Chapitre 27 : Le début d'une Nouvelle Ère ~Partie 2~
Ce fut au son d'un fredonnement joyeux que Warren s'approcha des escaliers qui menaient aux appartements de Merlin avec le plateau du petit-déjeuner en main. Après le banquet de l'autre nuit, la moitié des nobles du château étaient encore endormis à cette heure-ci, et les autres devaient à peine se réveiller. Et pourtant Merlin était bien là, juste à l'entrée des escaliers, habillé et en train de fixer un panneau au mur, un panneau qui était presque le jumeau de celui à côté des appartements de Gaius, à l'exception d'une chose… Il indiquait "Sorcier de la Cour".
« Bonjour Warren. Est-ce que tu as mon planning avec toi ? »
Lorsque le sorcier se tourna face à lui, Warren hocha la tête et jeta un coup d'œil aux deux parchemins pliés sur le plateau. L'un lui avait été remis par Bel, et l'autre par Katryn.
« Bel dit que le Roi ne vous a pas donné une longue liste, puisqu'il sait que vous devez déménager vos affaires de votre atelier. Je ne sais pas ce qu'il y a dans la note de la Reine. »
Merlin tira les deux messages du plateau, et commença à monter les escaliers, suivi par Warren.
« Alors découvrons-le. »
Il ouvrit la note de Gwen.
« Lord Nobren a un nouveau serviteur, et Katryn l'a marqué pour qu'il puisse être détecté s'il s'aventure là où il ne devrait pas. »
Merlin replia la note, et ouvrit son planning.
« Ce matin je dois tenir audience avec les représentants de plusieurs druides qui aimeraient implanter des fermes sur mes terres au bord des Bois Sombres. Puis, une inspection du château et des murs de la cité, pour réfléchir à des protections et des renforcements magiques pour les deux. Bel avait raison, cette liste est courte. »
Ils atteignirent les appartements de Merlin, et une fois à l'intérieur Warren posa le plateau sur la table.
« Vous n'êtes nerveux de devoir tenir une audience pour la première fois ? »
Le sorcier secoua la tête et s'assit à la table.
« Nope. Les fermes sont prévues depuis un certain temps, il fallait simplement attendre le bon moment pour les lancer. Cette audience n'est qu'une formalité. Ce qui me rend nerveux est l'inspection, parce que je serais un spectacle pour les citoyens. Mais c'est pour le mieux, parce que ce sera la première fois qu'ils me verront en tant que Sorcier de la Cour, et c'est important si Arthur veut qu'ils soient rassurés sur un changement si important. »
Warren regarda ce que Merlin portait, et qui était exactement ce qu'il portait la plupart du temps depuis qu'il était devenu un noble.
« Donc vous n'allez pas porter vos nouvelles robes ? »
Merlin renifla et secoua la tête avec véhémence.
« Non. Elles sont très bien pour les audiences, mais je vais avoir du mal à les garder propres pour l'inspection. Je vais mettre ma sur-robe bleue à la place. »
À ces mots, Warren disparut dans la chambre, et en revint avec la robe en question. Il avait également le bâton Sidhe, qu'il déposa contre la table, là où Merlin mangeait son repas.
« Si vous sortez comme Sorcier de la Cour, alors autant y ressembler totalement. »
Merlin sourit, pas tant à la remarque qu'au fait que Warren l'ait faite. Il lui avait fallu longtemps pour se faire à l'idée que son maitre était un magicien, et maintenant il semblait tirer de la fierté du fait de servir un sorcier. Mais selon la politique en vigueur au sein du personnel du château, Warren était passé du statut de serviteur d'une personne occupant un poste élevé et jouissant de beaucoup de respect à celui de serviteur qui pouvait prétendument vous transformer en crapaud si vous le contrariez. Il serait traité avec une certaine crainte par ses pairs, et cela le protégerait contre un grand nombre des tours habituels. Pas mal pour un serviteur qui n'était au château que depuis sept mois.
Son petit-déjeuner fini, Merlin se leva et enfila la robe que Warren lui tendait, et récupéra le bâton contre la table.
« Contente-toi de la lessive habituelle, et dépoussière toutes les étagères pour plus tard. Une fois cela fini, trouve quelque chose pour t'occuper, et sois prêt à jouer les coursiers. Je te ferai peut-être appeler quand je serai dehors pour l'inspection. »
Warren hocha la tête avant de gratifier Merlin d'un léger sourire.
« Bonne chance. »
Merlin rit.
« Merci, j'espère juste ne pas en avoir besoin. »
~(-)~
Patientant à l'extrémité du passage à l'extérieur des escaliers venant aux appartements de Merlin, deux paires d'yeux regardèrent le sorcier partir et se diriger dans la direction de la Salle du Conseil.
Lord Norbren attira l'attention de l'homme à côté de lui, vêtu de l'habit des serviteurs, et pointa le doigt.
« C'est lui. Ce serpent s'est frayé un chemin jusqu'au cœur du royaume, et a empoisonné l'esprit du Roi. La magie n'aurait jamais dû être autorisée à revenir, c'est le mal, et cet homme est celui qui est responsable de la levée des lois contre la magie. »
Le "serviteur" à côté de lui grogna, ses yeux se rétrécissant.
« Ce sera un plaisir de l'éventrer, mon Seigneur. Lorsque le Roi Arthur a arrêté d'échanger les sorciers contre des primes, moi et plusieurs autres chasseurs avons perdu beaucoup d'argent. Vous voulez que je fasse comme si c'était à cause de la magie ? »
Norbren hocha la tête avec un sourire narquois.
« Je suis sûr que durant votre travail comme chasseur de prime, vous avez vu beaucoup d'autels rituels… Montez-en un dans les bois alentour, et assurez-vous que le corps de Merlin soit trouvé là-bas. Faites croire qu'il a été sacrifié par quelqu'un de sa précieuse communauté magique, et nous verrons combien de temps le retour de la magie durera. »
Le chasseur de prime devenu assassin rit sombrement.
« Je n'aurais pas besoin d'en monter un, parce que c'est déjà fait… Je peux l'avoir étendu avec ses intestins sur le sol avant qu'il ne voie la prochaine aube. »
~(-)~
Merlin sortit des Salles du Conseil sur les talons du groupe de Druides qu'il avait reçu en audience. Comme prévu, il n'avait pas fallu longtemps pour confirmer la permission pour qu'ils puissent installer des fermes sur ses terres, et même s'il était trop tard dans la saison pour faire pousser la plupart des cultures, ils seront capables de planter les légumes racines qui passeraient l'hiver et seraient prêts au printemps.
C'était une autre chose qu'il avait déjà arrangée, que les graines pour ces cultures soient envoyées aux fermes avant la fin de la semaine. Le payement venait de ses propres fonds, mais il le récupérerait grâce à la dime, qui procurerait un revenu supplémentaire à sa Maison, en plus de son salaire comme Sorcier de la Cour. S'il se mariait et fondait une famille, il devrait s'assurer qu'ils soient autonomes. Il ne serait pas là pour toujours.
Merlin grimaça, sentant un éclair de douleur à la pensée du mariage. Cela faisait plus de huit ans depuis la mort de Freiya, et cela faisait toujours mal, mais plus autant qu'avant. Il savait qu'elle ne voudrait pas qu'il s'accroche à sa mémoire, et si jamais il rencontrait une femme qu'il découvrait pouvoir aimer, alors il n'utiliserait pas Freiya comme une excuse pour s'en détourner.
Il mit ces pensées de côté, et se dirigea vers son bureau, voisin de celui d'Arthur, pour récupérer du parchemin et des bâtonnets de charbon pour pouvoir prendre des notes pendant l'inspection. Puis Merlin réquisitionna deux chevaliers comme escorte, et se dirigea vers la ville. Il n'avait pas vraiment besoin de vérifier les murs du château, il les connaissait comme le dos de sa main, mais il n'était monté sur les murs de la cité qu'une fois ou deux. Pour identifier les endroits où placer les runes et les ancres pour les sorts qui renforceraient les murs, il aurait besoin d'en parcourir chaque centimètre.
Des têtes se tournèrent alors qu'il traversait le pont-levis du château et entrait dans la ville haute. La vue de sa silhouette, bâton en main, et de son escorte suffisait à attirer une grande attention sur lui. C'était inconfortable, notamment lorsqu'il était assez proche d'eux pour entendre leurs murmures. La plupart étaient incertains, seuls un ou deux semblaient heureux d'avoir un Sorcier de la Cour, mais le reste n'était pas particulièrement élogieux. Mais une chose semblait rassurer les incertains, et c'était que c'était lui, Merlin. L'homme qui avait été un serviteur joyeux et fidèle depuis des années, et qui s'était ensuite montré un noble humble et attentionné. Maintenant il était temps de leur montrer qui il serait maintenant qu'il était Sorcier de la Cour travailleur et déterminé à faire tout ce qu'il pouvait pour les garder eux et Camelot en sureté.
Merlin commença à suivre les murs, marchant le long de leur partie supérieure, et s'arrêtant ici et là pour rendre des notes. Il était conscient d'avoir un public qui le suivait, fait d'adultes curieux qui avaient du temps à perdre, et d'un nombre assez remarquable des enfants de la cité. Et lorsqu'il finit la dernière section et redescendit au niveau de la rue, ces enfants le regardaient avec une fascination avide.
Il sourit à cela, de leur jeunesse et de la manière dont ils avaient encore à apprendre la même peur que les adultes autour d'eux avaient connu pour plus de vingt-cinq ans. Ces enfants n'auraient jamais à apprendre à craindre et à se méfier de la magie, ce qui était particulièrement important pour ceux d'entre eux qui étaient nés avec le potentiel pour cela. Ce serait quelque chose dont Camelot aurait besoin d'ici quelques années un endroit où ceux qui désiraient apprendre la magie pourraient aller, et seraient instruits non seulement sur son usage, mais aussi sur les responsabilités qui allaient avec.
Le sourire de Merlin s'agrandit un peu plus à cette pensée. Il regarda les enfants et apporta un poing fermé à sa bouche.
« Forebearnan. »
Son murmure passa inaperçu au milieu de la cité, puis il ouvrit la main pour révéler la flamme qu'il avait conjurée, et souffla dessus pour les disperser en braises.
Les enfants ouvrirent la bouche avec délice alors que le petit nuage de papillons enflammés, les mêmes qu'il avait conjurés au banquet quelques jours plus tôt, flottaient dans l'air et dansaient au-dessus de leur tête. Puis Merlin dispersa sa création en une multitude de petites étincelles qui finirent par disparaitre.
Les enfants applaudirent, la plupart criant "encore !", mais Merlin se contenta de s'éloigner, ébouriffant les cheveux de quelques-uns d'entre eux.
« Désolé, mais j'ai beaucoup de travail à faire pour le Roi. Peut-être une autre fois. Et je suis sûr que vous avez des tâches à faire aussi, alors allez-y, allez aider vos parents. Si vous travaillez tous très dur, alors peut-être que je ferais quelque chose de gros pour le festival des moissons.
– D'accord ! »
Les enfants acquiescèrent avec impatient et se dispersèrent comme les vents. Pendant qu'ils partaient, Merlin vit plusieurs adultes sourire ou hocher la tête en signe d'approbation. Les deux chevaliers qui l'escortaient souriaient également, et avec un signe de son bâton, Merlin leur fit signe de le suivre.
« Retournons au château. J'ai le contenu d'un atelier à déménager, et ensuite je dois commencer à planifier quelques sortilèges compliqués.
~(-)~
Arthur regardait par la fenêtre lorsque Merlin revint au château, et il observa son ami pour voir s'il pouvait deviner comment la matinée s'était passée. Merlin arborait un petit sourire, jetant de temps à autre un regard en arrière pour dire quelque chose à son escorte, et son pas était léger. Ça suffisait à lui indiquer que Merlin pensait que la matinée s'était très bien déroulée.
Arthur s'éloigna de la fenêtre de l'étude et s'assit à son bureau, pour finir son combat contre la pile de paperasse créée par la nomination de Merlin. La plupart étaient des lettres de protestations de plusieurs nobles, mais heureusement aucun de ceux siégeant au Conseil n'était impliqué. Ils avaient déjà eu affaire à Merlin et connaissaient le jugement inaltérable de leur Roi sur la magie depuis assez longtemps pour s'être résignés à la situation, même s'ils ne l'aimaient pas. Bien que désormais, une moitié du Conseil le tenait en grand respect, même si seuls Deverin et Geroffrey lui montraient des signes d'amitiés.
Arthur continua à travailler, écrivant des réponses fermes aux protestations, et s'occupant du reste. Il en était à la moitié lorsque la porte de l'étude s'ouvrit et que Gwen entra avec un sourire aux lèvres.
Elle vint jusqu'au bureau.
« Je me disais que tu devrais savoir que Merlin, Warren et tous les membres de la Fraternité à l'exception de nous et de Gaius viennent juste de traverser le château en portant des caisses, suivis pas une vouivre chargée comme un cheval de bât. »
Son mari gloussa.
« Friou n'a pas été impressionnée, n'est-ce pas ? »
Gwen rit.
« Eh bien, elle râlait un peu, mais c'était l'expression sur le visage de plusieurs des nobles qui était amusante. Ils semblaient trouver difficile à croire qu'un lézard magique de la taille d'un cheval puisse se soumettre à ce genre d'utilisation. »
Son sourire s'agrandit.
« Katryn m'a également dit qu'elle avait entendu dire que Merlin avait conjuré quelques-uns de ces papillons de feu pour quelques enfants pendant qu'il était dans la ville basse. Il est maintenant un des favoris des enfants de la cité. »
Arthur fit signe à Gwen de prendre un siège à côté de son bureau, et il répondit pendant qu'elle s'asseyait.
« J'ai toujours dit que Merlin préférerait conjurer des fleurs et faire de jolies illusions, plutôt que lancer les puissants sorts dont il est capable. Mais bon, c'est Merlin, et je ne l'imagine pas autrement. »
Gwen hocha la tête, mais son expression était maintenant grave.
« Et être comme cela est déjà en train de l'aider à s'installer dans son nouveau rôle, parce qu'il fait sourire les gens au lieu de faire de la magie qui pourrait les effrayer. Mais ils finiront par apprendre que derrière son sourire se cache quelqu'un que vous seriez fou d'affronter. »
Arthur prit une autre lettre de protestation et grimaça.
« Et j'espère que certaines personnes l'apprendront plus vite que d'autres. »
~(-)~
La nuit tomba rapidement sur la cité, et le premier jour plein du nouveau Sorcier de la Cour de Camelot prit fin.
Merlin s'agitait dans ses appartements, observé par Friou de là où elle était allongée sur son lit. Scild avait été déplacé pour dormir dans la chambre de Balther, la nourrice du prince étant une druidesse choisie par Merlin, à qui il avait enseigné les commandements pertinents pour diriger le vouivre mâle. Il avait fallu quelques temps pour entrainer Scild à répondre à certains ordres venant de quelqu'un qui n'était pas un Seigneur des Dragons, mais cela avait été nécessaire. Jusqu'à ce que le prince soit assez grand pour diriger Scild lui-même, ses gardiens devaient être en mesure de le faire pour lui.
Mais cela était passé, et la principale préoccupation de Merlin à cet instant était de tout sortir des caisses et de tout ranger à sa nouvelle place dans ses appartements. Si quelqu'un s'était demandé pourquoi il avait autant d'étagères et d'armoires vides, ils auraient maintenant la réponse, parce que s'il se rendait compte de quelque chose, c'était qu'il n'en avait pas assez.
Merlin grimaça pour lui-même devant le contenu des trois dernières caisses, puis regarda autour de lui pour confirmer qu'il n'avait vraiment plus de place pour les ranger. Puis il soupira et se résigna au fait qu'il allait devoir patienter jusqu'au lendemain. Mais maintenant… maintenant était probablement le bon moment pour prendre un peu de repos.
Il donna à Friou une dernière caresse sous le menton avant d'éteindre les bougies, et rejoignit sa chambre pour se préparer au coucher. Quelques petites minutes plus tard, les bougies s'y éteignirent aussi, et Merlin laissa échapper un long soupir après ce jour de travail bien fait, et roula sous ses draps.
Ce fut environ trois heures plus tard que ses yeux s'ouvrirent d'un coup, et il grogna avant de conjurer une sphère de lumière et de marcher jusqu'à son bol-espion, posé sur la table près de la fenêtre. Après Sefa, il avait placé plusieurs lignes d'alarmes autour du château, ainsi que sur ses portes et celles de la cité. Si un nouveau serviteur marqué par Katryn traversait ces lignes à un moment et en un endroit où il n'avait rien à faire, cela déclenchait l'équivalent d'une cloche d'alarme silencieuse dans sa tête.
Et il venait juste de sentir une pointe de magie dryade traverser l'une d'entre elles, juste en plein milieu d'une très plaisante nuit de sommeil.
« Ça n'a pas intérêt à être un somnambule. »
Merlin agita la main au-dessus du bol-espion, orientant l'image pour se diriger vers l'alarme qui avait été déclenchée, avant de rouler des yeux et de retourner directement à son lit.
Pendant ce temps, dans les escaliers menant à sa chambre, un soi-disant assassin se glissait lentement vers sa porte. Puis l'homme tendit la main vers la poignée, et l'ouvrit silencieusement…
Deux secondes plus tard, il y eut un grondement de Friou, et l'homme laissa échapper un cri ressemblant fort à un couinement de jeune fille. Quelques instants plus tard, Merlin sentit l'étincelle de magie dryade retraverser la ligne d'alarme dans l'autre sens.
Friou referma la porte, et retourna à son lit en grognant comme un chat en colère. Et Merlin ? Il se contenta d'enrouler un peu plus ses draps autour de lui, et se mit à rire pendant qu'il se rendormait.
