Ririte : Chéris ton sourire, il ne durera pas longtemps...

Il était bien, hein, le dernier chapitre ? Ça vous a plu, la légèreté et la bonne humeur ?

...Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit au début de cette fic ?

Trigger warnings : Langage cru. Tentative de contact sexuel non-consenti.

Chapitre 14

Le dimanche, Fili fut à peine à la maison. Il déjeuna au pub avec Tristan et quelques-unes des filles au Fort Saint George, puis ils passèrent le reste de la journée à glander (à "travailler", prétendit Tristan). Le temps qu'il rentre chez lui, il était onze heures passées, et l'endroit était sombre et silencieux. Et ce fut à peu près comme ça que se passa le reste de la semaine – apparemment, Kili avait passé la majeure partie de son dimanche à s'entraîner au vélo, et le lundi il était prêt à aller à l'école tout seul. Donc en-dehors de leur session avec Bofur – programmée de façon à coïncider avec le cours d'EPS de Kili le lundi après-midi, puisque Kili était dispensé de sport indéfiniment – la vie de Fili revint pratiquement à la normale. En fait, le mardi et le mercredi il ne vit même pas Kili ou Thorin du tout, se levant après qu'ils soient tous les deux partis et rentrant tard après avoir passé la soirée avec ses amis. C'était un contraste tellement étrange avec le drame intense de la semaine précédente que Fili devait parfois se rappeler que ça n'avait pas été un rêve.

Mais voilà : Kili semblait s'être bel et bien acclimaté. Thorin obtenait des rapports quotidiens de ses professeurs, et apparemment il rendait tous ses devoirs maintenant. Il n'y avait plus de problèmes nocturnes, plus de visites à l'hôpital – en tout cas, pas qui impliquent Fili. C'était sympa. En quelque sorte.

En quelque sorte, parce que le jeudi, Fili découvrit que ça lui manquait de devoir aller chercher Kili. C'était bizarre – vraiment bizarre, parce que qui aime devoir interrompre son après-midi pour faire le taxi pour un adolescent ? - mais Fili se surprit à jeter des regards à l'horloge à trois heures et quart et à avoir une sensation de – pas de tristesse, exactement, mais – eh bien, c'était difficile à décrire. Et stupide, aussi, parce qu'il n'avait transporté le gamin que pendant une semaine, donc ce n'était même pas comme s'il avait eu le temps de s'y habituer. Peut-être que c'était juste la compagnie de Kili qui lui manquait, décida Fili. Ils s'étaient à peine parlé depuis samedi – pas volontairement, ils étaient juste rarement dans la même pièce au même moment – et même si Fili avait beaucoup d'amis et que Kili était, en fin de compte, quelqu'un d'assez étrange avec qui traîner, Fili se surprit à penser de plus en plus souvent ce jeudi après-midi à comment il s'en sortait. Quels documentaires il regardait, ce qu'il avait dit quand Thorin lui avait demandé ce qu'il avait appris à l'école, s'il avait déjà essayé tous les fromages du fromager.

Ce week-end, décida Fili. Il passerait du temps avec Kili ce week-end. Il était censé aller à Londres avec les mecs, mais rien à foutre. Il sortirait le gosse, lui montrerait un peu plus Cambridge. Ils n'avaient même pas encore été à son université. Et il serait à la maison pour le dîner ce soir. Ouais, définitivement.

Et ce fut le cas : à six heures et demi, il poussa la porte de la cuisine et sourit de voir Thorin couper des légumes.

« Chéri, je suis rentré, dit-il.

- Ça faisait longtemps qu'on ne t'avait pas vu, dit Thorin. »

Il lui jeta un regard par-dessus son épaule. Il avait l'air du chat qui avait attrapé le canari, et Fili pencha la tête sur le côté.

« Qu'est-ce qui te rend si satisfait ? demanda-t-il. Il est arrivé un truc cool au boulot ?

- Kili, dit Thorin. »

Il se retourna, s'essuyant les mains sur une serviette de table, et s'appuya sur le comptoir.

« Il a eu un B moins en anglais.

- Wow, dit Fili, sentant un sourire commencer à se former sur son propre visage. Je suppose qu'il n'a pas autant de retard que tu le pensais.

- On dirait que non, dit Thorin. Lorsqu'il se sera complètement acclimaté, je suis sûr qu'il ne fera que s'améliorer. »

Fili s'installa à table. C'était bizarre, dans un sens – si jamais Fili avait ramené un B moins, Thorin aurait froncé les sourcils et lui aurait demandé si quelque chose n'allait pas. Mais pour Kili – eh bien, tout était différent pour Kili.

« Et tu n'as même pas eu besoin de le punir, dit-il.

- Non, apparemment pas, dit Thorin. »

Il sourit pour lui-même pendant une minute ou deux, puis se retourna vers les légumes.

« Ça te plaît vraiment de l'avoir ici, pas vrai ? demanda Fili.

- Hum ? dit Thorin. »

Mais il marqua une pause dans sa cuisine, fixant la planche à découper.

« Oui, dit-il enfin. Quand je l'ai accueilli, c'était par sens de devoir. Mais maintenant... »

Il se retourna, les sourcils légèrement froncés, comme s'il n'était pas tout à fait sûr de ce qu'il ressentait.

« J'aime le voir réussir, dit-il enfin. J'ai l'impression que tous les obstacles qu'il a dû affronter n'ont pas tout à fait réussi à écraser son esprit.

- Ouaip, c'est bien un Écu-de-Chêne, dit Fili. Obstiné comme pas permis. »

Thorin renifla.

« Et éloquent avec ça, dit-il.

- Ouais, ouais, dit Fili. Hé, qu'est-ce qu'il y a pour le dîner ? »

Il se pencha en avant pour voir ce qui se trouvait dans le sac Waitrose sur la table.

« Du halloumi*, dit Thorin. Pour fêter la réussite de Kili.

- Oh, oui, dit Fili. Le gosse va devenir fou. »

Il se rassit, contemplant à quel point Kili allait adorer le halloumi. Ouais, pensa-t-il. Il fallait qu'il rentre dîner plus souvent.

Fili fut d'excellente humeur toute la journée suivante. Kili en avait eu les jambes coupées, tellement le halloumi était génial, à tel point que Fili lui avait donné la moitié de sa part, même si c'était aussi l'un de ses préférés. Le souvenir fit sourire Fili toute la journée. Puis il eut sa supervision, et le superviseur lui dit qu'il s'attendait à ce qu'il obtienne la première place aux examens pré-éliminatoires. Après ça, Fili déjeuna avec Tristan et discuta d'un nombre impressionnant de conneries, puis il décida, et merde, c'était pratiquement le week-end, et il abandonna la bibliothèque au profit de la lumière pâle et mordante du vendredi après-midi.

Il descendait King's Parade vers la boutique de caramels quand il croisa l'extrémité du Passage Saint Edward et se demanda soudain si Bilbon avait reçu de nouveaux livres de philosophie récemment. Il n'avait pas vu l'étrange petit homme de toute la semaine, et pensa que s'il calculait bien – deux heures et demi, pas trop tard – il pourrait même avoir du thé et des gâteaux. Il tourna donc dans la rue étroite, et une ou deux minutes plus tard il se tenait devant la librairie. Il y avait une nouvelle enseigne – Librairie Cul-de-Sac, écrit en lettres cursives dorées sur un fond bleu – mais le panneau Changement de Direction était toujours accroché à la fenêtre.

« Salut, Bilbon, appela-t-il en passant la porte, faisant tinter la cloche. Jolie enseigne. »

Bilbon sortit de nulle part, souriant et lui adressant un signe de tête.

« Oh, bonjour, dit-il. Ça fait un moment que je ne t'ai pas vu. Oui, en effet, ton frère m'a aidé à l'installer.

- Ce n'est pas mon... »

Fili décida finalement que ça n'en valait pas la peine.

« Cul-de-Sac, dit-il. À cause de Sacquet ?

- En effet, dit Bilbon en retournant vers l'arrière-boutique. Est-ce que je peux t'offrir du thé ? Du café ? Est-ce que Kili en veut ?

-Duthé, ce serait très bien, dit Fili. Kili n'est pas là, par contre. Il està l'école. Il n'est que deux heures et demie.

- À l'école ? dit Bilbon. »

Il réapparut après avoir supposément mis la théière à chauffer.

« Ah, oui, bien sûr. Comment s'en sort-il à l'école ?

- Plutôt bien, en fait, dit Fili. Il a eu un B moins en anglais hier. Thorin est fou de joie.

- Oh, bien, dit Bilbon. Je suis content d'apprendre qu'ils font des ajustements pour son handicap.

- Son – hum ? dit Fili. »

Il se retourna, cessant d'inspecter l'étagère la plus proche pour regarder Bilbon en fronçant les sourcils.

« Il n'est pas handicapé.

- Oh, eh bien, pas physiquement, bien sûr, dit Bilbon en agitant la main. Mais son handicap d'apprentissage. Sa dyslexie, je veux dire.

- Euh, dit Fili. »

Il commençait à avoir l'impression qu'ils avaient deux conversations différentes.

« Kili n'est pas dyslexique. Il a eu un B moins en anglais.

- Vraiment ? »

Bilbon sembla surpris, puis plutôt embarrassé.

« Oh là là, je m'excuse. Je pensais – mais non, clairement, j'ai fait une erreur. Je suis terriblement désolé.

- Non, attendez, dit Fili. Pourquoi pensiez-vous qu'il était dyslexique ? Est-ce qu'il vous l'a dit ?

- Non, pas du tout, dit Bilbon. C'est juste que – eh bien, lors de son premier jour ici, je lui ai demandé de ranger quelques livres, et j'ai bien peur qu'il ait fait un très mauvais travail. Il semblait penser que la meilleure façon de s'y prendre était de les mettre à côté de livres qui avaient l'air similaires. J'ai pensé que c'était dû à la nervosité, mais je lui ai redemandé hier, et il a fait la même chose. Et – eh bien, je ne voulais pas embarrasser le pauvre garçon, mais j'ai juste supposé...

- Non, d'accord, dit Fili. Ouais, ça doit être autre chose. Je veux dire – je lui demanderai. Parce que c'est bizarre.

- Autre chose, certainement, dit Bilbon. Oui, bien sûr. Seulement je me demande bien de quoi il peut s'agir. »

Fili ouvrit la bouche pour répéter que Kili avait eu un B moins en anglais, mais il fut interrompu par son téléphone commençant à vibrer dans sa poche. Il le sortit, prêt à rejeter l'appel – supposant que c'était Tristan, appelant pour discuter d'autres conneries – mais il vit que c'était Kili.

« Attendez une seconde, dit-il à Bilbon. »

Il sortit de la boutique et répondit au téléphone, qu'il porta à son oreille.

« Hé, ça va ?

- Salut. »

Kili avait une petite voix anxieuse à l'autre bout du fil.

« Est-ce que tu peux venir me chercher à l'école ? Ils ne veulent pas me laisser partir sans que tu – euh, s-signes un truc.

- Signer ? demanda Fili. Quel est le problème ? Tu es malade ? »

Il saisissait déjà son antivol, composant le code de sa main libre.

« Non, dit Kili d'une voix encore plus basse. J'ai été – j'ai, j'ai été suspendu. »

Fili se figea alors qu'il retirait l'antivol de la roue.

« Tu... quoi ? dit-il.

- Ils disent que je dois rentrer chez moi, dit Kili, mais ils ne veulent pas me laisser partir. »

Il avait une voix encore plus anxieuse maintenant.

« Est-ce que tu peux – tu veux bien venir me chercher ?

- Ouais, dit Fili. »

La peur dans la voix de Kili le poussait à l'action.

« Ouais, oui. Merde, OK, j'arrive tout de suite. Ne bouge pas, d'accord ?

- Merci, dit Kili. »

Fili ouvrait juste la bouche pour demander ce qui avait bien pu se passer, quand l'appel fut coupé. Fili éloigna le téléphone de son oreille et le fixa une seconde, se demandant s'il devait rappeler. Mais non, Kili était manifestement paniqué, donc la meilleure chose à faire était d'y aller le plus vite possible. Il enfila son casque et sauta sur son vélo, pédalant sur King's Parade assez vite pour mériter un sermon d'un professeur qui s'écarta juste à temps.

Fili arriva à la maison en un temps record, lâchant le vélo et passant à la Range Rover. Il ne voulait pas rentrer en vélo avec Kili – voulait pouvoir garder un œil sur lui. Son esprit avait tourné à vive allure tout le long du chemin, et il était à peu près sûr d'avoir deviné : Kili avait dû se battre. Certainement. Les ados étaient des petits enfoirés vicieux, et Kili avait pratiquement une cible peinte sur le dos, avec la façon dont il était si silencieux et passif et – et bizarre. Mais il était impossible que Kili ait démarré une bagarre – parfaitement impossible – et Fili allait définitivement dire ça au directeur quand il arriverait à l'école. En quoi pouvait-il être juste de suspendre Kili pour quelque chose qui n'était même pas sa faute ? Il était hors de question que Fili les laisse s'en sortir comme ça.

Le temps qu'il arrive à l'école, Fili s'était mis dans un état de rage vertueuse. Il se dirigea vers le bureau de la réception et jeta un regard noir à la femme derrière.

« Fili Écu-de-Chêne, dit-il. Je viens chercher mon – euh, Kili Écu-de-Chêne.

- Ah oui, dit la femme avec un sourire placide. Le directeur veut vous dire un mot.

- Ouais, marmonna-t-il, eh bien, je veux lui dire un mot, moi aussi. »

Il frappa brièvement et entra dans le bureau sans attendre de réponse. L'homme derrière le bureau – le directeur, supposa Fili – leva les yeux de ce qu'il écrivait et fronça les sourcils.

« Je peux vous aider ? demanda-t-il.

- Fili Écu-de-Chêne, dit Fili. »

Le directeur était mince et distingué, cheveux gris acier, lunettes en écaille, veste en tweed, la totale. Fili le détesta immédiatement.

« Ah, oui, dit le directeur en désignant une chaise. Fermez la porte, je vous prie. »

Fili ferma la porte et s'assit, rigide. Dr Williams, disait la plaque sur le bureau du directeur. Fili la fusilla du regard.

« Très bien, dit Williams. J'ai conscience que Kili a des circonstances – plutôt spéciales, et je lui ai grandement laissé la bride sur le cou depuis qu'il est arrivé ici, pour cette raison. En effet, j'ai été très satisfait de voir l'amélioration de son comportement cette dernière semaine. Cependant, je suis sûr que vous le comprendre, je ne peux pas permettre qu'un comportement tel que celui-ci reste impuni.

- Un comportement tel que quoi ? demanda Fili. »

Williams marqua une pause.

« Kili ne vous l'a pas dit au téléphone ? demanda-t-il. »

Fili se surprit à grincer des dents.

« Non, dit-il. Pas du tout. »

Williams resta silencieux un moment. Puis il soupira et joignit ses doigts en pointe devant lui, fronçant les sourcils comme s'il cherchaitcomment expliquer.

« Kili a été surpris en train de réaliser un – acte sexuel sur un autre élève dans les toilettes, dit-il enfin. »

Le fil des pensées furieuses de Fili s'interrompit brusquement. Il fixa Williams, la bouche ouverte.

« Il – quoi ? demanda-t-il. Un quoi ?

- Une fellation, dit Williams comme s'il s'agissait d'une maladie déplaisante. Je suis sûr que vous comprendrez, je ne peux pas tolérer un tel comportement.

- Une f... Vous... Je... »

Fili cligna des yeux, sa colère oubliée devant la magnitude de sa stupéfaction.

« Il était – avec un garçon ? Kili ?

- L'orientation de l'acte ne fait aucune différence, bien sûr, dit Williams. S'il s'était trouvé avec une fille, la punition aurait été identique. »

Fili avait l'impression qu'il devrait répondre quelque chose, mais son cerveau semblait avoir entièrement cessé de fonctionner.

« Vous êtes sûr ? dit-il enfin. Je veux dire – est-ce que ça pourrait être une erreur ?

- Pas d'erreur, dit Williams. Il a été pris en flagrant délit, en l'occurrence. Je suppose que vous allez en informer son assistant social ? »

Fili hocha la tête sans vraiment faire attention à la question. Kili, sucer un mec dans les chiottes ? Kili, qui supportait à peine qu'on le touche, qui ne pouvait probablement même pas rassembler le courage de se présenter à quelqu'un ? Kili ?

« Je veux dire, vous êtes vraiment sûr, pourtant ? dit-il, incapable de dépasser la certitude que ça ne pouvait absolument pas être vrai. Parce que Kili – parce que ce n'est pas, ce n'est pas ce genre de gosse. »

Williams soupira.

« La suspension est pour trois jours, dit-il. Il peut revenir jeudi prochain. Si ce comportement s'est arrêté, et s'il continue de travailler comme cette dernière semaine, je ne vois pas de raison de ne pas mettre ça derrière nous. »

Fili déglutit.

« Jeudi, dit-il, cherchant juste quelque chose à dire. »

Toute sa fureur s'était complètement évaporée, le laissant purement éberlué.

« Jeudi, dit Williams. À présent, j'ai besoin que vous signiez ceci pour attester que vous l'avez pris en charge. »

Fili signa le papier qu'on lui tendait, puis se leva et suivit Williams vers une petite pièce nue où Kili était assis sur une chaise en plastique. Kili se leva dès qu'ils entrèrent et s'agita nerveusement, sans croiser le regard de Fili.

« Salut, marmonna-t-il.

- Salut, dit Fili. »

Il ne savait pas vraiment quoi dire d'autre. Kili avait l'air identique – timide, maigrichon, comme rétréci dans son sweat-shirt trop large. Il n'avait pas l'air de quelqu'un qui coucherait dans les toilettes de l'école. Mais apparemment, les apparences pouvaient être trompeuses.

Kili se rétrécit davantage sous le regard inquisiteur de Fili.

« Est-ce qu'on rentre à la maison ? demanda-t-il d'une toute petite voix. »

Et soudain, Fili ne put imaginer un endroit où il avait moins envie d'être que cette école, avec le directeur qui les observait avec désapprobation.

« Ouais, dit-il. Foutons le camp d'ici. »

Ils ne parlèrent pas sur le chemin du retour. Fili surveilla la circulation, conduisit de façon responsable, tout en entendant en boucle la voix du directeur dans sa tête. Fellation. En flagrant délit. C'était quoi, ce bordel ?

Quand il se gara dans l'allée, cependant, Kili lui jeta un regard en biais.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda-t-il. Suspendu, je veux dire.

- Ça veut dire que tu ne peux pas retourner à l'école, dit Fili. »

Il coupa le moteur et fronça les sourcils en direction du volant.

« Tu ne peux pas y retourner avant jeudi prochain. C'est une punition.

- Ils – me punissent en ne me faisant pas aller à l'école ? demanda Kili, l'air perplexe.

- Ouais, dit Fili. C'est assez stupide. Maistu sais ce qui est stupide, aussi ? »

Kili secoua la tête.

« Sucer une bite dans les toilettes de l'école, dit Fili. C'est quoi ce bordel, Kili ? À l'école ? À quoi tu pensais ? »

Kili écarquilla les yeux.

« Je suis désolé, dit-il. Je n'ai pas – je n'ai pas réalisé que c'était mal. »

Fili ouvrit la bouche pour dire – quelque chose de très bruyant et déplaisant. Mais ensuite ça le frappa. Kili avait seize ans. Bien sûr, il était nerveux et timide et il donnait envie aux gens de le serrer dans leurs bras, mais il avait seize ans, et c'était un garçon, et il n'y avait pas si longtemps que Fili avait cessé d'être un garçon de seize ans lui-même. Il savait comment c'était. Bien sûr, il n'avait jamais baisé personne dans les chiottes de l'école, mais c'était parce qu'il savait que c'était un truc stupide à faire. Contrairement à Kili, apparemment.

« Eh bien, ça l'est, dit-il enfin, essayant mentalement de se réconcilier avec cette nouvelle facette de Kili. Tu ne peux pas – bordel, Kili, non, tu ne peux pas coucher avec quelqu'un à l'école. »

Kili se recroquevilla un peu, et Fili soupira.

« Écoute, je comprends, dit-il. Je comprends vraiment, OK ? T'as seize ans, t'es tout le temps excité, parfois t'as l'impression que tu vas exploser si tu ne fais pas quelque chose tout de suite. Mais tu dois la garder dans ton pantalon, OK ? Attends au moins de rentrer à la maison. »

Il marqua une pause, fronçant les sourcils.

« Oh, et si tu décides de ramener ton petit ami à la maison, fais en sorte que Thorin ne s'en rende pas compte, OK ? Crois-moi, ça n'en vaut pas la peine. »

Kili fronça les sourcils.

« Je n'ai pas de petit ami, dit-il.

- Hein ? dit Fili. Le directeur a dit que tu suçais quelqu'un dans les toilettes. Je veux dire, un mec. Non ?

- Si, dit Kili. Ce n'est pas mon petit ami. »

Fili eut la sensation qu'il ne pourrait peut-être pas supporter beaucoup plus de révélations sur le côté sauvage de Kili.

« C'est qui, alors ? demanda-t-il.

- John, dit Kili.

- John... ?

- Euh, John, dit Kili. Il est en sixième année. Je ne connais pas son nom de famille.

- Il – Tu... dit Fili, regardant Kili bouche bée. Tu lui as sucé la bite et tu ne connais même pas son nom de famille ? Quoi, tu l'as vu dans le couloir et tu as été pris d'un désir incontrôlable ? Tu as dû le traîner aux chiottes pour un "quickie" ? C'est quoi ce bordel, Kili ? »

Kili se recroquevilla dans le coin, s'appuyant contre la porte.

« Je suis désolé, dit-il. Je suis désolé, je suis désolé, il m'aidait. Il m'aide.

- Il t'aide à faire quoi ? demanda Fili. »

Il avait conscience de crier, mais il ne tenait pas vraiment à y faire quoi que ce soit, parce que baiser son petit ami était une chose – une chose stupide, mais au moins compréhensible – mais baiser un parfait étranger ? À l'école ?

« Il t'aide à quoi, à perdre ta virginité ?

- Avec mes devoirs, dit Kili. Il m'aide. Il me donne les essais. »

Fili le fixa avec horreur.

« Il quoi ? demanda-t-il.

- Les essais, babilla Kili, les yeux écarquillés et implorants. Les essais, parce que Thorin était tellement fâché, et – et John m'a montré où aller le premier jour, et il m'a demandé vendredi comment j'allais et j'avais une retenue, je ne voulais pas que tu sois en retard et j'ai dit, j'ai dit – et il a dit qu'il pouvaitme vendre les essais mais je n'avais pas d'argent, alors j'ai dit – j'ai dit que je pouvais coucher avec lui, mais il a dit qu'on ne pouvait pas, parce que les toilettes n'étaient pas assez grandes, mais que je pouvais le sucer et que ça irait si je le faisais chaque fois qu'il voulait. »

Il fixa Fili, la respiration haletante.

« Il a dit que ça irait, dit-il. Je ne savais pas qu'on ne pouvait pas le faire aux toilettes. »

Fili regarda Kili, bouche bée, essayant de comprendre ce qu'il venait de dire. Putain, tout se passait si bien – tout avait l'air de se passer si bien – et maintenant – et maintenant il s'avérait que Kili – que Kili -

« Bordel, Kili, dit-il. Bordel. C'est – c'est de la prostitution. C'est tout simplement de la prostitution. Sans parler de plagiat et – et de tout un tas d'autres trucs merdiques. »

Kili le fixa.

« OK, dit-il. Ah bon ?

- Oh merde, dit Fili. Oh merde. Oh merde. Thorin va sauter au plafond, putain. »

Il ne pouvait pas réfléchir, ne pouvait pas vraiment comprendre ce qui était arrivé. Mais il savait une chose, et c'était que ça finirait mal lorsque Thorin l'apprendrait.

Kili écarquilla impossiblement les yeux et son visage se visa de toute couleur.

« Ah oui ? murmura-t-il. »

Puis il secoua brusquement la tête.

« Tu n'es pas obligé de lui dire, dit-il. Tu n'es pas obligé. Comme pour la retenue. S'il te plaît, tu n'es pas obligé de lui dire.

- Euh, je crois qu'il remarquera que tu as été suspendu pendant trois putain de jours, Kili, dit Fili. Et ce n'est pas comme une retenue. C'est comme... »

Il s'interrompit, parce que ce n'était comme rien. Il n'y avait rien dans l'expérience de Fili qui soit comme ça.

« Non, non, ne lui dis pas, dit Kili en secouant désespérément la tête. S'il te plaît, tu n'es pas obligé. Je vais, je vais faire en sorte que ça vaille le coup. »

Il se pencha soudain en avant, posant une main sur la cuisse de Fili avant de la remonter vers son entrejambe.

« Je peux faire en sorte que ça vaille le coup, dit-il dans un souffle. »

Il fallut un moment au cerveau de Fili pour réaliser ce que Kili était en train de faire – parce que putain, quoi, putain, quoi – mais ensuite il passa à vitesse maximale, et Fili agrippa le poignet de Kili, éloigna le bras de Kili de son entrejambe et le repoussa dans son siège. Kili se recroquevilla, mais Fili n'allait pas en rester là – il lutta avec la porte, l'ouvrant d'un coup et se jeta hors de la voiture, reculant en trébuchant dans l'allée jusqu'à être à dix mètres de distance. Il resta debout, respirant fort, fixant la portière ouverte. Kili ne le suivit pas – il était à peine visible, une silhouette recroquevillée sur le siège passager – et Fili resta debout et le fixa et le fixa et le fixa.

« Que... murmura-t-il tout seul. Putain, quoi ? Putain, quoi ? »

Il y eut un silence alors – rien d'autre que le bruit lointain des voitures et le cœur de Fili tambourinant dans ses oreilles. Kili lui avait fait des avances. Il l'avait peloté. Il lui avait offert – quelque chose. Kili. Kili. Comment ?

Enfin, Fili réalisa qu'il devait faire quelque chose. Il ne pouvait pas juste rester là toute la journée à fixer la voiture. Alors il retourna vers la portière ouverte. Il ne toucha pas la voiture, ne se pencha pas en avant. Il avait la chair de poule partout et une mauvaise sensation dans le ventre, comme s'il allait vomir. Il resta debout à côté de la voiture et ne regarda pas à l'intérieur.

« Rentre dans la maison, dit-il. Va dans ta chambre. On réglera ça plus tard. »

Il n'y eut que le silence dans la voiture. Fili serra les poings.

« Kili, va dans cette putain de maison, dit-il. »

Il y eut un mouvement, alors, la portière s'ouvrit et se referma, le bruit rapide des pas de Kili. Fili ne regarda pas. Il attendit d'entendre la porte de la maison s'ouvrir et se refermer, puis il s'appuya lourdement contre la voiture.

« Putain, murmura-t-il. C'est tellement naze. »

Et il sortit le téléphone et appela Thorin. Il tomba sur le répondeur – bien sûr – et faillit raccrocher, mais il avait besoin de Thorin, il avait besoin de lui, alors il déglutit et réussit à parler.

« Thorin, rentre à la maison, dit-il. Rentre tout de suite. J'ai besoin de ton aide. »

Il mit fin à l'appel, couvrant sa bouche d'une main. Il ne pouvait pas tirer ça au clair, rien de tout ça. Mais Thorin le ferait. Thorin tirerait ça au clair.

Il remit le téléphone dans sa poche et s'assit sur le seuil pour attendre.

(-)

Voilà voilà voilà... maintenant je pense que tout le monde voit ce qui est arrivé dans la chambre de Thorin, le premier soir. Si toujours pas, ce sera dit dans le prochain chapitre.

N'en veuillez pas à Fili de sa réaction – il n'était pas du tout préparé à ça, et à 19 ans ça reste un gosse...

Sinon le halloumi est un fromage.

Et pour celles que ça intéresse : j'ai décrit un jour cette fic comme 'des montagnes russes émotionnelles'. Et l'auteur a totalement approuvé.