Chapitre 7: Exercer son magistère ~Partie 2~

Ce fut un Merlin toujours en train de bailler qui entra dans les appartements d'Arthur le lendemain, avec le plateau du petit-déjeuner dans une main. Il le déposa sur la grande table, avant de rajouter par la magie une paire de buches dans le foyer et de l'allumer d'un murmure.

Le roi ronflait encore doucement au milieu de ses coussins, ce qui n'était pas très surprenant au vu de l'heure matinale. Merlin le laissa dormir, sortant à la place une tenue de l'armoire et de la commode avant de les déposer derrière l'écran d'habillage.

Puis il fit demi-tour et sortit de la pièce, se dirigeant vers les appartements de Gaius pour récupérer les matériaux qu'il avait ramenés d'Escetia. Liam était arrivé pendant le temps qu'il lui fallut pour revenir, et l'apprenti médecin sourit en voyant son ami, pendant que Gaius continuait à lire quoique ce soit qu'il lisait.

« Bonjour, Merlin. De retour à la routine habituelle ? »

Merlin sourit, ramassant un des deux sacs qu'il avait préparés près de la porte.

« Si tu entends par là m'enterrer moi-même en faisant trois métiers en même temps, alors oui. »

Il désigna le second sac.

« Tiens, rends-toi utile et aide-moi à l'amener à mon étude. Je pense que mon estimé gardien peut se passer de toi pour une heure. N'est-ce pas, Gaius ? »

Le médecin regarda longuement son pupille avant de secouer la tête avec amusement.

« Assure-toi juste de le renvoyer avant qu'il ne soit l'heure pour moi de partir faire ma tournée. »

C'était au tour de Liam de sourire maintenant, pendant qu'il se dépêchait de ramasser le sac et de suivre Merlin hors de la salle. Tous deux prirent les chemins des serviteurs pour atteindre les niveaux inférieurs, avant de parcourir la dernière partie du chemin dans une course impromptue.

Merlin gagna, de justesse, et ils riaient tous deux alors qu'ils entraient dans la grande pièce. Merlin se dirigea vers son bol de vision, et fit signe à son ami de le rejoindre, un sourire vicieux aux lèvres, pendant qu'il conjurait une image d'Arthur toujours endormi.

Puis il leva son amulette, et haussa un sourcil. Liam écarquilla les yeux en réalisant ce que le sorcier avait en tête.

« Tu ne vas pas faire ça... »

Merlin gloussa.

« Oh, si... »

Il effleura le symbole du dragon sur son amulette pour activer le lien entre lui et Arthur, et prit une grande inspiration avant de hurler de toute la force de ses poumons.

« Levez-vous, et brillez, monsieur le demeuré !»

Dans le bol de vision, ils virent et entendirent Arthur se réveiller brutalement, se débattant avec ses couvertures. Il sortit du lit en hurlant le nom de Merlin, attrapant la tasse sur le chevet, prêt à la lancer vers ledit sorcier… Sauf que Merlin n'était nulle part en vue, et qu'il n'y avait une pile de vêtements derrière l'écran d'habillage et le plateau du petit-déjeuner pour prouver qu'il était venu dans la pièce.

Arthur grogna et reposa la tasse, avant de fusiller le vide du regard, croisant les bras sur la poitrine.

« Je sais que tu regardes, Merlin, et j'espère que tu trouves ça drôle. Parce que maintenant je vais te laisser écrire et délivrer le rapport final sur notre visite en Escetia pour le Conseil demain matin. Tu trouveras mes notes et mes rapports sur mon bureau, je te suggère donc de commencer à travailler dessus. »

Merlin, qui avait désactivé son amulette dès qu'il avait fini de hurler, sourit légèrement, dépassé par le rire. Il sécha quelques larmes de rire de ses yeux, avant de regarder l'homme aussi hilare que lui à côté de lui.

« Ça en valait tellement la peine. Son Altesse Demeuré n'a pas réalisé que j'avais écrit tous mes rapports avant même de quitter Escetia. Parcourir les siens et les résumer ne sera pas dur. »

Liam secoua la tête, gloussant toujours, et changea de sujet en levant le sac qu'il portait.

« Donc, qu'est-ce qu'il y a dans ces sacs ? »

Merlin l'en débarrassa, le déposant avant l'autre, avant d'utiliser un sort pour en déballer le contenu – un sort qu'il avait utilisé relativement souvent pour les fontes d'Arthur après un voyage.

De petits sacs de matériaux, pré-rangés en différents projets, se placèrent d'eux-mêmes à gauche, au milieu et à droite de la table de travail principale. Un sac plus petit, contenant les cordelettes de sorts qu'il avait amenés pour étudier, se déplaça jusqu'à un espace vide sur une des étagères proches.

Ceci fait, Merlin balança les sacs vides dans un coin, et ouvrit les sacs de l'extrémité gauche de la table, y étalant une poignée de pierres, des cristaux, et de nombreuses bandes de cuir. Puis il montra Friou, pour le moment endormi, et son harnais qui arborait plusieurs pierres fendues.

« Le combat dans lequel je l'ai envoyé, pour garder les Southrons occupés, a bien endommagé les sorts protecteurs de son harnais. Ce lot va servir à lui en fabrique un nouveau, avec quelques sorts améliorés. Il devrait pouvoir supporter bien plus que celui-ci. »

Il désigna les deux autres groupes de sachets.

« Le reste est pour les alarmes pour les endroits les plus sensibles et les plus à risques du château, et pour le bâton que je vais fabriquer pour « Emrys », puisque je ne peux pas utiliser mon bâton Sidhe quand je suis déguisé. Si je dois continuer à me battre comme un vieillard de quatre-vingts ans, alors je veux quelque chose qui m'aide à compenser le désavantage d'avoir des rhumatismes. »

Liam haussa un sourcil. Il en connaissait assez sur les théories de la magie pour estimer la quantité de temps nécessaire à ces projets.

« Beaucoup de travail, donc ? »

Merlin laissa échapper un long soupir.

« Oui, beaucoup de travail. »

Liam grimaça avec sympathie, jetant un coup d'œil à son ami avant de se tourner vers la porte.

« Je ferais mieux de te laisser, alors. Je te verrai à midi.

– Merci pour ton aide, Liam. »

La porte de l'étude se referma derrière l'apprenti médecin, et Merlin soupira à nouveau pendant qu'il farfouillait sur les étagères à la recherche du morceau de papier qui contenait toutes les annotations et les mesures du premier harnais. Il avait toujours le modèle en bois du torse de Friou, qu'il avait fabriqué pour s'en servir de mannequin lorsque réussir à garder la vouivre immobile pour les essayages et les ajustages s'était avéré problématique.

Il l'attira à lui par la magie, le déterrant du tas de sacs vides, de la cape druidique et des quelques couvertures qui l'avaient recouvert. Il recula et l'examina un moment, ses yeux s'attardant sur les lignes gracieuses qui représentaient parfaitement le corps de Friou… ainsi que sur les ébauches des membres antérieurs et postérieurs et des ailes. Ceci dit, si le modèle représentait parfaitement Friou en terme de mensurations, ce n'est pas une œuvre d'art. Et il avait été taillé si grossièrement avec la magie que Merlin devait faire attention aux échardes lorsqu'il l'utilisait.

Un de ces jours, s'il avait l'intention de continuer à l'utiliser, il allait devoir le polir…

Merlin secoua la tête, tirant le diagramme du premier harnais de la vouivre des piles de papiers. Une des modifications serait que les sangles allaient être tressées cette fois, au lieu d'être de simples bandes de cuir. Faites correctement, elles répartiraient le pouvoir des protections avec bien plus d'efficacité, ainsi que le stress qu'elles subiraient en déviant les attaques.

Ce qui voulait dire que la tache numéro 1 serait de fabriquer ces sangles… Les trente-quatre d'entre eux…

Merlin s'assit et récupéra les bandes de cuir, les triant et les groupant par longueur. Cela au moins serait simple, puisqu'ayant grandi comme un fermier, il avait l'habitude de tresses des chutes de cuir pour en faire des cordes utilisables. Et puis, il s'agissait de cuir de la plus haute qualité, tanné et préparé pour des utilisations magiques par les druides qui le lui avaient vendu. Cela avait été cher, mais ça en valait la peine. Il lui manquait les connaissances pour le préparer lui-même, et aucun marchand à Camelot n'aurait eu quelque chose comme cela. Mais si le cuir avait été cher, l'un des filaments qu'il inclurait dans la tresse avait couté un tel prix que dans ces jours à la ferme, il aurait suffi à le nourrir lui et sa mère pendant toute une année.

Le filament était fait en or. Sans doute le meilleur métal pour les sorts de protection contre des attaques magiques directes… Si vous pouvez vous le payer.

Merlin aurait grimacé s'il n'avait pas su qu'il n'utilisait que la moitié de ce qu'il aurait dû s'il n'avait pas substitué du laiton à l'or pour le second filament. La troisième lanière de cuir qui formait la tresse serait associée à du raphia de chêne. Il avait consulté Katryn sur le sujet des sorts de protection des Dryades, et elle lui avait fabriqué et donné une grande pelote de corde quelques jours avant leur visite à Escetia, l'informant qu'elle ferait une fondation solide pour n'importe quel sort de protection qu'il utiliserait dessus.

Il sortit cette précieuse corde de sa boite, mesurant et coupant avec une grande attention pour ne rien gâcher. Même s'il savait qu'elle lui en referait s'il le lui demandait, il savait également qu'elle avait probablement utilisé une magie dryade pour la préparer, et ce, malgré les problèmes que cela lui causait, notamment en raison de son besoin de rejoindre les bois pour régénérer sa force. Et les bois n'étaient toujours pas une zone où l'on pouvait se promener seul.

Merlin se remit au travail, tordant cuir, filament de métal et raphia en de robustes sangles. Après avoir sécurisé le bout de chaque longueur de manière à ce qu'elle ne se défasse pas, il les mit en place sur le modèle de bois, les faisant tenir d'une touche de magie. Puis il les arrangea jusqu'à ce que chacune d'elle soit en place, laissant des trous pour toutes les boucles et raccords de métal.

Maintenant, cela allait être la partie la plus compliquée. Pour le premier harnais, il était allé voir Elyan pour des leçons sur la manière de faire des boucles, des noeuds, et autres raccords. Il avait ensuite étendu ses connaissances en allant prendre des leçons sur la fabrication d'amulettes en métal chez les forgerons du Clan de la Tempête. Le résultat était qu'il était maintenant capable d'approcher avec confiance la petite enclume de joaillier qu'il avait installé ici.

Il sortit de leurs boites les pinces, marteaux, et autres instruments, ainsi qu'une autre boite qui contenait sa collection d'empreintes maitres pour la réalisation de moules. Il tria ces derniers, en sortant ceux qui avaient la bonne taille de boucles et de clips pour sertir et maintenir le bout de chaque sangle. Heureusement pour lui, sa magie lui permettait de tricher lorsqu'il faisait ses moules d'argiles. Il n'avait pas à attendre qu'ils sèchent, et il n'avait pas non plus à lancer et attiser un feu de charbon de bois, et à actionner un ensemble de soufflets pour faire fondre le laiton qu'il y versait. Il avait juste posé un creuset rempli de pastilles métalliques dans le four qu'il avait construit dans un angle, et d'insuffler un peu de pouvoir dans les pierres et les cristaux qui le bordait. Une autre chose que les forgerons du Clan de la Tempête lui avaient enseignée.

Puis, les choses ennuyeuses commencèrent : attendre que le laiton fonde. Lorsque midi arriva, Merlin avait réussi à couler toutes les parties métalliques. Mais les nettoyer, polir tous les bords bruts, achever les préparations les plus fines, faites à l'enclume et au marteau, prendrait au moins une demi-journée supplémentaire.

Il fut forcé de reposer ses outils et de rejoindre les appartements de Gaius pour le repas. Puis il passa par les appartements d'Arthur pour récupérer les rapports sur son bureau, éviter un gobelet qu'on lui lançait, et rejoignit à nouveau son bureau pour travailler dessus.

Il était à mi-chemin d'avoir écrit le rapport final, et trois heures au milieu de son après-midi, lorsqu'on toqua à sa porte. Et puisqu'aucun membre de la Confrérie ne s'embêterait à faire ça, et que les autres personnes au courant que cette pièce était son bureau étaient les membres du Conseil… Ce n'était pas très compliqué de deviner à quel groupe appartenait son visiteur.

« Entrez. »

La porte s'ouvrit, laissant passer un homme vieillissant que Merlin savait être le plus raisonnable des membres actuels du Conseil. La plupart d'entre eux n'aimaient pas avoir affaire à un « serviteur » en tant que supérieur, mais Lord Deverin croyait fermement qu'un nouveau roi avait le droit d'enrôler de nouvelles personnes. Sans changement, les choses se contenteraient de rassir. Et puisque Arthur voulait très clairement imprimer sa propre marque en tant que Roi, le Conseil aurait dû voir les changements venir et les accepter. Après tout, ils avaient toujours leur travail. Lorsqu'Uthrer avait pris le trône à son tyran de père, il avait renvoyé l'intégralité des membres du Conseil pour en créer un totalement nouveau. Tout ce qu'Arthur avait fait avait été d'y ajouter un homme.

Lord Deverin salua Merlin d'un signe de tête, et s'approcha du bureau du Premier Conseiller.

« Seigneur Merlin. Je suis venu voir si vous aviez besoin d'une quelconque assistance pour préparer le conseil de demain. »

À son bureau, Merlin posa sa plume et observa pensivement l'homme, avant de lui indiquer la chaise à côté de lui.

« Je vous en prie, asseyez-vous, Lord Deverin. J'ai presque fini, en réalité, mais votre offre d'assistance n'en est pas moins appréciée. Peut-être y a-t-il autre chose dont vous désirez discuter ? »

Merlin haussa légèrement un sourcil, montrant qu'il n'était pas dupe. L'autre homme était peut-être bien plus âgé que lui, mais le sorcier savait néanmoins que son offre était bien éloignée du protocole. Un homme qui n'avait pas été présent à un évènement donné ne pouvait pas aider à écrire un rapport sur ledit évènement.

Lord Deverin s'éclaircit la gorge, regardant autour de lui comme pour gagner du temps, avant de prendre une profonde inspiration et de dire quoi que ce fût que sa fierté seigneuriale rendait difficile à dire. Les nobles avec une certaine dose d'égo trouvaient terriblement embarrassant d'admettre des choses qui pouvaient les abaisser vis-à-vis de leurs pairs.

« Durant votre visite à Escetia, je me suis repenché à plusieurs reprises sur la décision du Roi. Celle d'observer la magie et d'envisager la levée du ban. »

Merlin s'adossa à sa chaise, ses doigts tapotant la surface de la table.

« Et ? »

Lord Deverin le regarda, avec une expression qui disait qu'il était très sérieux.

« Bien que le reste du Conseil, à l'exception de vous et du Seigneur Geoffrey, reste en conflit sur la question, j'ai choisi de quel côté je me tiendrai. »

Il marqua une pause avant de s'engager.

« Je vais m'engager en sa faveur. Comme vous le savez, je suis un défenseur des nouveaux rois tentant de nouvelles choses. Le Roi Uther, qu'il repose en paix, a choisi de combattre la magie pour plus de vingt-cinq ans. Et étant donné la poursuite des attaques magiques contre le royaume, il est clair qu'il a échoué dans cette entreprise, comme il échoué à amener une paix durable… Mais son fils, Arthur, a choisi d'essayer de comprendre la magie, de donner à ceux qui l'utilisent la chance de prouver qu'ils sont dignes de confiance. Et déjà ses efforts ont porté leur fruit. Une alliance forte avec Escetia, une nation qui utilise la magie à la fois comme une part de la vie quotidienne, et comme une puissance militaire. »

Merlin sourit, comprenant à quel point ces faits pouvaient paraître ahurissants pour de nombreux membres du Conseil.

« Arthur est également très respecté par plusieurs groupes de Druides, leur ayant déjà promis, bien avant tout cela, qu'aussi longtemps qu'ils ne causaient aucun trouble, ils seraient laissés en paix. »

Deverin fronça légèrement les sourcils, se remémorant la réunion où la décision d'observer la magie avait été prise. Et les choses que le jeune roi avait dites.

« Sa Majesté a planifié tout cela depuis longtemps, n'est-ce pas ? Juste comme il l'a sous-entendu à ce moment-là. Je vous demande, comme à un confrère Conseiller, d'être honnête avec moi. Je suis prêt à apporter mon soutien tout entier à toute autre décision de ce genre, mais j'aimerais déjà savoir dans quoi je vais me lancer. »

Merlin continua d'observer le conseiller en silence, même s'il faisait plus que réfléchir. La chaise sur laquelle Deverin était assis portait un charme qui indiquait au sorcier si la personne assise mentait ou non. Et Deverin était complètement honnête.

Il prit une profonde inspiration, considéra ses options, et prit sa décision. Il y avait certaines choses qu'il pouvait admettre, si cela voulait dire qu'il aurait une autre voix en faveur de la magie. Et de tous les Conseillers, Deverin était le seul dont il pouvait dire qu'il écouterait.

« Ce que je vais vous dire doit rester dans cette pièce, nous sommes d'accord ? Si vous en parlez aux autres, la même punition s'appliquera qu'à celui qui aurait révélé mon statut de membre du Conseil. »

Deverin acquiesça avec solennité.

« Alors vous avez ma parole que je n'en parlerais à personne. »

Merlin le regarda à nouveau longuement, tapotant la table du bout des doigts avec agitation, et soupira.

« Arthur planifie tout cela depuis un peu plus de quatre ans, soit depuis qu'il me considère comme son conseiller. Lorsqu'il a signé le traité avec Escetia, juste après être devenu roi, il savait déjà que le Roi Fyrendir soutenait la magie. »

Merlin était grave.

« Arthur a vu il y a longtemps les erreurs que son père faisait et les ennemis qu'il se créait, contre lui et Camelot. Arthur pouvait voir la peur du peuple à l'idée d'être exécutée, pourrissant le cœur de ceux qui avaient de la magie, et les poussant à attaquer le royaume, dans l'espoir désespéré que cela leur permettrait de vivre le reste de leur vie sans cette peur. D'autres attaquaient pour venger des personnes aimées qui avaient été exécutées…

Tout ce que la Purge a fait a été de semer la peur, l'amertume et la colère. Cette combinaison est suffisante pour conduire presque n'importe qui à chercher une échappatoire. Et pour beaucoup, la seule issue qu'ils pouvaient voir était d'essayer de tuer la source, Uther. En en plus de lui, ceux qui cherchaient la revanche ciblaient également son fils, et même le peuple de Camelot lui-même. Vous souvenez-vous de la peste, peu de temps après le vingtième anniversaire de la Purge ? »

Lord Deverin avait été assommé par toutes ces révélations, mais il acquiesça néanmoins.

« Oui, je m'en rappelle. Tellement de personnes sont mortes. »

Merlin s'assombrit.

« Et tout cela pour la revanche d'une seule Haute Prêtresse contre le Roi Uther. Elle voulait qu'il voie Camelot mit à genoux avant de venir pour lui. Car telle était sa haine contre lui, pour ce qu'il avait fait, pour les gens qu'il avait assassinés dans sa quête pour éradiquer la magie. Arthur comprend ce qui motive ceux qui sont comme elle, et il sait que la seule solution pour mettre fin à ce cycle de haine est que quelqu'un choisisse de rompre la chaine des revanches… Il a choisi d'être celui-là. Il ne perpétuera pas la haine aveugle de la magie de son père, et il va rendre la magie à ce royaume. Une fois qu'il sera sûr que les gens se sont habitués à cette idée, et qu'ils ne commenceront pas une guerre civile à cause de ça. Et il a l'intention de faire la paix avec la communauté magique, pour finir cette guerre. »

Le silence tomba entre les deux hommes, avant que le plus vieux ne prenne une grande inspiration et ne hoche la tête avec respect, tant pour Merlin que pour Arthur.

« Alors j'ai choisi sagement de le soutenir. Si notre roi réussit dans cette entreprise, et je crois qu'il le fera, alors il aura fait ce que son père n'aura pas pu faire. Forger une paix durable pour ce royaume et son peuple… Dans toutes les réunions à venir, sur toutes les questions regardant la magie et ceux qui la manient, mon vote vous appartiendra, à vous et à lui. »

Il se leva et tendit la main à Merlin, qui quitta son siège pour l'accepter avec un sourire.

« Alors je suis impatient de travailler avec vous, Seigneur Deverin. Comme un instigateur de changement et un défenseur du changement, je pense que nous ferons une bonne équipe. »