi tu l'as prise, si tu n'en veux pas ? »

Le regard de Kili passa de la sucette à Fili.

« Je – tu n'en veux pas ? demanda-t-il. Je croyais que tu la voudrais.

- Nan, jette-la, alors, si tu n'en veux pas, dit Fili. Je ne suis pas fan de bonbons.

- Et si je la veux ? demanda Kili en jetant un regard en biais à Fili. »

Fili roula des yeux.

« Wouah, cette conversation ne va nulle part, dit-il. Mange-la, si tu la veux. Bon sang. »

Il se leva, ignorant Kili qui déchira le plastique de la sucette et l'enfouit dans sa bouche comme s'il croyait que Fili allait changer d'avis et la lui arracher.

« Viens, dit-il. C'est l'heure de faire un peu plus d'exercice. »

L'attente pour parler de nouveau au docteur fut heureusement courte. Il leur sourit tandis qu'ils entraient, et ramassa ses notes.

« Alors, dit-il, les résultats des échantillons de sang et d'urine ne reviendront pas avant une dizaine de jours, mais il y a une ou deux choses dans les autres tests dont j'aimerais vous parler. »

Il parcourut la page du regard et hocha la tête.

« Kili, ta tension va bien, mais tu as un poids très bas pour ton âge et ta taille. As-tu fait une poussée de croissance récemment ?

- Euh, dit Kili, non. Pas – non.

- Hum, dit le docteur en notant quelque chose. Eh bien, je recommande que tu essayes de manger davantage, de la viande et du poisson en particulier. Tu n'es pas végétarien, n'est-ce pas ? »

Kili secoua la tête, et le docteur acquiesça, le visage professionnel et dépourvu d'expression.

« Je veux que tu reviennes dans deux semaines pour que nous puissions de nouveau te peser, dit-il. En attendant, n'aie pas peur de grignoter entre les repas ou de manger si tu as faim durant la nuit. Tu es encore en pleine croissance, donc tu devrais manger autant que possible.

- OK, marmonna Kili, les yeux baissés. »

Fili le fixa avec confusion. Il était maigrichon, mais il n'était sûrement pas si maigre ? Remarquez, c'était difficile à dire avec son large sweat sur le dos. Il portait son pyjama pendant les événements de la nuit dernière, mais il faisait noir, donc Fili n'avait pas vu à quoi il ressemblait. Il ne pouvait même pas voir les poignets de Kili, tant ses manches étaient tirées loin sur ses mains.

Oh, bien. Apparemment il fallait davantage de Fitzbillies.

« À présent, jetons un œil à ces radios, dit le docteur, interrompant le fil des pensées de Fili. »

Il alluma le négatoscope au-dessus de son bureau, et Fili vit une image de côtes avec la vague silhouette de poumons au-dessus. Les radios étaient plutôt cool.

« Il y a des cicatrices sur tes poumons, dit le docteur en désignant des lignes blanches avec son crayon de papier. Pas inhabituel en cas de pneumonie. Ta respiration était bonne quand j'ai écouté tes poumons, donc il n'y a pas de raison de s'inquiéter. Si tu as des difficultés à respirer, cependant, tu devras revenir pour un check-up.

- OK, dit Kili. »

Il ne regardait même pas la radio, ce qui était dommage, parce que ce n'était pas souvent qu'on pouvait voir l'intérieur de sa propre poitrine. Kili ne savait pas ce qu'il manquait.

« Ensuite, je vois où tes côtes ont été brisées dans l'accident, dit le docteur. Ici et ici. »

Il désigna deux endroits où Fili ne voyait absolument rien sortant de l'ordinaire.

« Est-ce que c'est juste ? »

Kili réussit à détourner les yeux de ce qui était si intéressant sur le sol et fixa la radio.

« Oui, dit-il.

- Hm, dit le docteur. Et ici ? »

Il toucha une autre côté de l'autre côté.

« O-Oui, dit Kili. Le, l'accident.

- C'est curieux, dit le docteur. Celle-là semble beaucoup plus récente. »

Kili se renfonça un peu dans sa chaise.

« Non, dit-il. C'était l'accident. J'ai – j'ai eu beaucoup de côtes cassées.

- Je vois, dit le docteur. Et ta clavicule ? Quand as-tu cassé cela ? »

Il désigna l'endroit en question, et cette fois Fili put en effet voir un léger désalignement de l'os, comme s'il n'avait pas tout à fait bien guéri.

« Dans l'accident, dit Kili, la voix retombant presque au murmure. Je l'ai brisée dans l'accident.

- À combien d'endroits ? demanda le docteur. J'ajouterai ça à ton dossier.

- … deux ? dit Kili.

- Hmm. On dirait trois, dit le docteur. »

Et Fili commença à comprendre, commença à sentir une vague de colère monter en lui. Kili avait dit qu'il avait eu des côtes cassées. Juste ses côtes. Ce qui signifiait que la clavicule devait venir d'autre chose. Bien sûr, il n'était inhabituel qu'un gamin se brise la clavicule, en tombant d'un arbre par exemple, mais si c'était arrivé, pourquoi Kili ne le disait-il pas ? Pourquoi prétendre que c'était l'accident quand ce n'était manifestement pas vrai ?

Fili pensait savoir pourquoi. Il se tourna pour fixer les radios de plus près, essayant de lire les secrets du passé de Kili là-dedans, puisqu'il semblait si déterminer à n'en laisser échapper aucun lui-même. Mais ça ressemblait juste à un squelette, et la clavicule brisée était la seule chose qu'il pouvait voir.

« Trois, dit Kili. Oui. Ouais.

- Très bien, dit le docteur en écrivant quelque chose. Bon. Maintenant, je me demande si je devrais t'envoyer faire des radios du reste de ton corps ? Il semble que cet accident soit bien plus sérieux que tu ne t'en souvenais – il est parfaitement normal de perdre quelques souvenirs dans une situation pareille, au fait – et j'aimerais juste vérifier qu'il n'y a pas d'autres blessures que je devrais mettre dans ton dossier.

- Non – non, dit Kili, se redressant un peu dans sa chaise. Vous n'avez pas besoin de — oui, j'ai oublié. J'ai oublié certains trucs. Je—je me suis cassé le bras. »

Il désigna son bras gauche.

« Et— deux doigts. »

Ceux-là sur la main droite.

« Et j'ai eu une, une fracture du crâne. C'était un grave accident. »

Il jeta un regard à Fili, puis détourna brusquement les yeux, comme s'il avait peur de ce qu'il voyait sur le visage de Fili.

« Il était vraiment grave, murmura-t-il. Je me suis cassé beaucoup de choses.

- Le bras, les doigts, le crâne, dit le docteur. »

Il écrivait tout comme s'il ne comprenait pas ce que Kili disait vraiment.

« Autre chose ?

Euh, mes orteils, dit Kili. »

Il enfouit ses mains dans les poches de son sweat et fixa intensément le sol. Ses joues étaient rouge vif, comme s'il avait honte de quelque chose.

« Mon pied et mes orteils. Et, et ma jambe. Ma jambe gauche. Trois— euh, quatre endroits. Oui, quatre. »

Il déglutit et sembla essayer de s'enfouir dans son sweat.

« C'est tout. Je ne vois rien d'autre.

- Eh bien, c'est déjà bien assez, tu ne crois pas ? dit le docteur en souriant à Kili. »

Il regarda ensuite Fili, et secoua légèrement la tête, et Fili réalisa qu'il fronçait tellement les sourcils que son visage commençait à lui faire mal. Il prit une grande inspiration et fit de son mieux pour réarranger ses traits de façon à avoir l'air un peu moins enragé. C'était difficile, cependant, avec la colère bouillant dans ses veines. Le bras. Les côtes. Les orteils. Le crâne. Qui ferait un truc pareil, putain ? Qui ferait ça à un gosse maigrichon comme Kili ?

« À présent, la seule autre chose est que ton oreille gauche ne semble pas avoir une ouïe complète, dit le docteur en souriant toujours. Est-ce que ça vient de l'accident aussi ? Si oui, nous n'avons pas à être trop inquiets, mais si non, ça pourrait être une maladie dégénérative.

- Non, ça vient de l'accident, dit Kili. Ouais. Je me suis cogné la tête.

- D'accord, dit le docteur. Eh bien, j'enverrai ces résultats à ton assistant social, et il les transmettra à ton... »

Il marqua une pause, vérifiant ses notes.

« Ton père adoptif. Et n'oublie pas de revenir dans deux semaines pour ton suivi. Mange davantage ! »

Il sourit joyeusement – joyeusement, bordel – adressa un autre regard d'avertissement à Fili, puis leur fit signe de partir. Fili réussit à se lever et à sortir sans trébucher, même s'il pouvait à peine voir, tellement il était en colère. Il resta debout au milieu de la salle d'attente pendant un moment, se forçant à respirer normalement. Ne perds pas ton sang-froid, voilà ce qu'avait dit Bombur. Le sang-froid de Fili était parti tellement loin qu'il ne savait même pas où le chercher, mais ça ne voulait pas dire que Kili devait savoir. Ce n'était pas contre Kili qu'il était en colère.

« Hé, dit Kili. »

Filise retourna pour le voir debout là, tripotant anxieusement les lacets de son sweat.

« Est-ce que tu — est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? Je suis désolé, je ne voulais pas. »

Fili prit une grande inspiration et ferma les yeux, se concentrant pour que son visage ait l'air normal. Quand il fut à peu près sûr d'avoir réussi, il ouvrit de nouveau les yeux.

« Non, ça va, dit-il. »

Sa voix était un peu rauque, mais sinon ça allait.

« Tu as très bien fait. »

Il resta immobile un moment, essayant de se rassembler.

« Kili, ce type — le type dans l'accident — c'était qui ? »

Il n'était pas censé demander, il le savait, mais pour l'instant il n'en avait absolument rien à foutre. Pas après avoir vu Kili dans le bureau de ce docteur, énumérant des os brisés.

Kili se renfonça immédiatement dans son sweat, son regard tombant au sol.

« Euh, mon — mon papa, dit-il. »

Fili sentit une nouvelle montée de fureur — son père, bordel de merde — et Kili, levant les yeux vers lui, commença à avoir l'air un peu paniqué.

« Mais il est mort, dit-il. Il est mort dans l'accident.

- Tant mieux, marmonna Fili. »

Il n'en avait pas l'intention – n'avait certainement pas l'intention que Kili l'entende – mais apparemment la retenue qu'il utilisait pour ne pas juste jeter des objets à travers la pièce était tout ce dont il disposait. Kili, cependant, ne sembla pas tellement perturbé – pas plus qu'avant – et il jeta un regard autour de lui avant de regarder prudemment Fili de nouveau.

« Tu es sûr que tu n'es pas en colère ? dit-il. Je n'ai pas fait exprès d'oublier ce qui s'est passé dans l'accident.

- Ouais – ouais, dit Fili. »

Il faisait peur à Kili, et il le savait. Il avait promis de veiller sur lui, et il était là, à faire le contraire. Ressaisis-toi, Écu-de-Chêne.

« Ouais, répéta-t-il. »

Il avait une voix plus normale, Dieu merci.

« Tout va bien, t'inquiète pas. Sortons – sortons juste de ce putain d'endroit. »

Kili hocha la tête, l'air soulagé, et Fili ouvrit la marche, essayant de marcher calmement sans avoir l'air énervé, et s'en sortant terriblement mal. Tandis qu'il passait le petit bureau de la réception, il aperçut un bol plein de sucettes, rouges et jaunes, et il en saisit une poignée, ignorant le sourire de la réceptionniste.

« Tiens, dit-il. »

Et il tendit les sucettes à Kili.

Kili les prit avec hésitation, observant le visage de Fili.

« Je ne — est-ce que c'est bon ? dit-il.

- Le toubib dit que tu dois manger plus, dit Fili. Il est temps de s'y mettre. »

Ce n'était pas grand-chose. Ce n'était pas assez.

Mais c'était tout ce que pouvait faire Fili.

(-)

Notre Fili fait des progrès, vous voyez ! Bon il a du mal à ne pas montrer sa colère, mais je crois que dans sa situation ça se comprend^^