Ririte : Je te comprends très bien ! Et en matière de trucs choquants arrivés à Kili, on ne fait qu'effleurer la surface... Je ne dis pas ça pour te décourager ! Oui c'est normal de vouloir lire la suite. Ça me faisait la même chose quand je la lisais, c'est signe que c'est bien écrit. Chapitre 15

Fili n'était pas sûr de savoir depuis combien de temps il était assis là quand la voiture entra dans l'allée, un peu trop vite. Il se leva quand Thorin sortit, mais il n'alla pas à sa rencontre. Qu'allait-il dire ? Il ne le savait pas. Rien n'avait plus de sens maintenant que quand c'était arrivé. Tout était absurde.

« Fili, dit Thorin en se dirigeant vers lui à grands pas. Est-ce que ça va ? Que s'est-il passé ?

- Kili, dit Fili. »

Il fixa Thorin.

« C'est Kili. »

Thorin s'arrêta devant lui, un froncement de sourcils creusant profondément son visage.

« J'avais un message de l'école sur mon téléphone, dit Thorin. Suspendu ? Que s'est-il passé ?

- Il – Il m'a touché, dit Fili. Thorin, dit-il, se sentant soudain petit et perdu. Thorin, il a mis sa main sur ma bite. »

Thorin resta immobile, presque comme s'il était figé, silencieux, fixant Fili. Puis il ferma les yeux un moment, l'air soudain épuisé.

« Où est-il maintenant ?

- Tu n'es pas surpris, dit Fili. »

Sa voix semblait étrange à ses propres oreilles, comme si elle appartenait à quelqu'un d'autre.

« Fili, où est Kili ? demanda Thorin. Est-ce qu'il va bien ?

- Il est à l'étage, dit Fili. Je l'ai envoyé dans sa chambre. Thorin – Thorin, pourquoi tu n'es pas surpris ? »

Thorin resta silencieux un moment, l'observant avec une expression troublée. Puis il posa les mains sur les épaules de Fili.

« Tu es glacé, dit-il. Rentrons à l'intérieur. Nous pourrons discuter. Tu pourras me raconter ce qui s'est passé.

- Je ne sais pas ce qui s'est passé, dit Fili. Rien de tout ça n'a de sens. »

Thorin hocha la tête. Il n'avait pas l'air en colère, réalisa Fili. Seulement triste.

« À l'intérieur, dit-il. Viens. Il faut te réchauffer. »

Il passa un bras autour de Fili et lui fit passer la porte, traverser le couloir et entrer dans la cuisine. Fili se sentait à moitié étourdi, déconnecté de la réalité. Le bras chaud de Thorin sur ses épaules était la seule chose qui l'attachait à la réalité. Thorin n'était pas en colère. Kili avait fait des avances à Fili et Thorin n'avait même pas l'air en colère du tout. Que se passait-il ?

Thorin le fit asseoir sur une chaise et alla allumer le chauffage central. Une ou deux minutes plus tard, il revint avec un plaid du salon, qu'il passa sur les épaules de Fili, et plaça une tasse de thé fumant devant lui. Il marqua une pause, les mains sur les épaules de Fili, et serra gentiment. Puis il contourna la table et s'assit face à Fili, les épaules en arrière comme s'il se préparait à quelque chose.

« Dis-moi ce qui s'est passé, dit-il. »

Et Fili le fit. Il lui raconta tout, depuis le coup de fil de Kili jusqu'à son propre coup de fil à Thorin. Il lui raconta la pipe dans les toilettes, l'élève de sixième année qui faisait les devoirs de Kili pour lui, la façon dont Kili avait si désespérément cherché à ce que Thorin ne soit pas au courant. Ce qu'il avait offert en échange du silence de Fili. Et tout au long de l'histoire, Thorin se contenta de rester assis et de l'observer. Il ne l'interrompit pas. Il ne s'énerva pas. Il n'eut même pas l'air surpris. Juste triste. Juste tellement triste.

Enfin, Fili eut terminé. Il prit une gorgée de thé, sentant la façon dont elle le réchauffa.

« Thorin, dit-il. Je n'avais aucune idée – aucune idée qu'il était comme ça. Je ne comprends pas, il a l'air si timide. Je croyais que c'était un bon gosse. »

Thorin couvrit son visage de ses mains un moment, appuyant ses doigts sur ses yeux fermés. Il joignit les mains devant ses lèvres, comme s'il priait, puis soupira et appuya ses paumes contre la table.

« Fili, dit-il, lentement et soigneusement, est-ce que tu te souviens de la deuxième nuit que Kili a passée ici, quand je t'ai demandé de le sortir de ma chambre ?

- Je ne risque pas d'oublier ça tout de suite, dit Fili. »

Il frissonna légèrement en se rappelant la litanie d'excuses murmurées par Kili. Mais il fronça ensuite les sourcils quand une pensée le frappa.

« Attends, dit-il. Attends – il était – merde, il ne te l'a pas fait aussi, si ? »

Thorin ne répondit pas pendant un moment, comme s'il essayait de décider combien en révéler. Puis il hocha la tête.

« Quand je me suis réveillé, il était dans mon lit, dit-il. Il avait déjà... »

Il s'arrêta, l'air nauséeux. C'était suffisant, de toute façon. Fili n'avait pas besoin d'un dessin.

« C'est quoi ce bordel, Thorin ? dit-il. Je veux dire – je ne – Est-ce que c'est, quoi, est-ce que c'est un genre d'accro au sexe ou quelque chose ? Je veux dire – je ne, je ne comprends pas.

- Non, rien de similaire, dit Thorin. »

Il marqua de nouveau une pause, quelque chose comme du chagrin sur son visage.

« Ces choses qu'il fait, dit-il enfin. Ces – avances. J'ai parlé à Bombur, et il me dit que ce sont des signes clairs d'abus. Que Kili a subi des violences.

- Ben, ouais, duh, dit Fili. On le savait. On savait que son père le battait.

- Pas des violences physiques, dit Thorin. Des violences sexuelles. »

Et en réalité, Fili l'avait su. Quelque part au fond de son esprit, il l'avait compris quelques minutes plus tôt, quand Thorin lui avait rappelé cette nuit, presque deux semaines plus tôt. Mais il n'avait pas voulu savoir, n'avait pas voulu y penser. Avait espéré que c'était autre chose.

« Merde, dit-il. Merde, Thorin. »"

Thorin ne répondit pas. Il resta assis en silence, laissant Fili absorber l'information. Et Fili l'absorba. Il avait l'impression qu'elle s'imprégnait en lui, comme quelque chose de dégoûtant, gluant, froid.

« Mais pourquoi ? demanda-t-il. S'il a été – si quelqu'un lui a fait du mal, l'a forcé à faire des choses – pourquoi est-ce qu'il essaierait de continuer ? Maintenant qu'il est en sécurité, il ne devrait pas juste être heureux que plus personne n'abuse de lui ? Je veux dire, quoi, Thorin, ça veut dire que ça lui plaît, ou quoi ? »

L'idée que quelqu'un fasse ça à Kili – l'idée que ça lui plaise – le faisait se sentir sale et malade, mais il devenait de plus en plus clair pour Fili qu'il ne comprenait pas vraiment la moindre chose sur Kili, sur ce qui lui était arrivé, sur la façon dont son esprit fonctionnait et ce qu'il pensait de certaines choses. Et il avait offert, il n'en avait pas besoin, mais il l'avait fait quand même.

« Non, dit Thorin. Non, je ne peux pas imaginer que ça luiplaise le moins du monde. »

Il soupira.

« C'est difficile à comprendre pour toi et moi, Fili. Nous n'avons aucune expérience d'une telle chose, de comment ça peut affecter une personne. Bombur me dit que quand quelqu'un est exposé pour la première fois au sexe de la façon dont Kili l'a été, la personne a – des idées déformées à ce sujet. »

Il fronça les sourcils un long moment.

« Ce qu'il a fait aujourd'hui – je doute que ça ait le moindre rapport avec l'attirance ou le plaisir, seulement avec une transaction. Il utilisait le sexe comme une – monnaie d'échange, en quelque sorte. Et quand il est venu dans ma chambre, il m'a semblé qu'il pensait être – censé fournir... des services pour moi. Peut-être pensait-il que ça faisait partie de sa punition, ou peut-être que c'était seulement parce que je tiens le rôle de son... »

Il marqua une pause, l'air de nouveau nauséeux.

« De son gardien, termina-t-il. »

Fili déglutit. Kili avait essayé de coucher avec Thorin parce que Thorin était son gardien. Les violences sexuelles devaient être perpétrées par quelqu'un. Quelqu'un avait fait ça à Kili, avait si gravement profité de lui qu'il pensait que c'était ce que tout le monde voulait de lui. Et Fili – Fili pensait savoir qui était ce quelqu'un. Par Dieu, il pensait savoir.

« Thorin, non, dit-il soudain. »

Il se leva et repoussa sa chaise dans un grand bruit.

« Non, non. Non. Son père – son père est mort il y a deux ans. Kili avait quatorze ans. Quatorze ans, Thorin. Il – il ressemble à un putain d'orphelin à la Dickens, pour l'amour du ciel, il avait quatorze ans. Non, ce n'est pas – c'était son père. »

Thorin le regarda en secouant la tête.

« D'après ce que me dit Bombur, il est fort probable que ces violences aient eu lieu pendant la majeure partie de la vie de Kili, dit-il. Kili n'a pas dit un mot à ce sujet, mais il semble probable que ça se soit arrêté à ses quatorze ans, pas que ça ait commencé. »

Fili ferma les yeux.

« Non, dit-il. Non, ce n'est pas – c'est tellement dégueulasse. Ça ne peut pas être vrai. Personne ne ferait ça, franchement, franchement. »

Il entendit la chaise de Thorin racler le sol, et un instant plus tard, il fut enveloppé dans un câlin. Thorin et lui ne s'en faisaient pas souvent – généralement quand ils ne s'étaient pas vus depuis un moment, et alors juste une brève étreinte. Ça, en revanche – Fili ne se souvenait d'avoir reçu un câlin comme ça depuis des années. Les bras de Thorin étaient chaleureux et protecteurs autour de lui, et il se blottit légèrement contre lui, agrippant la chemise de Thorin comme s'il avait cinq ans. Tout était dégueulasse, tellement dégueulasse, et il voulait juste que quelqu'un fasse en sorte que tout ça ne soit pas vrai.

Ils restèrent ainsi longtemps, si bien que les bras de Thorin devaient commencer à fatiguer. Fili pleura un peu – le visage enfoui dans l'épaule de Thorin, et Thorin le laissa faire, ne dit rien à ce sujet – mais il finit par s'écarter. Savoir ce qui était arrivé à Kili pesait dans son ventre comme un gros tas de graisse froide, écœurante. Il ne voulait pas que ce soit là, mais c'était là quand même. Il ne savait pas que penser à ce sujet, que ressentir à ce sujet. Mais il savait une chose : il était en colère. Il était soudainement, violemment, vert de rage.

« Putain, dit-il. L'école était au courant ? Tu leur as dit qu'il avait été – qu'il était, qu'il pourrait faire quelque chose comme ça ? »

Thorin secoua la tête.

« Bombur leur a peut-être dit, dit-il. J'ai parlé à Kili à ce sujet, je lui ai dit que sa vie était différente maintenant. Je ne pensais pas... »

Il passa une main sur ses yeux.

« J'ai été tellement naïf, dit-il.

- Non, non, dit Fili. Dis pas de conneries. Ils l'avaient, il était juste là, et ils ont laissé ça arriver. Ce gamin, John – qui fait ça, putain ? Un gosse comme Kili, tellement timide, et il dit, ouais, bien sûr, je te laisse échanger ta bouche contre ces essais. Des putains d'essais de niveau C, pour la plupart ! »

Il savait qu'il commençait à être incohérent, mais il ne savait pas comment s'arrêter. Et c'était stupide, stupide d'être en colère que le gosse n'ait même pas fait un travail décent pour tricher aux devoirs de Kili, pas quand les autres choses qu'il avait faites étaient si viles. Mais il était quand même en colère pour ça. En colère pour ça et le reste, en colère pour tout.

« Je vais découvrir qui c'est, dit-il. Je vais le – putain – je vais... »

Thorin l'agrippa, alors, le saisit par les épaules et le secoua légèrement.

« Non, dit-il. Tu ne feras pas cela. »

Fili lui lança un regard noir.

« Il mérite un coup de pied dans les dents, dit-il.

- Peut-être, dit Thorin. Mais l'agression est illégale, et je pense – j'espère – que je t'ai élevé mieux que ça. L'école se chargera de John.

- C'est la police qui devrait se charger de lui, dit Fili. L'école sert à rien, bordel.

- Kili a seize ans, dit Thorin. Il a l'âge de consentir, et il a consenti. Je doute que la police puisse y faire quoi que ce soit.

- T'appelles ça le consentement ? demanda Fili. Tu viens de le dire. Il est bousillé. Il ne sait même pas ce que ça veut dire.

- Quand bien même, dit Thorin avec un soupir. Je vais certainement contacter un avocat, mais je doute qu'il en sorte quoi que ce soit. Mais l'école, au moins, le punira pour avoir aidé Kili à plagier.

- Pour ça ? dit Fili. Ils vont le punir pour ça mais pas pour avoir profité d'un gosse qui a été abusé toute sa putain de vie ? »

Il secoua la tête, s'arrachant à la prise de Thorin et passant une main dans ses cheveux.

« Il ne va pas retourner là-bas, dit-il. Pas question. Il ne remettra jamais les pieds dans cette école.

- Non, dit Thorin, le visage assombri par la colère. Certainement pas. Nous trouverons d'autres arrangements.

- Bon Dieu, dit Fili. »

Il s'appuya sur le dossier d'une chaise, serrant fort. Pensant à quel point il avait envie de la soulever et de la lancer.

« Putain, Thorin. Qu'est-ce que je suis censé faire de tout ça ? Je suis tellement en colère, putain. Et son père est mort, il est mort, putain. Il ne peut même pas aller en prison pour ce qu'il a fait.

- S'il n'était pas mort, Kili serait sans doute encore avec lui, dit Thorin. Tu devrais en être content.

- Je ne suis content de rien, dit Fili. »

Il y avait un mal de crâne naissant derrière son œil droit, et il ferma les yeux, se pinçant l'arête du nez.

« J'espère que c'était douloureux quand il est mort. J'espère que ça lui a fait un mal de chien. J'espère que ça a pris beaucoup de temps. »

Puis quelque chose pivota en lui. La fureur qui le maintenait debout laissa la place à autre chose – mais quoi, il n'en était pas sûr. La culpabilité, l'épuisement, le désespoir. Il s'assit brusquement, avec l'impression de ne plus pouvoir tenir debout.

« Putain, dit-il. Je parle comme un psychopathe. »

Thorin soupira et s'assit à côté de lui, plaçant un bras autour de ses épaules.

« J'ai eu des pensées similaires, dit-il. Comment quiconque peut se conduire d'une telle façon envers un enfant est... »

Il secoua la tête.

« Mais il est mort. Il ne peut y avoir aucune vengeance. Jamais.

- Alors quoi ? demanda Fili.

- Alors nous aidons Kili, dit Thorin. Ce sera une route plus dure, bien plus longue et douloureuse que de nous venger sur son tortionnaire. Mais ça vaudra plus, tellement plus. »

Fili s'assit, fixant la table. Il y avait encore de la colère en lui – il ne voulait pas y renoncer, ne voulait pas s'abandonner entièrement au désespoir qui bouillait en-dessous. Comment pouvait-il aider Kili ? Il avait essayé d'aider Kili, il avait essayé pendant deux semaines, et tout ce qu'il avait fait, c'était rester là, inconscient que Kili se faisait blesser sous son nez. Peut-être que Fili était au pub, à parler d'Aristote avec Tristan pendant que Kili était à genoux dans les toilettes de l'école. Comment pouvait-il aider Kili alors qu'il n'avait même pas remarqué à quel point le gosse était bousillé ?

Autre chose le frappa alors, et il se tourna abruptement vers Thorin, une vague de peur le traversant.

« Et les MST ? dit-il. Et, et le sida ?

- Il a été testé, dit gravement Thorin. J'attends encore les résultats.

- Quoi ? demanda Fili. Quand ? »

Mais c'était évident, bien sûr.

« Quand – quand je l'ai emmené à l'hôpital, dit-il. C'est pour ça que tu voulais qu'il y aille ? »

Thorin hocha la tête.

« Il y avait plusieurs raisons, dit-il, mais c'était la question du sida qui rendait l'affaire si urgente.

- Merde, murmura Fili. Mais – est-ce qu'on peut l'attraper avec des pipes ? Je veux dire, ce John – même s'il était clean avant, et si... ?

- Je crois qu'il est improbable qu'il ait attrapé quelque chose de John, dit Thorin. En tout cas, les MST n'apparaissent pas dans le sang avant plusieurs semaines, et le sida peut prendre jusqu'à six mois. Nous le ferons tester à nouveau aux moments appropriés.

- Comment sais-tu tout ça ? demanda Fili. »

Thorin soupira.

« Bombur me l'a dit, dit-il. »

C'est alors que ça frappa Fili, le frappa vraiment pour la première fois. Thorin savait. Il avait su tout du long. Quand Fili parlait à Bombur ce jour-là, quand il avait emmené Kili à l'hôpital, quand il avait vu ces radios, Thorin savait déjà ce qui était arrivé à Kili. En partie, en tout cas. Quand Fili était rentré à la maison et avait déversé sa rage, Thorin savait qu'il y avait plus dans tout ça que des os brisés et de la malnutrition. Il savait.

« Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? demanda-t-il, commençant à sentir à nouveau les élans de la colère. Est-ce que c'était une sorte de stupide instinct protecteur ? J'ai dix-neuf ans, Thorin, je peux le supporter.

- Quand tu auras mon âge, tu comprendras que dix-neuf ans, ça peut sembler vraiment très jeune, dit Thorin. »

Puis il soupira et ferma brièvement les yeux.

« Peut-être que c'était en partie ça. Mais surtout, je voulais que tu sois capable de le voir tel qu'il est. De voir qui il est, pas ce qui lui a été fait. Je pensais que si je te le disais, tu verrais toujours ça en premier, et je voulais – je voulais pouvoir le traiter comme un enfant normal. Je lui ai parlé, je pensais qu'il comprenait que sa vie serait différente maintenant, et puisqu'il n'était là que pour quelques semaines, j'ai pensé que peut-être tu n'aurais jamais à savoir. »

Il secoua la tête.

« Je vois maintenant que j'avais tort. J'ai tant appris ces deux dernières semaines, Fili, et si j'étais de nouveau confronté à la même décision, je ferais un choix différent. Mais ce qui est fait est fait. »

Fili ne savait pas quoi répondre à ça. Aurait-il fait ça ? Vu Kili comme une chose brisée, sans prendre la peine d'essayer d'apprendre à le connaître ? Été trop horrifié par ça pour essayer d'être son ami ? L'aurait-il fait ?

Peut-être que oui.

« Eh bien, je le connais, maintenant, dit-il. Je sais qui il est.

- Et je suis heureux de ça, à défaut d'autre chose, dit Thorin. »

Fili hocha lentement la tête. Il connaissait Kili. Kili était discret, poli, timide. Kili avait peur beaucoup trop souvent. Et Kili était blessé, bien plus gravement que Fili ne l'avait réalisé. Il n'était pas un accro au sexe ou un taré. On lui avait juste fait défaut, tous ceux qui avaient jamais eu la chance de l'aider.

Fili ne ferait pas partie de ces gens.

« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda-t-il. »

Thorin resta silencieux un moment, réfléchissant.

« Nous parlerons à Kili, dit-il enfin. Nous devons essayer de lui faire comprendre qu'il est en sécurité ici. Que nous n'attendons rien de lui. De plus, il est clair que ses problèmes d'éducation sont plus grands que je le pensais. »

Il marqua une pause, une expression de culpabilité traversant son visage.

« Si je n'avais pas insisté si fort pour qu'il fasse ses devoirs... commença-t-il.

- Oh, non, dit Fili. Non, non, ne fais pas ça. C'est la faute de ce John, et de l'école, et de son putain de père. Pas la tienne. Pas la tienne, Thorin.

- Je suis heureux que tu penses ça, dit Thorin. Néanmoins, je ne peux me voir comme dépourvu de blâme dans tout cela. Sinon autre chose, j'ai été dangereusement inconscient et naïf.

- On est deux, marmonna Fili. »

Il secoua la tête.

« Bilbon pense qu'il a une dyslexie, dit-il. »

Il venait de se souvenir de la conversation qu'il avait eue avant que la journée ne lui explose au visage. Thorin fronça les sourcils.

« Quoi que ce soit, nous devons atteindre le fond de cette histoire, dit-il. Et si tu allais le chercher ? »

Fili hocha la tête et se leva. Il se sentait tremblant, mais que ça vienne de la colère ou de son cœur peiné il n'en était pas sûr. À la moitié du couloir, il s'arrêta,de nouveau frappé par la magnitude de tout ça. Kili, si discret et maigrichon. Seize ans, mais semblant tellement plus jeune. Et les paroles de Thorin - il semble probable que ça se soit arrêté à ses quatorze ans, pas que ça ait commencé. Il dut s'appuyer contre la rampe un moment afin de laisser passer une vague de nausée à cette idée.

« OK, murmura-t-il. OK. Il va bien maintenant. Personne ne peut l'atteindre maintenant. »

D'une façon ou d'une autre, il se maîtrisa assez pour monter les escaliers. Il resta debout devant la porte de Kili pendant longtemps, rassemblant son courage jusqu'à en avoir assez pour frapper.

« Hé, appela-t-il. Hé, Kili, tu es décent ? »

Silence. Fili fronça les sourcils et ouvrit la porte, jetant un œil. La chambre était vide, le lit fait, pas de désordre sur le sol. Fili déglutit et entra, allant vérifier l'autre pièce.

Vide. Tout était vide.

« Kili ? dit Fili. »

Mais c'était stupide, parce que Kili n'était manifestement pas là.

« Kili ? »

Il tourna lentement sur lui-même, puis marqua une pause, face au coin. Le coin où Kili rangeait la sacoche qu'il n'avait jamais vidée.

Elle avait disparu.

« Oh non, souffla Fili. Non, non non non. »

Il avança d'un pas vers le coin, comme si s'approcher révélerait la sacoche cachée quelque part, comme s'il était possible qu'elle soit là sans que Fili la voie. Mais elle n'était pas là. Elle n'était pas là.

« Thorin, dit Fili. »

Il recula en trébuchant, retournant sur le palier.

« Thorin. »

Thorin apparut en bas des escaliers, fronçant les sourcils.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Fili secoua la tête.

« Il n'est pas là, dit-il. Il n'est pas là, Thorin. Il est parti. »

(-)

Dun dun DUUUUUUN ! À dimanche prochain...