Chapitre 28 : Le Début d'une Nouvelle Ère ~Partie 3~
« Pourquoi n'est-il pas mort ? Vous m'aviez dit qu'il ne verrait pas une nouvelle aube ! »
Lord Norbren faisait les cent pas, pendant que l'assassin bandait l'entaille causée par Friou lorsqu'il avait ouvert la porte de Merlin. L'ancien chasseur de primes semblait tout aussi mécontent.
« Et vous ne m'avez jamais dit qu'il avait ce monstre là-haut ! Lorsque j'ai eu votre lettre il y a cinq jours, il n'y avait aucune mention que la cible serait le Sorcier de la Cour de Camelot. »
Norbren le foudroya du regard.
« Et lorsque j'ai envoyé cette lettre, il ne l'était pas et je n'avais été informé qu'il le serait. Je n'étais pas non plus au courant pour la vouivre. Il n'a révélé qu'il n'avait ces deux bêtes que le jour de la cérémonie. »
L'assassin noua l'extrémité du bandage et enfila sa veste pour le dissimuler.
« Et bien dans tous les cas, je ne peux pas l'atteindre dans ces appartements la nuit. Je vais devoir attendre qu'il quitte la ville, et si je dois attendre ici et vous servir pour maintenir ce déguisement, je veux plus d'argent pour ce travail.
— Très bien, assurez-vous juste qu'il soit mort avant la fin de la semaine ! »
Merlin gloussa, pendant qu'il observait la scène qui se déroulait dans son bol-espion. C'était ironique de penser que bien qu'il se soit attendu à des ennuis une fois qu'il aurait révélé qu'il était un magicien, il n'avait jamais prévu qu'il serait la cible d'assassinats si tôt… et par un tel complet amateur. Lord Norbren était un noble relativement mineur, d'une petite famille, et qui avait des envies de grandeur bien au-dessus de sa situation. En tant qu'invité à court terme approchant la fin de son bail, il était en fait une des dernières personnes que Merlin aurait envisagée comme commanditaire. Mais cela montrait juste que parfois les personnes que vous suspectiez le moins étaient celles que vous deviez surveiller le plus.
Il se détourna du bol après avoir passé un doigt à la surface pour briser l'image. Même s'il savait qu'Arthur accepterait son témoignage et arrêterait Lord Norbren, sans preuve à montrer à la cour, ce serait la parole d'un homme contre celle d'un autre. Cela pouvait potentiellement le faire paraitre mesquin aux yeux des citoyens, et ce serait mauvais.
Merlin sourit pour lui-même alors qu'il commençait à s'habiller pour monter. Mais le témoignage de l'assassin, avec des informations sur celui qui l'avait engagé… Cela marcherait très bien comme preuve supplémentaire. Tout ce dont il avait besoin serait de le "convaincre" de coopérer.
Le sorcier se dirigea vers sa porte, sans s'occuper de Warren qui nettoyait les restes du petit-déjeuner.
« Je sors faire un tour à cheval, et je ne suis pas sûr du temps que je vais prendre. Si tu peux aller voir Alan Morranson et lui demander de me faire un autre ensemble d'étagères, et deux placards pour aller avec le reste, ça me serait d'une grande aide. Fais le reste de tes tâches comme d'habitude. »
Merlin descendit les escaliers de sa chambre, et prit délibérément un chemin vers les appartements d'Arthur qui passait près des appartements de Lord Norbren. Puis il installa une alarme temporaire au coin du couloir, et toqua à la porte d'Arthur.
Pendant qu'il était à l'intérieur, disant au Roi qu'il sortait pour quelque temps, Merlin sentit la marque de Katryn passer son alarme, et lorsqu'il sortit il vit un bref mouvement alors que l'assassin plongeait hors de vue dans un coin.
Appât lancé et gobé.
Merlin sourit pour lui-même, ayant espéré qu'avec la frustration causée par l'échec de la nuit dernière, l'assassin serait négligent, mais ceci était juste trop facile. Comparée aux tentatives d'assassinats contre Arthur qu'il avait contrecarré à de nombreuses occasions, celle-ci était un jeu d'enfant. Mais après tout, Lord Norbren n'était pas particulièrement riche, et cet homme était sans doute le mieux qu'il se pouvait se permettre.
Merlin arriva aux écuries sans incident, et passa quelques minutes à discuter avec les palefreniers pendant qu'il préparait Bitan. Puis il s'éloigna à un pas tranquille, en accord avec une simple promenade, et qui était également parfait pour permettre à l'assassin de le suivre.
Il l'emmena vers le sud, dépassant l'endroit où de nombreux druides avaient commencé à marquer les nouvelles fermes à l'orée des Bois sombres puis s'enfonça dans les bois. La présence des druides ne détourna pas l'assassin, comme prouvé par une autre ligne d'alarme posée par Merlin.
Il chercha en esprit la sentinelle des Druides de la Tempête qu'il savait être devant eux, et parla en silence avec une pointe de malice.
« J'ai une ombre avec des intentions malveillantes qui me suit… Dès qu'il tentera de m'atteindre, attrapez-le.»
« Compris, Seigneur Celui qui Appelle la Tempête. »
Merlin quitta la piste pour une agréable petite clairière, où il attacha Bita avant de s'allonger contre un tronc d'arbre tombé au sol, pour profiter des rayons du soleil. Il n'était en aucune façon inquiet que l'assassin puisse le blesser, pas avec un druide de la tempête, pouvant bouger plus vite qu'un serpent qui attaquait, qui observait dans les sous-bois à moins de huit pas de là.
Les yeux fermés, Merlin écoutait avec attention les bruits de la forêt autour de lui, et il entendit son soi-disant tueur se rapprocher avec une furtivité étonnement bonne. Bien sûr, cela n'allait pas l'aider lorsqu'il quitta sa couverture pour se jeter sur sa cible.
Un couteau de lancer jaillit des buissons et frappa la dague de l'assassin surpris, le désarmant. L'homme fut ensuite attrapé et forcé à genoux par le druide de la tempête qui avait suivi sa lame.
Merlin ouvrit les yeux et se releva nonchalamment, avant de se retourner pour regarder son assassin et secouer la tête.
« Pitoyable, vraiment pitoyable. Je n'arrive vraiment pas à croire que vous ayez pu tomber dans ce piège. Quel est votre nom ? »
L'assassin cracha vers lui.
« Je vous ne dirais rien, magicien ! »
Merlin haussa un sourcil et fit quelques pas.
« Sorcier, en fait, mais ne soyons pas pointilleux à ce sujet. »
Il baissa les yeux vers son captif.
« Maintenant dites-moi votre nom, à moins que vous ne préfériez avoir une tombe anonyme ? »
Le ton froid avec lequel Merlin avait parlé résulta en un regard noir de la part de l'assassin. Mais il répondit pourtant.
« Egril, et si vous allez me tuer alors finissez-en. »
Merlin marqua une pause, reconnaissant ce nom.
« Attendez, je vous connais… Vous étiez un chasseur de prime qui avait l'habitude d'apporter des sorciers au Roi Uther. Alors, vous vous êtes tournés vers l'assassinat maintenant que ce travail n'est plus disponible. »
Egril ricana.
« C'était de l'argent facile, avant que vous ne le gâchiez. »
Merlin soupira, et croisa les bras sur sa poitrine.
« Donc, étant donné que je vous déplais à ce point, je suppose que toute offre de ma part de renoncer à la peine de mort en échange d'un témoignage contre Lord Nobrer serait refusée ? »
Il vit Egril se tendre.
« Ne soyez pas si surpris. Vous avez été marqué par la magie dès que vous êtes arrivé en tant que nouveau serviteur. À l'instant où vous avez franchi le seuil de l'escalier de mes appartements la nuit dernière, j'ai su que vous étiez là. Ce fut facile d'employer la magie pour vous observer faire votre rapport à votre employeur il y a deux heures. Je peux le faire arrêter maintenant, mais il vaut mieux avoir plus de preuves que ma simple parole. »
Egril lui cracha à nouveau dessus, arrivant cette fois à atteindre la botte de Merlin.
« Allez-vous faire voir, je ne vais pas aider une pourriture comme vous ! »
Merlin lui jeta un long regard empli de pitié, avant de s'adresser au druide qui le retenait.
« Tendez une de ses mains. »
Le druide obéit, forçant Egril à tendre un bras d'une prise serrée sur son poignet. Merlin tira le Dague de Dreor de sa gaine au dos de sa ceinture, et après avoir piqué son doigt, il traça un cercle de sang autour de la troisième rune… Puis il tendit la main, et vint doucement faire courir la pointe de la paume de l'assassin, juste assez fort pour l'égratigner sans laisser de coupure profonde.
Egril sursauta et s'effondra mollement, le druide le lâchant et reculant d'un pas, puis il commença à trembler et à gémir. Deux minutes après que Merlin ait utilisé le poignard sur lui, il reprit brutalement conscience, les larmes aux yeux.
« Qu'est-ce que vous venez de me faire ?! »
Le druide l'attrapa à nouveau, et Merlin répondit.
« Une magie spéciale appelée Regret. Cela vous fait revivre les moments de votre vie que vous regrettez le plus, ce qui dans la plupart des cas a tendance à être la mort d'un être cher ou d'un ami proche. Je vous fais ressentir la même douleur que vous avez semée avec vos actes en tant que chasseur de prime et assassin. La douleur que la famille et les amis de vos victimes ont ressentie après que vous leur ayez pris ceux qu'ils aimaient. »
Il se pencha un peu plus près.
« Maintenant, allez-vous coopérer et témoignez contre Lord Norbren ?
— Allez au diable ! »
Merlin soupira, et hocha la tête à destination du druide. Egril se débattit lorsque la dague courait une nouvelle fois sur sa main. Cette fois, il resta inconscient pendant quatre minutes, et se réveilla en jurant et en maudissant Merlin jusque dans les profondeurs du monde souterrain. Merlin répondit en utilisant Regret une troisième fois, et cette fois Egril ne se contenta pas de gémir sous son emprise, mais laissa échapper des cris étouffés. Merlin ne laissa pas cela le toucher, parce que cet homme avait infligé des douleurs bien plus grandes à bien trop de gens. Cet homme avait conduit des dizaines de personnes à être brulées vives, uniquement pour de l'argent.
Après la troisième fois, Egril se réveilla et tenta d'attaquer Merlin, uniquement pour être mis à terre et maintenu au sol. Il continua à le maudire, mais lorsque Merlin approcha la dague de sa main pour la quatrième fois, il y eut un instant de désespoir dans les yeux de l'assassin avant que l'effet du Regret ne le prenne à nouveau.
Pendant qu'Egril se tordait et hurlait dans les souvenirs de perte et de regret, Merlin se força à traverser ses propres souvenirs les plus douloureux. La mort de Will, la mort de Freiya, la mort de Balinor et la mort annoncée d'Arthur, une dose d'autopunition servant de rappel à la douleur que la Dague de Dreor pouvait infliger. En se forçant lui-même à vivre cette douleur de son plein gré, Merlin pourrait ensuite se pardonner de torturer cet homme de la même manière. Parce que c'était bien ce que cela était… de la torture… et il détestait l'utiliser. Tout son amusement à combien cette tentative d'assassinat avait été pathétique était maintenant écrasée sous le poids d'avoir à faire cela.
Egril finit par revenir à lui, mais cette fois au lieu de jurer, il pleura et supplia, sans tenter de se redresser.
« Ça suffit… Je vous en prie, je ferais tout ce que vous voulez… Mais ne recommencez pas. »
Merlin fit signe au druide de la tempête de reculer, et il s'agenouilla à côté de l'ancien chasseur de prime.
« Témoignez contre Lord Norbren, et cela sera votre seule punition en plus d'être banni de Camelot à vie. »
Egril releva la tête avec surprise, et Merlin tendit la main pour la poser sur son épaule.
« En vous faisant traverser cette douleur et ce chagrin, je vous ai appris ce qu'il en a été pour ceux dont vous avez ruiné les vies. Connaissant cette douleur, allez-vous êtes prêts à tuer pour de l'argent à nouveau ? »
Egril frémit et secoua frénétiquement la tête.
« Jamais. Jamais plus… Je ne pourrais jamais me pardonner. Comment pourrais-je faire cela à quelqu'un d'autre. Ma... »
Il ferma les yeux de chagrin.
« Ma sœur et ma mère ne me le pardonneraient jamais. »
Merlin remit prudemment Egril sur ses pieds.
« Alors prenez ceci comme une chance de prendre un nouveau départ. Si vous vous dirigez vers Escetia après cela, je vous donnerai une lettre pour que vous puissiez obtenir du travail sur une des fermes royales. Mais en retour vous devez promettre de ne plus jamais lever la main contre un utilisateur de magie innocent. Acceptez-vous cette offre ? »
Egril le regarda, clairement surpris.
« Je ne pensais pas que quelqu'un possédant de la magie me montrerait de la miséricorde, pas après que j'ai essayé de le tuer. »
Merlin sourit.
« Mais je suis le sorcier "qui a brisé la chaine de la haine et de la revanche". Vous n'avez jamais eu l'occasion de pouvoir me blesser, et je suis donc dans le droit de dire que je vous pardonne pour votre erreur. Mais l'instigateur de cette tentative, Lord Norbren, doit être puni pour ce qu'il a fait.
— Oui, il le doit. »
~(-)~
Lord Norbren s'agenouilla devant le trône d'Arthur, semblant à la fois furieux et humilié après qu'Egril ait témoigné du fait qu'il l'avait engagé pour tuer le Sorcier de la Cour. Merlin avait ensuite témoigné des deux tentatives infructueuses sur sa vie, et de sa brève, mais victorieuse enquête sur le sujet.
Lorsqu'il eut fini, Arthur secoua la tête et s'adressa à l'homme à genoux sur le sol.
« Qu'est-ce qui vous a fait penser que vous pouviez vous en tirer ? Merlin a contrecarré les tentatives d'attenter à ma vie pendant des années, alors qu'est-ce qui vous a fait penser qu'il ne remarquerait pas qu'on le visait à la place ? Pourquoi vouliez-vous faire cela ? »
Lord Norbren leva la tête et désigna sauvagement Merlin.
« Parce qu'il vous a empoisonné l'esprit ! La magie n'aurait jamais dû être autorisée à revenir. Il vous a trompé, Sire ! »
L'expression d'Arthur se fit aussi froide que ses paroles.
« Donc je devrais poursuivre le meurtre sauvage et insensé de personnes innocentes, et l'apparition subséquente de la haine et de la soif de vengeance chez la famille des victimes ? Je devais quitter Camelot pour continuer une guerre contre la magie qui ne pourra jamais être gagné ? La magie est une part de la terre sous nos pieds et elle ne mourra jamais de la main des hommes. Laisser la magie hors la loi aurait seulement apporté douleur, souffrance et mort sur les habitants de ce royaume… Et c'est avec un grand regret que je peux vois que vous ne comprendrez jamais cela. Ce que vous avez fait est un acte de trahison contre le royaume, et vous vous connaissez la punition que cela entraine. »
Merlin s'avança à cet instant, vêtu de ses robes de cérémonies, afin qu'il se détache comme un phare de lumière au milieu des tenues sombres portées par le reste de l'assemblée.
« Étant la victime de ce crime, j'ai le droit de plaider pour la clémence. »
Il y eut plusieurs hoquets de surprise à ces mots, et Arthur hocha la tête.
« Vous souhaitez demander une peine moindre plutôt que la mort ? »
Merlin se tint bien droit, son expression calme.
« Pour Norbren, je suggère qu'il soit dépouillé de son rang et de son titre et envoyé travailler dans les fermes à Ulwin avec les autres criminels. Ainsi, il pourra avoir la chance de se pencher sur les conséquences de ses actes, et d'apprendre l'humilité. Pour Egril, je lui ai déjà appris, à ma grande satisfaction, l'erreur de ses choix. Je suggère qu'il soit banni et interdit de retour à Camelot. »
Arthur sembla réfléchir aux deux sentences, puis se leva.
« Les deux sentences sont justes et seront exécutées… Lord Norbren, vous êtes par la présente dépouillé de votre rang et titre, et envoyé aux fermes d'Ulwyn. Egril, vous quitterez la cité avant le coucher du soleil pour ne jamais y revenir. »
Pendant que Norbren était trainé hors de la salle en hurlant des injures, Egril s'inclina devant Arthur et Merlin pendant que les courtisans venus assister au procès quittaient la salle.
« Je vous remercie pour votre clémence. »
Merlin attendit que le dernier des courtisans soit sorti avant de remettre une petite note pliée à l'ancien assassin.
« La lettre de recommandation promise. Donnez-la au surveillant des fermes royales, à l'extérieur des murs du château d'Escetia. Vivez le reste de votre vie en mémoire et en honneur de votre mère et de votre sœur. Rendez-les fiers. »
Egril l'accepta, puis regarda Merlin avec un petit sourire.
« Norbren avait tort à votre propos, et moi aussi… Vous êtes un homme bon, et une bonne chose pour ce royaume. »
Il quitta la salle et une fois qu'il fut parti Arthur posa la main sur l'épaule de Merlin.
« Et si quelqu'un doutait que tu sois apte à la position de Sorcier de la Cour, tu as prouvé que tu l'étais. »
Il rit.
« Tu avais raison, Merlin tu n'as pas besoin de nouvelles robes pour faire grande impression…. Et tu l'as fait sans effrayer tout le monde. »
