Chapitre 13: Circonstances changeantes ~ Partie 3 ~

Les trois adultes regardèrent le prince jouer joyeusement avec son vouivre durant la demi-heure suivante. Pendant ce temps, Merlin alla caresser la vouivre femelle à l'arrière de la pièce, laissant Warren près de l'encadrement de la porte, jusqu'à ce que la curiosité finisse par le faire contourner lentement Scilderether et approcher prudemment le magicien.

Le serviteur s'arrêta à quelques dizaines de centimètres de la vouivre, les épaules un peu voûtées alors qu'il regardait Merlin la gratter sous le menton.

« Où les avez-vous trouvés ? »

Merlin le regarda, et soupira d'un air adorateur face aux souvenirs que cette question amenait.

« On m'a donné Friou pour en prendre soin lorsqu'elle n'était qu'un bébé, et elle serait morte si je ne l'avais pas élevée. »

Il regarda vers le deuxième vouivre.

« Quant à lui... Friou a disparu pendant toute une semaine lorsque Gwen en était à six mois de grossesse. Trois jours après la naissance du Prince Balther, je suis venu ici pour découvrir que Friou avait essayé de creuser un trou au milieu de son lit et était roulée autour d'un œuf. »

Entendant la discussion, Gwen s'approcha d'eux, souriant.

« Et tu l'as pris comme un signe du destin, et offert à Arthur d'entraîner le vouivre de cet œuf à être le protecteur de notre fils. »

Merlin sourit à cela, se posant une main sur la tête.

« Si seulement j'avais su dans quoi je me lançais. Quand j'ai demandé à Kilgharrah le rituel pour lier Scilderether à la volonté de Balther, j'ignorais totalement que ça rendrait Scild totalement obsédé par le fait d'être près de lui. »

Le magicien regarda son serviteur, s'expliquant.

« Jusqu'à ce que Balther soit suffisamment âgé pour comprendre comment lui dire de rester calme dans une chambre pour attendre qu'il revienne, Scild continuera d'essayer de s'échapper pour aller le chercher. J'ai dû lui mettre un collier pour le garder dans ces pièces et dans les grottes sous le château. Mais ça l'énerve d'être loin de Balther, et puisque je suis celui qui le force à rester ici, il me crie dessus à chaque fois que j'entre dans l'atelier. Il ne se tait que lorsque je le lui ordonne, mais même ainsi il reste là à gémir. »

La perplexité dans le ton et l'expression de Merlin alors qu'il disait cela fit naître un minuscule sourire sur les lèvres de Warren. Un sourire rapidement caché, mais c'était suffisant pour indiquer au magicien que le serviteur commençait à s'habituer à l'idée de tout cela même si la magie l'effrayait toujours.

Merlin prit cela comme une indication pour retourner aux niveaux supérieurs, laissant Gwen et Balther garder compagnie à Scild encore un peu. Il passa le reste de l'après-midi à son nouveau bureau dans l'étude d'Arthur, faisant le travail qu'il avait choisi de retarder plus tôt. La plupart était des informations sur les récents changements, à envoyer à plusieurs de la trentaine de clans de Druides qui l'appelaient maintenant leur Raeswa. Ça prenait du temps, mais il approchait maintenant de la moitié de sa tâche de devenir le Seigneur de tous les Druides. Le seul problème cependant, était que les clans qui lui juraient allégeance étaient ceux qui le connaissaient bien ou qui étaient les plus faciles à impressionner. Le reste nécessiterait presque certainement plus d'efforts pour gagner leur serment.

Il était toujours dans l'étude lorsque la Grande Cloche sonna, n'ayant pas remarqué, étant donné qu'il ne pouvait évidemment pas utiliser la magie lorsque la porte était ouverte, quelques serviteurs trop curieux qui avaient jeté un œil à l'intérieur. Ce fut Bel, arrivant sur les ordres d'Arthur pour envoyer Merlin au lit, qui fit réaliser au magicien l'heure qu'il était. Si tard qu'en fait, lorsqu'il arriva dans ses appartements dans sa tour, le repas du soir que Warren lui avait apporté était froid.

Merlin ignora le regard étrange que son serviteur lui donna, tandis qu'il réprimait un bâillement tout en le remerciant pour avoir amené la nourriture. Un sort murmuré pour le réchauffer fit reculer Warren vers la porte d'un pas de peur involontaire, mais pour lui accorder du crédit, il ne partit pas jusqu'à ce que Merlin lui dise qu'il le pouvait et que le plateau du souper pouvait être ramené aux cuisines dans la matinée.

Lorsque le matin vint, avec l'arrivée de Warren et d'un plateau de petit déjeuner, Merlin était à nouveau déjà réveillé et habillé. D'après le style et le type de matériau, il était clair qu'il allait faire un travail officiel qui impliquait une partie potentiellement rude. Et le magicien confirma cela une fois qu'il eut avalé la nourriture dans son assiette.

Il se leva, jetant sa veste maintenant inconvenable pour un noble à son serviteur.

« Enfile ça. Je ne l'ai faite faire qu'il y a trois mois, donc elle peut encore être portée longtemps, et je doute que le salaire d'un serviteur débutant te permette d'en obtenir une aussi bonne que celle-ci. Elle est à toi maintenant, donc utilise-la. »

Warren, tenant toujours le vêtement en question, regarda Merlin enfiler ses bottes, un peu décontenancé.

« On va quelque part ? »

Merlin se leva et acquiesça, avant d'attraper la pile de missives qu'il avait écrites la veille.

« En effet. Je dois donner ça à mon coursier, puis comme couverture pour ce voyage, Arthur m'a demandé de faire une inspection des tous nouveaux stagiaires dans la garnison dans la vallée. Il m'a assigné deux stalles dans les écuries. Une pour mon cheval, Bitan, qu'il m'a maintenant officiellement donné, et un second pour le cheval que je lui ai 'acheté'. C'est en fait un des chevaux libres des montures que le Seigneur Tarven nous envoie régulièrement. J'ai insisté pour payer les soins de mon cheval, et du tien, pour montrer que je ne prends pas avantage de ma bonne position envers le Roi. Si tu as besoin d'apprendre à monter, je t'apprendrai lorsque j'aurai le temps, et j'arrangerai des leçons quand je ne serai pas disponible. »

La mâchoire de Warren se décrocha.

« Vous m'avez acheté un cheval ? Et je vais avoir des leçons pour apprendre à monter ? »

A nouveau Merlin acquiesça, alors qu'il poussait son serviteur vers la porte.

« Oui, et oui. Je vais être honnête, tu ne vas pas avoir beaucoup de travail à faire ici. Je suis une personne soigneuse maintenant, et mes appartements n'auront pas besoin d'être nettoyés tous les jours. Tu vas lutter pour trouver suffisamment de tâches pour te garder occupé toute la journée, et tu me seras plus efficace en étant capable de me faire des courses. Ça veut dire que tu dois pouvoir voyager avec moi quand je fais des tâches pour Arthur, et ça veut dire que tu as besoin d'un cheval et de savoir comment le monter. »

Merlin relâcha sa prise sur l'épaule de Warren, sachant que le serviteur continuerait à le suivre. Il le fit, et ils allèrent jusqu'aux écuries et entrèrent dans le bâtiment à côté de celui où les montures d'Arthur se trouvaient. A l'intérieur se trouvait Bitan, le hongre notoire de Merlin qui ne portait jamais personne d'autre que lui, et également une jument grise beaucoup plus calme. Il y avait aussi une nouvelle selle et un nouveau filet d'un côté, attendant clairement d'être utilisés par Warren.

Quelques minutes plus tard, ce fut un serviteur à l'air plutôt tremblant qui s'accrocha à la selle de la jument alors qu'elle suivait Merlin et Bitan hors de la cour d'écurie et par les portes. Et même s'ils prirent la direction générale de la garnison, Warren ne put s'empêcher de remarquer que Merlin se détourna délibérément du chemin dès qu'ils furent suffisamment loin de la cité pour ne pas être vus.

Il commença à avoir le pressentiment que quelque chose en rapport avec la magie allait se produire. Rien que d'y penser le fit trembler depuis son siège sur la jument. Warren hurla presque lorsqu'un homme vêtu d'une robe de druide ouverte sur le devant émergea de derrière un arbre, mais il réussit à le contenir et à s'épargner l'humiliation du regard qu'il aurait sans aucun doute reçu.

Le druide s'inclina devant Merlin, ce mouvement faisant scintiller les armes accrochées à sa ceinture.

« Celui qui Appelle la Tempête. »

Merlin sortit le paquet de missives de l'intérieur de sa tunique, les tendant à l'homme.

« Chacune doit être amenée au chef de clan dont elle porte le nom, aussi vite que possible. Je n'ai pas besoin de réponse. »

Le druide prit le paquet, acquiesçant avant de se tourner pour partir en hâte.

« Ce sera fait, Celui qui Appelle la Tempête. »

Warren attendit jusqu'à ce que le druide soit partit, avant que ses mots calmes brisent le silence qui suivit.

« Celui qui Appelle la Tempête ? »

Merlin resta nonchalant alors qu'il tournait son cheval pour reprendre la route de la garnison.

« Rien que tu n'aies besoin de savoir jusqu'à ce que tu te sois habitué à ce que tu sais. Je pense que je t'ai déjà assez choqué pour l'instant. »

Et elle était là à nouveau, une note d'inquiétude claire mais subtile. Pas parce que Warren pourrait ou non essayer de révéler cela à quelqu'un, mais plutôt de l'inquiétude quand à sa capacité à s'ajuster. Le serviteur ne put s'empêcher de se sentir décontenancé lorsqu'il le réalisa, et resta ainsi pendant l'inspection à la garnison. Le sentiment incroyablement étrange de savoir que ce noble, ce sorcier, passait du temps à s'inquiéter des sentiments de son serviteur. Pour quelqu'un qui avait grandi en entendant que la magie et que tous ceux qui l'utilisaient étaient mauvais, même avec trois années durant lesquelles il avait été lentement montré qu'elle pouvait être utilisée pour le bien, c'était si inattendu.

Mais ce que Warren ne vit pas, sur le chemin du retour vers Camelot, fut le sourire sur le visage de Merlin. Un sourire qui venait du fait que le magicien savait que son nouveau serviteur était du type à poser les questions qu'il avait besoin de poser. Celles qui le mèneraient à la véritable acceptation de la magie.

Le Seigneur Vernon avait peut-être essayé de créer une gêne en assignant un tout nouveau serviteur au service de Merlin, mais en vérité il avait fait le contraire. Il avait donné à Merlin exactement le type de serviteur dont il avait besoin pour ce qui allait venir... Un fait que le magicien savait qu'il aimerait agiter sous le nez de Vernon lorsque le jour viendrait où il pourrait publiquement devenir le Sorcier de la Cour.