Vivi : merci pour ta review, de toute la part de l'équipe de traduction ! Et voici la suite attendue !

Chapitre 19: Le Fleau d'Arthur~Partie 6~

« Sefa… Tu as demandé à me voir. »

Gwen regarda par dessus la longue table de la Salle du Conseil, Gaius assis à ses côtés, jusqu'à Sefa, amenée par deux gardes. Lorsque Gaius était venu et avait relayé la demande de la servante pour une audience, la Reine l'avait acceptée.

Sefa se tordit les mains avec nervosité, et garda les yeux baissés.

« Je suis désolée de vous avoir trahi. J'ai eu tort, je le sais. J'ai agi sans réfléchir, je n'ai pas voulu faire du mal à qui que ce soit... Tout ce que je voulais, c'était aider mon père et je suis condamnée à mort aujourd'hui. »

Guenièvre resta grave.

« Tu connais la loi, Sefa. Je ne peux la changer. Des hommes auraient pu mourir, et c'est un miracle que ce n'ait pas été le cas.

– Je sais, et je sais que votre cœur est généreux. Accordez-moi votre pardon, de grâce. Je suis navrée, vraiment… » Sefa essuya une larme, essayant de ne pas sangloter. « Je l'ai fait pour mon père. C'est la seule chose qu'il ne m'ait jamais demandé. J'ai d'abord refusé mais… je ne sais pas, il... je voulais seulement lui plaire, le rendre heureux.

– Il s'est servi de toi. »

Sefa hocha la tête.

« Je sais. Je ne veux pas mourir Majesté, je vous en prie. »

Le silence s'étendit un long moment, avant que Gwen ne secoue la tête.

« Je ne peux rien faire Sefa. La sentence est irrévocable.

– Majesté ! »

Sefa fut conduite hors de la pièce, et lorsque la porte se ferma, Gaius regarda pensivement Gwen.

« Vous devriez peut-être revenir sur votre jugement. Même si je sais que Sefa a commis un crime au regard du Code Myrrdin et des Lois de Camelot, elle ne mérite pas d'être condamnée à mort à cause de sa naïveté. »

Gwen soupira et sourit légèrement.

« Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas l'intention de l'exécuter… J'ai changé d'avis sur son sort presque aussitôt après l'avoir exprimé. Mon but est maintenant de piéger son père. C'est son père qui menace Camelot, pas elle. J'espère que la condamnation de Sefa le fera venir. Je ne vous l'ai pas dit parce que sa mort doit être une certitude pour elle. Si son père a une espionne ici, il pourrait en avoir d'autres, et s'il doute de sa condamnation, jamais il ne viendra. »

Gaius fronça les sourcils.

« Vous jouez un jeu extrêmement dangereux, Majesté. L'exécution doit avoir lieu, que se passera-t-il si Ruadan ne vient pas ?

– Mais nul ne peut gagner la guerre sans prendre de risque, Gaius. Sefa est son enfant, je suis persuadée qu'il viendra. »

~(-)~

Merlin se tenait là, sous le poids du regard des Chevaliers, qui le regardaient tous avec méfiance, à l'exception de Leon. Cela suffisait à lui donner envie de partir, de se cacher, et de souhaiter de ne pas avoir révélé sa magie. Et pourtant, en même temps, il ne regrettait pas de l'avoir utilisée pour sauver leurs vies.

Il prit une profonde inspiration et soupira.

« Est-ce que quelqu'un est blessé ? Si oui, je peux vous soigner. Venez juste me voir, et je m'en occuperais. »

Il se dirigea vers l'amas de rochers qui servait de point de repère, et posa ses mains sur un rocher un peu à l'écart des autres. Quelques instants plus tard, elles irradiaient de chaleur, faisant fondre la neige autour d'elles. Merlin récupéra le sac de fournitures médicales et commença à fouiller dedans.

Arthur le regardait avec sympathie, comprenant exactement comment Merlin devait se sentir pour le moment.

« Et bien, vous l'avez entendu. Ceux d'entre vous qui ont des blessures, montrez-les-lui. Nous avons toujours des hommes à sauver, et j'ai besoin que tout le monde soit dans le meilleur état possible avant que nous partions. »

L'un des chevaliers, Sir Iswald, s'approcha du roi et il semblait plutôt mécontent.

« Sire, vous saviez déjà que Merlin était un sorcier, et vous nous l'avez caché ? Nous avons tous juré de vous servir, avec honneur et loyauté, et pourtant vous nous avez menti. »

Leon s'avança prêt à intervenir.

« Il a fait ce qu'il… »

« Ça suffit, Leon. » Arthur soupira, et répondit à la question d'Iswald. Il répondit devant tous les chevaliers, solennel et sérieux. « Oui, j'ai menti, parce que Camelot n'était pas prête. Je suis au courant de la magie de Merlin depuis sept ans, et je l'ai dissimulé et caché juste sous le nez de mon père. Pendant ce temps, j'ai participé activement à des actions impliquant l'utilisation de la magie et des enchantements, ce qui selon les lois de l'époque auraient signifié une condamnation à mort. Depuis, j'ai conspiré pour ramener la magie dans le royaume, non avec la force mais en vous donnant, à vous et tous ses habitants, la chance d'apprendre par vous-même que la magie n'est pas maléfique, mais que ce sont les choix qu'on fait qui la définisse comme bonne ou mauvaise… Je ne regrette pas ce que j'ai fait, parce que si je ne l'avais pas fait alors Morgane serait Reine, chacun des hommes présents ici serait mort, et d'innombrables citoyens innocents de Camelot auraient perdu la vie. »

Le silence se fit pendant que les chevaliers se regardaient, murmurant entre eux. Leon s'avança pour se placer à côté d'Arthur dans un signe de soutien.

« Je suis également au courant pour Merlin, depuis six maintenant, depuis la fois où il a aidé à détruire l'armée immortelle de Morgane et Morgause et repris Camelot. Je l'ai vu lutter et se battre pour nous avec le peu qu'il avait, je l'ai vu souffrir sous le poids de ce que cela engendrait. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'à l'exception de notre Roi, il n'y a nul homme pour lequel je serais prêt à me battre. »

À côté de son rocher, Merlin rougit devant la louange et continua à se tenir occupé, pendant qu'Arthur venait poser une main sur l'épaule de Sir Iswald.

« Je sais que c'est soudain pour vous, pour chacun d'entre vous, mais je vous promets à tous que si je vous ai menti, c'était dans le meilleur intérêt de Camelot. »

Iswald hésita puis hocha la tête.

« Vous êtes un bon roi, un roi sage, et Camelot a prospéré sous votre règne. Je vais continuer de vous servir, Sire, et j'espère que plus jamais vous ne penserez devoir nous mentir pour protéger le royaume. »

Arthur sourit en voyant le reste des chevaliers confirmer ce sentiment, à la fois soulagé et rassuré.

« Je l'espère aussi, parce que le traitement que j'ai infligé à Merlin était loin d'être juste, je l'ai traité comme un moins que rien durant toutes ces années. » Il gloussa. « Surtout depuis qu'il a gagné ma confiance pour qu'ensuite je découvre sa magie. Il s'est porté garant pour moi envers beaucoup de personnes de la communauté magique. Il m'a enseigné tout ce qu'il fallait pour mettre fin à la haine et la vengeance, à la peur et à l'incompréhension, enseigner qu'il fallait qu'une seule personne pour se lever et prendre position. Qu'il ne suffit que d'une personne qui vous tende la main de l'amitié et du pardon... Merlin a vécu avec la peur d'être exécuté toute sa vie et pourtant il était prêt à placer sa foi dans le fils d'un Roi qui l'aurait exécuté en un battement de cœur. Il aurait pu si aisément me haïr et sombrer dans les ténèbres, comme Morgane l'a fait, mais à la place, il s'est accroché à l'espoir que je pouvais représenter... Quelqu'un qui, si on lui donnait la chance d'apprendre, verrait la magie pour ce qu'elle est réellement. Et c'est cet espoir qui va apporter la paix, non seulement à Camelot mais aussi dans tout Albion. »

Merlin regardait désormais Arthur avec une fierté non dissimulée, même s'il se remit rapidement à organiser ses médicaments lorsqu'il vit que certains des chevaliers le regardaient. Ce moment d'évidente loyauté, suivie par de l'embarras, fit rire Iswald et la tension s'évanouit.

Il se redressa et se dirigea vers Merlin, à qui il tendit son bras pour révéler un bandage sauvage autour de son poignet.

« Je pense qu'il est temps que vous commenciez à nous soigner… Nous avons des Saxons à combattre. »

~(-)~

Son corps lui donnait l'impression qu'il aurait dû souffrir plus que ça, surtout qu'il se souvenait du passage à tabac qu'il avait reçu après que les gardes saxons l'aient surpris à errer. Gauvain ouvrit des yeux bouffis, regardant le plafond de la grotte au-dessus de lui avant de remarquer l'étrange lumière bleue qui éclairait tout et venait de quelque part derrière lui.

Il tressaillit et regarda dans cette direction, se retrouvant face à face avec un être qui ressemblait à un homme, mais qui pourtant n'avait rien d'humain. Il brillait de bleu et était suffisamment translucide pour que son squelette puisse être discerné, son crâne s'allongeait d'une façon qui n'était définitivement pas humaine.

La créature tendit lentement la main, sa voix, un simple murmure lorsqu'il parla.

« Vous n'avez rien à craindre. Vos blessures ne sont pas encore guéries. »

Gauvain considéra pensivement la créature.

« Vous, vous m'avez sauvé ? Merci.

– Je sais que vous valez la peine d'être aidé. Vous avez mon estime. »

Gauvain fronça les sourcils.

« Je ne comprends guère.

– Pensez-vous que la gentillesse soit l'apanage des êtres humains ?

– Je n'avais jamais encore rencontré une créature telle que vous. Qui êtes-vous ? »

L'expression de l'être se fit plus triste à ces mots, et son regard se perdit dans le lointain.

«Preux chevalier, nombreux sont les noms qui m'ont été donnés par les enfants d'êtres humains. Je suis la dernière de mon peuple, autrefois nous étions respectés par tous. Mais ces jours sont révolus aujourd'hui. Pendant des siècles nous avons été traqués, les hommes nous fuyons et un jour je me suis hélas retrouvée toute seule. Malheureusement même cet ultime refuge est hasardeux, désormais. » Il y eut un moment où des bruits de pas se firent entendre dans un passage proche, et une fois qu'ils furent passés, l'être parla à nouveau. « Ne bougez pas, vous êtes encore faible. Il faut vous reposer et guérir, messire chevalier. »

Gauvain hocha la tête, s'allongeant à nouveau contre la pierre et ferma les yeux. Il savait que, qui quoi que soit son sauveur, il était en sécurité sous sa protection.

~(-)~

« Est-ce que tout est prêt ?

– Oui… J'ai tout arrangé pour qu'il y ait des petites lacunes dans les patrouilles, pas assez pour éveiller les soupçons, mais suffisamment pour assurer qu'il puisse passer au travers s'il vient. Il y a des gardes et des chevaliers qui attendent dans plusieurs endroits des donjons et des cryptes. Nous allons permettre au père de Sefa d'entrer, mais il ne sortira pas. »

Gwen soupira, en ressentant une pointe d'incertitude pendant qu'elle s'asseyait au côté du lit de son fils. Balther était profondément endormi, et inconscient de la sombre conversation qui se déroulait entre sa mère et son oncle.

Elle regarda Elyan et hocha la tête.

«Je te laisse la suite, promets moi juste que si vous vous retrouvez face à son père, vous ne ferez rien d'imprudent. Vous êtes peut-être entraînés pour résister à la magie, mais nous ne connaissons pas sa puissance. »

Elyan vint à ses côtés et posa une main sur son épaule.

« Tu penses vraiment qu'il va venir ? »

Gwen hocha la tête, son regard se posant sur son garçon dans son lit.

« S'il se soucie de sa fille autant que je me soucie de mon fils, alors oui, il va venir. Je regrette juste que ses actes aient rendu tout cela nécessaire. »

Elyan partit prendre son poste, et Gwen s'installa pour attendre. Et lorsque le tocsin se mit à sonner, peu de temps après minuit, elle resta où elle était pour réconforter et rassurer Balther lorsque le bruit le réveilla. Elle resta avec lui, le berçant et le calmant jusqu'à ce qu'il s'endorme dans ses bras, jusqu'à ce que Elyan revienne, une heure après que les cloches aient cessé de sonner.

Il entra dans la pièce en ayant l'air simplement ébouriffé, même s'il y avait de la terre sur ses bottes et quelques feuilles s'accrochant à son armure.

« Après que je l'ai blessé, Sefa et son père ont atteint une des ruines dans les bois. Nous l'avons trouvé là-bas, mort de ses blessures, mais il n'y avait aucun signe de Sefa. »

Gwen laissa échapper un souffle tremblant et hocha la tête.

« Laissez-la partir. Elle n'a pas de magie, et même si je ne doute pas qu'elle puisse en venir à haïr Camelot pour ce qui s'est passé, il y aura assez de temps pour qu'elle voit la magie revenir ici et qu'elle nous pardonne. Ce qui importe pour le moment, c'est que Morgane ait perdu un de ses alliés, et que nous nous soyons assurés que le père de Sefa ne pourra plus jamais causer le moindre mal à Camelot. »

Elle donnait l'air d'être confiante pendant qu'elle parlait mais il y avait des larmes dans ses yeux, pour la douleur que Sefa devait ressentir en ce moment même. Elle connaissait la douleur de perdre un père, et cela ne s'oubliait jamais.

~(-)~

Avec l'arrivée de l'aube, un corbeau vola à travers la fenêtre de Morgane, la tirant de son sommeil. Elle l'approcha sans hésitation, habituée à ce que les messages arrivent par ce moyen, mais le contenu de celui-ci n'en faisait pas une bonne lecture.

Les nouvelles sont mauvaises, Arthur n'est pas retourné à Camelot, il est en route pour Ismère mais ne désespérez pas Morgane bientôt vous aurez la Diamair et le fléau d'Arthur n'aura plus de secret pour vous, bientôt les Pendragon n'existeront plus. Ruadan.

Morgane fronça les sourcils, remarquant les traces de sang sur le bord de la note, et ceci aussi bien que les mots disaient clairement que Ruadan devait être mort maintenant, s'étant rendu à Camelot pour sauver sa fille. Qu'il se soit montré aussi imprudent fit que Morgane froissa le bout de papier dans sa main, en colère devant la perte d'un puissant allié, mais elle était encore plus en colère que ce fut à cause de ses actions à lui qu'il se soit fait tuer.

Elle lâcha la note et jaillit hors de sa chambre. Il n'y avait qu'une seule chose qui pourrait améliorer les choses, et c'était de trouver la Diamair… Et de tuer Arthur.

~(-)~

« Tu sais ce que les gens disent ? Il ne faut jamais se fier aux apparences, Merlin.

– Cette fois ils ont tort. »

Arthur les conduisait vers les hauteurs, vers la forteresse qui s'élevait du plateau neigeux comme une immense lance de pierre, et lorsqu'ils atteignirent la couverture des rochers au sommet de la crête, ils regardèrent en bas vers la piste en dessous d'eux.

Le convoi d'esclaves était là, en train d'entrer dans la forteresse, mais l'étalage de gardes sur les portes indiquait clairement qu'il n'y avait aucun moyen pour que l'escadron de chevalier puisse entrer par le même chemin.

Merlin fronça les sourcils.

« Bon, et maintenant ? Vous ne pouvez pas honnêtement vous attendre à ce que je charge dans un tourbillon de sort, et sans déclencher le genre de tapage qui pourrait conduire Morgane à tuer tous les prisonniers par dépit. »

Arthur sourit, haussant les sourcils.

« Tu sais ce qu'on dit, Merlin. Il y a toujours un moyen. »

Il s'écarta de la crête et les conduisit autour de la forteresse, cherchant jusqu'à ce qu'un mince filet d'eau sale les conduise à une petite grille en fer.

Merlin la regarda et gémit.

« Vous plaisantez. »

Arthur haussa les épaules.

« Ne t'inquiète pas, je compte sur toi pour nous garder au sec. »

Merlin gratifia le roi d'un autre long regard, avant de jeter un coup d'œil aux chevaliers et de laisser échapper un soupir résigné. Il arracha ensuite la grille de ses fixations par la magie, avant de montrer du doigt Arthur et les autres.

« Juste un mot d'avertissement, vous ne serez pas capables de prendre un bain pendant quelque temps. Vous allez juste devoir espérer que ceci partira avant notre retour à Camelot… Abaede se adlic meresteall. » D'un coup, la neige sur leurs armures et leurs cheveux fut éloignée et glissa sur eux comme s'ils étaient recouverts d'huile. Merlin fit demi-tour pour se diriger vers la grille d'égout. « Ça va empêcher ces choses de se coller à vous, mais ça ne fera rien contre l'odeur. »

Ils le suivirent tous un par un, rampant à travers l'étroit caniveau qui s'inclinait vers la forteresse au-dessus. Lorsqu'ils en atteignirent le bout, quelque part dans le château, Arthur alla vers une fenêtre et regarda vers la cour en dessous.

Les marchants d'esclaves étaient là, et au-delà des esclaves, il y avait également des pioches dans le chariot. Et si Morgane voulait que les esclaves creusent pour quelque chose, alors ces pioches allaient devoir faire leur chemin jusqu'aux mineurs.

Arthur revint vers les chevaliers, sa voix calme.

« Trouvez un endroit pour rester hors de vue, et soyez prêt à forcer un chemin pour sortir d'ici. Merlin et moi allons utiliser les wagons en bas pour rejoindre l'endroit où sont Gauvain et les autres. Merlin relayera mes ordres via Leon, si quelque chose devait se produire et que nous avions besoin d'une diversion. »

Les chevaliers hochèrent tous la tête.

« Compris. »

~(-)~

Morgane regardait froidement le nouveau lot d'esclave, pendant que l'homme qui les avait amenés marchandait les prix avec un de ses hommes. Elle ne se souciait pas vraiment d'avoir plus de travailleurs, il y en avait déjà plus d'une centaine en train de creuser sous la forteresse, et ils étaient là depuis des mois. S'ils étaient proches de trouver ce qu'elle désirait, alors quelques-uns de plus ne changeraient rien.

Elle marqua une pause, ses yeux s'arrêtant sur l'un des autres hommes du convoi d'esclaves, et elle fronça les sourcils à une étincelle de familiarité. Et puis, il y avait autre chose, une sensation de magie et de parenté… la sensation de quelqu'un qu'elle n'avait pas vu pour depuis de longues années.

Morgane se hâta hors de sa chambre, jusque dans la cour, ignorant le chef des esclaves lorsqu'il lui parla, comme s'il n'était même pas là. À la place, elle marcha vers le jeune homme à qui il parlait, qui l'avait vu et montré la même étincelle de reconnaissance dans ses yeux, et lorsqu'elle tendit la main vers lui, elle savait…

« Mordred. »

Mordred sourit et accepta sa main lorsqu'elle la lui tendit. Puis tous deux entrèrent dans le château, et Morgane ordonna au premier serviteur qu'elle vit d'apporter de la nourriture à l'une des chambres les plus chaudes.

~(-)~

« Vous savez, je pensais que je m'y serais fait, depuis le temps. »

Merlin tira sur le col de sa veste mal ajustée, et fronça le nez à l'odeur de transpiration qui en émanait.

La ruse avec le chariot avait fonctionné, et Arthur et lui marchaient maintenant à travers les cavernes sous Ismère, vêtus des habits saxons qu'ils avaient récupérés sur deux gardes infortunés. En conséquence, personne ne leur donnait un second coup d'œil, mais c'était au prix de l'odeur.

Tous deux continuèrent à fouiller les cavernes, jusqu'à ce qu'enfin Arthur repère un visage connu, et pose la main sur l'épaule de cet homme.

Perceval se retourna, s'attendant à un garde, puis s'écria doucement.

« Arthur ! »

Arthur sourit.

« Vous pensiez qu'on vous abandonnerait à votre sort ? Où sont les autres ?

– Ils sont... Ils sont ici et là.

– Et Gauvain ?

– Je l'ai vu il y a environ deux jours. Je pense qu'il se cache quelque part, attendant une chance de nous tirer d'ici. »

Arthur fronça les sourcils à cela, avant de déposer son épée dans le chariot de mineur à côté de Perceval.

« Regardez si vous pouvez en trouver d'autres, et faites ce que vous pouvez pour libérer les autres. On s'occupe de Gauvain. »

~(-)~

Lorsque la nourriture arriva, Morgane fit signe à Mordred de manger à sa faim, le regardant avec contentement. Elle avait perdu Ruadan, mais maintenant, comme un présage de bonne fortune, Mordred était apparu devant elle. Assurément, c'était un signe des temps à venir, et pourtant elle se demandait toujours où il avait été toutes ces années.

« Je pensais que tu étais mort. Le monde est dangereux pour ceux qui ont des pouvoirs magiques. »

Mordred avala sa bouchée et la regarda gravement.

« Ça n'a pas été facile. La sorcellerie effraie le peuple. Et parfois même ceux qui prétendent défendre sa cause. »

Morgane sourit tristement.

« Tu as vu bien des choses.

– J'ai appris bien des choses aussi. Il a bien fallu pour éviter d'être brûlé en place de grève ou réduit en esclavage et maltraité. »

Le sourire de Morgane se fit plus brillant.

« Bientôt les gens changeront. L'ancienne religion régnera une fois pour toutes et il n'y aura plus rien à redouter lorsqu'Arthur et les siens auront disparu à jamais. »

À la mention de ce nom, Mordred se figea… et ses mots se firent calmes.

« Savez-vous que nous tenions Arthur sous notre emprise ? Il s'est échappé. »

L'expression de Morgane se fit froide, et toute sa bonne humeur disparut sous un froid glacial.

« Tu l'as laissé faire ? »

Mordred fronça les sourcils.

« Il s'est enfui.

– De quelle façon ? Qui l'a laissé partir ?

– C'était un accident. »

Morgane claqua les mains sur ta table, renversant plusieurs objets dans sa fureur.

« Le tuer ! C'est tout ce qu'ils avaient à faire ! Je suis une Grande Prêtresse, Mordred ! J'ai le pouvoir du ciel entre les mains et il continue à me défier ! »

Mordred leva une main, tentant de la faire se rasseoir.

« Du calme, détendez-vous. »

Elle ne le fit pas, le regardant à la place avec des yeux fous.

« Je veux son anéantissement total. Je veux mettre sa tête sur un pic et regarder les corbeaux se faire un festin de ses yeux. » Le tocsin commença à sonner, et Morgane commença à sourire lorsqu'elle réalisa ce que cela signifiait. « Arthur… Il est ici. »

~(-)~

En bas dans les grottes, Gauvain ouvrit les yeux au son lointain du tintement des cloches. Il pouvait également entendre les gardes crier, et se releva pour scruter le passage adjacent, pendant que l'être qui l'avait sauvé restait en arrière et hors de vue.

Gauvain tendit la main et attrapa une torche d'un support mural, qu'il leva alors que le son de bruits de pas approchait.

« Soyez sans crainte, personne ne vous fera du mal. »

Le son se rapprocha, et Gauvain se jeta dehors pour frapper, uniquement pour voir son arme improvisée être attrapée par Arthur qui sourit ironiquement.

« Il n'y a vraiment que vous pour échapper au labeur. »

Gauvain sourit.

« Vous en avez mis du temps. » Il remarqua que Merlin avait repéré l'être, et il parla à la créature. « Ce sont des amis, de bons amis. »

L'être resta silencieux et attentif, avant de se lever et de partir sans un mot.

Arthur fronça les sourcils avec confusion.

« Mais qu'est-ce que c'est que ça ? »

Gauvain haussa les épaules.

« Je ne sais pas exactement mais je lui dois la vie. »

Merlin commença à bouger, retournant vers le passage principal.

« Allons-y. Nous devons rejoindre Perceval et les autres. »

Arthur et Gauvain le suivirent, les trois hommes traversant les passages jusqu'à ce que les choses deviennent étrangement calmes après un certain temps. Soudainement, il n'y avait plus de gardes, plus aucun cris qu'on pouvait entendre au loin. Et puis, une bourrasque de vent contre nature les atteignit, accompagné d'un léger grondement, avant qu'Arthur ne repère une forme sinueuse courant dans le tunnel, les forçant à se réfugier dans le passage adjacent.

L'ombre les dépassa dans un éclair blanc, éclairé par le panache de flamme soufflé par son museau. Lorsqu'il fut passé, Arthur se releva de là où il avait atterri.

« Aithusa ? Que diable fait-il ici avec Morgane ?! »

Merlin regarda dans la direction prise par le dragon.

« Je n'en ai aucune idée… Attendez ici, je vais aller lui parler. »

Merlin partit en courant avant qu'Arthur n'ait une chance de lui répondre, trop concentré sur le jeune dragon pour s'en soucier. Pourquoi Aithusa était-il là ? Et pourquoi avait-il l'air si petit ? Depuis le temps passé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu, c'est-à-dire lorsqu'il avait fait son nouveau bâton, Merlin savait qu'Aithusa devrait faire au moins deux fois cette taille maintenant.

Il trouva le jeune dragon non loin de là, et fut choqué de devoir bloquer un jet de flammes. Lorsque le feu s'éteignit, Merlin fixa enfin son regard sur le dragon.

« Nun de ge dei s'eikein kai emois epe'essin hepesthai! » Aithusa hésita, puis pencha la tête, comme s'il reconnaissait seulement maintenant que c'était Merlin en face de lui, et le sorcier se mordit la lèvre en voyant le jeune dragon boiter. « Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Qui t'a fait ça ? » Aithusa resta où il était, refusant d'approcher, comme effrayé. « Je ne te ferai aucun mal. »

Merlin s'approcha, caressant doucement la tête d'Aithusa. Mais le dragon se contenta de laisser échapper un faible grondement, comme un demi-cri, et Merlin fronça les sourcils.

« Tu ne sais pas parler. Mais comment est-ce que ça se fait ? Tu es suffisamment âgé, maintenant. »

Plusieurs cris sortirent du passage proche, et Merlin fit rapidement signe à Aithusa.

« Va-t'en ! Tu sais où me trouver, pars maintenant ! » Le jeune dragon secoua la tête, et Merlin le désigna du doigt. « Ithi ! » À l'ordre auquel il était incapable de refuser, Aithusa courut dans l'obscurité. Une fois qu'il fut parti, Merlin fit face aux Saxons qui étaient entrés derrière lui, et les considéra durement. « Si vous savez ce qui est bon pour voir, vous allez courir. »

En moins d'une minute, trois étaient à terre et le reste avait fui, et Merlin était sur le point de rattraper Arthur lorsque quelque chose rendit cette tâche extrêmement urgente. À savoir que les amulettes se déclenchèrent pour lui et Gauvain, ce qui ne pouvait signifier qu'une seule chose. Ils avaient trouvé Morgane, et avaient stupidement essayé de la combattre par eux-mêmes.

Merlin courut, tournant à un angle uniquement pour se prendre un souffle de magie dans la figure. Étourdi, ses oreilles sifflantes, il lutta pour s'asseoir alors que Morgane préparait sa lame pour tuer le roi qui gisait à ses pieds. Merlin tendait la main, luttant pour appeler sa magie et la stopper, lorsque le jeune druide derrière lui fit un pas en avant.

Morgane haleta de surprise et de douleur, tombant à genoux pendant qu'elle se tournait pour regarder celui qui l'avait poignardé avec une lame enduite de poison… Un outil basique pour quiconque travaillait comme esclavagiste.

« Mordred ? »

Elle s'affaissa au sol, le poison sur le lame l'envoyant rapidement dans l'inconscience, et Mordred se baissa pour ramasser Arthur et le hisser sur son épaule. Puis il jeta un coup d'œil à Merlin et s'éloigna, se dirigeant vers la direction d'où ils pouvaient entendre Perceval crier qu'il avait trouvé Gauvain inconscient.

Merlin grimaça et essaya à nouveau de s'asseoir, la peur pour Arthur le poussant à bouger. Mais il s'arrêta lorsqu'une lueur bleue éclaira la zone autour de lui, et qu'une voix chuchotante lança un sort de guérison.

Puis l'être qui avait aidé Gauvain hocha la tête.

« Emrys. Beaucoup de sang a été versé aujourd'hui. Et tout cela pour obtenir une chose que très peu de sages voudraient. »

Merlin fronça les sourcils.

« Vous parlez de la Diamair. » La créature hocha la tête. « Morgane ne l'a pas trouvée ? »

L'être sourit.

« Et elle ne la trouvera jamais. »

Merlin le fixa, et comprit immédiatement.

« Parce que c'est vous. Vous êtes la clé de toutes les connaissances. Il arrive parfois que le poids de mon destin soit lourd à porter mais... le poids du vôtre est écrasant.

– C'est une bénédiction mais aussi... une... malédiction. » La Diamair s'assit, son expression solennelle. « Y a-t-il une question que tu souhaiterais poser ? »

Merlin secoua la tête.

« Non... je doute que cela soit une bonne idée. »

La créature sourit à cela, contente.

« Tu es vraiment un sage, Emrys. Ta sagesse vivra longtemps dans l'esprit des êtres humains. »

La Diamair se releva pour partir, et Merlin s'assit en pensant à ce qu'il s'était passé quelques minutes plus tôt. Lorsque Mordred avait agi pour sauver Arthur.

« Attendez... J'ai une seule question. Si le fléau d'Arthur n'est pas Mordred alors qui est-ce ?

– Lui-même. » La Diamair tendit la main et la posa sur le bras de Merlin. « Mais, si tu veux chercher à en savoir plus sur le sort destiné d'Arthur, et de celui que tu connais sous le nom de Mordred, alors tu dois te rendre à l'endroit que tu crains depuis que tu y es entré pour la première fois. Seulement là-bas pourras-tu trouver celui qui peut te donner la réponse, mais je te mets en garde. Le prix que tu devras payer pour ce savoir, le fardeau que tu devras porter à cause de cela, sera lourd. »

Ces mots restèrent avec Merlin pour le reste du voyage de retour à Camelot, et il parla peu lorsque le changement dans la loi, et même sa magie, furent expliqués aux chevaliers secourus. Mais une chose qui lui donna un motif d'inquiétude fut ce qu'Arthur choisit de faire pour l'homme qui l'avait sauvé… Parce qu'à peine étaient-ils arrivés à Camelot, qu'il le récompensa en le nommant Chevalier de la Table Ronde… Le premier druide a être ouvertement placé dans cette position, un symbole d'espoir de paix… Du moins le pensait-il.