Chapitre 26 : Le Début d'une Nouvelle Ère ~Partie 1~

Le soupir du sorcier se dissipa à travers la pièce, suivi par un marmonnement plaintif sur le temps que tout ceci prenait.

Merlin se tenait sur un tabouret, les bras écartés, pendant que deux couturières s'affairaient autour de lui en ajustant des ourlets, et qu'Arthur regardait toute la scène avec une expression amusée. Merlin fronça les sourcils en le voyant ainsi.

« Est-ce qu'il y a une raison à tout cela, autre que vous divertir ? J'ai du mal à croire que j'ai besoin de nouveaux vêtements, vu ma garde-robe déjà parfaitement suffisante. »

Arthur gloussa, restant confortablement installé dans son fauteuil.

« Ceux-ci seront ta tenue officielle de travail, Merlin, celle que tu devras porter pour les cérémonies officielles telles que les signatures de traités, etcetera. Que tu t'habilles déjà dans un style différent du reste de la noblesse ne compte pas, tu auras besoin de te démarquer et de faire grande impression sur les dignitaires en visites. »

La grimace de Merlin s'accentua.

« Vous et moi savons tous deux que je n'ai pas besoin de jolis vêtements pour faire grande impression.

– Une bonne grande impression, une qui n'implique pas que tu effrayes assez des alliés potentiels pour qu'ils fuient le château en l'espace de cinq minutes. »

Les deux amis se regardèrent, et Merlin soupira.

« Vous êtes sûr que c'est le bon moment pour ça ? Je sais que vous vouliez attendre, mais ça ne fait qu'un mois depuis que vous avez levé la loi interdisant la magie. »

Arthur se leva et répondit, conscient de la présence des deux femmes. Elles pouvaient avoir juré le silence à propos de tout ceci pour ne pas gâcher la surprise du lendemain, mais il y avait certaines choses qu'elles n'avaient pas besoin de savoir.

« Merlin, je sais que cela ne fait qu'un mois, mais cela a été un mois calme. Après que nous soyons revenus d'Ismere, le seul incident qui s'est produit a été celui de l'autre nuit. Nous ne pouvons pas tabler sur le fait que les choses resteront aussi calmes, pas avec Morgane de retour dans le jeu. Donc si je veux te nommer officiellement, et avant un incident majeur avec elle, alors ça doit être fait maintenant. »

Merlin restait sceptique.

« Vous savez que le Conseil est toujours mécontent de ma présence. Le peuple est peut-être prêt, mais vous pensez qu'ils vont accepter ça ? »

Arthur sourit.

« Belle tentative, mais j'ai eu une réunion avec eux hier, et j'ai exprimé très clairement, dans des termes non équivoques, que tu allais avoir ce poste de manière officielle, parce que de toute façon, tu le faisais déjà en catimini depuis des années. »

Il gloussa.

« Et puis Lord Geoffrey leur a présenté une pile de références historiques sur les détenteurs antérieurs du rôle, et leurs contributions pour le royaume. Avec autant de précédents pour me soutenir, ils n'ont rien pu dire. »

Merlin grimaça.

« Mais quand même… »

Arthur marcha vers lui, secouant la tête avec émerveillement.

« Est-ce que tu es vraiment aussi nerveux que cela d'être nommé Sorcier de la Cour ? »

Merlin baissa la tête, marmonnant pour lui-même avant de se redresser.

« Bien. Je vais m'en accommoder, ne serait-ce que pour que vous arrêtiez de me harceler. »

Il secoua la tête.

« Et dire que je commençais juste à habituer les gens à l'idée que j'avais de la magie. Maintenant je vais devoir les habituer à ce que je sois Sorcier de la Cour. »

Arthur lui tapa sur l'épaule puis se dirigea vers la porte.

« Assure-toi de prendre une bonne nuit de repos, parce que tu as une cérémonie importante demain. »

Il marqua une pause et regarda en arrière.

« Oh, et je veux que tu amènes Scild après la cérémonie. Il est plus que temps que Balther ait son protecteur avec lui. »

Merlin resta bouché bée, regardant son roi avec stupéfaction, puis grommela devant l'implication que cela devrait habituer les gens à ce qu'il soit un Seigneur des Dragons en plus de Sorcier de la Cour.

« Sadique. »

Merlin resta où il était, se résignant à être un mannequin vivant pour quinze autres minutes. Au moins, il pouvait dire qu'il aurait belle allure lors de la cérémonie du lendemain.

Une fois que les couturières eurent fini, Merlin partit rapidement et se dirigea vers son atelier. Si Arthur voulait que Scild soit montré, alors cela voulait dire que Friou pouvait venir également. Et en plus de cela, être officiellement appointé Sorcier de la Cour voulait dire qu'il n'aurait plus à cacher ses outils et ses fournitures.

Il passa le reste de l'après-midi à empaqueter tout le contenu de son atelier dans les caisses qu'il avait initialement utilisé pour les descendre. Cela forma une pile assez importante lorsqu'il eut fini, mais s'il enrôlait les Chevaliers de la Fraternité demain, il lui faudrait uniquement une paire de voyages pour tout monter jusque dans sa tour.

Le soir était venu lorsqu'il finit son empaquetage, et un rapide coup d'œil dans son bol espion avant qu'il ne le dépose dans la dernière caisse lui apprit que seules les patrouilles étaient dehors désormais. C'était un moment aussi bon qu'un autre pour déplacer les vouivres…

Merlin les appela tous les deux, et attacha leurs lits en deux rouleaux serrés qu'il fixa sur leur dos. Puis il retira le collier d'attache de Scild, après lui avoir fermement ordonné de le suivre et de ne pas courir au loin pour trouver Balther.

Il mena les deux vouivres jusqu'à ses appartements sans incident, et posa leurs lits dans le coin qu'il avait laissé libre dans ce but. Friou et Scild s'installèrent avec désinvolture, comme qu'ils avaient toujours dormi dans cette tour, et Merlin se força enfin à aller se mettre au lit.

Il lui fallut longtemps pour trouver le sommeil, la nervosité qu'il avait niée toute la journée le rendant agité. Mais enfin, presque immédiatement après qu'il ait fermé les yeux pour la énième fois, il se fit réveiller par un léger coup donné par un museau plein d'écailles.

Friou pencha la tête et gazouilla, juste avant que Warren ne passe la tête par la porte de la chambre.

« J'ai vos robes, et le Roi vous fait dire que vous pouvez attendre que la cérémonie débute dans l'antichambre à côté de la Grande Salle. Le garde à la porte a été averti que vous pourriez amener les vouivres. »

Merlin sortit du lit et se mit à rire.

« Donc il a deviné que je comptais les amener avec moi dans la Grande Salle. Et dire que j'espérais être capable de le surprendre. »

Merlin passa dans la pièce principale, pour découvrir que Warren avait seulement apporté un petit déjeuner léger, juste au cas où son maitre pourrait vomir de nervosité s'il mangeait trop.

« J'espère juste que les invités le prendront bien, parce que je suis certain que cela ne ferait pas une bonne impression si je réussis à déclencher une émeute dans la Grande Salle. »

Warren vint avec un pot de thé aux herbes, et commença à le verser dans une tasse pendant que Merlin s'asseyait pour manger son petit-déjeuner.

« Je suis sûr que tout se passera bien avec eux. Le Roi aura probablement des Chevaliers prêts à les calmer s'ils paniquent. »

Merlin prit une grande inspiration et expira lentement, hochant la tête en signe d'accord.

« Probablement, puisque les Chevaliers sont déjà au courant pour les vouivres. »

Merlin termina son petit-déjeuner et revient dans sa chambre pour passer derrière l'écran d'habillement. Pendant qu'il mangeait, Warren avait posé ses nouvelles robes sur le portoir, et elles pendaient là dans toutes leurs gloires. Une chemise et un pantalon crème foncé, et une longue sur-robe sans manche, rouge vif avec des liserés anthracite sur les ourlets et le devant. Sur le col de la robe, le Griffon de Garrah et le Dragon des Pendragon avaient été brodés de chaque côté, de sorte qu'ils se faisaient face.

Merlin localisa la paire de bottes noires qui lui avait été offerte la veille, et les enfila après s'être habillé. Il se releva avec la sensation d'être au bord d'un précipice. Un pas de plus, et il n'y aurait pas de retour possible.

Il récupéra son bâton Sidhe de l'endroit où il était posé et dissimulé par une illusion, et sortit de sa chambre pour que Warren puisse lui donner une dernière appréciation. Le serviteur se contenta de hocher la tête, indiquant que tout avait l'air en ordre, et sans avoir besoin qu'on le lui demande, il ouvrit la porte et se précipita dans l'escalier, précédant Merlin et les vouivres.

Warren agit comme une sentinelle sur tout le chemin jusqu'à l'antichambre, même s'il y eut quand même quelques moments où se fut proche. Lorsque Merlin entra dans l'antichambre et que la porte se referma derrière lui et les vouivres, il poussa un soupir de soulagement à l'idée qu'il pouvait maintenant se contenter de s'asseoir et d'attendre pendant que les deux cents et quelques invités entraient dans la Grande Salle et s'installaient à leur place. Tous ne seraient cependant pas des notables de Camelot, Arthur avait invité une douzaine de druides, ainsi que Nellan et Kalem. Avec le nombre de druides qui venaient régulièrement faire du commerce au marché de Camelot, avoir des représentants pour assister à cette importante occasion était obligatoire.

Il continua à patienter, caressant Friou pour se calmer les nerfs alors qu'il pouvait entendre les gens passer à l'extérieur. Ses mains commencèrent à trembler à ce moment-là, et bientôt les bruits s'éteignirent, et on toqua à la porte.

Le garde au-dehors l'ouvrit, et regarda à l'intérieur.

« C'est l'heure. »

Merlin se leva et murmura des instructions strictes aux deux vouivres, puis il sortit pour prendre place devant les portes de la Grande Salle.

« Je suis prêt. »

~(-)~

À l'intérieur de la Grande Salle, Arthur attendait devant la foule serrée, pendant que Gwen restait derrière lui, assise sur son trône avec Bather sur les genoux. Il vit le garde qui gardait l'antichambre entrer tranquillement, et hocher la tête pour indiquer que Merlin était en position. Il prit alors une grande inspiration, avant de s'adresser à ceux qui se tenaient devant lui.

« Nous sommes ici pour marquer le début d'une nouvelle ère pour Camelot : la nomination d'un Sorcier de la Cour. Depuis un mois désormais, après trois ans d'observation de notre estimé voisin, Escetia, la magie a été autorisée dans ce royaume. Depuis ce moment, nombreux sont les possesseurs de la magie qui sont venus se présenter et accepter cette offre de paix. Aujourd'hui, avec des représentants de la magie comme témoins, nous allons leur montrer que ce n'est pas un vain rêve. »

Il engloba d'un geste tout ce qui l'entourait.

« Le voile de peur et de haine a été levé, et maintenant un nouvel espoir de paix et de lumière est venu pour ce royaume. Mais si ce n'était pour un homme, alors rien de tout cela n'aurait été possible. L'homme dont je parle aurait pu se laisser tomber dans la colère et l'amertume comme tant d'autres possesseurs de magie l'ont fait durant le règne de mon père, mais au lieu de cela, il a choisi de placer sa foi dans le fils du Roi qui le persécutait. Il a fui la haine et embrassé l'espoir, et m'a enseigné par l'exemple que condamner la magie était une terrible erreur. Il m'a donné, à moi, à vous, et à tout ce royaume, la chance d'apprendre la vérité et d'arriver à la comprendre. Il a brisé les chaines de la haine et de la revanche, et sans son aide, je ne me tiendrai pas ici en tant que Roi. Il a sauvé ma vie et bien d'autres de nombreuses fois, et maintenant le jour est venu pour lui d'être reconnu pour sa contribution à ce royaume. »

Arthur regarda vers les portes, et à ce signal les gardes de chaque côté les ouvrirent en grand pour dévoiler qui se tenait là.

Au milieu des hoquets effarés des invités, Merlin avança dans la Grande Salle avec son bâton en main. Ces hoquets furent suivis par d'autres, bien plus ébahis et ouvertement craintifs, lorsque deux vouivres adultes le suivirent, juste quelques pas derrière lui.

Les Chevaliers qui avaient été répartis le long de l'allée centrale firent de leur présence une barrière rassurante entre les reptiles et les invités, tout en saluant l'un après l'autre Merlin pendant qu'il traversait lentement toute la longueur de la pièce.

Lorsqu'il en atteignit l'extrémité, Friou et Scild se séparèrent pour venir se tenir de chaque côté du dais comme des statues vivantes, et la solennité de l'instant fut brisée par une voix d'enfant.

« Si Si ! »

Arthur se força à ne pas sourire pendant que Balther commençait les inévitables appels et tentatives d'approche de son compagnon de jeu préféré. Mais Scild resta où Merlin lui avait ordonné d'aller, même s'il pencha la tête et regarda vers le prince.

Arthur s'avança devant l'estrade, et Merlin se laissa tomber sur un genou et étendit son bâton en travers des marches pendant que son ami prenait la parole.

« Seigneur Merlin de la Maison de Garrah… Lorsque vous êtes venus pour la première fois à Camelot, vous avez commencé votre vie ici en tant que mon serviteur, et durant ces trois premières années vous m'avez montré une loyauté complète et indéfectible. Et non seulement cela, mais vous également montré une véritable amitié, et appris que le respect n'était pas un droit que donnait la noblesse, mais qu'il devait être gagné. Lorsque j'ai pris connaissance de votre magie, ce fut alors que vous défendiez ma vie et chassiez la sorcière Morgause loin de ce château, trois ans après votre arrivée ici. Durant les sept années qui suivirent, malgré les moments où je doutais, vous n'avez jamais perdu votre foi en moi… Je vous ai anobli en récompense de votre loyauté, et maintenant je vous accorde la position que vous méritez vraiment. »

Arthur fit signe au seigneur Geoffrey, qui s'avança en tenant un morceau de parchemin, et le lut à la foule, pendant qu'à l'arrière-plan le prince Balther remuait toujours dans les bras de sa mère en appelant Scild.

« En accord avec les lois et traditions de l'ère précédant la Grande Purge, celui qui doit être nommé Sorcier de la Cour du Roi doit ci-devant jurer loyauté et service à la Couronne. Doive ce serment être rompu, il sera dépouillé de tout rang et banni. Doive le Roi qui a accepté le serment trahir cette confiance, le sorcier en question pourra quitter son service avec tous ses titres et biens intacts. Telle est la loi, comme elle l'a été depuis les jours du roi Bruta. »

Alors que Geoffrey retournait à sa place à côté de l'estrade, et que les cris de « Si Si » semblaient résonner encore plus fortement que tout à l'heure, Arthur secoua doucement la tête et murmura doucement.

« Merlin, donne-lui ce qu'il veut. »

Merlin rit doucement avant de regarder la vouivre en question.

« Scilderether, ic gefathian. »

Un bon nombre d'invités hoquetèrent lorsque Scild fit demi-tour immédiatement et se dirigea vers Gwen et Balther, et plusieurs avaient l'air de s'attendre à ce que la vouivre attaque. Mais alors, Scild s'allongea tranquillement à côté du trône de la Reine, et Gwen posa son fils sur le sol à côté de lui.

« Si Si ! »

La vue du prince Balther riant joyeusement pendant qu'il caressait le museau rempli de crocs, alors qu'un bon nombre de courtisans les regardaient en état de choc, força plus d'un des Chevaliers assemblés à dissimuler un sourire.

Arthur sourit également, avant de revenir au sujet du moment.

« Seigneur Merlin Garrah, jurez-vous fidélité et service à moi et à Camelot, selon les anciennes traditions de ce royaume ? »

Merlin souriait également pendant qu'il levait la tête vers Arthur et répondait.

« Je le jure avec plaisir et fierté, car il n'y a nul autre homme que je préfèrerais servir. J'ai peut-être placé ma foi en vous, mais vous êtes celui qui l'a accepté et m'a donné la chance de vous prouver que la magie n'était pas mauvaise. Je jure donc par l'Ancienne Magie que tant que vous et vos descendants règnerez sur Camelot, alors moi et mes descendants serons à votre service… Ic asweree aet se Ealdnes Draiocht, ic beo eower se abene, ferhth... Que cette confiance et cette amitié traversent les âges, comme une lumière d'espoir pour tous les temps. »

Arthur le fixait avec des grands yeux. Merlin s'était lié par un serment à l'Ancienne Magie… C'est un cadeau de grande ampleur aux yeux des témoins de la communauté magique, car cela signifiait que Merlin lui avait confié l'ensemble de ses pouvoirs.

Il tendit la main à Merlin, souriant ouvertement maintenant.

« J'accepte votre serment à l'Ancienne Magie, et même si je ne possède aucune magie pour prêter moi-même un tel serment, je vais malgré tout faire le mien. Je jure de ne jamais trahir la confiance que vous m'avez accordée, et comme vous et vos descendants allez servir ma famille, alors moi et mes descendants promettons de toujours respecter et honorer la vôtre. Ic asweree aet se Ealdnes Draiocht, thas beonne.»

En première ligne des invités rassemblés, les représentants de la communauté magique applaudirent pour marquer leur approbation, avant de s'incliner profondément en signe de respect pour Arthur. Puis Nellan prit la parole.

« Et nous nous tenons là comme témoins de vos serments, et je parle pour nous tous lorsque je sais que vous êtes réellement un Roi qui vivra pour toujours dans les légendes. Un Roi plus grand que tous ceux qui sont venus avant vous, et plus grand que tous ceux qui ne sont pas encore nés. Là où va la loyauté du Seigneur Merlin, là va la nôtre. Nous répondrons également à votre appel dans les temps de besoin. »

Arthur hocha la tête, reconnaissant pour ce vote de confiance public.

« Et je vous remercie pour cela, au nom de tout Camelot. »

Il soupira, puis reporta son attention sur Merlin lorsque le sorcier prit la main toujours tendue devant lui. Il tira Merlin sur ses pieds, alors que les Chevaliers et les Druides éclataient en applaudissement, suivis un battement de cœur plus tard par le reste des invités.

« Et maintenant il est temps pour vous de vous lever, Seigneur Merlin… Sorcier de la Cour de Camelot. »