Chapitre 7 : La décision d'une mère
- Bonne journée M'man !
- Attendez vous deux. Je dois vous parler de quelque chose.
- Je dois m'entraîner pour ...
- Fukumi s'il te plaît.
Kazumi reposa sa sacoche à terre alors que Fukumi continua à mettre ses chaussures. Shizuru souffla un instant puis réfléchit quelques secondes. Elle devait mettre au courant ses filles concernant la visite de samedi. Deux jours les séparaient de ce dîner. Elle avait essayé de trouver une manière de l'annoncer à celles-ci mais rien ne lui était venu à l'esprit.
- Maman?
- Je ... C'est à propos de votre ... De Natsuki.
Fukumi s'arrêta dans son action et se releva, signalant toute son attention. Depuis sa rencontre avec sa génitrice, elle était en colère. Elle ne savait pas pourquoi. Elle en voulait à sa mère mais surtout à cette femme. Pour autant, lors de leur unique rencontre, elle avait eu ce sentiment. Un sentiment dont elle n'arrivait pas à mettre un nom dessus. Soulagement ? Curiosité ? Ou tout simplement une envie. Une envie de la revoir. Pire de la connaître. Mais la colère venait souvent s'y mêler. Comment pouvait-elle vouloir connaître une personne comme elle? Une personne qui les avait délibérément rejeté ... Abandonné. Elle se savait non rationnelle sur le sujet. Après tout, Natsuki ignorait leur existence mais pourquoi n'avait-elle pas cherché à savoir? Pourquoi n'avait-elle pas de nouveau repris le contact. A cause de leur mère ... Toutes ses pensées la rendaient malade. On lui reprochait souvent en cours de ne pas être assez attentive. De ne pas assez réfléchir dans ses raisonnements. Mais elle ne faisait que cela. Et ce en boucle. Alors au final, ce qui la rendait la plus en colère étaient ses propres pensées. Le seul moment où elle pouvait ne penser à rien, faire le vide absolu, était dans l'eau. Lorsqu'elle nageait. Voilà pourquoi, elle avait demandé une dispense de cours pour ce concentrer sur son entraînement. Pour les rencontres inter-scolaires.
- Et?
Kazumi fixa un instant sa mère puis se perdit elle-aussi dans ses pensées. Elle n'arrivait plus à regarder sa mère ou même interagir avec elle depuis qu'elle sache que celle-ci leur avait délibérément menti. Kazumi avait essayé de son mieux de comprendre l'origine de sa naissance. De sa physionomie. Voilà pourquoi elle avait de plus en plus étudié. Pour que l'ensemble de l'Académie la voit comme une bonne personne. Qu'on la juge pour son intelligence et non pas pour sa différence. Son intelligence qui entrait en conflit avec ses pensées. Elle comprenait la réaction de leur mère mais elle ne pouvait que revenir sur une pensée. Sa mère ne comprenait-elle pas qu'il aurait été plus facile pour elle d'avoir une personne comme elle à ses côtés? Pour qu'elle lui explique comment réagir face à certains jugements. Pour la rassurer. Ou tout simplement pour comprendre sa solitude. Kazumi avait dû apprendre tout cela par elle-même. Et cela avait été très dur. Même si elle avait sa soeur, sa mère mais surtout Akemi. Encore une chose à ce sujet. Natsuki aurait pu être d'une aide pour comprendre ses sentiments envers sa meilleure amie. Envers les réactions de son corps. Mais sa mère avait préféré la priver de tout cela. A cause de la peur. Mais sa mère prenait-elle en compte sa propre peur? Kazumi se savait égoïste de penser de cette manière mais elle était une adolescente en proie aux hormones. Ce qui ne laissait peu de place pour son intelligence.
- Maman on va être en retard alors on parlera ce soir.
- Je lui ai proposé de vous voir.
Kazumi fixa sa soeur qui semblait tout aussi surprise.
- Mais ...
Shizuru caressa doucement les cheveux de Fukumi tout en reprenant.
- Je veux que vous ayez votre propre jugement alors ... Notre passé ne vous concerne pas. Alors ne sois pas sur la défensive tu entends?
Fukumi grommela légèrement mais acquiesça. Shizuru se concentra sur son autre fille.
- Je sais que tu m'en veux. Mais je ne peux pas m'excuser. En revanche, tu pourras lui poser les questions que tu souhaites.
Kazumi sentit une légère caresse sur son visage puis murmura.
- Je ne suis pas en colère envers toi. C'est juste que ...
- Tu es un livre ouvert pour moi ...
- Mais ...
- Vous allez être en retard. Travaillez bien.
Shizuru fixa la retraite de ses filles puis saisit ses clés de voiture. Elle devait reprendre le contrôle de ses émotions avant de passer les portes de l'hôpital.
- Tu es tendue comme un arc Chiot.
- Hum.
Nao fixa sa supérieure la tête sous une voiture puis reclaqua le capot de toutes ses forces. Natsuki se releva brusquement se cognant au pare-choc de la voiture.
- Mais t'es pas bien!
- J'ai enfin une réaction de ta part.
Natsuki se releva et massa son front. Nao quant à elle lui présenta un café.
- Samedi approche.
Natsuki prit une gorgée tout en hochant la tête.
- Je vois qu'Alyssa ne peut définitivement rien te cacher.
- C'est moi qui lui ait demandé après que j'ai vu little Krug'.
Natsuki sourit légèrement face au surnom.
- C'est Fukumi.
Natsuki sentit une main sur son épaule. Nao frotta l'arrière de sa tête tout en regardant dans une autre direction.
- Je ... J'suis là si t'as besoin d'en parler. Enfin si ni ta mère ... Ni Alyssa ne peut t'entendre te plaindre je ...
- Merci. Je suis contente de t'avoir dans ma famille tu sais?
Nao rougit légèrement puis haussa les épaules. Natsuki rigola face à la retraite de Nao puis posa son regard dans son café.
- Demain ... Je vais enfin pouvoir les voir.
Shizuru ouvrit une porte et distingua un homme couché sur une couchette. Tout en refermant la porte, elle alluma la lumière puis se rapprocha de lui.
- Sergueï?
Sergueï ouvrit difficilement les yeux puis sourit légèrement tout en caressant le visage de Shizuru.
- Hey Bella. Tu te joins à moi?
Shizuru se releva et attendit que Sergueï l'imite. Celui-ci souffla tout en se levant.
- Tu devrais t'habiller. Ton opération est programmée à 10h50.
- Il n'est que 10h00 Shizuru. J'ai le temps. Et puis c'est une opération de routine.
- C'est un enfant Sergueï.
Sergueï secoua la tête tout en attrapa son pantalon.
- C'est un patient. Il aura exactement le même traitement qu'un adulte ou qu'un vieillard. Tu ne dois pas t'attacher à tes patients ... Tu fais ton job. Tu sauves les personnes que tu peux. Et tu apprends des complications pour essayer de les éviter si elles sont évitables. Je ne pensais pas devoir te faire la morale Shizuru.
- Je ne suis pas venue pour ça.
Sergueï se rapprocha de Shizuru et l'embrassa sur la joue. Il caressa doucement ses bras tout en poursuivant ses baisers sur les lèvres. Shizuru posa ses mains sur son torse nu tout en détournant la tête.
- Je ne suis pas ici pour ça non plus.
- Le contraire m'aurait étonné.
- Sergueï ...
- Quand pourrons-nous avoir des relations comme un vrai couple hein?
- Ne cries pas s'il te plaît.
Sergueï frotta sa joue mal rasée puis reprit.
- Je sais que tu as peur que j'abuse de toi comme ce machin de ton adolescence mais ... Bon Dieu Shizuru, je suis un homme. Et je veux plus de toi. Que ce soit du sexe ou même un enfant.
Shizuru resta un instant surprise par ses propos. Sergueï et elle s'étaient rencontrés il y a deux ans. Malgré toutes ses années, Shizuru n'avait jamais réussi à repasser le capte avec une autre personne. Sergueï ne faisait pas exception à la règle. Il avait cependant été patient. Et elle avait fini par accepter de le fréquenter. Et ce depuis quelques mois. Mais l'aimait-elle réellement? Elle ne le savait pas. Elle décida de rentrer dans le vif du sujet.
- Je suis venue pour te dire que je ne serais pas disponible samedi. Je dois annuler notre rendez-vous.
- Encore ? Tes gosses sont grands. Elles peuvent survivre une nuit sans toi.
Shizuru tilta sur le terme.
- Pourrais-tu faire un effort et ne pas employer ce terme lorsque tu parles de mes filles?
Sergueï haussa simplement les épaules tout en renfilant sa blouse. Shizuru reprit malgré que celui-ci lui tourne le dos.
- J'ai invité Natsuki Samedi.
- Qui ça?
- Mon ex ... Futa.
- Tu es complètement folle.
Avant que Shizuru ne puisse émettre son avis, Sergueï explosa de colère.
- Tu as invité un être comme elle, et qui soit dit en passant n'a pas plus de signification pour moi qu'un insecte, chez toi alors que nous devions sortir. Tu es complément folle.
- Je le fais pour mes filles.
- Tu invites une droguée chez toi pour tes filles? C'est du délire Shizuru.
- Ce sont également ses enfants.
- Je qui justifie son comportement envers toi?
- Elle a changé. Je l'ai rencontré et elle a changé.
- Comment peux-tu en être convaincue? Tu l'as vu quoi ... Deux, trois heures? Et ça te suffit pour lui pardonner. Des traces de piqûres se masquent facilement tu sais ... Et ce n'est pas compliqué de rester sobre deux heures et de se bourrer la gueule après.
- Sergueï ...
- Tu crois sincèrement qu'elle ne replongera pas après cette nouvelle? Même une personne saine pourrait se mettre à boire après cela.
Shizuru ne pouvait pas donner tort à Sergueï sur ce point-là.
- Comment peux-tu accepter la présence de cette anomalie en présence de tes enfants alors que moi je suis un homme ... Un vrai. C'est du délire.
- Kazumi est comme elle alors s'il te plaît.
- Je ne te comprend pas Shizuru. Tu aurais pu avoir n'importe quel homme vu ta beauté alors pourquoi t'es-tu contentée d'un être comme elle? Je veux dire c'est un fantasme féminin ou je sais pas ... C'est écœurant ...
Shizuru s'attarda sur le dernier terme.
- Ma fille t'écœure donc?
- Tes enfants me détestent alors ... Quelle importance?
- C'est important pour moi.
Sergueï passa à proximité de Shizuru puis souffla.
- Je m'inquiète pour toi alors annule ce dîner. Si tu ne le fais pas ... Je viendrais parce que tu ne peux pas faire confiance à cette ch... cet individu. Si tu permets j'ai du travail.
Natsuki ne savait pas pourquoi elle avait autant le trac. Après tout ce n'était qu'un dîner. Pour qu'elle puisse faire leur connaissance. Elle aurait pu dire non. Mais elle voulait savoir ce que son sang avait pu donner. Ses années antérieures n'étant pas glorieuses, elle voulait savoir si ses années chaotiques avaient pu donné quelque chose de bien. Elle se sentait stupide de ne pas s'être habillée pour cette soirée. Mais il était déjà trop tard. Peut-être aurait-elle dû venir en voiture plutôt qu'en moto, histoire de redorer son blason. Le plus important est de pouvoir leur parler.
Fin du chapitre 7
Note de l'auteur : Le dîner lors du prochain chapitre
