Chapitre 18: le Fléau d'Arthur ~Partie 5~
Dans la chambre sombre et poussiéreuse, elle dormait, sous des couvertures et sur des oreillers qui n'étaient qu'une pauvre ombre de l'opulence qu'elle avait connue par le passé. Comme pour refléter son environnement froid, Morgane se crispa dans son sommeil, des images de souffrances récentes s'insinuant dans son esprit.
Elle était enfermée dans les ténèbres, enchaînée, avec seulement quelques rayons de lumières venant de quelque part au-dessus d'elle. Et puis, ce couvercle glissa, l'exposant à la lumière vive du soleil qu'elle n'avait pas vue depuis si longtemps. Elle plissa les yeux devant cette lumière, du fond du puits asséché où elle avait été emprisonnée depuis deux ans… Le jeune dragon blanc qui l'avait rejoint et avait été sa seule source de réconfort regardait en l'air aussi, de là où il était enchaîné et enroulé autour d'elle.
Les yeux de Morgane s'ouvrirent d'un coup et elle s'assit, haletante de peur, tremblante des suites de ce terrible souvenir.
« Aithusa. »
Elle entendit un mouvement, ses pleurs et l'appel de son nom attirant le jeune dragon dans sa chambre. Aithusa boita vers elle, le résultat d'avoir partagé son confinement dans le puits, et la voix de Morgane avait un soupçon de regret pour cela lorsqu'elle tendit la main pour caresser la tête du jeune dragon.
« Ne t'inquiète pas, nous sommes en sécurité. Aucun mal ne peut nous atteindre maintenant… Nos ennuis sont tous derrière nous, je te le promets. Bientôt nous aurons le Diamair. Bientôt, nous connaîtrons le Fléau d'Arthur, et Camelot sera à nous. »
~(-)~
Le convoi traversait le terrain glacé, une ligne d'esclaves attachés au chariot et laissés frissonnant pendant qu'ils marchaient derrière. Arthur et Merlin marchaient en tête de cette ligne, le roi regardant son ami avec inquiétude à chaque fois que le magicien trébuchait.
« Ça va, Merlin ? Comment va ta tête ? »
Merlin grimaça, ses yeux ayant du mal à rester concentrés sur sa marche. Il avait clairement une commotion, et le froid ne l'aidait pas non plus.
« Je vais bien, j'ai juste besoin d'un peu plus de temps… Si j'essaye de me soigner maintenant, je vais juste me rendre malade. »
« Stop ! »
L'ordre du chef du convoi fit stopper le chariot. Il avait entendu les deux hommes parler, même s'il n'avait pas compris les mots. Lorsqu'il les atteignit, il frappa Arthur à l'estomac.
« Tu parles lorsqu'on te le demande ! »
L'homme s'éloigna et retourna à son cheval. À cet instant, Merlin remarqua le jeune homme encapuchonné qui les regardait Arthur et lui, et sentit un frisson le parcourir en reconnaissant le visage de la vision du vates.
« Qui est cet homme ? »
Arthur se redressa, essoufflé, et murmura une réponse alors que le convoi se remettait en route.
« C'est Mordred… Le garçon druide que nous avons fait sortir de Camelot il y a quelques années. Il a empêché cet homme de te tuer, lorsque nous avons été attrapés. »
Merlin dut se forcer à garder un visage impassible, aussi perturbé qu'il l'était. Mordred… celui dont Kilgharrah avait dit qu'il était destiné à tuer Arthur.
« Mordred… »
Ils continuèrent à marcher, la nuit commençant à se rapprocher. Lorsque l'obscurité tomba, eux et les esclaves durent se blottir contre le chariot, pendant que les marchants d'esclaves profitaient de la chaleur d'un feu. Ces hommes se moquèrent de Merlin lorsqu'ils le virent monter la garde pendant qu'Arthur dormait, et le magicien attendit qu'ils regardent ailleurs avant d'utiliser une touche de magie pour toucher une des bûches, la faisant craquer et cracher des étincelles assez fort pour qu'elles atteignent et brûlent plusieurs visages. Mais le prix fut que Merlin dut se retenir de vomir suite à la vague de nausée que le sort avait déclenché, et à nouveau il remarqua que Mordred le regardait.
Lorsque l'aube arriva enfin, Merlin était toujours éveillé. Dormir avec une commotion était généralement une mauvaise idée, et il n'avait pas voulu inviter les ennuis qui auraient pu survivre s'il l'avait fait. Et ce fut alors que les autres esclavagistes étaient encore endormis que Mordred l'approcha enfin.
Il vint directement à Merlin et s'accroupit en face de lui, avant de tirer deux morceaux de pain de l'intérieur de sa veste.
« Tu les veux ? »
Merlin le regarda avec méfiance.
« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? »
Mordred jeta un regard sur un Arthur toujours endormi.
« Il m'a sauvé la vie. J'ai une dette envers lui. Ne sois pas aussi prompt à me juger. »
Merlin resta silencieux et suspicieux.
« Tu as peur de moi, Emrys, n'est-ce pas ? Ne t'inquiète pas, ton secret est en sécurité avec moi. Je connais la haine avec laquelle les hommes traitent ceux qui ont de la magie… Moi aussi j'ai dû apprendre à cacher mes dons. »
Merlin regarda Mordre poser le pain sur la neige à côté de lui, et murmura.
« Cela va changer… Arthur est sur le point de lever le ban, et la magie sera autorisée à revenir ouvertement à Camelot à nouveau. Avec le temps, son acceptation de la magie va guider les autres royaumes à l'accepter également. »
Mordred soupira, son expression se durcissant un peu.
« Et ceci, je suppose, est au moins une chose que tu auras réussi à faire correctement. »
Il tendit la main pour toucher le bleu sur le front de Merlin, ignorant la tentative du sorcier pour s'éloigner de lui.
« Thurrhaele. »
Merlin sursauta avec surprise en sentant le sort de Mordred s'insinuer en lui et commencer à soigner sa commotion, puis cligna des yeux pour retrouver ses repères. Mais avant qu'il n'ait pu offrir ne serait qu'un merci pour le geste, Mordred s'était déjà éloigné… et avait aussi laissé un petit couteau avec le pain.
Il chercha l'esprit du druide, parlant en silence, conscient d'après le commentaire de Mordred qu'il ressentait toujours de l'amertume à propos de l'incident avec le Cristal de Neatid.
'Pourquoi m'avoir soigné ?'
Mordred regarda en arrière, son expression froide.
'En t'aidant, j'aide Arthur… Comme je l'ai dit, j'ai une dette envers lui. Laisser mes pairs le remettre à Morgane signifierait le condamner à mort au lieu de le sauver. Je ne laisserai pas cela arriver.'
Merlin fronça les sourcils.
'Et est-ce que tu sais ce que Morgane cherche à Ismère ?'
'La Diamair… Dans la langue de mon peuple, cela veut dire 'La Clé'… La clé de toutes les connaissances.'
~(-)~
Morgane entra dans la salle du trône en ruine, les peurs nées de son cauchemar maintenant mises à l'écart par la froide détermination à voir son travail ici se terminer.
« Aucune trace de la Diamair. Nous allons manquer de temps ! Arthur attaquera peut-être dans quelques jours ! »
Le père de Sefa se retourna pour la voir s'approcher.
« Gardez confiance, Morgane. Il est sans doute mort à cette heure.
– Non, il s'est échappé, j'en suis certaine. Il n'y avait pas un seul de ses hommes parmi les morts. Ils se sont tous échappés ! »
Elle arriva à ses côtés, mais il resta indifférent.
« Alors ils ont sans doute déjà repassé la frontière, et sont bien avancés sur la route de Camelot. »
Morgana le dépassa, se dirigeant tout droit vers son trône avant de s'y asseoir.
« Alors, allez voir votre espionne et demandez-lui quelles sont les intentions d'Arthur. »
L'homme resta calme, et ses paroles furent douces.
« Ma Dame, Sefa a été arrêtée. Elle est condamnée à mort. »
La colère de Morgane disparut à la vue de sa peine évidente.
« La sentence est cruelle. »
Elle s'approcha à nouveau de lui, solennelle mais sérieuse.
« N'oubliez jamais cependant qu'il n'y a nulle gloire plus éclatante que mourir pour une juste cause.
– Ma fille a prouvé à quel point elle était loyale. »
Morgane acquiesça.
« Et nul ne l'oubliera. Je vais doubler les patrouilles à la frontière. Nous serons prêts le jour où Arthur reviendra. »
Le père de Sefa hésita et Morgane fronça les sourcils.
« Il n'y a rien que vous puissiez faire pour votre fille. Nous devons faire en sorte que son sacrifice ne soit pas vain. »
~(-)~
Le convoi d'esclaves continuait à travers le plateau glacé, les captifs qui le suivaient marchant péniblement en silence. Mais pour deux d'entre eux, ce n'était pas un signe de complaisance. C'était le signe qu'ils attendaient le bon moment pour s'échapper.
Les mots de Merlin étaient à peine un murmure mais le sort sur les amulettes permettait à Arthur de l'entendre clairement. La matinée était maintenant bien avancée, et loin au-dessus d'eux, comme une ombre légère parmi les nuages, une silhouette ailée décrivait des cercles.
« Soyez prêts à couper vos cordes et à courir à mon signal… Je vais simplement lui dire de les cibler une seule fois. Je ne veux pas qu'on lui tire dessus, même avec les protections sur son harnais, parce que je n'ai pas la moindre idée de leur état après l'embuscade dans les bois. »
Arthur hocha la tête, le couteau que Merlin lui avait donné dissimulé dans sa manche.
« Je suis prêt. »
Merlin regarda le ciel, sifflant les mots dans un souffle.
« Geleaffriou, thu astric aenes, thu aspedest. »
Ses yeux brillèrent dorés pour un moment, et au souffle suivant l'ombre au-dessus d'eau replia les ailes et plongea sur le convoi.
Friou était silencieuse, le seul signe de sa descente étant le léger bruit de l'air qui sifflait sur ses écailles. Ce ne fut qu'une fois qu'elle fut à distance de frappe qu'elle cria, quelques secondes à peine avant qu'elle ne survole le chariot et ne jette le conducteur à terre.
Les esclavagistes se ruèrent maladroitement vers leurs armes, trop occupés à la surveiller en croyant qu'elle allait frapper une nouvelle fois pour remarquer qu'Arthur et Merlin prenaient des armes et s'échappaient. Ils étaient presque à quarante mètres lorsqu'ils furent enfin repérés, lorsque le chef du convoi se retourna après avoir réalisé que la vouivre ne revenait pas.
« Ils s'échappent ! Après eux ! »
Merlin et Arthur ne regardèrent pas en arrière pendant qu'ils couraient, leur seule inquiétude étant de mettre autant de distance que possible entre eux et leurs poursuivants. En fait, ça semblait presque trop facile, jusqu'à la vue très malvenue d'une crevasse de glace entre eux et la sécurité.
Arthur regarda par-dessus son épaule, capable de voir quelques-uns des esclavagistes descendant la ligne de crête derrière eux.
« Nous allons sauter, et j'espère que Léon et les autres ont pu suivre tes directives. »
Arthur jeta son épée par-dessus la crevasse et recula, visant un éperon de glace qui rétrécissait considérablement la distance. Puis il courut vers lui, sautant et atterrissant avec un peu de marge.
Merlin hésita avant de le suivre, parfaitement conscient qu'il était bien moins athlétique que son ami. Mais il réussit, même si Arthur dut l'attraper pour couvrir les derniers centimètres. Et juste derrière ses talons arriva un des esclavagistes, l'homme sautant derrière eux uniquement pour être tué par Arthur dès qu'il eût atterri. Mordred était presque à la crevasse maintenant, et même si Merlin savait qu'il voulait qu'ils s'échappent, il savait également que le druide ne pouvait pas laisser le reste des esclavagistes l'apprendre.
« Il faut que je m'assure qu'ils ne puissent pas nous suivre. Éloignez-vous du bord ! »
Arthur recula rapidement à ses mots, et Merlin pointa du doigt l'éperon de glace.
« Feal ! »
La glace se détacha et tomba dans le vide, forçant Mordred à s'arrêter au bord de la crevasse. Il resta là à les regarder pendant de longues secondes, avant de faire demi-tour silencieusement et de s'éloigner. Merlin et Arthur n'attendirent pas qu'il change d'avis, et coururent vers le point de repère où Arthur avait demandé à Léon d'amener les chevaliers.
Ce n'était pas très loin, et ça ne prit que peu de temps. Mais lorsqu'ils arrivèrent, débraillés et fatigués, les expressions sur tous les visages à l'exception de Léon disaient clairement que quelques explications étaient nécessaires.
