Bon. J'avais dit décembre, on est en janvier. Je suis vraiment désolée, vous avez dû croire que cette fic était abandonnée, mais maintenant la traduction va reprendre son rythme normal. J'avais traduit ce chapitre en octobre, mais j'attendais d'avoir bien entamé le suivant pour le mettre en ligne. À l'époque, j'avais voulu faire une intro façon série télé. Vu le temps que vous avez attendu, ce n'est pas plus mal... Du coup...

Précédemment, dans Changement de Direction :

« Kili a subi des violences. Des violences sexuelles. »

« Il semble probable que ça se soit arrêté à ses quatorze ans, pas que ça ait commencé. »

« Il n'est pas là, Thorin. Il est parti. »

Chapitre 16

« Merde, dit Thorin. »

C'est là que Fili sut que ça allait vraiment mal. Thorin jurait rarement, en tout cas devant Fili, même si Fili lui-même parlait parfois comme un charretier.

« Où est-il parti ? demanda Fili, comme si Thorin pouvait avoir la réponse. »

Thorin secoua la tête, jetant un regard vers la porte d'entrée.

« La porte d'entrée est toujours verrouillée de l'intérieur, dit-il. »

Fili secoua la tête.

« J'étais assis sur le palier de la porte arrière tout ce temps, dit-il. Je l'aurais forcément remarqué. Et il aurait fallu qu'il passe devant la porte de la cuisine pour sortir par là. »

Thorin fronça les sourcils.

« Les fenêtres, peut-être ? Vérifie les fenêtres. Et vérifie les autres pièces là-haut. Je m'occupe du rez-de-chaussée. »

Mais il est parti, songea Fili. Vérifier les autres pièces ne leur servirait à rien si Kili n'était plus dans la maison. S'il était déjà à mi-chemin de la ville, en route vers la gare ou la station de bus. La dernière fois qu'il avait disparu, ça avait duré deux ans. Comment le retrouveraient-ils ? Le retrouveraient-ils seulement ?

« Fili, dit brusquement Thorin. »

Fili réalisa qu'il ne faisait que fixer les escaliers d'un air idiot.

« Regarde dans les autres pièces.

- Ouais, dit Fili. D'accord, ouais. »

Il se retourna abruptement, et se dirigea vers la chambre de Thorin. Elle était vide, bien rangée, le soleil de fin d'après-midi passant par la fenêtre fermée. Il faisait encore jour. Kili n'était pas dehors dans le noir.

La chambre de Fili. La salle de bains que personne n'utilisait jamais. La deuxième chambre d'amis. Le bureau où Fili n'était entré qu'une ou deux fois dans sa vie. Pourquoi y avait-il tant de pièces dans cette maison ? Quel était l'intérêt, quand Kili n'était dans aucune d'entre elles. Aucune des fenêtres n'était ouverte. Il n'y avait personne ici.

Fili se retrouva debout, impuissant, sur le palier, le cœur battant beaucoup trop vite. Kili avait eu peur. Il avait peur quand il était entré dans la maison, peur dans la voiture, tripotant désespérément Fili, lui offrant son propre corps pour repousser la punition qui le terrifiait. La colère de Thorin. Fili lui avait dit, il lui avait dit que Thorin serait furieux. Il était furieux lui-même. Et maintenant Kili avait disparu.

Fili plaça une main sur sa bouche. Tout avait si mal tourné. Quelques heures plus tôt il se tenait devant la librairie, regardant la nouvelle enseigne. Planifiant où il emmènerait Kili pendant le week-end. Et maintenant il ne le reverrait peut-être jamais. Comment allait-il veiller sur lui-même, dehors dans le froid, tout seul ? Comment trouverait-il de l'argent ?

Fili savait. Il savait comment.

Il retourna dans la chambre de Kili, comme si Kili pouvait y être apparu par miracle, assis sur le lit, attendant qu'on le trouve. Mais non. La chambre était aussi vide qu'avant, la sacoche pas plus dans son coin. La fenêtre était fermée, le loquet aussi. Fili s'avança et regarda dehors, mais il n'y avait aucune trace de quelqu'un sur la route ou dans les champs. Le vélo de Kili était dans le coffre de la Range Rover, et Fili avait les clés dans sa poche. Où était-il ?

Fili entendit le bruit des pas de Thorin dans l'escalier, et un moment plus tard, Thorin lui-même apparut dans l'embrasure. Il avait l'air harassé, les cheveux en désordre, et Fili se souvint soudain de ce moment deux semaines plus tôt, quand Thorin était apparu comme une goule devant lui et l'avait fait mourir de peur.

« Tu l'as trouvé ? demanda Thorin. »

Fili secoua la tête, et Thorin jura de nouveau.

« J'appelle la police, dit-il, sortant son téléphone de sa poche. »

Mais Fili vit alors quelque chose. Le lit, bien fait, n'était pas aussi bien fait qu'il l'avait cru. Une partie du drap était défaite, tombant au sol. Dans la chambre de Fili, ça n'aurait même pas été visible parmi tous les vêtements, livres, et tasses de café qui couvraient chaque surface disponible. Mais ici, dans cette chambre qui donnait à peine l'impression d'être occupée, ça ressortait.

Et peut-être...

Fili se mit à genoux sur le sol, se pencha et regarda sous le lit. Il fallut un moment à ses yeux pour s'habituer à l'ombre, mais quand il le fit, il vit une paire d'yeux le regarder, écarquillés, fixes. Une vague de soulagement lui retourna l'estomac.

« Thorin, dit-il. Thorin, je l'ai trouvé. »

Thorin, qui parlait déjà à quelqu'un au téléphone, s'arrêta abruptement. Il se retourna pour regarder Fili, qui lui rendit son regard et désigna le lit d'un geste.

« Peu importe, dit Thorin au téléphone. Il est là. »

Et il coupa l'appel et s'approcha d'un pas.

Sous le lit, Kili recula encore davantage dans l'ombre. Fili secoua la tête et leva une main vers Thorin.

« Hé, dit-il en gardant une voix basse et calme, tu pourrais – nous donner une minute ? »

Il regarda Thorin pour le voir fixer le lit avec un regard désenchanté. Mais il hocha la tête.

« Je serai en bas, dit-il. Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit. Quoi que ce soit, Fili, c'est compris ?

- Ouais, dit Fili. Ouais, j'ai pigé. Merci. »

Thorin se détourna, son pas lourd se réverbérant dans le sol et remontant dans les genoux de Fili. Fili attendit qu'il soit à la moitié des escaliers, puis se retourna vers le lit, s'étirant pour s'allonger sur le ventre, imitant la position de Kili sous le lit.

« Hé, dit-il. Salut. Tout va bien ? »

Kili se contenta de le fixer en silence. Il avait sa sacoche avec lui, vit Fili, serrée contre lui tel un talisman. Il avait prévu de s'enfuir, alors. L'estomac de Fili se retourna quand il comprit à quel point ils étaient passés près de le perdre.

« Hé, dit-il. Je ne suis pas fâché. Thorin n'est pas fâché. Personne n'est fâché contre toi, Kili. Tout va bien, tu ne crains rien. Il ne va rien arriver de mal. »

Kili ne répondit pas. Il resta absolument immobile sous le lit, si bien que si Fili n'avait pas pu voir ses yeux, il l'aurait pris pour un tas de vêtements. Mais il voyait les yeux de Kili, ronds et légèrement vitreux. Et Kili avait bougé quand Thorin s'était approché. Il était encore là-dedans, encore conscient. Il n'était pas en train de se balancer, ou de répéter qu'il était désolé. Ça devait être bien, non ?

« Thorin n'est pas en colère, répéta-t-il. Personne ne va te faire de mal. Je te le promets. Je te le promets, d'accord ? J'ai promis que je veillerais sur toi, et je vais le faire. Je vais m'assurer qu'il ne t'arrive plus jamais rien de mal. Tu n'as pas besoin de t'inquiéter. »

Il n'y eut aucune réponse de Kili, à rien de tout ça, et Fili commença à paniquer un peu. Il tendit un bras hésitant, glissant sa main sous le lit. Cela, au moins, suscita une réaction, mais pas celle qu'espérait Fili : Kili recula brusquement, s'appuyant contre le mur, agrippant sa sacoche contre sa poitrine.

« Oh, hé, woah, dit Fili en reculant sa main. OK, très bien. Je ne m'approche pas. Je ne vais pas te toucher. Je ne suis pas fâché. Je ne suis pas fâché, Kili, c'est promis. »

Kili resta tendu, appuyé contre le mur. Sa bouche s'ouvrit un peu, mais il ne parla pas. Fili, allongé avec la joue appuyée contre le sol, commença à se sentir impuissant. Comment allait-il faire sortir Kili de là-dessous ? Comment pourrait-il le convaincre qu'il était en sécurité, que rien n'allait lui arriver ? Il entendit, soudain, ses propres mots dans sa tête : Thorin va sauter au plafond. Putain, c'était sa propre stupide faute. Il n'avait pas réfléchi, n'avait pensé à rien sinon les stupides putains de devoirs et les – et les pipes. Les violences, qu'il ne savait pas être des violences à l'époque. Tout était en bordel. Un tel putain de bordel.

« OK, très bien, dit Fili en essayant de se recomposer. Je ne m'approche pas. Tu es en sécurité, OK ? Mais je ne vais pas partir. Je ne peux pas te laisser, Kili, parce que j'ai peur que tu t'enfuies. Je ne veux pas que tu t'enfuies. Tu ne serais pas en sécurité dehors. Il fait froid, et il n'y a personne là-dehors pour veiller sur toi. Tu es en sécurité ici. Tu es en sécurité avec Thorin et moi. On veillera sur toi. Et si tu veux rester sous le lit, très bien. Personne ne va t'en sortir de force. Mais il y a de la nourriture en bas, et le chauffage est allumé, et on pourra regarder Blue Planet. Je dirai à Thorin d'acheter du gâteau. Si tu veux regarder tout seul, tu peux, aussi – je pourrai te laisser seul dès que je saurais que tu ne vas pas t'enfuir. »

Il marqua une pause, attendant de voir s'il y aurait une réaction. Il n'était pas sûr d'en attendre une – honnêtement, il disait juste ce qui lui passait par la tête, et il n'était pas sûr que ça ait beaucoup de sens. Quand bien même, quand Kili ne bougea pas, ne parla pas, il ressentit une pointe de déception.

« D'accord, alors, dit-il. Tu es sous le lit. Je comprends. Tu te sens mieux là-dessous. C'est d'accord, ça ne me dérange pas. Mais je vais rester ici, OK ? Je ne vais rien faire. Je vais juste rester là. Alors si tu as besoin de quoi que ce soit, dis-le-moi juste. »

Il marqua une pause, essayant de lutter contre la sensation d'impuissance, espérant que ça ne se voyait pas sur son visage.

« Kili, tu n'as pas à avoir peur de moi, OK ? S'il te plaît, n'aie pas peur de moi. »

Kili ne répondit pas, et Fili soupira et s'assit. Il s'appuya contre le lit, dos à Kili. Qu'est-ce qu'il allait faire maintenant ? L'adrénaline était encore aiguë dans son estomac, lui donnant plus ou moins la nausée, mais il ne pouvait rien faire, ni se battre, ni fuir. Il pouvait parler à Kili, ou il pouvait rester juste assis là en silence et espérer qu'au bout d'un moment Kili sortirait tout seul.

Il resta donc assis, pendant ce qui lui sembla très longtemps. Le silence s'abattit, et Fili commença à guetter de petits bruits. Il entendit le vent dehors souffler dans les arbres sans feuilles. Une voiture passant dans la rue. Un avion au-dessus de leurs têtes. Il entendait sa propre respiration, ses propres battements de cœur. Mais il réalisa, au bout d'un moment, qu'il n'entendait pas du tout Kili. Et bien sûr c'était juste parce que le gosse respirait très doucement, mais quand bien même, une fois que Fili l'eut remarqué, il eut l'idée irrationnelle que Kili était peut-être juste mort sous le lit. Peut-être que Fili allait rester assis là, à attendre qu'il sorte pendant des heures, mais il ne le ferait jamais, parce qu'il ne pouvait pas. Et il savait, il savait absolument que c'était un truc ridicule à imaginer, et pourtant, tandis qu'il restait assis en silence à fixer le mur, pour une raison quelconque l'idée se fit de plus en plus exigeante, jusqu'à ce que les cheveux commencent à se dresser sur sa nuque.

« Putain, marmonna-t-il enfin. »

Peut-être qu'il était un type rationnel, peut-être qu'il se félicitait de ses capacités à réfléchir logiquement, mais bordel, il allait juste vérifier. Juste au cas où.

Il se remit sur le ventre et jeta un regard sous le lit. Kili était toujours là, à le regarder. Et respirait toujours.

Fili poussa un soupir de soulagement.

« Salut, dit-il. Je vérifie juste. »

Kili ne dit rien, et Fili roula sur le dos, contemplant le plafond.

« Je me cachais parfois sous le lit, autrefois, dit-il. Pour jouer à cache-cache. Mon oncle Frerin jouait avec moi. »

Il sourit à ce souvenir, plutôt vague parce qu'il n'avait que six ans quand Frerin était mort, mais toujours présent, en morceaux, le grand rire de Frerin, sa barbe, sa joie quand il trouvait Fili.

« Thorin ne voulait jamais jouer, dit-il. Il parlait toujours de trucs d'adultes. Frerin n'était pas comme ça. Et il me trouvait toujours, mais il n'arrivait jamais à trouver K... »

Il marqua une pause, réalisant à quel point ce qu'il était sur le point de dire aurait eu l'air bizarre.

« Um, je veux dire, mon ami, dit-il. J'avais cet ami imaginaire. Maman disait toujours que c'était parce que j'étais fils unique. Elle disait que c'était un frère imaginaire. »

Il sourit tout seul, pensant au Kili imaginaire. Comme c'était bizarre de ressentir une affection nostalgique pour quelqu'un qui n'avait même jamais existé.

« Frerin n'arrivait jamais à le trouver, dit-il. Évidemment, puisqu'il était imaginaire. Mais il essayait quand même. »

Il renifla.

« Quel type bizarre. »

Il y eut un bruit minuscule sous le lit – juste le bruit de Kili qui bougeait légèrement – et Fili regarda du coin de l'œil, essayant d'être aussi discret que possible. Kili n'était plus appuyé contre le mur – il était à plat ventre, la tête tournée vers Fili. Il le regardait toujours, mais un peu différemment, maintenant. D'un air moins terrifié, peut-être.

Fili se remit à regarder le plafond.

« Maman jouait aussi, parfois, dit-il. Elle ne cherchait jamais mon ami, cela dit. Elle disait qu'il était trop doué pour se cacher. Moi, par contre. Elle me trouvait toujours en cinq minutes. »

Il rit un peu.

« Elle savait toujours où j'étais. Elle m'a toujours connu mieux que je ne me connaissais moi-même. »

Kili inspira légèrement. Fili se retourna pour le regarder – sans se cacher cette fois.

« Hé, dit-il. Ça va ? »

Kili le fixa tellement longtemps que Fili faillit recommencer à raconter des histoires, mais, enfin, il parla. Sa voix n'était qu'un murmure rauque, à peine audible.

« Pourquoi tu te cachais ? demanda-t-il.

- C'était un jeu, dit Fili. Cache-cache. Tu te caches, et l'autre personne doit essayer de te trouver. C'est marrant. »

Kili le fixa, un air d'incompréhension sur le visage. Et Fili y réfléchit, se demanda si Kili avait déjà pu jouer à cache-cache. Pensa aux raisons pour lesquelles Kili aurait pu se cacher dans sa vie. Il sentit le désespoir lui retourner de nouveau l'estomac. Comment pouvait-il jamais aider vraiment Kili si même ses souvenirs d'enfance heureux ressemblaient à des cauchemars pour le gosse ? Ils étaient si différents. Trop différents.

Mais non. Non. Tout le monde dans la vie de Kili avait soit renoncé à lui, soit l'avait maltraité. Fili n'allait pas être une autre personne qui se contentait de tourner le dos parce que c'était trop dur. Alors il y réfléchit.

« Quand tu te sens en sécurité, dit-il lentement, essayant de réfléchir à chaque mot, quand tu sens en sécurité, c'est bien de jouer à des jeux qui seraient effrayants s'ils étaient réels. »

Il réfléchit, essayant de comprendre comment ça marchait.

« Je suppose que c'est à cause de – du frisson. De l'adrénaline. Comment quand tu faisais du vélo très vite. Quand ce n'est pas dangereux, c'est un bon sentiment. »

Il tourna la tête pour regarder Kili, pour voir comment avançait son explication. Kili n'avait pas vraiment l'air de comprendre, mais il écoutait. C'était un début.

« J'ai toujours su que ma mère m'aimait, dit-il. Je savais qu'elle ne me ferait jamais de mal, qu'elle allait toujours veiller sur moi et me faire des câlins et tout arranger quand j'étais blessé ou triste. Et savais que Oncle Frerin et Oncle Thorin m'aimaient aussi. Même Oncle Thorin – j'avais un peu peur de lui quand j'étais gamin, parce qu'il est si grand et grincheux, mais je savais que même s'il me jetait des regards noirs ou me grondait, je savais qu'il m'aimait vraiment et qu'il me protégerait toujours. Alors j'étais en sécurité. Je savais que j'étais en sécurité. Et donc ce n'était pas si effrayant quand je me cachais et que Oncle Frerin me cherchait, ou quand ma mère me courait après dans le jardin. C'était marrant, parce que je savais que quand ils m'attraperaient ils allaient seulement me faire des câlins et me chatouiller et me dire qu'ils m'aimaient. »

Il fixa le plafond, une marque bizarre sur le plâtre.

« C'est ça que ça veut dire. C'est ce que je veux dire quand je te dis que je vais veiller sur toi. Quand je te dis que ça va aller. Je veux dire que tu seras en sécurité. Tu n'as pas besoin d'avoir peur. Tu peux avoir une nouvelle vie maintenant, comme je l'ai toujours eue. »

Il se retourna pour regarder de nouveau Kili.

« Je sais que tu ne comprends pas, dit-il. Tu n'arrives pas à l'imaginer. Je comprends ça. Je ne peux pas imaginer ce que ça a été pour toi, moi non plus. Mais je te le dis. Tout va bien. Personne ne va te faire de mal. Personne n'est fâché. Rien de tout ça n'était ta faute, pas vraiment. »

Il marqua une pause, regardant Kili.

« Est-ce que tu me crois ? demanda-t-il. »

Kili ne répondit pas. Fili, cependant, vit qu'il avait relâché sa prise sur sa sacoche, si bien que maintenant seul le bout de ses doigts était posé dessus. C'était quelque chose. C'était un pas en avant.

« Est-ce que tu allais t'enfuir ? demanda-t-il. »

Kili lui jeta un regard anxieux, et Fili s'empressa de secouer la tête.

« Je ne serai pas fâché, dit-il. Si c'est le cas, je comprendrai. Je ne serai pas fâché. »

Kili hésita un moment, puis hocha la tête.

« J'avais peur, murmura-t-il.

- Est-ce que tu as encore peur ? demanda Fili.

- Ouais, dit Kili après une brève pause. »

Fili hocha la tête.

« OK, dit-il. C'est pas grave. »

Il fronça les yeux en direction de la sacoche un moment. Il était resté assis sur le seuil de la porte de derrière pendant – combien de temps ? Au moins vingt minutes. Kili avait une clé maintenant, il aurait pu sortir par devant n'importe quand.

« Pourquoi tu ne l'as pas fait ? demanda-t-il enfin. »

Kili le fixa puis haussa les épaules.

« Je ne savais pas où aller, dit-il. Et ensuite tu es venu ici et c'était trop tard. »

Fili imagina Kili, l'entendant monter les escaliers, se cachant précipitamment sous le lit. Par peur de lui. De ce qu'il pourrait faire. L'idée le rendit malade.

« Je ne vais pas te faire de mal, dit-il. Je te l'ai promis, pas vrai ? Je te l'ai promis, et Thorin te l'a promis, aussi. »

Kili hocha lentement la tête.

« Ouais, dit-il.

- Est-ce que tu me crois ? demanda Fili. »

Les doigts de Kili fléchirent sur la sacoche.

« Parfois, murmura-t-il.

- OK, dit Fili. »

C'était un début. C'était quelque chose.

« Est-ce que tu me crois en ce moment ? »

Kili l'observa un long moment. Fili retint sa respiration et sourit, essayant d'avoir l'air aussi peu menaçant que possible. Et enfin, Kili bougea. Il rampa un peu vers l'avant, puis marqua une pause, fixant Fili.

« Il n'y a pas de place, dit-il.

- Oh, merde, dit Fili. »

Il s'assit rapidement et recula, laissant de la place à Kili. Un moment plus tard, Kili sortit de sous le lit et s'assit à son tour. Ses mains s'étaient resserrées sur sa sacoche, les phalanges blanchies. Mais il était sorti. Il était sorti de sous le lit.

« OK, dit Fili. OK. »

Il leva une main, puis la rabaissa rapidement quand Kili recula d'un ou deux mètres.

« D'accord, d'accord, tout va bien. Tout va bien. »

Kili le fixa, respirant un peu trop fort. Il était à moitié accroupi, maintenant, la sacoche serrée dans une main, comme s'il était prêt à fuir. Il était entre Fili et la porte, et Fili espérait que Thorin avait verrouillé la porte de derrière.

« Tout va bien, dit Fili en gardant fermement les mains sur ses genoux. Tout va bien. Personne ne te touche.

- Où est Thorin ? demanda Kili. »

Il rebondit légèrement sur la pointe des pieds, jetant un regard rapide par-dessus son épaule.

« En bas, dit Fili. Il n'est pas fâché. »

Kili déglutit, et Fili hocha la tête, réfléchissant vite.

« Je vais l'appeler, OK ? dit-il. Je vais l'appeler et lui dire que tu vas bien. Est-ce que ça te va ? »

Kili y réfléchit. Fili pouvait pratiquement voir les engrenages tourner dans son cerveau – fuir ou rester, croire Fili ou croire ses instincts. Fili n'était pas sûr de ce qu'il ferait si les instincts l'emportaient. Mais enfin, Kili hocha la tête.

« OK, dit-il. S'il – s'il n'est pas fâché.

- Pas du tout, dit Fili. »

Il sortit son téléphone – lentement, très lentement – et composa le numéro de Thorin. Celui-ci répondit immédiatement.

« Quelque chose ne va pas ? demanda Thorin.

- Ça va, dit Fili. Il est sorti de sous le lit. Je vais te mettre sur haut-parleur, d'accord ?

- Très bien, dit Thorin d'une voix un peu perplexe. »

Fili activa le haut-parleur et brandit le téléphone.

« Kili veut savoir si tu es fâché contre lui, dit-il. »

La réponse de Thorin fut immédiate.

« Non, dit-il. Je ne suis pas fâché contre lui du tout.

- Et tu vas toujours tenir ta promesse, pas vrai ? dit Fili. De ne pas lui faire de mal ?

- Je ne poserai jamais un doigt sur lui, dit Thorin d'une voix ferme. Je ne ferais jamais ça. »

Fili hocha la tête.

« Tu vois ? dit-il à Kili. Tout va bien. Tout ira bien. Alors veux-tu venir en bas ? »

Kili gigota un peu, l'air incertain.

« Qu'est-ce qu'on fera quand on arrivera ? Est-ce qu'on regardera Blue Planet ? »

Fili sentit le soulagement le traverser dans une grande vague.

« Si c'est ce que tu veux, dit-il. J'étais sérieux pour le gâteau, aussi. Est-ce que ça te plairait ? »

Kili hocha lentement la tête. Fili l'imita, puis se leva, aussi lentement que possible sans tomber.

« Très bien, alors, dit-il. Tu es prêt ? »

Il ne tendit pas la main pour aider Kili – ne savait pas combien de temps ça pourrait prendre avant qu'il ne puisse essayer ça à nouveau – et au bout d'un moment, Kili se leva aussi. Il resta debout, son regard incertain passant de Fili à la porte, sa sacoche encore sur l'épaule, la main serrée sur la bretelle.

« Tu n'as pas besoin de ça, dit Fili. Tu peux la remettre dans le coin. »

Une expression d'anxiété traversa le visage de Kili, et sa main se resserra sur la sacoche. Fili sentit son cœur s'enfoncer, et il leva les mains, paumes vers l'extérieur.

« Tu peux la garder si tu veux, dit-il. Tu n'as pas à faire quoi que ce soit si tu ne veux pas. On va y aller, OK ? Tu peux la garder. »

Il contourna Kili, passant le plus au large possible, puis ouvrit la route pour sortir de la pièce. Ses épaules commençaient à être douloureuses à force de tension, et sa tête lui faisait encore plus mal maintenant, mais il l'ignora, guettant le bruit des pas de Kili derrière lui. Voilà. Il suivait.

En bas, Thorin était debout dans le couloir. Fili entendit les pas de Kili s'arrêter dans l'escalier, et il regarda derrière lui pour le voir figé, une main agrippant la rampe, l'autre sur sa sacoche.

« Bonjour, Kili, dit Thorin d'une voix douce et basse. Comment te sens-tu ? »

Kili ne répondit pas.

« Nous allons regarder Blue Planet, dit Fili à Thorin, en essayant de garder un ton léger. »

Le regard de Thorin passa de lui à Kili.

« J'espérais que nous pourrions parler de ce qui s'est passé, dit-il.

- Assez de discussion pour l'instant, dit Fili. Kili veut voir les baleines. »

Thorin l'observa un moment, puis hocha la tête.

« Va pour les baleines, dit-il.

- Et du gâteau, ajouta Fili. J'ai dit qu'on mangerait du gâteau. »

Il fixa Thorin, voulant lui faire comprendre que Fili ne voulait pas qu'il quitte la maison.

Et Thorin comprit.

« Je vais envoyer mon assistante à Fitzbillies, dit-il. »

Fili s'affaissa un peu sous le soulagement.

« Merci, dit-il. C'est super. »

Thorin hocha la tête et disparut dans la cuisine, n'ayant apparemment pas besoin qu'on lui dise qu'il n'était pas invité à la fête de la biologie marine. Fili dirigea Kili vers le salon et partit allumer la télé. Quand il se retourna, cependant, Thorin était debout sur le seuil, une paire de couvertures dans les bras.

« Le chauffage central met un peu de temps à démarrer, dit-il.

- Ouais, dit Fili en prenant les couvertures. Ouais, je sais. »

Il sourit à Thorin et posa rapidement une main sur son bras.

« Merci, dit-il. C'est – tu aides, merci.

- Bien sûr, dit Thorin. »

Il s'éclipsa, fermant la porte derrière lui.

Fili se tourna vers Kili, qui était assis dans un coin du sofa, les jambes repliées sous lui, la sacoche sur les genoux.

« Tiens, dit-il en tendant la couverture. Tu vas avoir froid. »

Kili fixa la couverture si longtemps que Fili envisagea de simplement la poser sur le sol et reculer. Mais enfin, il descendit du sofa et tendit la main, prenant la couverture sans jamais toucher Fili. Il retourna sur le sofa en un instant, enveloppant la couverture autour de lui et observant Fili de près. Mais Fili se contenta de rester debout en souriant.

« C'est bon ? dit-il. Tu as plus chaud ?

- Ouais, dit Kili. Merci.

- Pas de problème, dit Fili. »

Il s'assit dans un fauteuil, laissant Kili avoir le canapé pour lui tout seul, et lança le DVD. Il avait conscience que Kili ne regardait pas l'écran – qu'il observait Fili à la place. Mais Fili pouvait vivre avec ça. Si Kili avait besoin de l'observer pour se convaincre qu'il était en sécurité, Fili se laisserait observer jour et nuit.

Sur l'écran, la baleine apparut, incroyablement grosse, plongeant dans les profondeurs froides de l'océan bleu. Fili la regarda, et Kili regarda Fili et tout n'allait pas bien, pas du tout. Mais Kili était là, en sécurité, là où Fili pouvait le voir, et pas à un arrêt de bus ou dans une rue quelque part, en proie au froid et à la faim et vulnérable. Donc ça allait. C'était mieux que ça n'aurait pu être. Et si c'était tout ce qui était au menu pour l'instant, Fili s'en contenterait.

Il s'en contenterait.

(-)

Pfou ! Je vous dis pas comme ce chapitre a été éprouvant. Curieusement, il a été plus éprouvant que le précédent à traduire...