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Chapitre 23: Le Spectre d'Uther ~Partie 1~

Un éternuement résonna dans l'air.

« Vous êtes encore fâché contre moi, n'est-ce pas ?

- Aujourd'hui est censé être mon anniversaire, Merlin, et chaque fois qu'on s'est approché d'une proie, tu as éternué et ça l'a mise en fuite. »

Merlin et Arthur chevauchaient dans les bois, le premier semblait assez satisfait de lui-même tandis que le deuxième chevauchait à l'avant. Arthur n'avait pas l'air tellement content, même s'il y avait une légère note de sarcasme dans ses paroles, et Merlin lui lança un long regard.

« Pas la dernière fois, non... Cette fois-là vous êtes tombé dans un ruisseau. »

Arthur se retourna et le fusilla du regard, toujours humide.

« Oui, parce que tu m'as poussé. »

Merlin éternua à nouveau, et frotta le chatouillement de son nez qui l'avait causé.

« Je crois que je suis en train d'attraper un rhume. »

Il marqua une pause, comme s'il réfléchissait, puis eut un grand sourire.

« Oh, attendez, je ne peux pas attraper de rhume, n'est-ce pas ? Mais vous allez devoir espérer ne pas en attraper un, en étant tout mouillé comme ça. »

Quelle que soit la réponse qu'Arthur aurait pu faire, elle fut coupée par les hurlements soudains d'une femme à proximité. Tous deux descendirent rapidement de cheval et montèrent en courant la colline adjacente, et quand ils arrivèrent au sommet ils purent voir l'un des villages extérieurs par un trou dans la forêt devant eux. Et quelque chose d'autre qu'ils virent les fit tous deux courir vers les habitations...

… Une vieille femme se faisant traîner en hurlant vers un bûcher.

Tandis qu'ils couraient, ils purent la voir se faire attacher au mât au centre de la pile de branches, et ils purent voir un homme qui était probablement le chef du village lever une torche, prêt à l'enflammer. Ils n'allaient pas arriver à temps.

« Merlin ! Éteins cette torche !

- Drysne ! »

La flamme sur la torche vacilla et mourut, ce qui poussa le chef du village à se retourner et fusiller du regard la femme sur le bûcher.

« Est-ce encore ta sorcellerie ?!

- Délivrez cette femme ! »

Le cri d'Arthur traversa le reste de la distance, et tandis qu'il approchait, l'homme se renfrogna.

« Cette femme a été condamnée à mort. Cela ne vous concerne pas. »

Arthur et Merlin vinrent s'arrêter à la limite du rassemblement de villageois.

« Je suis Arthur Pendragon, le Roi de Camelot, et votre village est sur mes terres. Si, cela me concerne. »

L'homme désigna la vieille femme.

« Sa sorcellerie a apporté la maladie et la souffrance dans notre village ! »

Merlin fronça les sourcils, et s'avança avant qu'Arthur n'ait l'occasion de répondre.

« Sa 'sorcellerie' est légale à Camelot depuis presque trois semaines ! Quand elle vous a montré qu'elle avait de la magie, était-ce pour guérir les malades dans le village ? »

Plusieurs villageois détournèrent les yeux, un ou deux hochèrent la tête avec hésitation, et Merlin adressa un regard de dégoût à l'homme.

« Elle a choisi de vous faire confiance, et voici comment vous la remerciez... Aliesan se wealsada ! »

Merlin ignora les sursauts quand ses yeux brillèrent, et se concentra à la place sur la femme dont les liens venaient d'être réduits en miettes sous l'effet de son sort. Il avança ensuite pour la rattraper tandis qu'elle s'éloignait du mât en trébuchant, et la souleva délicatement dans ses bras. Elle était couverte de bleus, et avait manifestement été battue.

Arthur demeura silencieux tandis que Merlin retournait vers les chevaux, avant de s'adresser ensuite aux villageois surpris.

« La paix qui se forge entre Camelot et les personnes avec de la magie, est une chose pour laquelle j'ai travaillé trop dur pour permettre qu'elle soit troublée par des persécutions aussi absurdes que celle que vous avez démontrée ici. Je m'enorgueillis d'être un Roi juste, aussi je n'établirai aucune punition contre vous aujourd'hui, mais considérez-vous avertis et surveillés. »

Il se retourna pour suivre Merlin, qui avait déjà atteint le bord des arbres, et en laissant derrière lui les villageois surpris et fort intimidés, Arthur jura dans sa barbe. Combien de fois Gaius, ou Liam, étaient-ils venus dans ce village avec leur permission spéciale de guérir les malades avec la magie ? La réponse était plusieurs, et ils n'avaient jamais eu d'ennuis de la part des villageois pour ça, aussi cette femme n'aurait-elle eu aucune raison de s'attendre à la trahison de sa confiance. Ce fut aussi un vif rappel que, bien que beaucoup de travail ait déjà été mis en œuvre pour aider le peuple de Camelot à accepter la magie, il restait pas mal de chemin à faire.

Après être retournés aux chevaux, ils s'éloignèrent prudemment de la piste et s'enfoncèrent dans les bois pour dresser un campement. C'était encore près du village, mais c'était assez loin pour que leur feu ne soit pas aperçu dans la tombée de la nuit. Arthur rassembla le bois, tandis que Merlin faisait de son mieux pour soigner la vieille femme, et quand il revint avec une troisième charge, il demanda :

« Tu ne peux rien faire de plus pour elle ? »

Merlin soupira avec regret, et secoua la tête.

« Je fais tout ce que je peux... Même si j'avais tout mon matériel, elle ne passera pas la nuit. Tout ce que je peux faire, est faire en sorte qu'elle se sente le mieux possible. »

A cet instant la femme ouvrit les yeux et regarda Arthur, qui s'était assis à côté d'elle. Elle tendit ensuite le bras pour agripper le bras d'une main frêle.

« Merci à vous, pour tout ce que vous avez fait pour la magie. Grâce à vous j'ai vécu mes derniers jours en paix, même si quand on a vécu aussi longtemps que moi on n'a plus aucune peur du grand voyage vers l'autre monde. »

Elle tendit son autre main, pour retirer un petit baluchon de l'endroit où il était attaché à sa ceinture.

« Un cadeau pour vous... Vous avez fait preuve de bonté et de compassion, ce sont là les qualités d'un vrai Roi. Déballez-le. »

Arthur accepta le baluchon, et le déroula pour révéler un cor qui avait été vidé et couvert à chaque bout d'argent travaillé de façon exquise. Il semblait fourmiller entre ses mains.

« Est-ce magique ?

- Il a le pouvoir de faire apparaître les spectres des défunts. »

Pendant qu'elle parlait, sa respiration devint de plus en plus laborieuse, et Merlin sentit sa vie s'éteindre sous ses mains. Elle devint inerte, et il regarda Arthur avant de soupirer... Elle était partie.

Merlin se leva et la souleva soigneusement.

« Je vais aller lui faire une tombe. Si nous partons maintenant, nous pouvons retourner à Camelot avant le matin. Nous devons parler à Gaius de ce cor. »

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Le retour à Camelot avait eu lieu sans cérémonie, et tous deux étaient arrivés avant que la lumière de l'aube ait même commencé à toucher le ciel de l'est. Sombres, ils s'étaient ensuite discrètement retirés dans leurs appartements respectifs pour dormir un peu, mais tous deux étaient de nouveau réveillés avant que le soleil ne soit haut au-dessus de l'horizon.

Merlin mangea maladroitement le porridge qu'il s'était confectionné avec les maigres ustensiles de cuisine et ingrédients qu'il gardait près de sa cheminée. Arthur et lui n'étaient censés revenir que plus tard dans la journée, et Warren ne saurait pas qu'il fallait amener le petit déjeuner, il avait donc décidé de laisser son serviteur faire une autre grasse matinée. Au moins, la solitude permit à Merlin de regarder le cor de plus près.

Il l'avait posé au bout de la table afin de pouvoir le regarder pendant qu'il mangeait, et bien qu'il ait pu confirmer au premier contact qu'il contenait une forte magie, il n'y avait pas grand-chose d'autre qu'il puisse dire. C'était un artefact manifestement important, datant d'avant la Purge, ce qui signifiait que Gaius le reconnaîtrait presque certainement.

La porte de ses appartements s'ouvrit, et Arthur entra, l'air juste un peu froissé par le sommeil. Le roi remarqua alors le pot de porridge sur la table.

« Il t'en reste ? Bel n'est pas encore revenu de sa visite aux druides dans les bois. »

En réponse à cela, Merlin amena par magie un autre bol et une autre cuillère vers la table.

« Servez-vous, mais il ne reste plus grand-chose. Je n'en ai pas fait beaucoup. »

Arthur s'assit et versa le reste du porridge dans son bol, avant de regarder solennellement Merlin.

« Tu sais, la nouvelle de ta petite démonstration ne mettra pas longtemps à se répandre. Ce village n'est pas vraiment si loin d'ici, et même si les villageois ne savaient pas qui tu es, tout le monde ici sait que tu es parti avec moi pour une partie de chasse. Ils vont faire le calcul. »

Merlin eut une grimace à moitié sincère, et haussa les épaules.

« Eh bien, il fallait bien que la rumeur se répande tôt ou tard, et ce n'est pas comme si je n'avais pas les Chevaliers pour parler en ma faveur, maintenant. Le Conseil pourrait grommeler à mon sujet, mais j'ai trop de soutien pour qu'ils se débarrassent de moi. De plus, il n'y a personne qui a vécu à Camelot ces dix dernières années, qui puisse me regarder sans se souvenir de l'idiot maladroit que j'étais en arrivant ici... Dangereux Sorcier ? Ha ! »

Arthur eut un sourire amusé devant le ton de Merlin.

« Sauf qu'ils ne savent pas que tu pourrais faire s'écrouler toute la ville autour de nous, et qu'il n'y a rien qu'aucun d'entre eux ne pourrait faire pour t'en empêcher.

- Eh bien, ce n'est pas comme si vous alliez leur dire ça.

- Vrai. »

Arthur avala une bouchée de porridge, avant d'abaisser sa cuillère et de grimacer.

« Cependant, j'ai demandé à Gwen de convoquer le Conseil à une réunion cet après-midi, pour les informer de tes pouvoirs... Je sais que ce n'est pas vraiment mon droit de parler de ce qui a été ton secret, mais il vaut mieux qu'ils l'entendent comme ça que quand les rumeurs de ce village arriveront ici dans les prochains jours. »

Merlin eut un petit rire et secoua la tête.

« Arthur, vous n'avez pas besoin de vous excuser, vous faites juste ce que vous savez être la bonne chose. »

Il se leva et saisit le cor.

« Maintenant je vais aller montrer ça à Gaius. Vous pourrez nous rejoindre quand vous aurez fini de manger. »

Arthur le regarda partir, souriant tout seul, et rit doucement. Merlin pouvait être une telle nourrice parfois. Le roi finit rapidement son porridge, et fit le petit trajet dans les escaliers, le long du couloir vers la tour de Gaius, et monta. Là, il trouva le médecin et Merlin en train de l'attendre, et il n'y avait aucun signe qu'un livre ait été sorti.

Gaius avait une expression sérieuse sur le visage, et il brandit le cor que Merlin lui avait apporté.

« Le Cor de Cathbhadh. Quand Uther a attaqué l'Île des Bienheureux, le Cor a été caché dans un lieu sûr avant que le temple ne s'écroule. Depuis nul n'en a plus jamais retrouvé trace. »

Arthur s'avança, fronçant les sourcils. Il ne s'était pas attendu à une réponse si rapide.

« La femme a dit qu'il pouvait servir à ouvrir la porte du monde des spectres. »

Gaius hocha la tête.

« En effet j'ai vu cela de mes propres yeux. Bien avant l'époque de la Grande Purge, tous les ans à Beltain, les Grandes Prêtresses se réunissaient aux Hautes Pierres de Nemeton et elles faisaient apparaître les spectres de leurs lointains ancêtres. La magie de ce cor est très puissante. Vous devez le garder en lieu sûr. »

Merlin le saisit, hochant la tête avec compréhension.

« Je le placerai sur l'Île des Bienheureux dans quelques jours, quand le festival sera fini. Le Premier Conseiller ne peut pas être absent de la célébration de votre anniversaire et de celui de votre couronnement. Vous êtes Roi depuis quatre ans et vous avez amené le début d'une nouvelle ère de paix, qu'y a-t-il à ne pas célébrer ? »

Merlin put voir que le sourire d'Arthur en réponse n'était qu'à demi sincère, et comprit le rappel douloureux que ce festival était pour lui. Parce que la célébration de son anniversaire et de son couronnement, marquait aussi l'anniversaire de la mort d'Uther.

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