Chapitre 27 : Inconfort
- Etes-vous sûre de tout cela?
Hiroshi se massa les tempes de nervosité. Tout en raccrochant avec force son téléphone, il sortit de son office. Il croisa sa femme mais ne lui prêta aucune attention. Celle-ci soupira face au comportement de son mari. Au plus sa fille grandissait, au plus il avait ce comportement renfermé. Mais depuis quelque temps, il semblait se construire une propre muraille. La question qui ne cessait de lui venir en tête était alors simple. Que pouvait bien faire Asami pour que son père réagisse de cette manière? Une question vaste et malheureusement sans début de réponse.
Hiroshi avait une destination en tête. Que ce soit ses réunions ou même ses simples obligations, tout ceci était envolé. Il y avait plus urgent. Il allait lui-même la nécessité d'obtenir une réponse claire à ses questions. Même si intérieurement, il connaissait déjà ces réponses, ils les feraient devenir tels qu'il le souhaite. Même si tout cela devait passer par de l'intimidation.
- Le Docteur Fujino est attendue chez le directeur. Veuillez-vous y rendre dans les plus brefs délais.
Shizuru leva les yeux en direction de la voix des haut-parleurs et fronça légèrement les sourcils. Elle remonta les différents couloirs essayant de trouver une raison à cette soudaine convocation. Ses recherches n'avaient rien donné malgré un budget conséquent. S'agissait-il de cela ou du fait qu'elle ne passait pas suffisamment de temps au bloc? Pire était-elle suspectée de mal faire son travail? Elle essaya de trouver une justification à chaque question fusant dans son esprit. Elle fut surprise de voir le directeur à l'extérieur de son propre bureau. Tout en s'inclinant à son égard, celui-ci se rapprocha de Shizuru et murmura à voix basse.
- Faîtes attention à vous Fujino-san ... Vous êtes un excellent médecin alors ... Mesurez vos propos avec lui. Je ne voudrais pas devoir me séparer de vous.
Tout en intimant à Shizuru d'entrer dans son bureau, le directeur des lieux tourna les talons. Shizuru fut surprise de voir un homme d'âge mûr assis à la place du directeur. Celui-ci lui présenta un siège et démarra la discussion.
- Permettez-moi avant tout de me présenter. Sauf si vous avez déjà une idée de mon identité.
Shizuru fronça légèrement les sourcils puis reprit avec un certain retrait.
- Vous avez réussi à mettre à la porte le directeur de son propre bureau alors vous devez avoir une grande influence sur cet hôpital.
- J'en possède une partie et donne beaucoup pour les recherches. Le nom d'Hiroshi Sato vous parle peut-être?
Shizuru essaya de masquer ses émotions. Elle comprit alors que la discussion ne serait pas tournée vers son travail mais vers son personnel. Ce qui ne la rassura pas pour autant. Hiroshi déposa des photos devant elle et reprit avec une légère colère.
- C'est votre fille n'est-ce-pas?
Shizuru étudia les différentes photos où Fukumi était avec Asami. D'une manière qui ne prettait pas de doute à leur relation amoureuse. Elle hocha la tête pour simple réponse. Hiroshi reprit tout en étant plus ferme.
- Cette ... Ce rapprochement entre nos deux enfants doit cesser. Ma fille mérite beaucoup plus qu'un être comme la vôtre. Suis-je assez clair?
Shizuru sentit son sang chauffé suite au dénigrement de l'un de ses enfants. Elle reprit avec une voix plus accentuée signe d'une certaine colère.
- Croyez-vous que l'intimidation peut fonctionner avec moi? Même si je suis d'accord sur un fait. Ma fille mérite mieux que votre fille.
Hiroshi resta un instant surprise par la réponse puis reprit avec un léger amusement.
- Eh bien il semblerait que votre père vous ait au moins transmis une chose. Il a toujours su lire entre les lignes. C'était un homme bon.
- Il était loin d'être quelqu'un de bien.
Hiroshi vit une émotion beaucoup plus sombre dans le regard de Shizuru. Celle-ci reprit tout en se relevant.
- Permettez-moi de vous donner un conseil. Ne vous avisez pas de toucher à l'un de mes enfants. Bien que pour moi votre fille n'est pas une bonne personne pour ma fille, je ne m'en mêlerais pas.
- Je vous interdis de salir mon enfant!
Shizuru sursauta à l'explosion de colère puis reprit plus doucement.
- Je me vois en votre fille. Une fille avec un père aimant et protecteur. Mais ce n'est qu'une façade. Tout ce que vous souhaitez est une fille à votre image. Peu importe ses envies ou ses souhaits, elle devra se plier à vos exigences. Mais vous devriez vous poser une question Monsieur Sato. Etes-vous prêt à perdre votre fille? Parce que je peux vous dire que c'est ce qui arrivera si vous refusez de la voir pour elle.
- Ma fille ne finira pas avec un être de seconde classe comme vous!
Shizuru s'inclina en direction de Monsieur Sato puis se dirigea vers la porte. La dernière phrase de celle-ci gela Sato sur place.
- Alors vous l'avez déjà perdu.
- Vraiment?
Fukumi hocha la tête comme pour accentuer son discours. Tout en essuyant ses cheveux, elle reprit tout en fixant Asami.
- Même si c'est difficile de le reconnaître, j'aime bien Fuuka. Kyoto est un excellent endroit pour se balader et se ressourcer mais Fuuka c'est chez moi.
Asami se releva et fixa l'extérieur l'air absent.
- J'ai un mauvais pressentiment.
- A propos de ?
Asami secoua la tête puis se plaça derrière Fukumi. Tout en laissant reposer sa tête sur son épaule, elle murmura dans un souffle.
- J'aimerais rester de cette manière le plus longtemps possible.
Fukumi s'arrêta dans son geste puis reprit sa précédente action. Intérieurement, elle voyait que quelque chose n'allait pas avec Asami. Bien que physiquement présente, il lui arrivait de porter une mine triste et lointaine lorsqu'elle pensait être seule. Fukumi lança la serviette sur le lit puis décida d'en demander plus.
- Tu sais si ... S'il y a quelque chose qui te tracasse tu peux me le dire ... Je veux dire, je sais que tu as peur de rentrer à cause de ton père mais tu ne devrais pas penser à cela. Ton père ignore ce qui se passe à l'heure actuelle alors pourquoi ne prendrais-tu pas le temps pour poser tes idées ainsi que ce que tu vas lui dire ?
Asami resserra son emprise sur Fukumi qui émit un léger cri suite à l'action soudaine. Asami cacha son visage dans le dos de sa compagne pour masquer sa rougeur. Ne comprenant pas la réaction de celle-ci, Fukumi reprit son raisonnement.
- Tu sais ... Je n'ai pas peur de ton père. Et je le laisserais pas te faire du mal. Je n'ai pas beaucoup d'argent et je vais seulement avoir dix-sept ans mais je ferais tout ce que je peux pour te protéger. Je te le promets Asami.
Asami ressera son emprise pour toute réponse. Elle ne pouvait pas prendre autant de gentillesse d'un seul coup. Elle arriva simplement à murmurer un "je t'aime" quasiment inaudible aux oreilles de sa compagne.
- Tu as encore mal?
Voyant l'air coupable sur le visage de Kazumi, Akemi força un sourire.
- Les saignements ont cessé alors je pense que j'irais mieux demain.
- Je suis désolée.
Akemi essaya de trouver une chose judicieuse à dire mais se trouva dépourvue de réponse. Kazumi était effectivement responsable de sa douleur suite à leur relation sexuelle datant de la veille mais elle était dans un sens également coupable étant donné qu'elle le voulait autant qu'elle. Voir plus. Elle fixa Kazumi semblant plus regretter qu'autre chose puis finit par émettre tout haut sa pensée.
- Tu n'as pas à être désolée. C'est normal. Tu le sais pourtant, on l'a étudié en cours, tu t'en souviens?
Kazumi hocha la tête puis essaya d'expliquer son trouble.
- Mais je pensais pas que ... Que c'était comme ça. Je veux dire ... Il y avait beaucoup de sang.
- Tu sais, il y en a beaucoup plus quand j'ai mes règles.
- Sérieusement?
Voyant l'air cadavérique de Kazumi, Akemi traita l'information.
- Tu as peur du sang?
- C'est ... Peut-être mais pas toi?
Kazumi enlaça sa moitié tout en l'embrassant rapidement.
- C'est pour ça que tu ne veux jamais faire de prise de sang ... Malgré qu'on se connaisse depuis des années j'arrive encore à apprendre des choses sur toi. Promets-moi juste de ne pas tomber dans les pommes d'accord? Heureusement que tu n'es pas indisposée, comment aurais-tu fait tous les mois? Les urgences auraient appelé souvent ta mère ...
- Très drôle.
Akemi tapota la tête de Kazumi puis lui intima l'ordre de venir dormir à ses côtés.
- Même si j'ai mal, tu ne peux pas imaginer à quel point je suis heureuse ...
Fin du chapitre 27
