Chapitre 22 : Un choix de Destin ~Partie 3~

Lorsque le matin vint, Merlin fut réveillé par une convocation d'Arthur, un événement plutôt irritant jusqu'à ce qu'il arrive aux appartements du roi pour découvrir qu'un plateau de petit-déjeuner l'y attendait. La plupart de la conversation qui suivit fut à propos de ce qu'il avait discuté avec Gaius la veille au soir, c'est-à-dire quand et comment il prévoyait de révéler sa magie et rien sur les visions. Arthur n'avait pas besoin de savoir que son meilleur ami savait comment et à peu près quand il était destiné à mourir.

Arthur continua la petite discussion, ne sachant pas ce qui se passait dans la tête de Merlin, jusqu'à ce que la nourriture finisse par avoir disparue et qu'il en arrive au but de cette rencontre matinale.

Il repoussa son assiette, et se pencha sur la table d'un air sérieux.

« Merlin, je veux que tu présentes quelques Chevaliers aux Clans de Druides qui vivent sur tes terres dans les Bois Sombres. J'espère avoir l'un des leurs comme représentant formel ici dans la citadelle, mis à part toi, et il faudrait du soutien pour le faire accepter au Conseil sans problème. La façon la plus facile d'obtenir ce soutien, est de l'obtenir parmi les Chevaliers. »

Merlin acquiesça, d'accord avec ce jugement. A part les Seigneurs Geoffrey et Deverin, le reste des Conseillers pouvaient être très têtus lorsqu'ils faisaient face à quelque chose de nouveau comme cela.

« Et je suppose que vous avez déjà choisi quels chevaliers vous allez envoyer, et qu'ils vont se rassembler dans la cour dans la prochaine heure. Ai-je raison ? »

Arthur rit et sourit.

« Oui. Ils devraient être prêts à partir dans une demi-heure. J'ai demandé à Mordred d'y aller aussi, puisque je suis sûr que ça fait longtemps qu'il n'a pas eu l'occasion de voir d'autres druides. Ça devrait lui faire du bien. »

Merlin se pétrifia presque à cela, et se força à sourire. Même s'il avait résolu de placer sa foi en Mordred, il n'était pas sûr d'être tout à fait prêt à s'y engager à ce point.

« Je suis sûr que ça lui fera plaisir. »

Arthur fronça les sourcils, remarquant le ton mesuré de Merlin.

« Tu vas bien, ou est-ce que tu t'inquiètes pour Aithusa ? »

Il secoua la tête.

« Je ne sais toujours pas pourquoi il était avec Morgane. A quoi pensait-il en faisant ça ? »

Merlin leva la tête, ayant honnêtement oublié de penser au jeune dragon. Puis il soupira et accorda un long regard à son ami.

« Quelles que soient ses raisons, lui seul les connaît. Je peux garantir que, si Morgane le manipule pour le faire attaquer Camelot, je peux l'arrêter, mais... Je suis un Seigneur des Dragons, Arthur, pas son geôlier. Il est jeune, et les jeunes dragons ont besoin d'être libres, de parcourir le monde et oui, de faire des erreurs tout comme les humains. Ça fait partie de la croissance, et à moins de l'enchaîner sous le château, comme votre père a emprisonné Kilgharrah, je ne peux pas du tout l'arrêter. Donc tant qu'il vole libre, je ne peux pas tout le temps l'influencer, et je ne le ferais pas même si je le pouvais. Même si je m'inquiète énormément pour lui, essayer de faire cela serait un abus de mes pouvoirs de Seigneur des Dragons. »

Arthur soupira, forcé d'admettre ce point.

« Tu as raison, j'espère juste qu'il ne va pas être blessé d'une façon ou d'une autre. Morgane est plus que capable de se retourner contre lui s'il s'avère être un risque pour elle, ce qu'il est, puisque tu es un Seigneur des Dragons. Elle ne peut pas compter sur lui, pas entièrement. »

Merlin se tut, puis se leva pour se diriger vers la porte.

« Je devrais y aller et me préparer à sortir. Je vous ferai savoir comment se sont passés les choses en revenant. »

« Et j'ai hâte de l'entendre. »

Merlin sortit et retourna à ses appartements pour se changer, choisissant délibérément ses robes de Druide de la Tempête et les couvrant avec sa cape au griffon brodé. Il descendit alors aux écuries pour seller Bitan, et l'emmena dans la cour.

Comme Arthur l'avait dit, un groupe de chevaliers était prêt à sortir. Merlin aperçut Léon et Elyan parmi eux, et fut reconnaissant pour cela, et Sire Iswald était là aussi. Le reste des chevaliers était un mélange de quelques-uns du groupe de sauvetage qui était allé à Ismère, et quelques-uns de ceux qui étaient restés derrière pour garder la cité. Ce qui signifiait bien sûr que le reste n'avait que la parole d'Arthur que son Premier Conseiller n'était pas un sorcier fou qui les manipulait tous.

Merlin chevaucha jusqu'au groupe, criant.

« Montez, et allons-y. Il va falloir un moment pour que certaines des personnes que vous allez rencontrer se rassemblent au camp central. Si nous voulons être de retour à la tombée de la nuit, il faut y aller. »

Il fit pivoter Bitan pour faire face aux portes, et attendit que les chevaliers montent sur leurs chevaux avant de franchir les portes au trot.

Ils suivirent Merlin par la porte sud de la cité, et il les mena vers les Bois Sombres. Plusieurs hommes commencèrent à avoir l'air inquiet à ce moment, et posèrent une main sur leur épée lorsque le groupe atteignit le bord de la forêt et lorsque le sifflement de Merlin fit apparemment surgir un druide de nulle part.

L'homme était un membre du Clan de la Tempête, ses robes fermées pour cacher ses armes, et il inclina la tête par respect pour Merlin.

« Seigneur qui Appelle la Tempête, vous amenez ces chevaliers avec vous à cause du changement de la loi ? »

Merlin acquiesça.

« Le Roi Arthur souhaite qu'ils soient présentés aux druides qui vivent sur mes terres dans les Bois Sombres, qui m'ont été données avec mon titre de Seigneur de la Maison de Garrah. Envoyez un mot aux autres clans qui y sont, et que leurs représentants se rassemblent au Camp de la Tempête. »

Le druide s'inclina.

« Comme vous le souhaitez, Seigneur qui Appelle la Tempête ; chef du Clan de la Tempête et Raeswa de quarante autres clans. »

Le druide disparut dans les buissons, au même moment où Mordred haleta de surprise. Puis il fixa Merlin.

« Tu es un druide, et des clans te nomment leur Raeswa ? »

Plusieurs chevaliers regardèrent Mordred et Merlin, décontenancés, et Merlin répondit à la question.

« Le Clan de la Tempête était auparavant le Clan du Sang, et je suis devenu leur chef il y a quelques années. Peu de temps après ça, le Clan Oristalla et trois autres m'ont nommé leur Raeswa, Guide, et depuis de nombreux autres m'ont juré allégeance. Dans le but d'arrêter Morgane, et d'assurer la paix dans tout Albion, je suis à mi-chemin d'être nommé le Seigneur de Tous les Druides, le Roi Druide, et je les mènerai à l'ère de paix pour laquelle Arthur lutte. L'un d'entre vous a-t-il un problème avec ça ? »

Après que les chevaliers aient secoué la tête avec hésitation, Merlin continua avec Elyan et Léon derrière lui, ce qui força le reste des chevaliers à suivre s'ils ne voulaient pas être laissés derrière.

Il ne fallut pas longtemps pour atteindre le Camp de la Tempête, puisqu'il n'était pas si loin dans la forêt, mais il faudrait encore une heure environ avant que les représentants des autres clans arrivent. Jusque là, il y avait bien assez de choses à montrer aux chevaliers, et bien assez de choses à expliquer.

Après que tout le monde soit descendu, Merlin les mena à l'endroit où plusieurs jeunes druides de la Tempête s'entraînaient aux armes. Le groupe se rassembla au bord d'un anneau dessiné sur le sol.

« Le Clan de la Tempête est le seul clan de guerriers parmi les druides. Avant, ils étaient assez brutes, sans véritable guide ou but, mais depuis que je suis devenu leur chef, ils sont devenus les protecteurs des autres clans proches. »

Il regarda les chevaliers et ôta sa cape, avant d'entrer dans le cercle.

« Ne vous engagez jamais dans un combat avec l'un d'entre eux ; sans magie, vous perdrez. »

Il s'avança dans le cercle et fit signe à l'un des hommes qui entraînait les jeunes de s'approcher. Merlin tira alors une dague étrange du fourreau à l'arrière de sa ceinture, s'ouvrit le doigt avec, et traça un cercle de sang autour de la rune la plus éloignée de la poignée. Il grinça aussi des dents, comme s'il se préparait à quelque chose.

Le druide qui s'était approché s'élança sur lui avec une vitesse effrayante, mais Merlin contourna son attaque avec une vitesse absente mais tout aussi choquante. Il évita trois autres attaques avant de frapper son adversaire sur l'épaule avec la poignée de la dague, et mit fin au combat. Il trembla visiblement pendant un moment, essuya ce qui ressemblait suspicieusement à des larmes de ses yeux, et prit une profonde inspiration.

« Je pense que ça suffit pour démontrer à quel point les Druides de la Tempête sont rapides dans un combat. Une armure entière n'est d'aucune utilité face à eux, surtout contre ceux qui peuvent aussi utiliser la magie. »

Sire Iswald, comme le reste des chevaliers qui étaient nouveaux à cela, fixa Merlin, choqué.

« Comment l'avez-vous évité ainsi ? C'était comme si vous saviez où il allait être. »

Merlin utilisa une touche de magie pour nettoyer son sang de la dague, et la montra.

« La Dague Dreor, ma marque du chef des Druides de la Tempête. Si je suis prêt à revivre dans ma tête les moments de pertes les plus douloureux que j'ai expérimentés, alors je peux utiliser cela pour connaître le prochain mouvement de mon adversaire. Je revis un moment pour chaque attaque que j'évite, et c'est un outil puissant si on a une volonté suffisamment forte pour l'endurer. »

Il regarda le druide qu'il venait juste de combattre.

« Sans l'utiliser, je n'aurais eu aucune chance lors de ce combat, tout comme chacun d'entre vous n'aurait pas la moindre chance de gagner un combat à un contre un contre un Druide de la Tempête. »

Merlin remit la Dague Dreor dans son fourreau et soupira, avant de faire signe aux chevaliers de le suivre vers l'extrémité la plus éloignée du camp. Ce qui suivit fut d'autres remarques humiliantes dirigées aux chevaliers, cette fois par la Maîtresse des Coutumes, Ysyldra. Il laissa les chevaliers l'écouter leur parler de nombreuses parties de l'histoire et des coutumes des Druides, et se dirigea vers sa tente au centre du camp.

Il s'assit dans le grand cercle de bûches juste devant, et ferma les yeux pour écouter les sons des bois et des druides proches. Quelqu'un le rejoignit après quelques minutes, et lorsqu'il ouvrit les yeux pour regarder, Kalem lui sourit d'un air narquois.

« Je vois que tu les as laissés avec Ysyldra. Est-ce que c'était après les avoir 'effrayés', ou est-ce que tu as gardé ça pour plus tard ? »

Merlin rit à cela.

« Je les ai laissés après... Bien que ça fasse un moment que je n'avais pas utilisé Chagrin. J'avais oublié à quel point ça pouvait faire mal, juste ici. »

Il plaça une main sur son cœur, ne révélant pas que les visions de la mort d'Arthur avaient été ajoutées à la liste de Will, Freya et Balinor, ses souvenirs les plus douloureux que Chagrin lui faisait endurer.

Kalem hocha la tête, compréhensif, et s'assit sur la bûche à côté de Merlin.

« Ysyldra s'assurera qu'ils comprennent les choses avant que tu les ramènes à la cité... Et si tu veux un représentant Druide dans la citadelle, elle peut te dire qui serait le mieux. »

Kalem tourna la tête lorsqu'il entendit du mouvement, et sourit lorsqu'il vit Mordred.

« Ah, tu dois être le druide qu'Arthur a adoubé il y a trois jours, Mordred, c'est ça ? »

Mordred acquiesça, et s'assit sur l'une des bûches.

« Oui, et je peux voir que vous n'êtes pas un druide. »

Kalem tendit la main, s'expliquant tandis que Mordred la serrait.

« Je suis le Grand Prêtre qui reste avec ce clan, et qui agit en tant que médiateur pour toutes les disputes qui peuvent survenir parmi ceux qui pratiquent la magie ici... Même si je n'en ai pas eu besoin, pas chez les Druides. Ça a surtout été le cas avec des sorciers qui traversent la zone, et ils apprennent rapidement qu'il y a des règles que tout le monde ici suit. »

Kalem se tourna alors vers Merlin.

« As-tu envisagé de demander à Mordred s'il veut rejoindre le Clan de la Tempête. C'est un chevalier et un guerrier, et cela ne convient pas aux coutumes pacifiques du reste des clans, mais ceux-là seraient plus qu'heureux de le considérer comme leur famille. »

Merlin fronça légèrement les sourcils, y réfléchissant avant de regarder Mordred.

« Voudrais-tu cela ? Ça signifierait m'accepter en tant que Chef de Clan, cependant. »

Mordred resta silencieux et secoua la tête, avant de se lever et de s'éloigner. Après avoir vu le froncement de sourcils de Kalem, Merlin s'expliqua.

« Mordred et moi avons une 'histoire' qui doit être réglée, liée à des erreurs que j'ai fait il y a huit ans. Je lui ai déjà dit que, lorsqu'il sera prêt à me pardonner, et quand j'aurai réussi à lui prouver que je suis digne de sa foi, mon amitié l'attendrait. Mais jusqu'à ce moment nous avons établi une sorte de trêve, puisque nous sommes tous les deux loyaux à Arthur et luttons pour le protéger. »

Kalem grimaça de sympathie et de compréhension.

« On dirait que tu vas avoir beaucoup sur le cœur, et j'ai l'impression que tu vas te l'infliger toi-même. »

Merlin se leva, résolu dans son choix.

« Oui, mais la récompense en vaudra largement le coup. »

Et Merlin savait que c'était le cas. Parce que s'assurer qu'Arthur puisse mourir dans les bras de ses amis, était bien mieux qu'autoriser un futur où il était assassiné brutalement et mourait seul.