Chapitre 28 : Nom

- Shizuru?

- Hum?

Natsuki fixa le dos de sa compagne tout en jouant nerveusement avec ses mains.

- Tu te souviens quand je t'ai dis que j'avais une chose à te demander?

Shizuru s'arrêta dans la préparation du repas et se retourna pour faire face à Natsuki.

- De quoi s'agit-il?

- Promets-moi d'essayer de comprendre et de ne pas mal le prendre.

Shizuru fut surprise par la demande mais se contenta d'hocher la tête. Natsuki reprit tout en grattant nerveusement l'arrière de la tête.

- J'ai réfléchi et ... J'ai trouvé une chose qui me paraît ... Bien. Enfin pour nous deux ... Ou plûtot nous quatre.

- Par rapport à ?

- Heu attends.

Shizuru fixa la retraite de Natsuki vers l'extérieur, qui revint quelques minutes après avec plusieurs feuilles dans les mains.

- Je les garde dans la voiture depuis plusieurs semaines. C'est ...

Shizuru souffla face à l'inconfort et se décida de saisir les documents sous l'air surpris de Natsuki. Tout en le détaillant, elle resta un instant incertaine face à sa lecture.

- Tu veux qu'elles portent ton nom?

- Oui enfin c'est plus compliqué. C'est partie de la conversation avec ton ex.

- Quelle conversation?

Natsuki chassa l'air tout en reprenant.

- Peu importe. Mais aussi con soit il, il avait raison sur un point. Mes filles n'ont légalement plus aucun lien avec moi et de ce fait ... S'il m'arrive quelque chose, je ne pourrais rien leur laisser. Légalement bien sûr. Je ne doute en aucun cas sur les actions de ma mère ou d'Alyssa concernant une donation de mon héritage à nos filles.

- Pourquoi parles-tu de choses aussi funestes?

Natsuki souffla légèrement face à l'air défait de Shizuru.

- Un accident est vite arrivé et puis ... Je veux racheter mes fautes Shizuru. C'est important pour moi. Et je veux que les gens savent que ce sont aussi mes enfants. C'est pour ça que j'aimerais accoler mon nom et le tien. Elles vont avoir dix-huit ans dans un an alors ... Je veux qu'elles réflechissent à cette éventualité. Tu veux bien?

Shizuru reposa la feuille.

- Si je comprends bien ... Tu veux leur laisser le choix de conserver le nom Fujino ou d'accoler ton nom au mien?

- C'est ça.

- Et pourquoi devrais-je mal le prendre?

Natsuki fixa incrédule Shizuru puis abaissa légèrement la tête.

- Je ne sais pas ... Peut-être parce qu'une partie de moi pense que je ne le mérite pas. Et que tu serais en droit de ne pas apprécier cette démarche.

Natsuki sentit une main sur son visage. Shizuru quémanda un léger baiser et murmura dans un souffle.

- Mais comme tu l'as dit ... Cette décision ne nous concerne pas. Seules nos filles sont en droit d'accepter ou de refuser. Je n'ai pas à prendre une décision pour elles.

Natsuki hocha la tête et déposa un baiser sur le revers de la main de Shizuru. Celle-ci resta un instant dans le silence puis reprit la discussion.

- J'ai aussi réfléchi et je pense que les filles ont le droit de connaître l'évolution de notre relation.

- Vraiment?

- Vraiment ... Tu es une partie belle et bien intégrante de notre quotidien. Alors cesses de t'inquiéter d'accord?

Natsuki se releva et enlaça Shizuru tout en lui faisant part de ses remerciements.


- Quand je vois tous ses petits anges ça me donne envie d'en faire un tu sais.

Nao s'étouffa avec son café. Alyssa tapota légèrement le dos de sa compagne. Nao écrasa son doigt sur la vitre tout en désignant la couveuse.

- Tu es sérieuse? Non parce que ... Mais regardes la tête de tes collègues à l'intérieur. ça pleure, ça cris et puis c'est ... Non sérieusement Alyssa je te comprends pas y'a des moments.

- J'aime les enfants.

- Moi aussi mais de loin ... de très loin.

- Tu n'as donc jamais imaginé en avoir un ?

- Le fait que je sois avec toi et donc avec une femme répond de manière logique à ta question Alyssa.

Alyssa secoua la tête pour simple réponse et se dirigea vers la salle de repos. Nao fixa une dernière fois les nouveaux-né puis grommela légèrement.

- Comment peut-elle penser un seul instant à cela alors que ... A t-elle oublié l'enfance que j'ai eu ... Quel modèle je ferais ...


- Asami ...

Celle-ci était roulée en boule sur son lit, les mains solidement enroulés autours d'un oreiller. Fukumi fixa la scène puis leva les mains en l'air.

- Tu te doutais bien que ça allait se terminer. C'est un voyage scolaire Asami ...

- Mais je veux encore en profiter. Je veux rester encore ici dans ce lit à câliner ma copine. Et pas que câliner si tu veux vraiment savoir ... La vie est vraiment injuste parfois.

Fukumi reprit avec une légère confusion.

- J'aimerais bien savoir ce que penseraient les autres s'ils voyaient leur Kaichou dans cet état ...

Asami se releva rapidement et feint de pleurer.

- Dans deux semaines je ne serais même plus la Kaichou ... Tu vas passer en deuxième année et moi je vais sûrement m'ennuyer à l'Université.

- Ennuyer? C'est pas vraiment le mot que j'aurais utilisé.

- Ennuyée et laisser seule ... Tu vas m'oublier.

- Ah bah ça, ça risque pas. Surtout si tu viens me chercher ou que je vienne voir ton dortoir.

Une légère rougeur apparut sur le visage d'Asami qui se rapprocha de Fukumi quémandant un baiser. Celle-ci essaya de rester stoïque face à cela.

- Tu peux m'expliquer comment tu peux passer du désespoir à ... Quoi au fait?

- Hum luxure, désir, envie, les choix sont vastes à vrai dire ... Nous devons peut-être les expérimenter tu ne crois pas?

Fukumi secoua la tête tout en réfléchissant à voix haute.

- Oui je me demande vraiment ce que penseraient tes groupies si elle savait ...

Asami se contenta de se caler contre sa moitié tout en rigolant légèrement.


- Tu penses qu'on doit le dire à nos parents?

Kazumi s'arrêta dans sa valise puis haussa les épaules.

- Connaissant ta mère, elle va le voir tout de suite. Pourquoi faudrait-il leur dire? On va encore avoir le droit à un chapitre de moralité. Et puis c'est notre vie privée.

- Dis la fille qui se mêle des affaires de ses mères.

- Ce n'est pas exactement la même chose.

Akemi leva les yeux au ciel face à cela. Kazumi reprit tout en fermant sa valise.

- Je ne veux pas que mes mères manquent une occasion d'être de nouveau ensemble. Je pense qu'elles s'aiment encore alors si ça doit passer par un petit coup de pouce, je prend le risque de me faire engueuler à mon retour. Tu comprends?

Kazumi fut surprise qu'Akemi arbore une légère rougeur. Tout en regardant dans une autre direction, celle-ci reprit dans un murmure.

- Je veux ... Pouvoir dormir encore avec toi. C'est la raison pour laquelle je veux le dire à ma mère. Tu sais même si on a une leçon de morale, ma mère voit que je suis bien avec toi. Et puis elle t'aime bien. Je veux vraiment partager cela avec elle. Peut-être que ça l'encouragera à rencontrer une autre personne.

Kazumi essaya de trouver une chose judicieuse à dire mais se contenta d'hocher la tête.


- Mais pourquoi tu ne me l'as pas dis avant?

Shizuru poursuivit ses courses avec Natsuki sur ses talons.

- Ce n'est pas comme si c'était la première fois que je recevais des menaces.

- C'est sensée me rassurer?

Shizuru préfera répondre à la première question.

- J'ai oublié de t'en parler et puis ...

- Et puis?

Shizuru se contenta de déposer un article dans le chariot pour simple réponse. Natsuki souffla légèrement puis poursuivit à ses côtés.

- Tu sais je le connais de nom ce gars-là et ... Sato n'est pas connu pour être agréable. L'ancien propriétaire de mon garage l'a vu une fois et ça lui a suffit. Il est audieux et prends vraiment les gens comme de la merde.

- Je te le confirme.

- Et puis sa fille est venue au garage il y a quelques semaines.

Shizuru s'arrêta dans sa marche.

- Et tu ne me l'as pas dit?

Natsuki frotta nerveusement l'arrière de son crâne tout en essayant de se justifier.

- Je ne savais pas qu'elle sortait avec notre fille ... Enfin Fukumi ne nous a rien dit et puis ... Cette fille est fragile et je ne pensais pas qu'elle allait aller à l'encontre des demandes de son père.

- Je vois.

- Mais honnêtement je l'aime bien cette gamine. Elle a l'air d'avoir la tête sur les épaules et puis tu es bien placée pour savoir ce que c'est d'avoir un père qui ne cautionne pas tes actions.

- Tu as raison. Mais ça ne justifie pas ce genre de comportement. Je ne sais même pas ce qu'il a dit au directeur de l'hôpital à mon sujet. C'est ce qui me frustre encore plus. Moi qui essaie à tout prix de laisser ma vie privée loin de l'hôpital c'est vraiment un coup bas.

Natsuki posa une main sur l'épaule de Shizuru tout en faisant une légère pression. Elle reprit doucement sur le sujet.

- Que doit-on faire?

- Rien.

- Rien?

Shizuru s'arrêta puis fixa intensément Natsuki qui déglutit difficilement.

- Qu'il ose toucher à ma fille Natsuki. Il ne sait pas de quoi une mère protégeant son enfant peut être capable. Crois-moi que je lui ferais comprendre quelque soit la manière. Il n'est pas le seul à connaître du monde haut placé.

Voyant Shizuru poursuivre son chemin avec le chariot, Natsuki la fixa un instant.

- J'ai un mauvais pressentiment.