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Chapitre 39 : Penser au futur ~Partie 2~
« Warren, pourrais-tu aller inviter Gaius à dîner avec moi, et ramener de la nourriture pour deux ? »
Merlin feignait d'être très occupé à trier les livres de ses étagères, utilisant cette excuse pour ne pas descendre les escaliers, traverser un couloir, et remonter les escaliers jusqu'aux appartements de Gaius pour le lui demander lui-même.
Il avait passé le restant de la journée, après avoir parlé à Kilgharrah, à faire des plans, trouvant une pièce qu'il pouvait réquisitionner, et arrangeant les choses avec Katryn pour que la première leçon de magie s'y déroule le lendemain. Même si Merlin ne pouvait nier que cette tâche l'avait gardé très occupé, il l'avait finie plus d'une heure auparavant et pourtant il voulait minimiser le temps qu'il passerait avec le médecin, avant que la nourriture arrive. Autrement, il serait encore plus difficile de cacher ses troubles à son mentor, avant que Warren ne retourne aux quartiers des serviteurs pour la nuit.
Pour accorder du crédit à son serviteur, si Warren remarqua à quel point il était inhabituel que son seigneur envoie une invitation par procuration, il ne dit rien. Il ne fit qu'acquiescer et se diriger vers la porte.
« Je m'en occupe. »
La porte se referma derrière lui, et une fois seul, Merlin s'autorisa à soupirer. Même s'il se sentait beaucoup mieux après avoir parlé à Kilgharrah, il aimait quand même avoir du temps pour lui-même pour réfléchir sans être dérangé. Surtout sur la partie de lui qui voulait le dire à Arthur et Gwen. Mais tout comme il avait décidé de ne jamais dire à Arthur comment il mourrait, pour épargner à Mordred et à lui le conflit de savoir comment le jeune chevalier serait celui qui mettrait fin à sa vie, il voulait dissimuler son immortalité au Roi et à la Reine parce qu'il voulait s'épargner à lui-même la douleur de les regarder mourir alors qu'ils savaient qu'il continuerait de vivre sans eux. Ils ne le détesteraient jamais pour être immortel, mais il savait qu'au plus profond d'eux-mêmes, ils auraient pitié de lui même s'ils ne l'admettraient jamais. Et que ses amis mourants aient pitié de lui parce qu'il allait continuer à mourir serait simplement trop douloureux à supporter.
Merlin renifla de dérision pour cette lâcheté. Il fuyait cette douleur, il le savait, mais ce serait plus gentil pour tout le monde de cette façon. Mais en même temps, il se jura que ce serait le dernier secret qu'il ne dirait pas à Arthur, à part celui de Mordred. Deux secrets, concernant des hommes qui n'étaient pas vraiment censés savoir ou n'avaient pas besoin de savoir.
Les visions du futur étaient pour le voyant qui les expérimentait, pour les deviner et en parler comme il le voulait. Et si par malheur dire à d'autres qu'il était immortel faisait se répandre la nouvelle, Merlin savait qu'il y avait des individus qui s'en prendraient à lui dans une tentative mal avisée de devenir eux-mêmes immortels. Si cela se produisait, s'il était visé ainsi, il n'y avait aucun moyen de dire comment Camelot et ses habitants seraient blessés dans le processus.
La porte de ses appartements s'ouvrit, le tirant de ses pensées tandis qu'il souriait à Gaius lorsqu'il entra. Le vieil homme souleva un sourcil en voyant son ancien pupille trier un tas de livres, et comme Warren il prit cela comme la raison pour laquelle l'invitation n'avait pas été amenée en personne.
« J'ai entendu dire que tu organises la première leçon de magie pour tes étudiants demain. Nerveux ? »
Merlin sourit à cela.
« Pas vraiment, Katryn fera la plupart de l'enseignement, je serai juste présent pour aider avec les démonstrations. Vous savez que je ne comprends pas les choses du point de vue des véritables débutants. »
Gaius rit.
« C'est vrai. »
Il s'assit à la table, et attendit que Merlin le rejoigne.
« Tu as hâte d'y être ? »
Merlin s'assit à la table, souriant toujours.
« Oui et non. Les trois chevaliers et Mordred me connaissent déjà quotidiennement, mais il y a aussi trois adolescents qui viennent. L'un d'entre eux vient de la ville basse, et les deux autres des Druides. Katryn va aussi amener les trois personnes à qui elle donnait des conseils jusqu'à maintenant. Donc j'aurai dix étudiants, dont six qui vont probablement être émerveillés de me voir. »
Gaius hocha la tête en signe de compréhension.
« Ah, oui, la vénération du héros. Ne t'inquiète pas, Merlin, ils arrêteront d'ici quelques semaines. »
La porte s'ouvrit à nouveau, et Warren entra avec le plateau du dîner. Il l'amena à la table, et tandis qu'il le posait Merlin hocha la tête dans sa direction.
« Merci. Tu pourras nettoyer demain. »
Warren sourit, et inclina la tête avant de sortir.
« Je vous vois demain. »
Merlin regarda Warren partir, puis commença à déplacer les assiettes de nourriture du plateau à la table. La conversation sur les leçons de magie et les étudiants continua un moment, jusqu'à ce que la plupart de la nourriture ait disparu et que Gaius remarque que Merlin était de plus en plus silencieux.
Il fronça les sourcils.
« Merlin, quelque chose ne va pas ? »
Merlin joua avec les miettes de son assiette, avant d'inspirer profondément et d'agiter les doigts en direction de son bureau. Un petit livre vint en flottant, et il l'ouvrit et le plaça sur la table, retourné. La Fraternité avait cessé d'utiliser des livres de silence maintenant, puisqu'ils n'avaient plus besoin de dissimuler l'usage de la magie, mais il en gardait quand même un près de lui.
Il vit l'expression aussitôt surprise de Gaius, et soupira.
« Il y a quelque chose que je veux que vous sachiez, mais il faut que vous me promettiez de ne jamais le dire à Arthur ou à quelqu'un d'autre. Ils n'ont pas besoin de savoir, et ce sera plus facile à faire face pour moi s'ils ne le savent pas. »
Gaius commença à avoir l'air inquiet.
« Tu ne t'es pas attiré d'ennuis, si ? Quelque chose est arrivé avec les Disir ? »
Merlin hésita, et grimaça.
« Oui, mais pas ce que vous pensez... Elles m'ont dit quelque chose, sur moi-même, après que je leur aie bêtement assuré que j'étais suffisamment fort pour supporter le fardeau. Mais au lieu de ça ça m'a presque brisé, et je ne sais pas vraiment dans combien de temps je vais vraiment l'accepter. Mais vu mon futur moi... »
Merlin se tut, et Gaius se pencha par-dessus la table pour lui secouer le bras.
« Merlin ? Qu'est-ce que c'est ? »
Merlin prit une inspiration tremblante.
« Vous vous souvenez que j'ai dit que mon futur moi semblait m'envier... Je sais maintenant pourquoi il m'enviait parce que j'ignorais quelque chose, parce que si je pouvais oublier je le ferais en un battement de cœur. »
« Quoi, Merlin ? »
Au ton de plus en plus pressant de Gaius, Merlin se prépara et répondit.
« Ce que les Disir m'ont dit, la chose qui faisait que mon futur moi m'enviait parce que je ne le savais pas... c'est que je suis immortel. »
Il y eut un long silence tandis que Gaius le fixait, horrifié.
« … Qu'est-ce que tu viens de dire ? Ce... Ce n'est pas possible. »
Ce fut au tour de Merlin de se pencher par-dessus la table, sa prise ferme sur le bras de son mentor.
« Je suis sérieux, et Kilgharrah l'a confirmé. Je suis un tel maître de mon propre temps que je ne vieillis pas, pas normalement. Depuis que je suis devenu capable de changer mon âge physique à volonté, je n'ai donné l'impression de vieillir que parce que je pensais que je le devais. »
Son expression devint douloureuse.
« Vous comprenez maintenant pourquoi je ne veux pas qu'Arthur ou d'autres le sachent ? »
Gaius, toujours pétrifié de choc, sortit de sa transe et se renfonça dans sa chaise.
« Tu vivras plus longtemps que nous tous... Tous ceux à qui tu tiens, tu devras les regarder mourir tout en sachant que tu vivras pour l'éternité. »
Merlin sursauta, et secoua sombrement la tête.
« Non, je ne suis pas invincible, je peux quand même mourir... Je suis comme Kilgharrah, comme un dragon. Je vivrai jusqu'à ce que je sois tué, ou jusqu'à ce que je décide que j'ai fait tout ce que j'avais besoin de faire, et qu'il est temps pour moi de disparaître. Je ne suis pas immortel pour toujours, mais je sais qu'il y a au moins une chose que je devrai attendre avant de savoir que mon heure est venue... La femme du nom de Katia, et sa visite à mon futur moi, le jour où je parle à mon passé pour donner une leçon importante à moi-même. »
Gaius resta abasourdi et déconcerté.
« Mais si tu veux dissimuler cela à tout le monde, pourquoi me le dire ? »
La façade calme de Merlin se brisa, et son expression devint hantée.
« Parce que même si j'ai accepté ça, et que je donne l'impression de le prendre parfaitement bien, ce n'est pas le cas. J'ai besoin de quelqu'un à qui me confier, et à qui en parler quand ça devient trop lourd à porter. Je ne peux pas toujours appeler Kilgharrah pour ça, et pour être honnête vous êtes le premier envers qui je me tournerai, pour toujours. »
Ses yeux brillèrent de larmes.
« Vous étiez mon premier mentor, et vous êtes ce que j'ai de plus proche d'un père depuis que je suis arrivé à Camelot. Si je devais le dire à une seule personne, il fallait que ce soit vous. »
Les larmes dans ses yeux se mirent à couler, et Gaius se leva rapidement et contourna la table. Puis il attira Merlin dans une étreinte protectrice, et sentit le magicien, oh si puissant, sangloter dans son épaule.
« Je serai toujours là pour toi, Merlin. Je suis peut-être vieux et j'approche peut-être de la fin de mes jours, mais tant que je vis, ma porte sera toujours ouverte. »
Pour la deuxième fois en une seule journée, quelqu'un qui consolait le puissant Emrys recula d'un pas et le regarda tandis qu'il essuyait les larmes de son visage. La guérison de l'âme que Kilgharrah avait commencée avait été accélérée par Gaius et son soutien sans failles. Et même si Merlin savait que le fardeau qu'il portait serait toujours grand, son esprit récupérerait. Il ne laisserait pas ce savoir le briser, et il embrasserait le changement de sa perception du monde. Et pourquoi ferait-il ça ? Parce que c'était une partie de son être et, il le savait par instinct, la clef des profondeurs de ses pouvoirs qu'il n'avait pas encore débloqués.
Il était Merlin Garrah, Emrys, un puissant magicien et un être immortel né de l'Ancienne Magie. Et avant le jour où sa vie prendrait fin, il rendrait le véritable équilibre et la véritable sagesse à tous ceux qui avaient des pouvoirs magiques. Il s'assurerait que l'Héritage d'Arthur, le brillant Royaume d'Albion, continuerait à vivre et se poursuivrait pour toujours.
