Noooo Aime : Je note que pour avoir des reviews, faut prendre le prochain chapitre en otage avec toi. Par contre j'ai pas le temps de faire la ràr d'une review pour le chapitre 1, surtout détaillée, donc ça attendra que tu rattrapes lol

Ririte : Merci ! Ça progresse, j'ai un lit (enfin quand je me serai décidée à le monter – merci les livreurs de La Redoute qui se contentent de déposer des colis encombrants à l'accueil), une armoire, une bibliothèque et un petit buffet. Bientôt la table et le canapé pour que tout soit complet !

Chapitre 11 :

Lorsque Fili arriva chez lui, il n'était pas de la meilleure des humeurs. La pluie s'était intensifiée et le vent avait viré aux rafales, lui inspirant un faux sentiment de sécurité avant de soudain l'attaquer avec des gouttes de pluie aiguisées comme des aiguilles sur le visage. Putain d'hiver, sérieusement. Il était trempé, et il lâcha le vélo dans le garage avant de foncer à l'intérieur, enfilant des vêtements secs en un temps record. Quand bien même, le temps qu'il soit dans la Range Rover et sorte sur la route, quinze minutes avaient déjà passé depuis qu'il avait quitté Kili, et le temps qu'il entre en ville et trouve une place de parking, on était plus proche des vingt.

« Génial, marmonna Fili. »

Il avait pris un énorme parapluie à la maison, qu'il déploya avant de se précipiter vers l'église, contraint de marquer une pause et de se braquer contre le vent de temps en temps pour éviter un moment à la Mary Poppins. Le Passage Saint Edward semblait canaliser les rafales sur sa longueur étroite, si bien que même si ce n'était pas loin du tout, il fallut un temps étonnant à Fili pour avancer. Enfin, cependant, il atteignit la porte de l'église et l'ouvrit.

L'intérieur baignait dans une lumière tamisée et un silence, à la façon paisible des églises – un soulagement après le temps effroyable dehors. Fili secoua son parapluie et le posa à l'entrée, puis passa sous la nef. Il marqua une pause, regardant autour de lui. L'endroit avait l'air vide, caverneux et ombragé et complètement vide. Un éclair d'inquiétude lui tordit l'estomac – mais Kili ne serait sûrement pas parti, pas maintenant ? S'il avait voulu s'enfuir, il aurait pu quitter l'école et avoir une avance de six heures avant que quelqu'un ne sache seulement qu'il était parti. Mais alors où était-il ?

Fili ouvrit la bouche pour appeler Kili, mais avant que les mots ne sortent il aperçut une tête baissée, à peine visible au-dessus d'un banc. Il laissa échapper un soupir de soulagement. Voilà. Kili n'allait pas partir, pas maintenant. Plus maintenant.

Il descendit l'allée jusqu'au banc où était assis Kili. Quand il arriva, il vit immédiatement pourquoi ce dernier était à peine visible – le gosse n'était pas penché sur son siège, il était à genoux par terre, la tête baissée, les mains agrippant la petite étagère à l'arrière du banc devant lui. Il n'avait même pas pris l'un des coussins pour s'asseoir, avait apparemment juste décidé de se poser sur les dalles. Son visage était dans l'ombre, mais il ne sembla pas remarquer l'arrivée de Fili, bien que ses pas résonnent dans l'église silencieuse.

Fili le fixa. Est-ce que Kili – priait ? Ses mains n'étaient pas jointes, mais le truc d'être à genoux, la tête baissée – et dans une église, évidemment – on avait vraiment l'impression qu'il priait. Fili resta immobile, se demandant quoi faire. Il ne lui était pas venu à l'idée que Kili puisse être religieux – il n'avait pas pensé à demander, parce que vraiment, qui était religieux de nos jours ? Et Kili n'avait jamais mentionné vouloir aller à l'église le dimanche ou quelque chose comme ça. Non que Kili dise grand-chose sur ce qu'il voulait en général. Mais – est-ce qu'on pouvait interrompre quelqu'un qui priait ? Est-ce que Fili devrait juste s'asseoir et attendre, ou – partir et revenir ? Combien de temps ça prendrait, au fait ? Fili se souvenait des prières à l'école, mais il y avait toujours quelqu'un qui parlait, à l'époque, et il fallait juste rester assis et attendre le amen pour savoir quand se relever. Mais Kili – Kili ne parlait pas.

Faute de mieux en matière de plan d'action, Fili s'assit à côté de Kili sur le banc. Cela eut, cependant, un résultat inattendu – Kili sursauta violemment et releva la tête, fixant Fili avec des yeux écarquillés, tellement incongru dans l'église paisible et en comparaison avec le fait qu'un instant plus tôt, il était à genoux et parfaitement immobile, que Fili sursauta lui-même.

« Kili ? dit-il. Ça va ? »

Kili expira, une respiration lourde qui semblait venir du plus profond de ses poumons. Puis il ferma les yeux, les serrant fort et appuya le front contre le dos en bois du banc de devant.

« Kili, hé. »

Fili commençait un peu à flipper maintenant.

« Hé, allez. Est-ce que tu es blessé ? Est-ce qu'il y avait quelqu'un ici ? »

Son esprit tournait à toute allure – église déserte, rue déserte, et Kili tellement passif, tellement effrayé – n'importe qui aurait pu entrer ici et...

… et quoi ? Qui allait entrer dans une église vide un mardi soir et tabasser un adolescent sur lequel il serait tombé par hasard ? Allons, Fili, ressaisis-toi.

« Kili, quoi ? dit Fili. Hé, putain, Kili, parle-moi, OK ? C'est quoi le problème, qu'est-ce qui s'est passé ? »

Kili se contenta de secouer la tête, égratignant son front contre le banc, et avala de l'air. On aurait dit qu'il n'arrivait peut-être pas à parler, et quand, enfin, il prononça quelques mots, Fili n'arriva même pas à entendre ce qu'il disait. Il se mit à genoux lui-même, penché en avant, essayant de lutter contre la panique dans son ventre.

« Hé, qu'est-ce que tu as dit ? Je n'ai pas entendu. Répète ?

- Je n'aime pas les églises, murmura Kili dans le bois du banc. »

Oh. Fili s'assit sur ses talons. Pas religieux, alors.

« OK, dit-il. Sortons de là. »

Kili hocha vigoureusement la tête, les yeux toujours fermés.

« S'il te plaît, dit-il. S'il te plaît.

- Ouais, OK, dit Fili. »

Il avait soudain l'impression que l'église, qui un moment plus tôt dégageait un sentiment de sécurité et de tranquillité, était devenue une grande ombre menaçante. Il se leva et attendit un moment, mais Kili ne bougea pas.

« Hé, il faut que tu te lèves, dit Fili. Hé, Kili, debout. »

Kili essaya, mais toute force semblait avoir déserté ses jambes, et il ne put se lever qu'à moitié avant de vaciller et de retomber à genoux. Fili grimaça devant le craquement quand il atterrit sur les dalles, tendant la main pour l'aider avant d'hésiter.

« Hé, dit-il. Est-ce que je peux t'aider ? Est-ce que je peux te toucher ? »

Kili leva les yeux vers lui, puis hocha la tête, tendant la main. Fili l'agrippa et tira, réussissant à hisser Kili sur ses pieds. Il vacilla un peu, et Fili tendit le bras pour lui rendre son équilibre, soulagé quand cela n'entraîna pas de mouvement de recul.

« OK, tout va bien ? dit Fili. Tu peux marcher ?

- Ouais, dit Kili. Ouais, est-ce que – est-ce qu'on peut y aller ?

- Putain, ouais, dit Fili. Foutons le camp d'ici. »

Et il saisit la main de Kili et courut presque le long de l'allée, s'arrêtant seulement le temps de ramasser son parapluie avant de faire irruption sous la pluie, Kili titubant derrière lui. La météo était encore terrible dehors, mais ça ne semblait plus avoir autant d'importance. Fili lâcha la main de Kili et se retourna pour le voir s'appuyer contre le mur de l'église.

« Hé, dit-il. »

Il leva le parapluie et avança d'un pas pour qu'il recouvre aussi Kili.

« Ça va maintenant ? »

Kili hocha la tête. Il avait enroulé ses bras autour de sa cage thoracique, et il respirait encore lourdement.

« Désolé, dit-il, à peine audible par-dessus le sifflement de la pluie.

- Oh, non, dit Fili. Plus d'excuses. J'en ai marre. »

Il soupira, jetant un regard à sa montre.

« La voiture est dans la prochaine rue. Viens, tu te sentiras mieux à la maison. »

Il désigna la direction de la voiture, et Kili s'écarta du mur avec un hochement de tête. Il hésita, cependant, quand Fili commença à marcher.

« Le vélo ? dit-il.

- Oh, ouais, dit Fili en faisant demi-tour. »

Il jeta un regard noir au vélo attaché au grillage de l'église. Putain, il aurait voulu n'avoir jamais acheté ce truc.

« Tiens ça, dit-il. »

Il tendit le parapluie à Kili, et sortit sous la pluie, détachant le vélo aussi vite qu'il le put. Une seconde plus tard, la pluie s'arrêta, et il leva les yeux pour s'apercevoir que Kili était venu tenir le parapluie au-dessus de sa tête. Il avait l'air assez stable, mais des gouttes d'eau n'arrêtaient pas de tomber des bords du parapluie, scintillant quand elles passaient entre Fili et le lampadaire, et il lui sembla que les mains de Kili tremblaient.

« C'est bon, dit-il avant de se lever et de saisir le guidon du vélo. Allons-y. »

Ils ne parlèrent pas beaucoup sur le chemin de la voiture, mais lorsque Fili eut installé le vélo dans le coffre et qu'ils furent tous deux au sec, il voulut mettre le contact mais s'arrêta, et se retourna pour regarder Kili, qui était effondré contre la portière passager.

« Alors – c'était quoi, tout ça ? Demanda-t-il. Je veux dire, tu vas vraiment bien, ou quoi ?

- Ouais, dit Kili. »

Il n'avait pas vraiment l'air bien, cependant, et Fili commençait à en avoir assez de prétendre que tout était parfait.

« D'accord, dit-il. Mais sérieusement, Kili. Tu n'es pas obligé d'aller bien. C'est pas grave d'aller plutôt mal. »

Kili appuya son visage contre la fenêtre passager, fixant la pluie. Un moment plus tard, cependant, il se tourna vers Fili en fronçant les sourcils.

« Pourquoi tu es tout le temps gentil avec moi ? dit-il. Je ne comprends pas.

- Euh, au cas où tu n'aurais pas remarqué, je suis assez nul pour être gentil, dit Fili. »

La bouche de Kili se tordit avec mécontentement.

« Non, tu es... je veux dire, personne n'a jamais... »

Il s'arrêta, secouant la tête.

« C'est pas important, marmonna-t-il avant de détourner le regard.

- Hé, si, c'est important, dit Fili. Tout est important, OK ? Laisse-moi juste réfléchir une seconde. »

Il resta assis à regarder la pluie, se demandant comment répondre à la question de Kili sans tout foutre en l'air.

« Donc... dit-il enfin, tu es un gosse bien, pas vrai ? Tu fais ce qu'on te dit, et tu n'es pas méchant ou malpoli, et – je ne sais pas, c'est sympa de passer du temps avec toi. De t'acheter des trucs. Tu es tellement, euh, silencieux et tout, j'aime bien – j'aime bien essayer de te rendre heureux. »

Il se sentait maladroit, et ce qu'il avait vraiment envie de dire, c'était qu'il voulait ramener le père de Kili d'entre les morts et lui donner des coups de pieds dans la tête pour ce qu'il avait fait, que bien sûr qu'il était gentil avec Kili parce que quelqu'un devait être gentil avec le gosse après ce qu'il avait traversé. Mais il ne pensait pas que ça aiderait vraiment, aussi garda-t-il ces pensées pour lui.

Kili fronça intensément les sourcils, fixant encore ses mains.

« Je ne suis pas... commença-t-il. »

Puis il secoua la tête et leva les yeux vers Fili.

« Pourquoi ? dit-il. Pourquoi ça t'intéresse que je sois heureux ?

- Parce que je ne suis pas complètement un connard ? dit Fili. Je veux dire – qu'est-ce que tu veux que je dise ? »

L'expression de Kili montrait une confusion désespérée, mais un instant plus tard il écarquilla un peu les yeux, comme s'il venait de réaliser qu'ils avaient une discussion, et il se retira brusquement, se recroquevillant dans le coin entre le siège et la portière passager, baissant la tête et fixant ses genoux d'un air vide.

« Ouais, OK, dit-il. »

Fili soupira. Vraiment, qu'est-ce qu'il était censé faire de ça ?

« Mais l'église, dit-il. Qu'est-ce que c'était ça ? Allez, mec. Donne-moi quelque chose. »

Kili haussa les épaules.

« Rien, juste stupide, dit-il. Je suis désolé. Je vais bien, vraiment. »

Fili ouvrit la bouche, puis soupira et la referma. La pluie frappait le pare-brise, et Fili voulait juste rentrer à la maison et oublier toute cette histoire.

« OK, très bien, dit-il. Je suis content que tu ailles bien. »

Le dîner était presque prêt lorsque Thorin arriva. Il jura quand il passa la porte de derrière – assez fort pour que Fili l'entende depuis la cuisine – et un instant plus tard il apparut à l'entrée de la cuisine, l'air quelque peu échevelé.

« Météo de merde, hein ? dit Fili.

- Hmph, répondit Thorin. Dîner ?

- Une shepherd pie, dit Fili. »

Il jeta un regard à Kili, qui, s'étant rendu silencieusement utile pendant la confection, était maintenant assis à table, tripotant nerveusement la manche de son pull. Fili voulait raconter à Thorin ce qui s'était passé à l'église, mais il ne voulait pas être trop évident. Mais toute discussion qu'ils auraient pu avoir fut retardée par la sonnerie du four.

« Oh, joli timing, dit Fili, faisant de son mieux pour être joyeux. Je fais une excellente femme au foyer, pas vrai ? »

Thorin sourit et s'assit à table. Fili servit tout le monde et s'assit à sa place habituelle, et Thorin lui adressa un signe de tête avant de se tourner vers Kili.

« Comment était l'école ? demanda-t-il. »

Kili sembla un peu surpris qu'on s'adresse à lui. Il tripotait sa fourchette – sans la prendre, se contentant de la toucher et de la pousser légèrement sur la table – mais il s'arrêta brusquement et plaça ses mains sur ses genoux.

« Oui, bien, dit-il. Bien, merci.

- Tant mieux, dit Thorin. Et as-tu appris quelque chose ?

- Euh. »

Kili jeta un regard de côté à Thorin, puis à Fili.

« Oui, décida-t-il enfin. Oui. »

Fili secoua la tête, sachant ce qui allait suivre. Thorin hocha la tête avec satisfaction et saisit sa fourchette.

« Dis-moi ce que tu as appris, dit-il. »

Kili le fixa un moment, les yeux écarquillés. Puis il se retourna brusquement pour regarder son assiette.

« Euh, dit-il.

- Ça n'a pas besoin d'être tout, dit Fili dans un faux murmure. Choisis juste quelque chose d'intéressant. »

Il adressa un grand sourire à Thorin, qui haussa un sourcil.

« Et si possible qui ne vienne pas des cours d'éducation sexuelle, comme a toujours préféré Fili, ajouta-t-il. »

Fili eut un sourire narquois. Kili, cependant, ne sembla pas voir ce qu'il y avait de drôle. Il fixait toujours son assiette, les épaules tendues.

« Euh, dit-il. Je... »

Sa voix se brisa sur ce mot, et Fili sentit son propre amusement diminuer.

« Hé, tout va bien, dit-il. Ce n'est pas un test ni rien. »

La bouche de Kili était toujours ouverte, mais aucun mot ne semblait pouvoir sortir. Il commençait à avoir l'air un peu paniqué, et Fili jeta un regard à Thorin.

« Thorin, dis-lui, dit-il. »

Thorin soupira.

« Tu n'as rien appris, c'est bien ça ? dit-il. Il n'y a rien à craindre. Dis-moi juste. »

Lentement, Kili secoua la tête.

« Je ne me souviens de rien, dit-il. Je suis désolé. »

Thorin hocha la tête.

« Kili, dit-il gravement, je comprends que l'éducation n'a pas été une priorité dans ta vie jusqu'à maintenant. C'est parfaitement excusable. Je comprends aussi que tes circonstances sont – difficiles, et sans doute un frein à la concentration. Mais je ne t'ai pas envoyé à l'école seulement pour que tu aies quelque part où aller durant la journée. Si tu veux surmonter les obstacles que la vie a mis sur ton chemin, l'éducation est la clé. Quand tu retourneras à l'école demain, j'attends de toi que tu écoutes ce que diront les professeurs, et que tu prennes des notes. Sinon, tu ferais aussi bien de ne pas y aller. »

Kili resta assis en silence, fixant la table. Thorin attendit un long moment, puis haussa les sourcils.

« Est-ce que tu as compris ce que j'ai dit ? demanda-t-il. »

Fili fronça les sourcils, commençant à se demander s'il devrait intervenir. Thorin était seulement Thorin – plutôt calme et gentil pour Thorin, en fait – mais Kili étant Kili, ça pourrait faire un désastre.

« Oui, dit Kili. Oui, je le ferai. Je suis désolé, je n'avais pas réalisé.

- Non, je sais, dit Thorin. Je ne suis pas fâché contre toi. Je veux juste m'assurer que tu comprennes ce qui est attendu de toi.

- Oui, répéta Kili. Oui, je comprends. Je vais écouter, je vais le faire.

- Bien, dit Thorin. »

Fili se détendit légèrement.

« À présent, t'es-tu fait des amis ?

- Non, dit Kili. »

Puis il leva les yeux, et même en sachant ce qu'il savait, Fili fut stupéfait par la peur sur son visage.

« Est-ce que je dois faire ça, aussi ?

- Non, dit fermement Fili. »

Puis il se tourna et fit les gros yeux à Thorin. Thorin sembla plutôt surpris par la réaction de Kili, lui aussi, et il secoua rapidement la tête.

« Ça viendra avec le temps, dit-il. Concentre-toi juste sur tes études, pour l'instant. »

Kili hocha la tête, l'air soulagé, et Fili saisit sa fourchette avant de se tourner vers Thorin.

« Donc, dit-il un peu trop fort, laisse-moi te raconter ce que j'ai appris aujourd'hui en logique. »

La façon dont les épaules de Kili s'affaissèrent de soulagement dès que l'attention ne fut plus sur lui ne lui échappa pas. Et il était à peu près sûr que ça n'avait pas échappé à Thorin, non plus.

Après le dîner, Kili remplit le lave-vaisselle puis Fili l'envoya dans le salon regarder la chaîne documentaire. Thorin avait l'air de se préparer à rejoindre son bureau, mais Fili l'arrêta d'une main sur le bras et ferma la porte de la cuisine.

« Hé, dit-il, il y a eu un truc bizarre aujourd'hui. »

Thorin fronça les sourcils.

« En rapport avec Kili ? demanda-t-il.

- Dans le mille, dit Fili. »

Il s'assit à table, et Thorin l'imita, attendant silencieusement d'entendre ce que Fili allait dire. Fili marqua une pause, organisant ses pensées, puis prit une grande inspiration.

« On était dans une église, dit-il. St Edward, tu sais, celle à côté du magasin de Bilbon ? Et Kili – je crois qu'il a fait une crise panique ou quelque chose ? Il était juste tout – recroquevillé sur le sol, et il n'arrivait pas à se lever. »

Thorin fronça encore les sourcils.

« Qu'est-ce qui s'est passé pour précipiter cette crise de panique ? demanda-t-il.

- Je, euh, je ne sais pas exactement, dit Fili. »

Il se sentit soudain coupable, parce qu'après tout, c'était lui qui avait poussé Kili dans l'église et l'avait abandonné.

« Il a dit qu'il n'aime pas les églises. J'ai essayé de lui tirer plus d'infos, mais... »

Il écarta les mains et haussa les épaules.

« Nada. »

Thorin hocha lentement la tête.

« Tu l'as emmené loin de l'église ?

- Ouais, dit Fili. Il va bien depuis. Je veux dire, dans la mesure habituelle pour Kili, donc, tu vois. »

Il haussa à nouveau les épaules.

« Bien, dit Thorin. Je suis désolé que tu aies dû gérer ça.

- Oh, écoute, non, c'est pas le problème, dit Fili. Ça ne me dérange pas de gérer ça – je veux dire, j'aimerais ne pas avoir à le faire, mais au sens, souhaiter que ça ne soit pas arrivé du tout, pas souhaiter que ce ne soit pas moi qui gère ça, tu vois ?

- Je vois, dit Thorin. Quand bien même. Il n'est pas ta responsabilité.

- Ouais, enfin, dit Fili, parce qu'il commençait à en avoir un peu marre que les gens lui disent ça. Je suis adulte, donc je suppose que je peux choisir si je veux passer du temps à l'aider ou pas. N'est-ce pas ? »

Thorin y réfléchit quelques instants.

« Tu es adulte, dit-il enfin. Peut-être plus que je ne l'avais réalisé. Mais ne laisse rien de tout ça affecter tes études, Fili. Elles sont trop importantes.

- Ouais, ouais, dit Fili. J'ai été admis à Cambridge, pas vrai ? C'est pas comme si j'allais commencer à sécher les cours pour fumer derrière le garage à vélos à ce stade. »

Thorin haussa un sourcil et Fili roula des yeux.

« Écoute, dit-il, j'ai juste – je veux dire, qu'est-ce qui se passe avec Kili, vraiment ? Je veux dire, j'ai pigé que son père le tabassait... »

Il marqua une pause, sentant une soudaine montée de rage, et prit quelques inspirations profondes avant de reprendre.

« … et, OK, donc il a peur, c'est évident, il n'a pas confiance en nous. Mais ça – je veux dire, il a vraiment flippé dans l'église. Et l'autre soir – c'était comme s'il perdait la tête. »

Il secoua la tête.

« Qu'est-ce qui se passe, Thorin, vraiment ? »

Thorin resta silencieux un long moment avant de répondre – assez longtemps pour que Fili se demande s'il devrait reposer la question. Mais enfin, il écarta les mains sur la table, et parla.

« J'ai eu un coup de fil de Bombur aujourd'hui, dit-il. Il a parlé à Bofur, et au Dr Grey, et ils pensent que Kili pourrait avoir un syndrome de stress post-traumatique. »

Il croisa le regard de Fili, une expression troublée sur le visage.

« Sais-tu ce que c'est ?

- Ou-oui, dit Fili. Je veux dire, ouais, c'est pas – genre, c'est pas ce qui arrive aux soldats ? Genre l'état de choc, et tout ?

- Pas juste les soldats, dit Thorin. N'importe qui ayant subi un traumatisme peut en souffrir. Une période de traumatisme prolongée telle que la... »

Il s'arrêta, et Fili était sûr qu'il avait failli dire la vie de Kili. Ouais, prolongée était une façon de le présenter.

« En tout cas, ceux qui en souffrent peuvent éprouver des émotions et des sensations qui ne sont pas étroitement liées à ce qui se passe autour d'eux, dit Thorin. Je ne peuxque supposer que c'est ce qui est arrivé à Kili dans l'église.

- Oh, dit Fili. »

Il fronça les sourcils dans le vide, essayant d'enregistrer tout ça. C'était censé être les soldats, la Première Guerre Mondiale pour l'amour du ciel, on ne faisait pas beaucoup plus traumatisant que ça. Mais Kili...

« Est-ce que ça – est-ce que ça veut dire qu'il est fou ? demanda Fili. Je veux dire – il ne va pas devoir aller dans un – un, un asile, ou – je veux dire, je ne sais pas si c'est le mot juste. »

Ça n'avait pas l'air d'être le mot juste, c'était déplaisant sur sa langue. Asile. Non, non, Kili ne pouvait pas aller là-bas.

« C'est une maladie mentale, je crois, dit Thorin, mais Kili peut être traité sans aller dans un hôpital psychiatrique. Il travaillera avec Bofur et le Dr Grey. Je suis sûr qu'ils voudront nous en parler, également.

- Oui, dit Fili. Ouais, c'est ce que je veux. Je veux dire, je veux en savoir plus là-dessus. Ce qu'on peut faire, et tout.

- Très bien, dit Thorin. En attendant, je crois que la meilleure chose que nous puissions faire est d'être doux, et de guetter les choses qui pourraient déclencher une crise. Comme les églises.

- Ouaip, dit Fili. Les églises sont définitivement barrées de ma liste d'endroits où traîner avec Kili. »

Thorin rit un peu.

« Pourquoi tu ne vas pas regarder la télévision avec lui, dit-il. J'aimerais vous voir devenir amis, tous les deux.

- Ouais, dit Fili. Moi aussi j'aimerais bien. »

Kili était assis sur le sofa quand Fili entra dans le salon. Il avait l'air tout sauf détendu, cela dit – il était assis au bord de son siège, penché en avant, les genoux sur les coudes. Quand Fili entra, il leva brusquement la tête, et recula un peu.

« Salut, dit-il.

- Salut, dit Fili, s'asseyant à l'autre bout du sofa. Tu regardes quoi ?

- Euh, la chaîne documentaire, dit précipitamment Kili.

- Ouais, ça je sais, dit Fili. Mais de quoi ça parle ?

- Des Vikings, dit Kili. »

Il regarda Fili de côté pendant un moment, comme s'il attendait de voir si Fili allait lui donner quelque chose à faire. Mais Fili se contenta de s'installer plus confortablement et se tourna vers la télé, et Kili finit par se détendre. Enfin, peut-être que se détendre n'était pas le bon terme. Il cessa de regarder Fili et reporta toute son attention sur l'écran, et au bout de quelques secondes, recommença à se pencher en avant, comme s'il pensait que moins il y avait de distance entre la télé et lui, mieux il comprendrait ce qui se passait. Fili se surprit presque à faire plus attention à Kili qu'au documentaire. C'était étrangement fascinant de le voir totalement absorbé.

« Tu aimes les Vikings, alors ? dit-il quand la pub arriva.

- Hein ? dit Kili, regardant autour de lui avec surprise. oh. Je, euh. Je ne savais pas, avant. »

Il fit un geste vers l'écran.

« Rien, ajouta-t-il.

- Ouais, c'est plutôt intéressant, dit Fili. Tu savais qu'ils enterraient les gens dans des bateaux ? »

Les yeux de Kili s'écarquillèrent.

« Des bateaux comme ceux-là ? demanda-t-il en montrant de nouveau l'écran.

- Ouaip, dit Fili. Je suis allé en voir, à Oslo. C'était plutôt génial. Ils étaient énormes.

- Wow, dit Kili. Oslo. C'est – en, c'est en Allemagne ?

- En Norvège, dit Fili. Ils ont trois bateaux dans un même musée. Ils ont tous, genre, un millier d'années. »

Les yeux de Kili s'écarquillèrent davantage, si c'était possible.

« Un millier ? dit-il. Wow.

- Ouais, peut-être qu'on ira un jour, dit Fili, qui commençait à se laisser emporter. Je veux dire, si ça te plairait de les voir. C'est seulement, genre, deux heures d'avion. »

Pendant un moment, Kili eut l'air stupéfait et plein d'espoir, comme un enfant de cinq ans. Puis son visage se ferma abruptement et il détourna les yeux.

« Non, je ne – ouais, c'est pas... »

Il secoua la tête, soudain tendu, et Fili se débattit pour réparer – quoi que ce soit qu'il ait fait de mal.

« Oh, hé, peu importe, dit-il. Hé, écoute. Il y en a un à, euh, quelque part dans le Suffolk, aussi, je crois. Tu le savais ? Un énorme bateau qui a été enterré. Ils ont un tas de trucs là-dessus au British Museum. »

Kili resta assis un moment, fixant le sol, puis regarda prudemment du coin de l'œil.

« En Angleterre ? Dit-il.

- Ouais, dit Fili. Je veux dire, le bateau est dans le Suffolk, mais le musée est à Londres. Et ils en ont trouvé un dans le Shetland, aussi, j'ai vu ça sur Time Team. Les Vikings sont plutôt cool.

- Ouais, dit Kili, commençant à reprendre son air d'intérêt. Ouais. Je ne savais pas.

- Oh, regarde, ça recommence, dit Fili. »

Kili fut immédiatement collé à l'écran de nouveau, et Fili se surprit à sourire.

Trois choses. Les pizzas, les gâteaux, et les Vikings. Mieux que rien.

Au bout d'un moment, Fili sortit ses livres et commença à travailler sur son essai. Kili semblait content de rester assis à regarder la télé – plus que content, enthousiaste d'une façon à laquelle on ne se serait pas vraiment attendu de la part d'une combinaison entre chaîne documentaire et adolescent – aussi restèrent-ils assis dans un silence amical tandis que Fili se débattait avec la métaphysique et que le présentateur babillait sur les Vikings. Lorsque Fili releva la tête, cependant, les longs bateaux avaient été remplacés par des images de montagnes enneigées. Il haussa les sourcils.

« Est-ce que les Vikings déménagent à Chamonix ? demanda-t-il.

- Hum ? dit Kili. »

Il semblait avoir à peine bougé de sa position attentive, bien que ça doive faire au moins une heure qu'il était assis là.

« Oh, non, c'est – hum, sur les glaciers, dit-il. C'est un autre.

- OK, dit Fili. Et comment ils vont, les glaciers ?

- Ils fondent, dit Kili sans détourner les yeux de l'écran.

- Tu m'en diras tant, dit Fili. »

Puis il sourit tout seul quand Kili ne sembla même pas l'entendre. Dans sa tête, il corrigea mentalement sa liste.

Les pizzas, les gâteaux, et les documentaires.

Kili alla se coucher avant onze heures – parce que sérieusement, c'était l'adolescent le plus sage du monde – après avoir regardé deux autres documentaires, l'un sur la Révolution Française et l'autre qui semblait être sur le plancton, d'après le peu que saisit Fili. Fili avait bien progressé sur son essai – même s'il s'était arrêté par moments pour s'émerveiller que quelqu'un puisse s'intéresser au plancton au point de regarder tout un documentaire là-dessus, sans parler d'en faire un – et il monta peu après, prêt à se coucher bien qu'il soit tôt. Lorsqu'il fut au lit, cependant, il s'aperçut qu'il n'arrivait pas à dormir, fixant le plafond, les pensées tourbillonnant dans sa tête. Il essaya, vraiment, mais à minuit il commença à bien s'ennuyer, donc il se releva et alluma son ordinateur portable. Généralement quand il avait ce problème il regardait des trucs stupides sur YouTube (ou, hum, du porno) jusqu'à ce qu'il soit assez fatigué pour s'endormir. Mais cette fois, alors même qu'il plaçait le curseur sur sa liste de favoris, il marqua une pause.

« Ouais, OK, marmonna-t-il dans sa barbe. »

Il cliqua sur la barre de recherches, tapant syndrome de stress post-traumatique. Quand il appuya sur la touche Entrée, la page familière de résultats apparut. 17 millions de résultats.

« Ça risque de prendre un moment, dit-il tout seul. »

Et il cliqua sur le premier.

(-)

Voilà ! Je trouve que notre Fili fait de gros progrès dans ce chapitre, pas vous ?