20 décembre 2025

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Cela faisait plusieurs minutes que la vendeuse avait fini de l'aider à mettre la robe pourtant Eurydice n'osait pas sortir de la cabine d'essayage. Finalement après que sa marraine lui ait demandé pour la quatrième fois si elle comptait leur montrer la robe un jour, Eurydice prit son courage à deux mains et ouvrit le rideau.

La réaction de Kathleen ne se fit pas attendre. La femme explosa de rire. Eurydice se tourna vers sa mère qui la fixait de manière tout à fait impassible. Cette dernière finit par secouer la tête négativement. La jeune femme porta son attention sur Ted dont les cheveux avaient viré au rose bonbon, la couleur qu'elle aimait le moins.

— Je prends ça pour un non, dit-elle en retournant vers la cabine.

Elle ferma le rideau derrière et enleva la robe aidée de la vendeuse. La porte du magasin s'ouvrit alors et Eurydice n'eut aucun mal à reconnaître la voix de sa belle-mère et celle de sa belle-sœur, Dominique. Fleur s'excusa de son retard et demanda comment se passaient les essais. Ted répondit quelque chose qu'Eurydice ne comprit pas alors que la vendeuse l'aidait à enfiler la deuxième robe.

Elle sortit de la cabine, une moue ne pouvant laisser de doute concernant son sentiment.

— Next !s'exclama Kathleen en la voyant.

Eurydice essaya une nouvelle robe puis une autre et encore une autre. Elle avait l'impression que les essais duraient depuis des heures lorsqu'elle finit par trouver LA robe. Une robe blanche et rouge longue. Sur les parties blanches étaient brodés de jolis motifs argentés.

Les cheveux de Ted passèrent au rouge, la couleur préférée d'Eurydice. Son meilleur ami approuvait la robe. Elle plut à tout le monde sauf à Fleur qui trouvait que le décolleté faisait un peu trop ressortir sa poitrine. La jeune femme se retint de faire remarquer à sa belle-mère qu'étant donné la taille de son bonnet, il serait sans doute impossible de trouver une robe qui ne le ferait pas.

— Et toi, Di ? T'en penses quoi ? questionna sa mère.

— Je l'adore, se contenta de répondre Eurydice.

— Eh bien ça sera celle-là, décréta Kathleen en se levant.

La femme commença à s'étirer sous le regard courroucé de Mrs Weasley.

— Tu penses que c'est la bonne Tata ?

— Elle est parfaite, je te dis. Avec une belle coiffure et un jolie maquillage, tu seras divine et Louis retombera amoureux de toi.

— Ted ?

— J'approuve les paroles de la grande sage, répliqua-t-il.

— Maman ?

— Tu es parfaite, ma Didi, parfaite.

Eurydice crut pendant un instant que sa mère allait se mettre à pleurer mais cette dernière retrouva vite constance et se contenta de lui sourire gentiment.

— J'aime beaucoup cette robe, Eurydice, intervint Dominique. Ta tante a raison, Louis va retomber amoureux de toi en te voyant, n'est-ce pas Maman ?

— Sans aucun doute oui, répliqua Fleur.

Eurydice se savait bien moins belle que sa belle-mère et que ses belle-sœurs. Il lui arrivait, parfois, de se demander comment Louis, qui avait toujours été entouré de telles beautés et était lui-même un très beau garçon, pouvait être attiré par elle et l'aimer. Eurydice avait de nombreux complexes mais son plus gros complexe était la taille très importante de sa poitrine. A Poudlard, cela lui avait fallu à de nombreuses reprises des œillades et cela dès l'âge de quatorze ans. Désormais, elle le vivait bien mieux même si la remarque de sa belle-mère lorsqu'elle avait vu la robe n'était pas le genre qu'elle aimait entendre.

La jeune femme tournoya sur elle-même. Oui, ce serait vêtue de cette robe qu'elle remonterait l'allée au bras de son fiancé.

— Alors ? interrogea Kathleen.

— Je la prends, dit Eurydice sûre d'elle.

— Vous ne regretterez pas votre décision, Miss Flint, déclara la vendeuse. Venez que je vous aide à l'enlever.

Lorsqu'elle sortit de la cabine, sa mère avait déjà sorti son portefeuille et était en train d'en sortir des gallions et des mornilles pour payer la gérante. Cette dernière examina les billets de deux cents livres avec attention avant de les encaisser tandis que la jeune fille, qui les avait conseillés, lui expliquait qu'il faudrait qu'elle revienne pour ajuster la robe. Ils quittèrent le magasin sans la robe et devaient par conséquent revenir la semaine suivante pour prendre les mesures d'Eurydice.

— Alors ça fait quoi de savoir que Louis et toi, vous seriez mariés dans deux mois ? questionna Dominique en souriant.

— Ça fait bizarre. Je… Je me sens toute bizarre de savoir que tout ceci va devenir officiel aux yeux du ministère. Et toi alors ? Comment ça se passe en Allemagne ?

— Bien même si parfois j'ai du mal à comprendre la mentalité allemande. Ils sont tous tellement froid et si coincés.

— A ce point ?

— Oui, la dernière fois, j'ai voulu invité quelqu'un à prendre un café et il a paru outré. Je n'ai toujours pas compris pourquoi.

— Il a peut-être cru que tu lui faisais des avances. C'était le cas ? intervint Ted.

— Non absolument pas. Je voulais juste apprendre à mieux le connaître. Il avait l'air sympathique mais ça n'allait pas plus loin, répondit Dominique en toute bonne foi. En plus, il est marié.

— Tout s'explique alors. Il a cru que tu le draguais et a été choqué car il savait que tu étais au courant qu'il était marié.

Les trois jeunes gens éclatèrent de rire tandis qu'Avalon et Kathleen partaient de leur côté après les avoir saluer tout comme Fleur qui devait aller voir Victoire. D'après ce qu'Eurydice avait compris, elle ne supportait plus d'être seule depuis qu'elle était revenue de Sainte Mangouste définitivement. C'était d'ailleurs la première fois qu'Eurydice voyait Ted dans un contexte autre depuis plus d'un mois et demi.

— Je vais pas tarder non plus, déclara Ted.

— Mais tu avais dit qu'on irait déjeuné tous ensemble, répondit Eurydice essayant de cacher le regret dans sa voix.

— Je sais bien mais avec Victoire et le bébé… Je suis désolée, Eurydice.

— C'est pas grave, mentit-elle.

Plus cela allait plus Eurydice se demandait si elle pouvait compter sur ses amis. Elle comprenait le besoin de Nikolaï de s'éloigner mais vivait très mal cette situation surtout en ces temps troublés pour sa famille. La jeune femme ne pouvait voir le départ de Ted, en plein milieu de la journée qu'ils avaient prévue, que comme un nouveau coup de baguette dans le dos. Elle avait toujours été là pour lui et elle se demandait désormais si lui était toujours là pour elle.

— Je le suis vraiment.

— C'est pas grave, répéta-t-elle mécaniquement.

Elle avait tant envie de lui cracher sa haine au visage. Ce n'était pas de lui dont son épouse avait besoin mais d'un psychomage. Eurydice était allée leur rendre visite la semaine passée et Victoire avait refusé qu'elle prenne le petit dans ses bras. Elle pouvait comprendre son envie de protéger le nourrisson mais, ce qu'elle ne comprenait pas était la raison pour laquelle Victoire lui lançait tant de regards haineux. Elle était mariée à Ted, avait un enfant avec lui et Louis et Eurydice allaient se marier. Croyait-elle encore qu'Eurydice voulait lui voler Ted ?

— Victoire ne va vraiment pas bien ces derniers temps. Je… commença-t-il.

— J'ai compris, le coupa-t-elle sèchement.

— C'est pas la peine de me parler comme ça, Eurydice. Victoire est ma femme et elle a besoin de moi.

— Je comprends. Maintenant, j'espère que tu pourras quand même venir à mon mariage à moins que voir mon visage soit désormais aussi devenu bien trop dur pour elle, s'irrita-t-elle.

— T'es injuste là, Di.

— Injuste ? Je suis injuste ? Je vais te dire un truc Ted. Je n'aime pas Victoire et elle non plus ne m'aime pas. Je le sais mais son comportement à mon égard et plus généralement son comportement général depuis la naissance de Fergus n'ait pas normal. Et si j'étais toi, je m'inquiéterais.

— Ah parce que tu penses que je t'ai attendu pour m'inquiéter, s'énerva Ted. Et après ce qu'a vécu Victoire ne t'avise pas de dire que son comportement est bizarre. Tu ne réagirais sans doute pas différemment à sa place.

Plusieurs regards se tournèrent vers eux.

— Les gars ! Calmez-vous, intervint Dominique.

— Mais justement à cause de ce qu'elle a vécu, ne crois-tu pas qu'elle aurait besoin d'aide ? De parler à quelqu'un ?

— Tu veux dire un psychomage ? Ma femme n'est pas folle.

— Je n'ai jamais dit qu'elle l'était, juste qu'elle avait sans aucun doute des difficultés à surmonter cette épreuve et qu'une aide extérieure ne lui ferait pas de mal.

— Elle n'a pas tort, tu sais Ted, déclara Dominique.

— Tu vas pas t'y mettre toi aussi. Victoire n'est pas folle.

— Mais son comportement n'est pas non plus normal.

Eurydice voyait bien à l'expression de Ted que celui-ci devait prendre sur lui pour rester calme.

— Je préfère qu'on arrête de parler de ça. J'y vais. Bonne journée.

La jeune femme regarda son meilleur ami s'éloigner d'un pas rapide.

— Rassure-moi, je n'imagine pas des choses. Ta sœur ne va vraiment pas bien.

— Non, tu n'imagines rien mais c'est tellement plus facile de se voiler la face en pensant qu'elle finira par aller mieux par elle-même. J'ai essayé d'en parler à ma mère mais elle m'a envoyée promener un peu comme Teddy vient de le faire avec toi. Enfin… On va au restaurant alors ? proposa Dominique.

Dominique et Eurydice s'étaient toujours très bien entendu et c'était d'ailleurs la raison pour laquelle elle lui avait demandé d'être son troisième témoin. Nikolaï et Ted étaient bien entendu les deux autres. Louis quant à lui aurait pour témoin Alexander, Rose Weasley, sa cousine, et Abigail Dolohov, une de ses amies d'enfance.

Les deux jeunes femmes se dirigèrent vers un restaurant italien et pénétrèrent dans l'établissement où elles furent reçues par un homme d'une quarantaine d'années. Il les invita à s'installer à l'une des tables.

— Je suis désolée, déclara Dominique, que tu doives passer cet après-midi seulement avec moi.

Eurydice sourit gentiment à sa belle-sœur. Souvent la jeune femme se demandait comment des personnes aussi aimables et bienveillantes que Dominique et Louis pouvait avoir une sœur aussi arrogante et auto-centrée.

— C'est pas grave. Ça me fait plaisir de te voir au contraire, répliqua-t-elle.

— Au fait, comment va Nikolaï ?

— Très bien. Pourquoi? questionna Eurydice ne pouvant cachée la pointe de gêne dans sa voix.

— Juste car je me demandais pourquoi il n'était pas là ce matin. Désolée si…

— Non c'est pas ça. Ça n'a rien avoir avec. Enfin… Tu finiras par le savoir alors disons que Nikolaï et moi ne sommes pas en très bons termes dernièrement.

— Vous ne vous parlez plus ? Et ton mariage ? Je croyais qu'il devait être ton témoin.

— Il sera là pour mon mariage. Il a juste besoin d'un peu de temps, répliqua Eurydice.

Le serveur arriva alors avec les menus. C'était un jeune dans la petite vingtaine, grand et ténébreux. Eurydice vit Dominique lui faire un sourire charmant tout en le remerciant.

— Et toi toujours célibataire ? Questionna Eurydice.

— Toujours oui et heureuse de l'être. J'ai bien le temps de me trouver quelqu'un, répliqua-t-elle en souriant.

Eurydice avait toujours connu Dominique célibataire. Elle ne lui avait jamais présenté de petit ami ou petite amie même s'il lui arrivait de mentionner ses aventures sans lendemain ou sans attache.

— Tu ne vois plus Giovanni ?

Giovanni était un étudiant moldu que Dominique avait rencontré lors d'une soirée quelques mois plus tôt. D'après ce qu'Eurydice savait les deux jeunes gens s'entendaient parfaitement bien et n'avaient ni l'un ni l'autre envie de rendre leur relation plus sérieuse.

— Non, il commençait à devenir ennuyeux, avoua Dominique. Il ne voulait plus que je vois Johannes et devenait un peu trop possessif. Et comme je dis n'essaye pas d'enchaîner l'hippogryffe, il finira toujours par vouloir s'échapper.

— Johannes ?

— Je ne t'ai jamais parlé de lui ?

Eurydice secoua la tête négativement. Un sourire étira les lèvres de sa belle-sœur tandis qu'elle déclara :

— C'est un médicomage allemand. Je l'ai rencontré lors d'une mission qui a, disons, assez mal tournée.

— En gros tu étais sa patiente, traduisit Eurydice. Pas très professionnel tout ça, plaisanta-t-elle.

— Si on devait toujours être professionnel… Sinon, comment va mon frère ?

— Très bien, il est rentré hier soir de France. Il avait une mission là-bas, une histoire de dragons français et de taxes d'après ce que j'ai compris.

— Il était parti combien de temps ?

— Seulement deux jours mais ça me fait toujours bizarre de ne pas l'avoir à la maison même pour un aussi petit laps de temps. Enfin… Ça doit te paraître ridicule.

— A une époque, je t'aurais sans aucun doute répondu oui mais j'ai fini par comprendre que chacun vivait ses relations à sa manière. Et puis, ce serait mal venu pour moi de te juger alors que toi tu ne l'a jamais fait bien que mon style de vie soit aux antipodes du tien. Et puis, il faut pas oublier que tu es ma belle-sœur préférée, ajouta-t-elle rieuse.

— Je suis ta seule belle-sœur.

— Justement.

Dominique partit dans un rire joyeux.

— Ça m'a manqué de te parler, Di, déclara-t-elle.

— A moi aussi. T'es un peu la seule personne de sexe féminin que je côtoie si on omet ma mère, ma tante et Meda.

Meda était le surnom qu'Eurydice avait donné à la grand-mère de Ted. Enfant, elle n'avait pas réussir à prononcer son prénom correctement et la vieille femme lui avait donc proposé de simplement l'appeler Meda. Ce surnom était restée et à plus de vingt-sept ans, Eurydice l'utilisait toujours.

— Et en plus, je suis la première à avoir su pour vous, ajouta Dominique en lui faisant un clin d'œil.

La jeune fille les avait surpris en pleine séance de bécotage lors des fiançailles de Victoire et Ted.

— Quand j'y pense, je trouve ça dingue que vous ayez réussi à cacher votre histoire à tout le monde pendant deux ans.

— Nous étions extrêmement prudents jusqu'à…

— Jusqu'à ce que je rentre dans la chambre de Louis en pensant qu'il avait oublié d'éteindre la lumière, ajouta Dominique en souriant.

Eurydice esquissa un sourire. Elle savait qu'elle se serait sans doute laissé aller aux larmes si Dominique n'était pas restée. Ted la décevait tellement. Elle ne comprenait que difficilement comment il pouvait ainsi la laisser tomber alors qu'elle avait toujours été là pour lui quoi qu'il arrive. Elle se rappelait la fois où elle avait posé un lapin à son petit ami de l'époque car Ted et Victoire s'étaient disputé et qu'il fallait lui remonter le moral. Parfois, elle avait l'impression de tout donner pour des gens qui ne feraient jamais autant pour elle. Heureusement, Dominique était là et elle savait au fond d'elle que l'après-midi n'allait pas être aussi raté qu'elle le pensait.