17 décembre 2025

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D'une main tremblante, Eurydice attrapa le magazine qui se trouvait sur son bureau. Le Vif Express était sorti des presses tôt ce matin. Elle fixa la couverture qu'elle connaissait très bien. Une photographie d'un joueur célèbre qui n'aurait cessé de se droguer pendant les quinze années qu'avait duré sa carrière.

Eurydice tourna les pages arrivant à l'article. La photographie de son frère en médaillon, se trouvait à côté de celle d'autres joueurs qui auraient aussi fauté. Alban ne lui avait donc pas menti.

— Eurydice ! Tu peux venir dans mon bureau, s'il te plaît ? Demanda la rédactrice-en-chef.

La jeune femme se leva comme un robot et se dirigea vers le bureau de Fiona. Cette dernière ferma la porte derrière Eurydice et alla s'installer derrière son bureau.

— J'imagine que tu as vu l'article du magazine et comme tu n'as pas l'air plus surprise que cela, j'imagine aussi qu'Alban a suivi mon conseil et t'a prévenu avant que l'article ne sorte.

La jeune femme lança un regard surpris à Fiona. C'était donc elle qui avait demandé à Alban de la prévenir.

— Je voulais juste t'assurer que le comportement de ton frère n'aurait aucune conséquence sur ton travail ou ta nomination en tant que commentatrice principale de la coupe du monde.

Eurydice ne put cacher une expression de soulagement. Elle s'inquiétait bien entendu pour son frère, malgré son comportement plus que grossier du week-end dernier, mais la perspective de perdre son travail n'avait cessé de la hanter depuis qu'elle connaissait la vérité.

— Tu ne croyais tout de même pas qu'on allait te renvoyer ?

— Cette pensée m'a traversé l'esprit, avoua Eurydice.

— C'est ton frère qui s'est mal comporté et a déshonoré le Quidditch et non toi. Tu es une bonne journaliste, Eurydice, et tu mérites amplement ta place ici.

Fiona lui sourit gentiment tandis qu'un silence s'installait entre elles.

— Fiona, je voulais te demander, commença-t-elle.

La rédactrice-en-chef releva son visage vers elle avec intérêt.

— J'ai appris que Theobald Johnson allait partir à la retraite peu après la fin de la coupe du monde.

— En effet. Tu souhaites reprendre la tête de sa rubrique.

— Je pense que je peux apporter pas mal de choses. Je travaille sur la ligue de Grande-Bretagne depuis trois ans maintenant et selon moi, j'ai le niveau pour devenir chef de cette rubrique.

Le sourire de Fiona s'élargit.

— Tu n'es décidément pas allée à Serpentard pour rien, remarqua-t-elle.

Eurydice sut sans difficulté qu'elle faisait référence à son ambition. D'aussi loin qu'elle se souvenait, la jeune femme avait toujours été ambitieuse. Son père lui avait raconté à plusieurs reprises qu'elle aurait déclaré lorsqu'elle avait huit ans qu'elle deviendrait chef du Vif Express. Certains pensaient que l'ambition était une sorte de défaut qui vous poussait à écraser les autres, Eurydice, elle n'avait jamais vu cela ainsi. Elle voyait son ambition comme un moteur, comme ceux que les moldus ont dans leur voiture, qui la poussait à être toujours la meilleure et à se dépasser.

— On en reparlera après la coupe du monde mais sache que ton nom avait déjà été cité pour reprendre ce poste.

Eurydice hocha la tête retenant difficilement un sourire. Ils avaient pensé à elle pour le poste.

— C'est tout ce dont tu voulais me parler ? Questionna Fiona.

— Oui, c'est tout. Je… Je vais retourner à mon article sur le Club de Flaquemare, dit-elle en se levant. Merci pour tout Fiona.

— Ce n'est rien Eurydice. Tu le mérites.

La jeune femme quittait le bureau de la rédactrice-en-chef lorsque les portes du magazines s'ouvrirent violemment. Elle n'eut aucun mal à reconnaître Zacharias Smith. De quelques années plus jeune que son père, Zacharias avait fait carrière chez les Wigtown Wanderers, tout comme Jonas, et en était devenu leur entraîneur. C'était lui qui faisait la une du magazine cette semaine-là.

— Où est cette sombral de Fiona Abott ? Hurla-t-il visiblement fou de rage.

— Je suis là, Zacharias, répliqua une voix calme dans le dos d'Eurydice.

Appuyée contre l'encadrement de la porte, Fiona ne montrait aucun signe de peur ou de regret, seule la détermination pouvait se lire sur son visage. Zacharias se dirigea à grands pas vers elle et pénétra dans le bureau en lui lançant des regards assassin.

Eurydice retourna à son bureau et entreprit de lire l'article. Au fil de sa lecture, la jeune femme finit par se rendre compte que seuls des joueurs issus des Wigtown Wanderers faisaient parti des personnes concernées et que le nombre avait augmenté avec l'arrivée de Smith en tant qu'entraîneur. La réalité la frappa de plein fouet lorsqu'elle lut le témoignage d'un joueur anonyme qui leur apprit que c'était Zacharias Smith qui avait introduit les stéroïdes dans le club et qu'il poussait les joueurs de son club à en prendre. C'était à cause de lui que son frère en avait pris. Une phrase de Jonas lui revint alors à l'esprit : « C'est le coach... ». Ce strangulot de malheur !

La porte du bureau de Fiona s'ouvrit et les hurlements lui vinrent de nouveau aux oreilles. Sans doute, avaient-il utilisé un sort d'insonorisation avant cela. Ne pouvant se retenir, Eurydice se leva et alla dans sa direction. Elle se plaça devant lui l'empêchant de continuer son chemin. L'homme baissa son regard vers elle.

— Qu'est-ce que tu veux toi ?

— Je suis la sœur de Jonas, Jonas Flint, répliqua-t-elle glaciale.

— Et qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?

— C'est à cause de vous qu'il a pris ces cochonneries, rétorqua-t-elle en se déplaçant pour l'empêcher de passer.

— Je ne sais pas de quoi tu parles, jeune fille. Ton frère a pris ces cochonneries, comme tu dis, de lui-même.

— Bien sûr ! Et c'est donc pour ça que le nombre d'utilisateurs a augmenté quand vous êtes devenu entraîneur là-bas.

— Je ne vois pas de quoi tu parles, jeune fille, répéta-t-il.

Il essayait de rester calme et maître de lui-même mais Eurydice pouvait voir qu'il était mal à l'aise.

— Vous le voyez très bien Mr Smith, au contraire. Vous êtes le déshonneur du Quidditch, le déshonneur des Wigtown Wanderers, et j'espère que le Haut Conseil du Quidditch vous sanctionnera en conséquence, cracha-t-elle avec hargne.

Ne pouvant en entendre plus, l'homme finit par la bousculer pour passer. Eurydice, comme tous les autres employés du magazine, le suivirent du regard alors qu'il se dirigeait vers la porte d'entrée de leurs locaux.

Le reste de la journée passa bien trop lentement pour Eurydice. La jeune femme comptait les heures, les minutes et même les secondes qui la séparaient de la fin de sa journée de travail. Elle qui avait toujours adoré travaillé dans le Vif Express se sentait étrange de ressentir ce besoin si pressent de voir ses parents. Elle se demandait comment son frère allait. Depuis leur dispute, trois jours plus tôt, elle ne lui avait pas adressé la parole ni de courrier et ne le ferait pas tant qu'il ne s'était pas excusé. A peine dix-sept heures sonna-t-il à la pendule des locaux du magazine qu'Eurydice transplanait dans le jardin de ses parents. La jeune femme se dirigea d'un pas rapide vers la porte d'entrée de la maison. La porte était déjà entrouverte, elle pénétra dans le hall et découvrit des étrangers dans le salon.

Son frère, assis sur le canapé, releva son visage vers elle. Ses joues et ses yeux étaient rouges. Sa mère se trouvait à côté de lui stoïque. Seul Marcus Flint manquait à l'appel.

— Bonsoir Miss Flint, déclara l'homme avec un calepin. Je suis Mr Finnigan et je travaille pour le Haut-Conseil du Quidditch, se présenta-t-il.

— D'accord, mais que faites-vous là ?

— Ils vérifient que ton frère n'a rien caché dans sa chambre.

— Pourquoi les aurait-il mis ici ? Il a un appartement.

— En espérant que nous ne viendrons pas chercher ici.

Des pas dans l'escalier leur firent tourner la tête. Marcus descendait à la suite de deux autres enquêteurs.

— Alors ?

— Il y a rien, répliqua le premier.

— Eh bien, il faut croire que ce n'est pas non plus ici que vous cachez votre réserve, Mr Flint, déclara Finnigan à l'attention de Jonas.

— Je vous ai déjà dit que j'avais arrêté d'en prendre il y a six mois, rétorqua Jonas d'une voix lasse.

— Vous avez arrêté ou peut-être votre sœur vous a-t-elle prévenu qu'un article allait sortir et vous vous êtes donc débarrassé de vos pilules.

— Je ne me suis débarrassé de rien car comme je vous l'ai dit j'ai arrêté il y a six mois, et de toute manière, il n'y a jamais eu de pilules, nous recevions notre dose de stéroïdes par voie parentéale, par piqûre, explicita-t-il en voyant que Finnigan ne semblait pas comprendre.

L'enquêteur nota sur son carnet ce que venait de dire Jonas.

— Très bien ! Ce sera tout pour aujourd'hui mais n'oublie pas de vous présenter à toutes vos convocations.

— Aura-t-il besoin d'un défendeur ? Questionna Marcus.

— Cela risque d'être nécessaire en effet, répondit Finnigan. Sur ce, bonne soirée à vous, ajouta-t-il avant de transplaner.

— Il faut que j'envoie un hibou à Theodore, déclara Marcus à peine eurent-ils disparu.

— Theodore Nott ? Demanda Avalon.

— Oui, se contenta de répliquer Marcus avant de se diriger vers le bureau.

Eurydice le suivit du regard alors qu'il s'éloignait.

— J'ai vu Zacharias Smith au Vif Express aujourd'hui, dit-elle d'une voix neutre. Je l'ai trouvé infecte et d'une arrogance à toute épreuve.

— Il est descendant d'Helga Poufsouffle et se croit tout permis, expliqua Jonas.

— Vraiment ? Je pense pas qu'elle serait fière de lui si elle savait, déclara Eurdyice pensive.

Un silence gênant s'installa dans le salon tandis que la jeune femme s'installait sur un des fauteuils.

— Ecoute Eurydice, commença Jonas visiblement gêné. Je… Je suis désolé pour ce que je t'ai dit dimanche dernier. C'est… Tu avais raison. C'est entièrement de ma faute, tu n'as rien à voir avec ma prise de stéroïdes.

— D'accord, répliqua-t-elle.

Dans le langage Eurydice, cela voulait dire qu'elle acceptait ses excuses.

— Je viens d'envoyer un hibou à Theodore, déclara Marcus en revenant vers eux. Tu devrais rentrer chez toi, Didi. Il y a plus rien à faire pour le moment, ajouta-t-il en se tournant vers sa fille.

Eurydice saluait sa famille avant de quitter leur domicile en transplanant. Louis l'attendait assis sur le sofa. Il se leva et l'accueillit dans ses bras lorsqu'elle se précipita vers lui.

— Tu as lu l'article ?

— Oui. Comment le vivent tes parent et ton frère ? Demanda-t-il dans un murmure.

— Ils vont faire appel à un défendeur. Quand je suis arrivé, les enquêteurs du Haut Conseil étaient déjà là en train de fouiller la chambre de Jonas.

— On t'en as parlé au travail ?

— Fiona m'a assuré que ça ne nuira pas à mon travail ni à ma nomination en tant que commentatrice. Et toi ? On t'en a parlé ?

Louis hocha la tête.

— Certains pensent que ton père est impliqué mais ils n'ont pas parlé de toi.

— Papa ? Ils pensent que Papa… Mais il aurait jamais fait ! Comment… ?

— La plupart, qui pensent ça, étaient à Poudlard en même temps que ton père. Ils n'ont pas gardé une très bonne image de lui.

Eurydice savait parfaitement que durant sa scolarité son père était considéré, et l'était sans doute véritablement, comme la Terreur de Poudlard. Il martyrisait les élèves qui n'étaient pas d'accord avec lui ou lui manquait de respect. Sa mère, elle-même, en avait été victime un certain temps. Il était normal que les gens gardent un mauvais souvenir de lui. Toutefois, ce qu'Eurydice ne comprenait pas était le fait qu'ils pensent qu'il n'avait pas évolué. Ces gens croyaient-ils qu'ils étaient les mêmes que durant leur scolarité ?

— C'est vrai que les gens ne changent pas. Tu sais ce qui m'agace le plus là-dedans, Louis ? Je suis sûre que la plupart d'entre eux n'ont pas participé à la bataille de Poudlard ou sont même restés fidèles au Ministère durant la guerre.

— C'est possible en effet. Je… Je vais devoir partir en France, annonça-t-il après quelques secondes de silence.

— En France ? Pour combien de temps ?

— Demain et après-demain. Je devrais rentrer vendredi soir. On est en pleine négociation concernant l'importation d'ingrédients issus des dragons français. Tu n'oublies que samedi c'est les essayages pour la robe ? Tu avais oublié, conclut-il en voyant la tête qu'il faisait.

— Vu tout ce qu'il se passe dernièrement je ne sais pas si ça va être maintenu.

— Ce sera maintenu, répliqua Louis sûr de lui. Tu peux pas t'arrêter de vivre à cause des stranguloteries de quelqu'un d'autre, non ?

— Tu as raison mais je sais pas si ma mère va pouvoir venir.

Louis lui caressa la joue du bout des doigts.

— Je suis tellement pressée que tu deviennes ma femme, souffla-t-il.

Eurydice lui sourit. Parfois, elle se demandait s'il se rendait compte à quel point il faisait battre son coeur.

— Je le suis aussi, murmura-t-elle avant de se mettre sur la pointe des pieds pour l'embrasser.

Avant lui, Eurydice s'était souvent demandé s'il était possible d'aimer quelqu'un un peu plus chaque jour. Désormais elle n'avait plus aucun doute à ce sujet. Elle aimait Louis encore plus fort qu'au premier jour.