Bonjour ! Je sais, ce chapitre devait arriver la semaine dernière. Malheureusement, il se trouve que depuis la parution du chapitre 16, j'ai commencé la formation au permis de conduire – plus spécifiquement, les leçons de code. Entre les révisions et l'heure de code quotidienne le soir, j'ai beaucoup moins de temps pour traduire.
Dimanche dernier j'ai juste oublié de mettre le chapitre 17 mais lundi je me suis aperçue qu'avec mon nouvel emploi du temps je n'étais pas du tout sûre que le chapitre 18 soit prêt pour aujourd'hui. Donc pour éviter que je passe tout mon temps libre à faire de la traduction, je vais passer à un chapitre toutes les 2 semaines. Le chapitre 18 arrivera donc le premier week-end de février.
Chapitre 17
Fili ne dormit pas bien cette nuit-là.
Ils ne parlèrent pas, au final. Ils regardèrent Blue Planet à la suite, pendant des heures, jusqu'à ce que les yeux de Fili soient irrités par l'épuisement et que Kili ait l'air pâle et fantomatique. Ils mangèrent du gâteau, et prirent même le dîner devant la télévision, ce que Thorin interdisait habituellement sous peine de mort. Enfin, Thorin entra et insista pour qu'ils aillent au lit. Kili y alla sans se plaindre – sans un mot, en fait, aussi silencieux que pendant le reste de la soirée – mais Fili marqua une pause en bas des escaliers.
« Et s'il s'enfuit pendant la nuit ? demanda-t-il. »
Et Thorin lui montra les clés des portes de devant et de derrière – les vieilles grosses clés des verrous qui ne pouvaient pas être ouverts à la main.
« Je compte dormir avec ces clés dans ma poche, dit-il. Toutes les fenêtres sont verrouillées, aussi. »
Fili hocha la tête, trop fatigué pour être soulagé.
« Bien pensé, Batman, dit-il. »
Thorin lui ébouriffa les cheveux.
« Tu as bien agi aujourd'hui, Fili, dit-il. Je suis très fier de toi. »
C'était bien, supposa Fili. Thorin était fier, même si Fili avait tout gâché, même si c'était lui qui avait effrayé Kili au point de le faire fuir en premier lieu. Thorin était fier, mais Fili ne se sentait pas fier. Il ne ressentit pas grand-chose au début, juste la fatigue et une sorte de vide. Mais quand il se réveilla à deux heures et demie, ce fut à l'idée de quelqu'un en train de faire du mal à Kili, le maintenant et le forçant. Pas même Kili tel qu'il était maintenant, comme si ce n'était pas assez horrible comme ça. Kili avant que Fili ne le connaisse, plus jeune, plus maigre – si c'était possible – et seul, complètement seul. Il ferma les yeux, essayant de se débarrasser de cette image. Mais une fois qu'elle fut installée, il fut incapable de s'en débarrasser. Il ne savait pas à quoi ressemblait le père de Kili, mais la silhouette dans son imagination était énorme, sombre, comme un démon. Et l'image ne voulait pas le laisser.
Alors il ne dormit pas – pas vraiment. Il se leva et alla chercher un verre d'eau. Lut un moment. Envisagea de chercher symptômes d'abus sexuel sur son ordinateur, puis décida qu'il ne pourrait pas tout à fait le supporter. Au bout d'un moment il entendit Thorin se lever et descendre. Remonter. Soupirer lourdement sur le palier. Pas la meilleure des nuits pour aucun d'entre eux, supposa-t-il.
Enfin, cependant, le matin arriva. Fili avait réussi à trouver une heure ou deux de sommeil par-ci par-là, et il s'était définitivement senti plus mal dans sa vie. Cependant, il avait le sentiment qu'il allait avoir besoin de sa cervelle aujourd'hui. Hier matin, il avait prévu un samedi tranquille où il aurait montré son université à Kili, peut-être qu'il l'aurait emmené au musée ensuite. Mais maintenant – tout était différent.
Le petit déjeuner fut silencieux. Thorin n'avait pas l'air tellement mieux que Fili, des cernes noires sous ses yeux injectés de sang. Kili était silencieux et discret – ou essayait d'être discret, en tout cas, ce qui était difficile quand toutes les autres personnes de la pièce étaient hyper-conscientes de vous, supposa Fili. Et enfin, quand les céréales et les toasts furent mangés et que la vaisselle fut faite, Thorin s'assit avec un grand soupir.
« J'ai demandé à Bombur de passer, dit-il. Ce n'est pas dans ses habitudes le samedi, mais il a accepté de me faire une faveur. Il sera là dans un peu plus d'une heure. »
Il se tourna vers Kili.
« Si tu es d'accord, j'aimerais que nous parlions de ce qui est arrivé hier avant qu'il n'arrive, dit-il. »
Kili jeta un regard nerveux à Fili.
« OK, dit-il. Je suis désolé, je suis désolé pour les toilettes, vraiment. Et je suis – je suis désolé de – de ce que j'ai fait. »
Il regarda de nouveau Fili.
« Hum, je sais que c'était mal.
- Qu'est-ce qui était mal ? demanda Fili. »
Kili rentra la tête dans les épaules.
« Je – n'aurais pas dû – dans la voiture ? dit-il. Je suis désolé, je savais que dans les voitures il ne fallait pas, je – j'ai pensé que comme on était dans l'allée ça ne serait pas grave. C'était stupide, j'ai été stupide.
- Ce n'était pas la voiture, Kili, dit Thorin. Ce n'était pas la voiture, et ce n'était pas les toilettes. »
Kili déglutit.
« Fili a dit que c'était les toilettes, dit-il. L'école – ils m'ont renvoyé à la maison parce que je l'ai fait dans les toilettes.
- Non, dit Fili. Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Kili, ce n'est pas pour ça que j'étais fâché. »
Un froncement de sourcils anxieux creusa le front de Kili.
« Alors – hum, alors pourquoi ? dit-il. Je ne comprends pas.
- Est-ce que tu te souviens que je t'ai parlé des relations sexuelles la semaine dernière ? demanda Thorin. »
Kili hocha la tête.
« Oui, dit-il. Je me souviens de ça.
- Tu te souviens de ce que je t'ai dit ? dit Thorin.
- Um, vous avez dit – vous avez dit que personne ne voulait avoir de relations sexuelles avec moi, dit-il. »
Puis il secoua rapidement la tête.
« Mais John le voulait. Je ne l'ai pas forcé, il le voulait. »
Thorin resta silencieux un moment.
« Ce n'est pas tout à fait ce que je t'ai dit, dit-il enfin. J'ai dit que personne n'attendait de toi que tu aies des relations sexuelles avec eux. Que personne ne devrait vouloir avoir de relations sexuelles avec toi contre ta volonté. »
Kili hocha rapidement la tête.
« Oui, je me souviens maintenant, dit-il. Oui.
- Bien, dit Thorin. Alors tu comprends que tu devrais seulement avoir des relations sexuelles si tu en as envie ?
- Oui, ouais, oui, je comprends, dit Kili. Ça ne fait rien, alors ? N'est-ce pas ?
- Qu'est-ce qui ne fait rien ? demanda Thorin en fronçant légèrement les sourcils.
- Avec John, dit Kili. Parce que j'en avais envie, donc ça ne fait rien ? Je veux dire, pas dans les toilettes, par contre. Je suis désolé pour les toilettes.
- Tu n'en avais pas envie, dit Fili, incapable de se retenir. Allez, Kili. Tu n'avais pas envie d'avoir des relations sexuelles avec lui, pas vraiment. Tu n'as pas aimé ça. »
Kili lui jeta un regard hésitant.
« Hum. OK, dit-il. Je veux dire – mais je croyais – je veux dire, si, j'ai aimé ça. J'aime ça. J'ai toujours – j'adore ça. »
Il pianota nerveusement sur la table.
« Je – ça va ? Si j'aime ça, ça va ? Parce que je n'en ai – je n'en ai jamais a-assez. »
Fili sentit sa mâchoire se décrocher sous le choc. Un moment plus tard, cependant, la fureur lui monta à la gorge, parce que quelqu'un, quelqu'un avait placé ces paroles dans la bouche de Kili, lui avait appris à parler comme ça, et si ce quelqu'un avait été dans la pièce, Fili lui aurait directement fait passer la figure par la fenêtre. Mais ce quelqu'un n'était pas là, et quand Fili ouvrit la bouche, Thorin lui donna un coup de pied sous la table. Fili se mordit sévèrement la langue et serra les poings, les cachant sur ses genoux pour que Kili ne voie rien. Sa gorge semblait nouée de colère, et il déglutit encore et encore.
Thorin, en revanche, Thorin se débrouillait encore pour avoir l'air calme.
« Qu'est-ce que tu aimes dans le sexe ? demanda-t-il en observant soigneusement Kili.
- Euh, dit Kili. Euh, c'est – Je, je, c'est – vraiment bon, je suis vraiment, je suis vraiment bon, je sais co-comment rendre ça bon. »
Il jeta un regard à Fili, puis à Thorin, une expression presque implorante sur le visage.
« Je sais que vous ne voulez pas, mais je suis vraiment bon, je le jure, dit-il. Tout le monde le dit. »
Fili essaya de se retenir, il essaya vraiment. Mais il n'y arriva pas.
« Tout le monde ? dit-il. Tout le monde qui ? »
Kili le regarda, et quoi qu'il vît sur le visage de Fili, cela le fit blanchir et se recroqueviller sur sa chaise.
« Euh, t-tout... Je suis désolé, je n'ai – je ne s- sais...
- C'est sans importance, dit Thorin en fusillant Fili du regard. Ce n'est pas important pour le moment. Ne regarde pas Fili, regarde-moi. »
Il reprit un visage neutre dès que Kili obéit, sans sourire, mais sans avoir l'air en colère non plus. Fili, à peine capable de contenir sa rage – ses pensées tourbillonnant autour de tout le monde le dit – prit plusieurs inspirations profondes, écoutant ce qui se disait de ce qui lui parut très loin.
« Kili, dit Thorin. Je veux que tu réfléchisses à ce que toi, tu penses du sexe. Pas ce que d'autres gens t'ont dit de penser, pas si tu es – doué pour ça, mais ce que ça te fait ressentir. Tu n'es pas obligé de me le dire, mais je veux que tu y réfléchisses. Est-ce que tu peux faire ça ? »
Kili hocha la tête.
« OK, dit-il. Euh – maintenant ?
- S'il te plaît, ditThorin. »
Alors Kili resta assis. Il resta assis à réfléchir, et tandis qu'il réfléchissait, il commença à avoir l'air de plus en plus mal à l'aise. Il avait la même expression que quand Thorin lui avait demandé ce qu'il avait appris à l'école – la première fois, quand il n'avait rien eu à raconter – et Fili, voyant cette expression d'anxiété grandissante, réussit à mettre de côté sa propre fureur pour se concentrer sur le problème présent.
« Hé, dit-il. »
Sa voix était un peu enrouée, et il s'éclaircit la gorge avant de réessayer.
« Hé, Kili, qu'est-ce que tu dis de ça ? Pense donc à quand tu – quand tu étais aux toilettes avec John, et demande-toi si tu n'aurais pas préféré faire autre chose ? Comme – comme regarder Blue Planet. Est-ce que tu aurais préféré ça, ou est-ce que c'était mieux d'être avec John ? »
Kili sembla soulagé qu'on lui pose une question plus directe. Il fronça les sourcils un moment, puis dit :
« Blue Planet. J'aime bien Blue Planet.
- Très bien, dit Fili. Et maintenant – pense donc aux fois où tu étais – hum, où tu as eu des relations sexuelles dans le passé ? Avant de venir ici, je veux dire. Est-ce que tu aurais aussi préféré regarder Blue Planet ces fois-là ? »
Kili n'hésita même pas cette fois.
« Ouais, dit-il. C'est vraiment bien. Je veux dire – tu trouves que c'est bien, pas vrai ?
- Je trouve que c'est génial, dit Fili. »
Bordel, il était presque prêt à faire recommander David Attenborough pour la sainteté.
« Mais Kili, dit Thorin, quand tu veux des relations sexuelles – quand tu as vraiment envie d'avoir une relation sexuelle – tu ne choisirais pas de regarder la télévision à la place. L'envie de sexe est – insistante. Parfois presque irrésistible. Tu ne peux pas t'empêcher d'y penser, tu ne peux pas t'empêcher de vouloir que l'autre personne te touche, soit proche de toi. »
Il marqua une pause.
« Est-ce que c'était comme ça pour toi ? »
Kili le fixa en silence.
« Um, dit-il enfin. J'en – j'en ai vraiment envie, pourtant. Je... »
Il se retourna pour regarder Fili.
« Mais j'aime juste beaucoup Blue Planet.
- Très bien, dit Fili. OK. C'est très bien. Blue Planet est top. Mais OK, Kili, vois ça comme ça – si quelqu'un – si quelqu'un veut que tu aies des relations sexuelles, ou si tu – si tu penses que tu as peut-être envie de sexe, est-ce que tu peux juste – juste te demander si tu préférerais regarder Blue Planet à la place ? »
Kili fronça les sourcils.
« Et si c'est ce que je préférerais ?
- Alors tu n'as pas de relations sexuelles, dit Thorin. C'est la règle. N'aie pas de relations sexuelles à moins que tu ne préfères définitivement ça à Blue Planet. »
Kili resta immobile, fixant la table. Il avait toujours les sourcils froncés, l'air à la fois inquiet et perplexe.
« Hum, mais, et si – et si quelqu'un veut que je le fasse ? dit-il. Et si quelqu'un me le demande ?
- Non, dit Fili. »
Il réussit à se retenir d'agripper le bras de Kili pour souligner son argument.
« Ça n'a pas d'importance ce que quelqu'un d'autre veut. C'est ce que tu veux qui a de l'importance. Hé, Kili, regarde-moi, OK ? »
Kili, qui s'était un peu recroquevillé sur sa chaise face à la véhémence de Fili, lui jeta un regard en biais.
« Hé, dit Fili. C'est important. Je veux que tu me promettes quelque chose, OK ? »
Quand Kili ne répondit pas, il tapota sur la table avec son index.
« OK ? Tu peux faire ça ?
- OK, marmonna Kili. Qu'est-ce que c'est ?
- Si quelqu'un te demande un jour d'avoir une relation sexuelle avec lui ou elle, je veux que tu m'appelles avant de le faire, OK ? dit Fili. Même si tu penses que ça te plairait plus que Blue Planet. Je veux que tu promettes de m'appeler. N'importe quand, nuit et jour. Promets-moi de ne pas le faire avant de m'avoir parlé. »
Kili ne répondit pas, et Fili tapota de nouveau sur la table, conscient qu'il se montrait insistant d'une façon qui faisait probablement un peu flipper Kili, mais poussé en avant par un sentiment d'urgence. Par la sensation que si Kili ne répondait pas, alors la seule chose que Fili pourrait faire serait de plus jamais le perdre de vue.
« Hé, dit-il. Hé, allez. Est-ce que tu promets. »
Kili jeta un regard à Thorin.
« Um, est-ce que c'est bon ? demanda-t-il. »
Thorin n'avait pas l'air entièrement satisfait de la proposition. Mais au bout d'une ou deux secondes de silence, il hocha la tête.
« Oui, dit-il. Ça me va.
- OK, dit Kili. Ouais, OK. »
Il se retourna vers Fili.
« Ouais, je promets. Si c'est bon.
- Bien, dit Fili en se rasseyant. OK. Tu as intérêt.
- Kili, dit Thorin. Je veux que tu continues de réfléchir à ce que tu penses des relations sexuelles. Parles-en au Dr Grey, ou à Bofur. Ou à Fili ou moi, si tu veux. Il n'y a rien qui presse – quand tu seras prêt. Est-ce que tu veux bien faire ça ?
- Ouais, dit Kili. Oui, ouais. Je dois y réfléchir, et je, um, je dois appeler si quelqu'un veut le faire. »
Il regarda Fili.
« Ces deux choses, hein ?
- Oui, dit Fili. C'est ça. Génial.
- J'ai autre chose à te demander, dit Thorin. »
Il avait l'air très sérieux – non qu'il ait eu une autre expression de toute la matinée – et Kili rentra légèrement la tête dans les épaules.
« OK, dit-il.
- Ce jeune homme, dit Thorin. Ce John. Est-ce que tu as déjà pratiqué – la pénétration avec lui ? Ou seulement le sexe oral ? »
Fili se surprit à redouter la réponse à cette question. Kili avait été seul chaque après-midi cette semaine, entre le moment où il rentrait de l'école ou de la librairie et le moment où Thorin arrivait à la maison. Peut-être qu'il n'y avait pas assez de place dans les toilettes de l'école, mais il y avait des tas d'endroits où Kili aurait pu aller.
« Um, n... Juste, juste l'oral, dit Kili. Il voulait b- euh – me pén-pénitrer, mais il avait dit jeudi après l'école, et je dois, et je dois aller à la librairie le jeudi, et puis vendredi j'ai – j'ai été suspendu. »
Fili échangea un regard soulagé avec Thorin. Dieu soit loué pour l'étrange petit Bilbon Sacquet et sa librairie. Fili n'arrivait pas à décider s'il était plus reconnaissant envers lui ou David Attenborough.
« Et as-tu eu des relations sexuelles avec quelqu'un d'autre que John depuis que tu es venu ici ? demanda Thorin. »
Kili secoua lentement la tête.
« À part quand – vous voulez dire à part quand je – dans votre chambre...
- À part ça, dit Thorin en coupant brusquement la parole à Kili. »
Kili se recroquevilla légèrement et secoua de nouveau la tête, rapidement cette fois.
« Non, dit-il. Non, c'est, c'est tout.
« Bien, dit Thorin d'un ton appuyé. »
Puis, d'un ton plus gentil, il ajouta :
« Bien. Merci de ton honnêteté. »
Un bref silence tomba, Thorin contemplant son thé et Fili restant juste assis, se sentant un peu sonné par tout ce qui avait été dit. Kili, cependant, regarda de l'un à l'autre et gigota nerveusement.
« Hum, dit-il enfin. »
Il eut un léger mouvement de recul quand Thorin et Fili se tournèrent tous les deux vers lui.
« Je – est-ce que je suis – qu'est-ce que je devrais faire maintenant ? Est-ce que je devrais – est-ce que je n'ai vraiment pas d'ennuis ?
- Non, tu n'as pas d'ennuis, dit Thorin. Je ne suis pas fâché contre toi. »
Kili hocha la tête, mais il fixait la table, ses mains se tordant sur ses cuisses, visiblement pas satisfait de la réponse. Fili pencha légèrement la tête pour essayer de voir son visage.
« Hé, dit-il. Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne le crois pas ? »
Kili lui jeta un regard en biais.
« Je... dit-il. Si, ça va. Oui. C'est bien. Je n'ai pas d'ennuis. »
Fili trouva que c'était tout sauf convaincant. Il réfléchir un moment, essayant de déterminer quoi d'autre pourrait inquiéter Kili – comme si ce dont ils avaient déjà discuté n'était pas assez pour s'inquiéter pendant cent ans ou plus – et se retrouva finalement à revoir ce qui s'était passé dans la voiture. Et là il se souvint – avec tout le drame, avec Kili qui s'était jeté sur lui et la révélation de ce qui se trouvait là-derrière, puis qu'il s'était caché sous le lit et tout le reste, Fili avait presque oublié le problème qui avait tout fait remonter en premier lieu.
« Merde, dit-il. Thorin, les fichus devoirs. »
Kili cessa immédiatement de gigoter, et il s'immobilisa de façon presque surnaturelle, le regard fixé sur la table. Fili secoua la tête.
« Hé, Thorin n'est pas en colère pour les devoirs, non plus, dit-il. N'est-ce pas, Thorin ?
- Pas exactement, dit Thorin. J'aimerais que tu aies été plus honnête avec moi, cependant. Peut-être aurions-nous pu éviter... »
Il soupira.
« Enfin, peu importe, maintenant. Je ne suis pas en colère. »
Kili ne bougea pas – toujours assis là comme une statue terriblement réaliste – mais son regard glissa ensuite vers Fili.
« Tu étais en colère dans la voiture, dit-il.
- Non, dit Fili. Enfin – oui, je l'étais, mais je ne comprenais pas avant. Je comprends maintenant, Kili, en partie, en tout cas. Je ne suis plus en colère contre toi. Pour quoi que ce soit. »
Kili fronça légèrement les sourcils, mais ce fut Thorin qui parla.
« Peux-tu me dire pourquoi tu n'as pas fait tes devoirs toi-même, Kili ? Les notes que tu reçois n'ont pas d'importance à ce stade, du moment que tu fais le travail toi-même. »
Kili ne répondit pas. Thorin fronça les sourcils et réessaya.
« Quoi que tu répondes, je ne serai pas en colère, dit-il. Peux-tu me dire pourquoi tu n'as pas fait les devoirs toi-même ? »
Kili marmonna quelque chose, alors, mais ce fut trop bas pour que Fili entende. Il se pencha légèrement en avant.
« Hé, parle plus fort, gamin, dit-il. Tu peux répéter ? »
Kili leva légèrement la tête, mais ne croisa pas le regard de Thorin.
« Je suis paresseux, dit-il. Je n'avais pas envie de les faire. »
Il rentra un peu la tête dans les épaules, comme s'il anticipait une réaction déplaisante. Thorin et Fili échangèrent des regards peu convaincus. Thorin réfléchit un moment, puis prit de nouveau la parole.
« Kili, dit-il, est-ce que tu as parfois du mal à épeler les mots ? Ou quand tu lis, est-ce que certains mots t'apparaissent différemment qu'aux autres gens ? »
Kili leva les yeux vers lui, une expression de consternation sur le visage.
« Non, dit-il en secouant la tête. Non, non, je vais bien. Je suis juste paresseux, je n'ai pas de problème avec les mots. »
Thorin hocha la tête et se leva de sa chaise. Il alla chercher une feuille de papier et un stylo et les déposa devant Kili, puis saisit un livre de cuisine sur l'étagère dans le coin.
« Je vais lire une liste de mots, dit-il. Je veux que tu les écrives. Juste comme tu penses qu'ils devraient être – il n'y aura pas de punition si tu te trompes. Tu es prêt ? »
Kili fixa le stylo comme si c'était un serpent, mais quand Thorin ouvrit le livre, il s'empressa de le prendre, puis appuya si fort sur le papier, que Fili fut surpris que le stylo ne traverse pas.
« Lait, dit Thorin. Bol. Carton.
- Thorin, dit Fili. »
Il leva la main tandis que Thorin ouvrait la bouche pour dire un autre mot. Thorin abaissa le livre et fronça les sourcils, et Fili désigna Kili de la main.
« Donne-lui une minute, dit-il. »
Parce que Kili n'avait pas encore écrit le premier mot, mais était encore assis là avec le stylo appuyé sur la feuilleet une sorte d'expression désespérée sur le visage. Thorin marqua une pause et attendit, et Fili attendit aussi – mais Kili n'écrivit rien. Kili resta juste assis, figé, fixant la feuille vierge.
« Lait, dit enfin Fili. Le premier mot, c'était lait. Ça n'a pas d'importance si tu te trompes. »
Kili dessina une ligne verticale sur le papier. Mais il appuyait si fort que la page se déchira, et il laissa immédiatement tomber le stylo et ramena ses mains vers sa poitrine, se recroquevillant sur sa chaise.
« Désolé, murmura-t-il. Je suis désolé, je suis désolé. Je l'ai déchiré.
- C'est pas grave, tout va bien, dit Fili. C'est juste du papier. »
Il adressa à Thorin un regard inquiet, mais découvrit que Thorin ne le regardait pas. Il observait Kili en fronçant les sourcils, d'un air songeur, et au bout d'un moment il retourna le livre, le plaçant devant Kili et pointant la première ligne du doigt.
« Est-ce que tu peux lire ça pour moi ? demanda-t-il. »
Kili fixa la page si longtemps que Fili faillit répéter la question. Puis, enfin, il ouvrit la bouche.
« U... dit-il. U..., u... »
Il s'arrêta, et Fili vit que ses mains étaient serrées l'une autour de l'autre sur ses genoux, si fort que ça avait l'air douloureux.
« U... répéta-t-il, sa voix s'abaissant au niveau du murmure. »
Et c'est alors que Fili comprit. Assis là, en observant Kili bafouiller douloureusement sur un mot de trois lettres, il comprit enfin, comprit pourquoi Kili n'avait pas fait ses devoirs, pourquoi il avait pris des mesures si horribles pour éviter de le faire.
« Putain, murmura-t-il en levant la tête pour regarder Thorin. Nom de Dieu, Thorin. »
Et Thorin – Thorin n'avait plus l'air calme ou songeur. Thorin semblait foudroyé, son expression un mélange de stupéfaction et d'horreur. Il resta assis un moment, se contentant de fixer Kili. Puis il passa une main sur sa bouche.
« Tu ne peux pas, n'est-ce pas ? dit-il. Tu ne sais pas lire. »
La tête de Kili s'enfonça entre ses épaules. Il avait les yeux fermés, et son visage était tordu dans une expression si désespérée que Fili tendit automatiquement la main, ouvrant la bouche pour dire quelque chose de réconfortant. Mais les mots ne franchirent jamais ses lèvres, parce que dès qu'il bougea, Kili se jeta en arrière, se leva en trébuchant et renversa sa chaise dans un fracas. Le bruit le fit sursauter violemment, et il se retourna pour en trouver la source et fit encore deux pas en arrière, enroulant ses bras autour de son ventre.
« Je suis désolé, dit-il. Je suis désolé, je suis désolé, je suis désolé.
- Merde, marmonna Fili. »
Parce qu'il voulait passer quelques minutes à être choqué, mais il n'y avait pas de temps pour ça, à moins qu'il ne veuille de nouveau voir Kili dire qu'il était désolé une centaine de fois.
« Hé, hé. Tout va bien. On ne savait pas, c'est tout. »
Kili le fixa.
« Je suis désolé, répéta-t-il. »
Et Fili vit qu'il tremblait, pas violemment, pas assez pour que ce soit visible.
« Oui, bien sûr, je sais, dit Fili. On sait que tu es désolé. C'est pas grave. »
Kili secoua la tête.
« Si, ça l'est, dit-il. Ça l'est.
- Non, pas du tout, dit Fili. Tout va bien. Hé, regarde, on n'est pas fâché. Thorin n'est pas fâché. Regarde. Il va bien. »
Kili se tourna vers Thorin, le regardant en biais. Thorin avait réussi à effacer l'air horrifié de son visage, même s'il n'avait pas l'air tout à fait capable d'afficher un sourire.
« Je ne suis pas fâché, dit-il. »
Kili se tourna pour faire entièrement face à Thorin, le regardant en face avec une expression de stupéfaction terrifiée. Il ouvrit la bouche, mais pendant quelques secondes aucun mot ne sortit, le laissant à ouvrir et fermer la bouche comme s'il n'arrivait pas à recevoir assez d'air. Enfin, cependant, il prit la parole.
« Pourquoi ? dit-il d'une voix rauque. Pourquoi vous n'êtes pas fâché ?
- Parce que tu n'as rien fait de mal, dit Thorin. »
Fili ne savait pas quelle réaction Thorin attendait, mais ce n'était presque certainement pas celle-là. Parce que Kili n'avait pas l'air content, n'avait pas l'air soulagé, n'avait même pas l'air moins effrayé. En fait, le désespoir sur son visage ne fit qu'augmenter, et il secoua la tête, reculant encore de quelques pas jusqu'à ce que son dos rencontre le mur.
« Non, dit-il. Non, non, vous devriez être fâché. Pourquoi vous n'êtes pas fâché ? Vous devriez... vous devriez... »
Ses yeux s'écarquillèrent soudain et il plaqua une main sur sa bouche, comme pour essayer de s'empêcher de dire autre chose. Il fixa Thorin, le fixa et le fixa, les yeux presque exorbités, et Thorin s'assit, les mains levées, une expression de grande inquiétude sur le visage.
« Kili, murmura-t-il. Il n'y a rien à craindre. »
Kili arracha sa main de sa bouche. Il haletait, réalisa Fili, et ses tremblements étaient plus prononcés.
« Pourquoi pas ? demanda-t-il. »
Puis il secoua la tête et glissa le long du mur comme si ses jambes ne le soutenaient plus, sa respiration haletante.
Fili avait essayé, il avait essayé si fort de rester assis et de ne pas faire de gestes brusques vers Kili, mais maintenant il ne pouvait plus le supporter. Il bondit sur ses pieds, fit deux pas en avant et se mit à genoux devant Kili.
« Hé, respire, dit-il. Respire, tout va bien. Tout va bien, il ne se passe rien. Tout va bien. »
Kili le fixa, les yeux écarquillés et paniqués, et il commençait à siffler, maintenant, en manque d'air. Le cœur de Fili tambourinait dans ses oreilles, et il n'avait aucune idée de ce qui se passait, jusqu'à ce que soudain il se souvienne de certaines de ses lectures de la semaine précédente, sur le SSPT et les problèmes associés.
« Crise de panique, murmura-t-il. Putain, Kili, est-ce que c'est ça ? Est-ce que tu fais une crise de panique ? »
Kili se contenta de le fixer, haletant et étouffant, et Fili jeta un regard à Thorin, se sentant pas mal paniqué lui-même. Thorin était debout, maintenant, mais il restait en arrière, à quelques pas de là, l'air impuissant d'une façon que Fili avait rarement vue.
« Qu'est-ce que je fais ? demanda Fili. »
Thorin secoua la tête.
« Essaye de le faire respirer normalement, dit-il. Je reviens dans une seconde. »
Et il sortit de la pièce, laissant Fili bouche bée derrière lui.
« Putain, Thorin ? Thorin ? appela Fili. »
Mais Thorin était parti, et Fili ne put que se tourner avec impuissance vers Kili.
« D'accord, d'accord, dit-il en passant une main dans ses cheveux. Hé, OK, tu te souviens de l'hôpital, quand tu devais inspirer et expirer ? Profondément, pour le docteur ? Tu veux qu'on essaye de faire ça ? »
Kili se contenta de siffler, les yeux exorbités. Fili hocha la tête comme si c'était une réponse.
« D'accord, inspire, dit-il. »
Et il inspira profondément. Mais Kili ne respira pas à son tour, ne sembla même pas essayer – il émit juste un bruit étranglé et griffa le sol.
« Merde, Kili, dit Fili. »
Il avait lu des choses sur les crises de panique, mais il ne se souvenait pas si les gens pouvaient réellement en mourir. Ils ne pouvaient pas, n'est-ce pas ? Sûrement pas. Mais Fili avait peur, il était foutrement terrifié, parce que Kili ne respirait pas correctement, et Kili avait besoin de respirer. Tout le monde avait besoin de respirer, pour ne pas mourir.
« Allez, dit Fili. »
Il tendit les mains pour agripper les bras de Kili dans son désespoir. Kili glissa hors de portée sur le côté, maladroitement, comme s'il était à moitié inconscient à cause du manque d'oxygène, et Fili recula ses mains et les leva, les paumes vers l'extérieur.
« Non, je ne vais pas, je ne vais pas te toucher, dit Fili. Inspire, allez. Inspire, allez, Kili. »
Il inspira, désignant sa propre poitrine d'un geste, puis expira, aussi lentement que possible.
« Expire, allez. Kili, s'il te plaît. S'il te plaît, respire. »
Puis Thorin fut là, à genoux à côté de Fili, tenant un verre d'eau dans une main et une assiette avec une pilule dans l'autre.
« Prends ça, dit-il. »
Il posa l'assiette sur le sol et la poussa vers Kili.
« Ça va t'aider à te sentir mieux. »
Kili fixa la pilule, puis regarda Thorin, la bouche s'ouvrant et se refermant sans un bruit.
« Ce n'est rien de mauvais, dit Thorin. Ça t'aidera à te calmer. Kili. Prends la pilule. »
Et, apparemment, c'était tout ce qu'il fallait. Kili se débattit avec l'assiette, la main tremblante, et réussit à insérer la pilule dans sa bouche. Il faillit renverser l'eau, et Fili s'empressa de rattraper le verre, le montant aux lèvres de Kili.
« Et voilà, vas-y, dit-il. »
Il essaya d'ignorer le fait que sa propre main tremblait un peu.
« Pas trop vite. »
Kili s'étrangla, mais réussit à avaler une gorgée d'eau. Et étonnamment, bien qu'il soit impossible que la pilule ait déjà commencé à faire effet, sa respiration commença presque immédiatement à se calmer.
« Oui, c'est bien, dit Fili en tenant le verre d'eau. C'est bien, doucement. Tu vas bien. Tout va bien. »
Et apparemment il avait raison, enfin raison. Kili sifflait à peine, maintenant, haletait seulement un peu, même s'il tremblait encore plutôt fort, et que son visage luisait de sueur. Il s'affaissa contre le mur, les yeux à moitié fermés, prenant de grandes inspirations avec l'enthousiasme de quelqu'un qui venait de découvrir à quel point l'oxygène est formidable.
Fili se rassit, posant le verre à côté de lui.
« Qu'est-ce que c'était ? demanda-t-il à Thorin.
- Un somnifère, répondit Thorin sans le regarder. »
Il avait les yeux fixés sur Kili, l'observant attentivement comme s'il attendait qu'il recommence à paniquer.
« Mon Dieu, je peux en avoir une aussi ? demanda Fili. »
La bouche de Thorin se tordit sur un bref sourire.
« Kili, dit-il. Comment te sens-tu ? »
Kili semblait à peine conscient. Il aspirait encore de l'air goulûment, cependant, et ses yeux se portèrent vers Thorin quand il parla.
« Pardon, dit-il. Pardon.
- Tu n'as pas à demander pardon, dit Thorin. Pas du tout. »
Mais Kili ne sembla pas l'entendre, ses yeux aux paupières lourdes ne fixant plus grand-chose.
« Pardon, murmura-t-il. S'il vous plaît, pardon. »
Fili s'appuya sur ses talons, passant une main dans ses cheveux.
« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda-t-il. »
Mais Thorin se contenta de secouer la tête.
« Je ne sais pas, dit-il. »
(-)
Voilà ! Le mystère est résolu, Kili ne sait pas lire – ce qui n'a rien d'étonnant quand on y pense, il y avait des signes.
