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Chapitre 34: Une Chaîne de Haine Est Brisée ~Partie 3~

Les personnes assez chanceuses pour atteindre l'arène avant que l'espace ne manque dans l'étage du public, s'installèrent dans leurs sièges en discutant avec excitation, tandis que dans la Loge Royale six monarques contemplaient le sable qui serait bientôt témoin d'un tournoi qui n'avait pas eu son pareil à Camelot depuis plus de trente ans.

Arthur jeta un regard à Fyren et dit d'un ton amusé :

« Alors, est-ce que Sire Kieren s'est porté volontaire pour le tournoi ? Je ne l'ai pas vu dans un combat de mages depuis le tournoi organisé pour votre mariage. »

Fyren sourit.

« Oui, et il est presque sûr de gagner. Parmi mes Chevaliers d'Aering, il est le meilleur. »

Odin fronça alors les sourcils, remarquant l'absence de deux individus importants.

« Où sont vos Sorciers de la Cour ? Vont-ils participer ? »

Arthur secoua la tête.

« Non, ils sont tous les deux bien au-dessus du niveau de force des sorciers parmi les Chevaliers d'Aering. Il n'y aurait pas de compétition. Ils feront à la place un combat de démonstration après la fin du tournoi.

- Vraiment ? demanda Odin avant de reporter son attention sur le sable. Il sera intéressant de voir comment votre sorcier s'en tire contre la sorcière du Roi Fyrendir. Elle a, après tout, des années d'expérience de plus. »

Il fallut tout leur contrôle à Arthur et Fyren pour ne pas renifler à ces mots, mais à leur crédit tous deux gardèrent un visage impassible tandis que des trompettes résonnaient et que les quatre concurrents entraient dans l'arène.

Lorsqu'ils furent en place, Arthur se leva alors pour s'adresser à la foule.

« Aujourd'hui nous accueillons le premier tournoi magique de Camelot depuis plus de trente ans, en célébration du traité avec notre invité d'honneur, le Roi Odin. Aux concurrents, je vous souhaite bonne chance dans votre entreprise. Les règles de ce tournoi sont simples. Ni armes ni outils magiques ne sont autorisés. Aucune magie létale ne peut être dirigée vers votre adversaire, bien qu'il soit permis de la diriger vers des constructions magiques. Le feu à grande échelle est également contre les règles, bien que des tirs contrôlés et plus petits soient autorisés. Les sorts destinés à briser l'esprit de votre adversaire sont également strictement bannis. Tout le reste est permis... Que le tournoi commence ! »

Deux chevaliers quittèrent l'arène, laissant Sire Kieren et l'autre prendre position face-à-face. Les deux hommes se firent face, tendus et prêts, jusqu'à ce qu'Arthur lève la main et l'abaisse pour démarrer le combat.

En un battement de cœur, Kieren envoya une explosion de force le long du sol, faisant monter un nuage de sable pour aveugler son adversaire. Dans la même seconde, une boule de flammes traversa ce voile de poussière, le manquant et frappant à la place la barrière invisible qui avait été placée autour du sol de l'arène.

Tandis que cette ondulation s'étendait le long de la barrière et la faisait chatoyer, Kieren lança alors un nuage de sable autour de lui-même.

Son adversaire cria quelque chose, et chaque grain de poussière dans l'air retomba. Mais lorsque l'air fut éclairci, aucun signe de Sire Kieren n'était visible. L'arène semblait vide en-dehors de son adversaire, qui regarda constamment autour de lui, cherchant. Il semblait connaître ce tour de Kieren, mais ne pas savoir comment le contrer sinon en essayant de l'apercevoir avant qu'il ne frappe.

Le chevalier bougeait lentement et prudemment, tandis que la foule se taisait avec anticipation. Elle ne fut pas déçue, quand le sable bougea derrière le chevalier, et que Kieren apparut comme de nulle part et lui faucha les jambes d'un coup de pied.

Épinglé ventre à terre sur le sol de l'arène, son adversaire grimaça.

« Je me rends. »

La foule explosa en acclamations et applaudissements, tandis que Sire Kieren aidait son adversaire à se relever puis s'inclinait face aux monarques dans la Loge Royale. Durant le combat suivant, toute incertitude initiale parmi la foule ayant maintenant disparue depuis longtemps au profit de l'excitation face au spectacle, les acclamations furent encore plus fortes quand le combat se termina. Puis arriva la finale entre Sire Kieren et le vainqueur de l'autre combat, et une fois de plus l'arène se fit silencieuse sous l'effet de l'anticipation tandis que les deux hommes se faisaient face, chacun prêt à commencer.

L'adversaire de Kieren porta le premier coup, en criant un sort qui déclencha une très brève averse. Il lui sourit ensuite de l'autre côté du sable humide.

« Vous ne pouvez pas utiliser votre tour de disparition maintenant, Tisseur de Poussière. »

Kieren répondit à cette raillerie par un sourire.

« Et vous oubliez, Sire Broen, que les sorts de terre ne sont pas ma seule spécialité. Ic friese se asigen ren. »

Il s'accroupit et toucha le sable de la main, en faisant jaillir un gel qui s'étendit loin de lui en un clin d'œil. Sire Broen tenta de sauter avant qu'il ne l'atteigne, mais échoua à chronométrer son saut correctement et se retrouva enfoui jusqu'aux chevilles dans du sable gelé aussi solide que la pierre.

Il dirigea une main vers ses pieds, avec l'intention de convoquer une vague de chaleur pour faire fondre la glace, mais fut contraint de conjurer un bouclier à la place quand Kieren fit exploser une carré de sable gelé et volé les éclats vers lui. Plusieurs fois encore, entre deux attaques, Broen essaya de libérer ses pieds, mais chaque fois il fut contraint de bloquer avant de pouvoir le faire. C'était une impasse.

Broen plaça une main sur sa poitrine et inclina la tête en direction de Kieren, dans ce qui était la manière la plus digne pour un sorcier de signifier qu'il se rendait.

Fyren se leva pour applaudir, suivi un instant plus tard par Arthur et Gwen, et il lança à ses chevaliers :

« Bien joué, tous les deux ! Vous avez rendu Escetia fière ! »

Kieren libéra Broen en faisant fondre toute la glace, et les deux hommes reculèrent vers le bord de l'arène mais ne la quittèrent pas. Les deux autres concurrents les rejoignirent rapidement, puis enfin les Sorciers la Cour d'Escetia et de Camelot firent leur apparition.

Merlin et Iunia se tinrent face à la Loge Royale, et lorsque les acclamations retombèrent, Arthur s'adressa à eux.

« Nous avons été témoins aujourd'hui des dons de quatre des fiers Chevaliers d'Aering d'Escetia, et vu leur force. Maintenant, Iunia Telgrin et Merlin Garrah ont émis le souhait de nous divertir avec une démonstration de leur magie dans un unique duel, car tous deux ont reconnu que leur force destinée à combattre dans le tournoi n'aurait pas été juste envers les chevaliers. Les règles de ce combat seront les mêmes que les autres, avec une différence. Dans l'intérêt de laisser à Iunia une chance juste de gagner, ce sera un combat du Sorcier de la Cour de Camelot contre la Sorcière de la Cour d'Escetia et les quatre Chevaliers d'Aering qui se tiennent avec elle. »

La foule sursauta tandis que Merlin prenait position face à Iunia et aux chevaliers qui étaient allés la rejoindre, tandis que dans la Loge Royale, le Roi Odin s'exclamait :

« Cinq contre un ? Roi Arthur, il est certainement impossible que votre Sorcier de la Cour puisse gagner. »

Tandis qu'Arthur levait la main pour signaler le début du combat, Fyren répondit à sa place.

« Merlin a déjà combattu Iunia dans un duel, et l'a vaincue avec aisance. Le Roi Arthur souhaite seulement que son Sorcier de la Cour affronte un plus grand challenge cette fois, pour son premier duel devant le peuple de Camelot. »

Avant qu'il ne puisse en dire plus, Arthur baissa la main et cria en direction de l'arène :

« Commencez ! »

Les quatre chevaliers s'éparpillèrent sur les côtés pour encercler Merlin, tandis qu'à l'avant Iunia lui lançait une boule d'énergie avec l'intention de l'immobiliser. Mais Merlin se contenta de sourire.

« Gescildan ! Adaele ! »

L'énergie frappa le bouclier qu'il avait conjuré, mais au lieu d'une barrière plate, il avait créé une cale pointue qui sépara l'éclair en deux, celui-ci partant en flèche de chaque côté de lui. L'énergie détournée frappa Kieren et Broen, et tous deux tombèrent sur le sable avec un cri de surprise pour ensuite rester couchés au sol, conscients mais incapables de bouger.

Iunia fronça les sourcils et lança le contre-sort, libérant les chevaliers tandis que la foule acclamait avec approbation le Sorcier de la Cour de Camelot. Pendant ce temps les deux hommes qui n'avaient pas été mis à terre, tentèrent de faire tomber Merlin au sol avec une attaque jointe pour diviser son attention, mais contrairement à la fois où il avait fait face à Iunia à Escetia, Merlin n'allait pas se retenir et permettre qu'on le malmène.

Il lança une main dans chacune de leurs directions, aussi détaché que s'il chassait une mouche, et tous deux furent jetés loin de lui pour s'écraser dans le sable. Dans un même mouvement, il balaya ensuite les jambes de Kieren et Broen qui venaient juste de se relever, et bloqua un autre sort de Iunia.

Merlin désigna ensuite le sol.

« Arisan ond asaele ! »

De chaque côté et derrière lui, le sable enfla comme une marée montante et vint recouvrir les jambes et les torses des quatre chevaliers à terre. Lorsqu'ils furent recouverts, le sable s'arrêta et devint dur comme la pierre, pas gelé comme Kieren l'avait fait, mais néanmoins inébranlable, et après plusieurs moments de contre-sorts qui échouèrent, les quatre hommes renoncèrent visiblement. La différence de pouvoir était trop grande pour qu'ils soient capables de briser le sort de Merlin.

Merlin garda le contrôle dessus d'une main, se handicapant délibérément en forçant cette division dans son attention. Mais Iunia ne sourit pas devant la chance de victoire que cela lui offrait, car elle savait que ce n'était pas une vraie chance. Dans une ambiance de tournoi, où la magie était limitée à une force non-létale, Merlin pouvait jouer à ce genre de jeux toute la journée sans être essoufflé.

Son froncement de sourcils s'intensifia et elle conjura des chiens de sable comme elle l'avait fait dans leur premier combat, avant de parler assez fort pour être entendue par-dessus la foule.

« Ce fut un honneur de vous faire face à nouveau, Seigneur Merlin, et j'attendais cela avec impatience. Vous ne m'avez pas déçue. »

Elle le désigna.

« Agrete ! »

Ses constructions coururent vers Merlin, comme ils l'avaient fait à l'époque, et tout comme à l'époque il frappa silencieusement avec un éclair. Pour la foule qui observait, tout ce qu'ils virent fut une lumière vive qui leur fit couvrir leurs yeux, un grondement de tonnerre qui leur fit recouvrir leurs oreilles... Puis la poussière commença à retomber sur la scène des constructions de Iunia réduites à des formes indistinctes de verre fondu près des bords de l'arène, et Merlin debout derrière elle avec un doigt sur sa nuque.

Elle se retourna pour lui faire face, et inclina la tête.

« Je me rends à vous, Seigneur Merlin. Vous avez gagné. »

Le silence qui suivit sembla interminable, jusqu'à ce qu'il soit brisé par les gens rugissant leur approbation. Leur Sorcier de la Cour avait gagné, et ils célébrèrent ce fait avec des acclamations et des applaudissements plus grands qu'ils n'avaient encore montré ce jour-là.

Merlin se retourna pour leur faire face, souriant tandis qu'il levait la main en signe de victoire, puis il se dirigea vers la Loge Royale et s'inclina profondément vers le Roi à qui il avait offert sa loyauté.

Arthur hocha la tête pour accepter cette démonstration de respect, tandis que derrière lui Fyren murmurait discrètement à Odin.

« Et maintenant vous voyez le respect que le Seigneur Merlin reçoit parmi ceux qui possèdent de la magie, et un fragment de la force qu'il possède. Où qu'il aille, et qui qu'il soutienne, le peuple magique le suivra. Et celui qu'il suivra pour toujours, est le Roi Arthur. »

Odin, l'air un peu secoué, se retourna vers Merlin qui serrait maintenant la main de Iunia et des quatre chevaliers. Ce fut alors qu'il sut à quel point sa colère envers Arthur l'avait approché de la destruction, et à quel point il avait de la chance que son effroyablement puissant Sorcier de la Cour ait jugé bon de conseiller à Arthur d'épargner sa vie. S'il avait choisi la guerre, son royaume n'aurait eu aucun espoir de la gagner, et c'était quelque chose qu'Odin n'oublierait jamais.

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Personnellement, j'adore les pouvoirs du chevalier Kieren. Ils sont tellement géniaux!