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Chapitre 41: Disparition ~Partie 1~

Le frère et la sœur étaient debout au sommet de la colline, le reste de l'escorte attendant à son pied. Pour Elyan et Gwen, c'était devenu un pèlerinage annuel. D'abord ils avaient rendu visite à la tombe de leur père, dans le cimetière en-dehors de la ville, et maintenant ils avaient chevauché jusqu'à l'endroit où Arthur avait décrété qu'un monument serait bâti.

C'était une stèle de pierres massif, au bord des landes, où il dominait l'horizon sur des kilomètres, et son but était dévoilé dans un message simple mais poignant gravé dans une dalle de pierre insérée sur le côté de la stèle.

'Pour les Innocents, qui sont morts durant la Purge et la persécution qui a suivi, nous offrons nos prières.'

Gwen tendit la main pour déposer une poignée de fleurs sur cette dalle, puis recula vers Elyan qui passa un bras autour de ses épaules.

« Même après toutes ces années, il me manque terriblement. »

Elyan hocha tristement la tête et la regarda.

« C'était un bon père. Il serait tellement fier de toi, et de toutes les choses que tu as aidé à changer. »

Gwen sourit.

« Tu as aidé aussi. Il serait plus que fier de toi, de l'homme que tu es devenu, et pas seulement parce que tu es devenu Chevalier.

- Tu veux dire parce que tu es devenue Reine ? »

Le sourire de Gwen s'élargit, et elle le poussa légèrement pour la taquinerie. Elle reporta ensuite son regard vers le cairn.

« Je crois que ce qui me rend le plus heureuse, c'est de savoir que plus jamais quelqu'un n'aura à souffrir comme il l'a fait condamné et tué alors qu'il n'avait commis aucun crime. Ce genre de haine et de persécution aveugles n'arrivera plus jamais, pas si Arthur et moi pouvons l'empêcher. »

Elyan la prit par le bras, et ils se retournèrent pour redescendre la colline.

« Et pour cette raison, tes prières lui offriront la paix ainsi qu'à ceux comme lui. Où que soient leurs esprits désormais, je suis sûr que cela les rend heureux. De savoir qu'ils sont pleurés et que, même si leurs noms sont trop nombreux pour s'en souvenir, ce qui leur est arrivé ne sera jamais oublié. Camelot se souviendra toujours, et apprendra des erreurs du passé. »

Ils redescendirent la colline jusqu'à l'endroit où Gauvain, Perceval et Léon les attendaient, puis commencèrent le chemin de retour vers Camelot. L'air solennel qui avait présidé au mémorial, laissa bientôt place à une discussion joviale, et des taquineries bon enfant parmi les chevaliers tandis qu'ils chevauchaient à travers les bois. Même Gwen se joignit à eux, quand Elyan lui demanda en plaisantant si Arthur lui avait dit de qui Gauvain était amoureux. Ce à quoi elle avait répondu 'de lui-même'.

Aucun d'eux ne s'attendait à ce qui allait suivre, pas quand ils étaient à seulement trois heures de la cité. La zone grouillait de soldats, de chevaliers, et comportait même quelques Druides de la Tempête, mais aucun d'eux n'était très utile pour détecter une puissante sorcière qui ne voulait pas être vue.

Morgane jeta un regard noir au joyeux groupe, et chevaucha jusqu'à l'endroit où la piste qu'ils suivaient émergerait dans une clairière. Sa voix regorgeait de malice tandis qu'elle prononçait une incantation, et conjurait plusieurs serpents parmi les hautes herbes. Ce fut simple ensuite de rejoindre une cachette à proximité, et d'attendre que les cavaliers entrent dans le piège sans se douter de rien.

Quand ils le firent, même les inébranlables chevaux de guerre bien entraînés s'affolèrent quand les serpents émergèrent en sifflant de l'herbe, les animaux sentant la force de la malice qui les avait créés. Les chevaux de Léon et Perceval se cabrèrent, les faisant tomber au sol, tandis qu'Elyan se retournait sur sa selle pour regarder sa sœur. Craignant que s'il y avait des bandits à proximité, le bruit des chevaux en panique les attirerait et leur fournirait l'avantage.

« Pars ! Retourne au château ! On te rattrapera. »

Gwen n'hésita qu'un instant avant de hocher la tête et de détaler, son cheval blanc disparaissant rapidement au milieu des arbres. Mais sa fuite ne devait pas en être une, pas quand ses étriers et ses rênes furent arrachés, et que par la même magie elle fut enlevée de sa selle pour atterrir lourdement au sol.

Gwen fut bâillonnée et ses mains liées par un sort avant qu'elle ne puisse s'enfuir, et elle resta impuissante dans les griffes de Morgane tandis que la sorcière l'entraînait au loin. Pendant tout ce temps l'amulette de Gwen frissonnait sous ses vêtements, lui disant qu'il était arrivé quelque chose à au moins l'un de ceux qui étaient avec elle.

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Merlin avait été le premier à réagir, quand les amulettes de Léon et Perceval étaient revenues dans le champ d'action du Sort de Symétrie de celles encore dans la cité. L'eau avait montré le groupe de Gwen revenant au galop, ou du moins des aperçus de leurs chevaux et une image claire d'Elyan avec Léon drapé sur sa selle, mais Elyan n'avait pas l'air de paniquer. Il portait l'expression de quelqu'un qui était troublé, mais aussi confiant que tout irait bien.

Supposant quelque chose comme une attaque de bandit, puisque le groupe était encore hors de portée du Sort de Parole, Merlin réinitialisa les amulettes et sortit de ses appartements pour prévenir Gaius de préparer deux lits. Aucun d'eux ne s'attendait à ce qui serait révélé quand le groupe arriva, et que les deux chevaliers inconscients furent amenés dans les appartements du médecin.

Dès qu'ils furent allongés, Gaius se mit au travail.

« Liam, il me faut de l'essence d'hollyock.

- Un gramme ?

- Et du dianthus, deux grammes.

- De la pulmonaire ?

- Trois grammes. »

Pendant que les deux médecins travaillaient, Merlin se tourna vers Elyan. Gauvain était parti faire son rapport à Arthur.

« Que s'est-il passé ? »

Elyan expliqua :

« Nous étions à cheval, quand nous sommes tombés sur un nid de serpents. Normalement les chevaux auraient gardé leur calme, et seraient passés au large, mais ces serpents étaient vicieux. Perceval et Léon ont été jetés de leurs montures, et mordus. »

Il fronça les sourcils il s'était attendu à voir sa sœur, et pourtant elle n'était pas là.

« Où est Gwen ? »

Merlin le regarda brusquement.

« Elle n'est pas avec vous ? »

Elyan secoua la tête.

« Non. Quand nous avons rencontré les serpents, je lui ai dit de partir vers Camelot de peur que le bruit des chevaux n'attire du danger. Elle aurait dû arriver avant nous. »

A ce moment Gaius appela, d'un ton très inquiet :

« Merlin, viens jeter un œil à ça. »

Merlin s'empressa de rejoindre Gaius, qui pointait du doigt une morsure de serpent sur la jambe de Léon. Celle-ci n'avait pas l'air normale, en fait, sa seule vue envoya une sensation d'inconvenance à travers lui. Merlin tendit le bras et plaça une main sur la blessure, et la retira immédiatement avec un juron.

« Morgane. Le poison n'est pas fort, mais sa magie est présente à l'intérieur. »

Il se retourna pour quitter la pièce.

« C'est elle qui a Gwen, et elle s'est assurée que nous le saurions. Elle veut qu'Arthur se lance à sa poursuite. »

Merlin se précipita vers les appartements d'Arthur, car il se faisait tard. Quand il arriva, il fut clair que le roi avait déjà réalisé suite au rapport de Gauvain que Gwen avait disparu, et il ne se retourna même pas quand le magicien entra.

« Nous partons la chercher à l'aube. Katryn a insisté pour venir également : elle s'en veut de ne pas être partie avec Gwen aujourd'hui. »

Merlin fronça les sourcils.

« Même si elle l'avait fait, ça n'aurait pas fait une grande différence, j'en ai peur... Les serpents qui ont mordu Léon et Perceval, ont été conjurés par Morgane. Elle a Gwen, et aura sans doute laissé une piste à notre intention. Elle veut que nous la suivions dans un piège. »

Arthur s'était retourné à l'évocation de Morgane, et il y avait une peur profonde pour Gwen dans son regard. Il jura.

« Pourquoi ? Pourquoi a-t-elle une telle fixation pour le trône de Camelot ?! »

Il serra les poings.

« Même après tout ce qu'elle a fait, si elle démontrait un véritable changement, et m'acceptait simplement comme Roi, je la laisserais revenir... Même si je ne pourrais plus jamais lui faire entièrement confiance, je lui donnerais la chance de se racheter, de trouver la paix avec elle-même. Si mon père a pu renoncer à sa haine, qui l'a dirigé pendant plus de vingt ans, pourquoi ne peut-elle pas renoncer à la sienne ? Pourquoi doit-elle continuer à prendre pour cible ceux à qui je tiens ? »

Merlin rejoignit Arthur, et plaça une main sur son épaule.

« Parce que, bien qu'elle soit forte en termes de pouvoir, elle n'est pas forte de cœur. Elle s'en prend à ceux à qui vous tenez, parce que vous êtes trop fort pour être directement pris pour cible. Elle est effrayée, en colère, amère, et seule. Elle vous voit, avec tout ce qui lui est maintenant refusé, et elle cherche à le prendre... Tellement aveuglée par sa soif de vengeance qu'elle ne voit pas que, chaque fois qu'elle perd quelque chose ou quelqu'un, c'est la conséquence de ce qu'elle a fait elle-même. »

Arthur se tut, l'expression peinée.

« J'ai failli perdre Gwen autrefois. »

Merlin secoua la tête.

« Vous n'allez pas la perdre. Vraiment. Nous allons la retrouver, je vous le jure. »

Il ôta sa main de l'épaule d'Arthur, et la tendit, offre que son ami rendit en agrippant son bras pour accepter la promesse.

« On va la ramener à la maison. »

Arthur sourit, reconnaissant pour la promesse, et cela lui donna une résolution qui resta avec lui tandis que Merlin, lui, et quatre autres Chevaliers de la Fraternité se mettaient en route pour la chercher.

Ils trouvèrent son cheval pas loin de l'endroit où s'étaient trouvés les serpents, la selle privée de ses étriers et les rênes tranchées. Avec un ordre dans l'Ancienne Langue, Merlin envoya la jument galoper vers la cité avec un mot attaché à sa selle. Le groupe avança ensuite, suivant la piste très évidente qui commençait à proximité. Merlin avait eu raison, Morgane voulait s'assurer qu'ils la suivraient.

Et ils le firent, chevauchant vers l'ouest en direction de la rive nord de la Mer de Meridor. Vers des terres qui n'appartenaient à aucun Roi ni aucune Reine, où seuls vivaient les gens les plus désespérés, tant les terres étaient désolées et pleines de dangers. Des rumeurs de créatures magiques vivant dans ces terres sauvages, étaient très répandues dans les pays voisins.

Le groupe chevaucha toute la journée, jusqu'à ce que la piste qui avait été si claire, s'arrête soudain comme si elle avait été balayée du monde. Et même Merlin, avec sa magie, ne put la révéler à nouveau. Morgane l'avait effacée depuis trop longtemps.

Il grimaça, et leva les yeux vers le ciel qui s'assombrissait.

« On dirait qu'elle veut qu'on s'arrête là pour la nuit, et de toute façon nous ne pouvons pas continuer dans le noir. »

Il vit Arthur froncer les sourcils, et déclara avant qu'il n'ait le temps de protester :

« Nous sommes fatigués, et même moi j'aurai du mal à chercher la piste dans le noir. La meilleure chose à faire pour Gwen, c'est de se reposer et de recommencer frais demain matin. »

Arthur hocha la tête à contrecœur au bout d'un moment, et fit faire demi-tour à son cheval.

« Marque cet endroit, et nous monterons le camp à une courte distance. Ne prenons pas le risque de dormir près de pièges qu'elle aurait pu dresser. »

Ce serait une nuit difficile, mais aucun d'eux ne savait à quel point elle serait difficile pour Gwen. Elle qui avait été traînée en marche forcée pendant plus d'une journée, à travers une forêt entremêlée et une plaine stérile, vers une tour qui pointait le ciel tel un doigt accusateur.

Et là Morgane l'avait emmenée tout en haut de la flèche, placée dans une pièce avec une seule fenêtre étroite, et verrouillé la porte. Et là, dans les ténèbres, des hurlements qu'elle entendait et pourtant n'entendait pas, commencèrent à battre contre un esprit qui voulait désespérément dormir.

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