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Chapitre 43: Disparition ~Partie 3~
« Debout là-dedans ! Allez, on se lève ! »
Il y eut de nombreux grognements tandis que Merlin se promenait parmi les chevaliers et les réveillait littéralement à coups de pied, bien que doucement. Depuis qu'il avait parlé à Mab la nuit dernière, il n'avait pas réussi à se rendormir totalement. À la place, son esprit avait énuméré diverses théories et méthodes magiques, tandis qu'il cherchait comment procéder pour essayer quelque chose qu'il n'avait jamais fait auparavant, à savoir faire ce qui était similaire à de la vision dans l'eau, mais sans intermédiaire.
Arthur fut le dernier qu'il réveilla, et le roi fronça les sourcils devant l'empressement de Merlin quand il ouvrit les yeux.
« Qu'est-ce qui t'arrive ce matin ? »
Merlin resta silencieux un moment, mais dissimula ensuite son hésitation en adressant à Arthur un regard qui disait qu'il pensait qu'il était idiot.
« Il m'arrive, que j'ai trouvé comment nous sortir d'ici pour rejoindre la Tour. Maintenant, voulez-vous que j'ouvre la route, ou pas ? »
Cela fit bouger Arthur, qui bondit sur ses pieds et enfila immédiatement la cape qu'il avait utilisée comme oreiller.
« Tout le monde debout. On pourra manger en marchant. »
Il fit face à Merlin, un espoir renouvelé dans les yeux.
« Après toi. »
Merlin hocha la tête, ignorant Katryn qui le regardait avec attention. Elle était au courant de l'avertissement de mort, elle aussi, et pourtant il semblait qu'elle approuve silencieusement qu'il ne le mentionne pas. Si la Tour Sombre était vraiment l'endroit des pires peurs des hommes, alors garder le moral élevé allait être très important. Encouragé par son soutien silencieux, il se tourna vers la direction qu'il savait être le nord.
« Allez où je vais, ne traînez pas, et ne me déconcentrez pas. »
Il concentra son esprit, ses yeux brillant d'or et demeurant ainsi pendant plusieurs secondes, mais il n'avait plus conscience des autres. Il y avait une raison pour laquelle il n'avait jamais essayé cela dans le passé, à savoir que cela le laissait complètement à la merci de quiconque se trouvait avec lui ou tombait sur lui. Il n'y avait trouvé aucune utilisation pratique, certainement pas de quoi justifier le risque, mais il avait la preuve qu'il aurait dû prendre le temps de s'y entraîner quand même.
L'esprit de Merlin, ou du moins sa perception de ses pensées, s'éloigna à toute vitesse de l'endroit où il se trouvait. Ses yeux qui n'étaient pas des yeux, voyaient tout ce qu'il croisait, tandis qu'il laissait l'écho désolé de la Tour être le phare pour le guider. Il vit la forêt, le chemin qu'il devait prendre pendant les deux cent premières lieues depuis le campement, et l'imprima dans son esprit avant de revenir à la conscience de son corps.
Il se secoua pour reprendre ses repères, puis s'élança.
« Par ici. »
Il s'élança à une vitesse qui frôlait la course, zig-zagant sur un chemin apparemment aléatoire qui s'avéra entièrement dépourvu d'épines pour les accrocher ou de terrain accidenté. Il fut facile pour Arthur et les autres de suivre, à tel point qu'ils faillirent rentrer dans Merlin quand il s'arrêta brusquement et que ses yeux redevinrent dorés. Plusieurs secondes après cela, il s'élança de nouveau.
Le procédé fut répété quatre fois avant qu'ils ne croisent un trou dans les arbres qu'ils reconnurent tous, grâce à la vue de la Tour qu'il leur offrait, mais Merlin ne s'arrêta pas pour admirer la vue. Il s'arrêtait seulement quand il avait besoin de vérifier la suite du chemin, et son silence total pendant ce temps commença à devenir perturbant au bout d'un moment. Mais tout cela fut oublié quand la forêt sombre laissa soudain place à la lumière du soleil qui ne rencontrait pas d'obstacles, et ils se retrouvèrent au bord de la plaine stérile qui entourait la Tour.
Katryn se recroquevilla loin de la plaine, son expression se faisant pincée et douloureuse.
« Trop sec. Je... je ne peux pas y aller. Cette terre est morte, tellement morte... je ne peux pas. »
La façon dont elle s'agrippait à l'un des arbres ne faisait que souligner sa peur de l'étendue stérile, et aucun d'eux ne pouvait lui en vouloir. C'était assez impressionnant pour eux, mais pour elle ce devait être similaire à entrer dans un incendie. Une plaine si morte et sèche qu'aucune plante ne pouvait y pousser.
Merlin se retourna et se dirigea vers elle, tendant la main.
« Tiens-toi à moi. Je suis lié à la vie de la terre, tu te souviens ? Et ma portée magique est plus que suffisante pour s'étendre entre cette forêt et la Tour. Tant que tu me tiendras la main, ce sera comme si la forêt était avec toi. »
Il hocha la tête en signe d'encouragement.
« Allons-y. Gwen t'attend. »
Katryn hésita un moment de plus, avant de tendre la main et d'agripper la sienne. Fermement au début, mais ensuite sa prise se fit tellement serrée qu'il dut la desserrer un peu lorsqu'il la conduisit sur le sol brûlé par le soleil.
Merlin enroula quelques fils de sa magie autour des arbres au bord de la forêt, et les laissa s'étendre derrière lui tandis qu'il marchait. Mais même avec le doux bourdonnement de la vie qui passait vers elle à travers sa prise sur sa main, il pouvait la sentir trembler. Cet endroit était vraiment celui des peurs les plus profondes des gens, car il générait même de l'angoisse chez les fae des bois.
Mais la tension qu'ils ressentaient n'était rien comparée à celle qu'affrontait Gwen, dans sa prison pleine de mandragores et de leurs cris. Après avoir été ramenée dans la pièce, elle se recroquevilla au milieu du sol en essayant de ne pas gémir, avant de se maudire elle-même et de se mettre debout.
Gwen incendia du regard les racines suspendues et leur pellicule qui gouttait, utilisant la lumière du jour passant par la fenêtre pour les évaluer correctement. Cela avait dû demander beaucoup d'efforts à installer, mais pourquoi placer tant de racines quand il avait été prouvé dans le passé qu'une seule suffisait à conduire une personne à la folie. Celle utilisée contre Uther avait été placée sous son lit, très proche de lui, alors peut-être que c'était ça.
Gwen se dirigea à grands pas vers le coin le plus éloigné de la porte, et tendit les bras afin de détacher les mandragores les plus proches, en se forçant à ignorer les hurlements qui tambourinaient sur son esprit. Elle les plaça de l'autre côté de la pièce, près de l'entrée, puis recula dans le coin qu'elle avait nettoyé...
… Et rencontra un merveilleux silence...
Elle prit une inspiration tremblante, osant espérer, et s'éloigna prudemment du coin. Deux pas en avant et elle recommença à entendre les hurlements, un nouveau pas en arrière et elle revint au silence. C'était pour cela que Morgane avait rempli l'endroit, pour ne laisser nulle part où se réfugier afin d'échapper au tourment.
Gwen fronça les sourcils, et regarda la poignée de fils désormais vides pendant au plafond près du coin. Mais Morgane se rendrait compte qu'elles avaient été enlevées, alors que faire ? Une seule chose lui venait à l'esprit, et c'était l'histoire où brûler la mandragore utilisée contre Uther avait rompu le sort. Est-ce que briser les racines à la main ferait la même chose ?
Elle se dirigea vers l'une des racines qu'elle avait déplacées, la ramassa, et attrapa l'un des plus petits lobes de chair qui germaient de la partie centrale. Puis elle se prépara mentalement, et tordit cette partie.
Le hurlement que poussa la mandragore la fit lâcher la racine avec horreur, mais elle se força à la ramasser de nouveau et à l'accrocher au fil le plus près du coin. Elle entra ensuite dans ce petit sanctuaire, et attendit d'entendre les cris, mais ils ne vinrent pas.
Gwen frissonna et alla chercher la racine suivante comme sur la première, elle prit un bourgeon dont l'absence avait peu de chances d'être remarquée. Elle l'arracha, préparée au hurlement cette fois, et apporta la racine endommagée jusqu'à un nouveau fil vide.
Au final, elle se força à supporter les hurlements à glacer le sang des neuf mandragores qu'elle avait enlevées, tandis qu'elle les brisait une par une, les replaçait sur leurs fils, et jetait les morceaux qu'elle avait arrachés par la fenêtre. Mais le prix s'avéra en valoir la peine quand le coin demeura un sanctuaire silencieux. S'il y avait une chose qu'elle avait apprise en fréquentant Merlin et sa magie, c'était au moins une maîtrise modeste de la théorie magique. Les sorts qui utilisaient des vaisseaux se brisaient quand le vaisseau était assez endommagé, et les mandragores n'avaient pas fait exception.
Souriant sombrement pour elle-même, Gwen se blottit dans son coin et ferma les yeux. Que Morgane pense qu'elle s'était réfugiée ici pour trembler, à la place elle allait récupérer le sommeil dont elle était privée depuis deux nuits.
Elle sommeilla pendant une heure avant que le claquement du verrou de la porte ne la réveille, et que Morgane n'entre avec un sourire aimable tandis que Gwen se levait avec raideur.
« Je me suis dit que tu aimerais peut-être dîner avec moi. »
Gwen sortit de son coin et se dirigea vers la fenêtre, retournant dans le champ d'action des mandragores intactes afin de s'assurer que celles endommagées ne seraient pas remarquées. Mais elle n'avait pas besoin de s'inquiéter, car l'attention de Morgane était entièrement sur elle.
« Il faut que tu manges ou tu vas finir par mourir.
- Pourquoi agissez-vous ainsi ? »
Gwen garda ses distances, sans avoir besoin de feindre la fatigue dans ses yeux ou les horreurs de ce qu'elle avait enduré jusqu'à présent. Morgane n'avait aucune raison de douter que ce qu'elle prévoyait, n'était pas en train de fonctionner.
« Parce que nous sommes amies, nous l'avons toujours été. Tu te souviens à quel point j'avais peur quand je suis venue à Camelot pour la première fois ? C'est toi qui m'as convaincue de manger, et m'a aidée à accepter que j'étais là où je devais être. C'est la même chose, mais c'est à mon tour de t'aider. »
Gwen l'incendia du regard, déterminée et clairement loin d'être brisée.
« Je ne veux rien de vous. Je sais déjà où est ma place, et c'est avec mon époux, mon fils et mes amis... Et vous n'en faites pas partie, plus maintenant, plus depuis longtemps. Vous avez perdu ce droit la première fois que vous avez essayé de me faire tuer. »
Elle tenta de frapper Morgane, mais fut arrêtée à quelques centimètres de sa joue quand la sorcière saisit son poignet, et dans la lutte qui suivit le bracelet d'argent qui y était attaché se brisa et tomba au sol.
Gwen se précipita pour ramasser ce qui était sa connexion avec Katryn, mais fut devancée quand le bracelet s'envola et atterrit dans la main de Morgane.
La sorcière se retourna alors et se dirigea vers la porte.
« Je vais attendre que tu changes d'avis. »
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Sur la plaine, Arthur et les autres continuaient de traverser le terrain stérile. Si la forêt avait été humide et inconfortable, ceci devenait rapidement insupportable. Le soleil battait sur eux bien plus durement qu'il ne l'aurait dû à cette époque de l'année, et la randonnée devenait de plus en plus déprimante tandis que les cadavres de ceux ayant cherché la Tour par le passé étaient éparpillés au sol de plus en plus fréquemment.
C'était pour Katryn que c'était de loin le pire, cependant. Elle commençait à avoir l'air d'une fleur fanée, les yeux ternes et le pas vacillant, même avec le soutien de la main de Merlin dans la sienne. Lorsqu'ils eurent traversé la moitié de la distance vers la Tour, le magicien légèrement bâti les surprit tous en la soulevant dans ses bras, bien qu'il ne tienne que cinq pas avant de devoir laisser Perceval la porter à la place. Mais il ne lâcha jamais sa main, cette ligne de vie qui l'empêchait de s'évanouir dans ce terrible endroit c'était bien plus sûr de l'amener avec eux que de la laisser au bord de la forêt.
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À l'intérieur de la tour, Morgane avait remarqué leur approche, et un sentiment d'urgence commença à la travailler tandis qu'elle retournait le bracelet désormais réparé de Gwen entre ses mains. La Tour n'était pas un vrai danger pour Arthur, pas tant que Merlin était avec lui, et elle savait qu'elle manquait de temps pour accomplir son véritable but ici.
Elle monta les escaliers jusqu'à la prison de Gwen, et entra pour voir la jeune reine se diriger avec défiance vers le centre de la pièce. Elle avait l'air fatiguée, mais il y avait encore trop de force dans ses yeux, trop de résolution. Les mandragores l'usaient, mais pas suffisamment. Sa volonté semblait trop forte pour être brisée, même par tant de racines.
Mais Morgane ne laissa pas sa frustration apparaître, tandis qu'elle tendait le bracelet à Gwen.
« Tiens, je n'avais pas l'intention de la briser, alors je l'ai réparé pour toi. Il était à ta mère, n'est-ce pas ? Je me souviens de lui et de ce qu'il représentait pour toi, à l'époque où tu étais ma servante. »
Gwen hésita un moment, avant d'arracher le bracelet à Morgane et de le serrer contre elle.
« Ces jours sont passés depuis longtemps, et rien de ce que vous pourrez dire ou faire ne m'incitera à vous faire confiance comme à l'époque. Pas même me rendre cela. »
L'expression de Gwen s'endurcit.
« Quel que soit le jeu tordu que vous jouez ici, il ne marchera pas. Vous avez trahi tant de gens, même ceux qui se sont alliés à vous quand vous vous êtes retournée contre Camelot, que vous êtes incapable de gagner à nouveau une confiance véritable. Trop de gens vous connaissent trop bien pour vous laisser devenir proche, et même quand ils décident de vous aider, ils gardent leur distance, parce que vous êtes un poison, Morgane. Tant que vous choisirez la haine et la revanche, vous serez un poison pour quiconque aurait pu tenir à vous. »
Morgane fit un pas en avant, avant de freiner sa colère face à ces paroles, mais ce qu'elle aurait pu dire fut interrompu par un corbeau blanc atterrissant sur le rebord de la fenêtre. Il la regarda et coassa, changeant de position pour lui faire face et révélant au passage la bourse attachée à sa patte.
Morgane fronça les sourcils et se dirigea vers lui, remarquant le symbole sur la bourse tandis qu'elle la détachait de la patte de l'oiseau. Il n'y avait qu'à une Haute Prêtresse de la Triple Déesse, que les expéditrices enverraient un corbeau blanc pour porter le message.
« Un message des Disir ? »
Elle ouvrit la bourse tandis que le corbeau s'envolait, renversa le contenu sur sa paume, mais ce qu'elle vit la fit s'immobiliser.
Quand Gwen vit ce dont il s'agit, elle sourit avec ironie, car ce que tenait la sorcière n'était rien d'autre qu'une Marque Runique.
« Il semble que les Disir soient de mon avis. Elles trouvent que vous laissez à désirer, Morgane. Vous les avez mécontentées, aussi envoient-elles ce qui est à la fois un jugement et le sort. »
Morgane fit volte-face pour la regarder.
« Et que peux-tu connaître des méthodes des Disir, toi ? »
Gwen sourit, sachant qu'elle avait touché un point sensible.
« Je sais qu'elles envoient des Marques Runiques à ceux ayant mécontenté la Triple Déesse, et pour vous qui êtes censée être leur Haute Prêtresse, cela veut dire que vous devez l'avoir vraiment déçue.
- Silence ! »
Morgane se dirigea vers elle à grands pas et la saisit par le bras, toute prétention de gentillesse désormais disparue, tandis qu'elle la menait en bas de la tour et l'enfermait dans une pièce. Et elle la laissa là, avant de quitter la Tour par une entrée tandis qu'Arthur et le groupe entraient par l'autre.
Ils pénétrèrent dans la Tour avec prudence, leurs pas soulevant des nuages de poussière, tandis qu'Arthur prenait la tête et que Merlin était contraint de rester à l'arrière avec Katryn. Loin du soleil dur, elle se sentait clairement mieux, mais elle était encore bien trop pâle. Mais maintenant qu'ils étaient là, il y avait une lueur déterminée dans ses yeux. Elle allait continuer, pour Gwen.
Le groupe trouva les escaliers principaux et commença à monter la Tour, montant toujours plus haut dans le silence glacial de l'endroit. Et au final, ce fut ce qui poussa Merlin à prendre la parole.
« Quelque chose ne va pas... C'est trop tranquille. Morgane rend ça trop facile, il aurait dû y avoir au moins une douzaine de pièges depuis le temps. »
Ils continuèrent d'avancer, la tension montant, car aucun d'eux n'était au courant du départ soudain de la sorcière. Mais cela fit peu de différence quand ils atteignirent une large chambre et que Katryn fit soudain un pas vers la porte la plus éloignée.
« Gwen ! Gwen est derrière cette porte ! Je le sens ! »
Arthur et les chevaliers se précipitèrent pour traverser la pièce, Elyan en tête, jusqu'à ce que le cri d'avertissement de Merlin les fasse se baisser.
Des flèches tirées depuis les murs se brisèrent sur des boucliers magiques, et Merlin grimaça sous l'impact d'avoir dû utiliser du pouvoir pur au lieu d'un sort étant donné le manque de temps.
« La pièce est piégée, je crois que c'est le sol. Je peux vous protéger, mais vous devez quand même surveiller où vous allez. Je ne peux pas traverser pendant que je dois veiller sur Katryn. »
Elyan jeta un regard en arrière, ayant traversé la moitié de l'espace avant de marcher sur un interrupteur à pression.
« J'irai ! Éloigne ces flèches de moi, Merlin ! »
Il se retourna et courut, tandis qu'Arthur comme Merlin lui criaient d'attendre, mais poussé par la culpabilité d'avoir échoué plus tôt à protéger sa sœur, il courut à travers la pièce avec une totale témérité.
Merlin jura tandis qu'il éloignait davantage de flèches du chevalier, et Arthur fut contraint de se jeter en arrière vers l'entrée de la salle pour en éviter plusieurs autres. Et à ce même moment, le magicien sut avec certitude et désespoir soudains que les paroles de Mab étaient sur le point de se réaliser.
Dans la pièce suivante, Elyan fit irruption par la porte pour trouver Gwen debout à l'autre bout, et entre eux deux flottaient une épée.
Gwen secoua la tête dans sa direction, l'avertissant de ne pas avancer.
« Non, ne fais pas un pas de plus ! Elle est enchantée pour me garder ici ! Elle se battra jusqu'à la mort ! Attends Merlin, s'il te plaît ! »
Elyan tira son épée.
« Cet endroit rend Katryn malade. Merlin est la seule chose qui la maintienne debout ici, et il ne peut pas la quitter. »
Il prépara sa lame et commença à avancer.
« Fais-moi confiance, Gwen. Je vais te sortir d'ici !
- Non, arrête ! »
Elyan l'ignora et se jeta en avant, l'épée se mettant en mouvement dans une frénésie de coups impossibles. Elle se maniait toute seule, elle n'était pas gênée par les mouvements d'un guerrier mortel, et elle était rapide. Elyan la combattit, suivant son rythme pendant une demi-minute, avant qu'elle ne perce sa garde et le côté de sa poitrine.
Elyan haleta de douleur et recula, attirant l'épée vers la fenêtre toute proche tandis que Gwen fixait la scène avec horreur, et la jeta dehors avant de fermer les volets brusquement. L'épée revint, s'enfonçant dans le bois, mais elle ne traversa pas complètement. À la place elle resta coincée et s'immobilisa, tandis que le chevalier qui l'avait vaincue trébuchait vers sa sœur.
« Elyan ! »
Gwen se précipita à ses côtés, l'attrapant tandis qu'il tombait à genoux et s'effondrait dans ses bras. Elle saisit sa tête, tremblante.
« Je suis là. Je suis là. »
Il leva les yeux vers elle, cherchant son souffla.
« Pendant un moment... J'ai cru que je n'allais pas réussir à gagner. »
Gwen caressa le côté de son visage.
« Père serait tellement fier de toi. »
Il lui prit la main.
« De toi aussi. Il serait infiniment fier. »
Des larmes commencèrent à lui monter aux yeux, et elle regarda en direction de la porte avec un espoir désespéré.
« Il faut que tu tiennes le coup. Juste le temps que Merlin puisse nous rejoindre, d'accord ? Ne me laisse pas, Elyan. »
Elyan lui sourit, son souffle l'abandonnant alors même qu'elle disait ces mots, et il lui serra la main une dernière fois... Puis ses yeux se fermèrent, et il resta inerte dans ses bras.
Merlin n'eut pas besoin d'entendre le cri de Gwen pour reconnaître le moment où Elyan mourut, à peine un moment avant qu'Arthur et les autres n'atteignent la pièce où il se trouvait, et à côté de lui Katryn s'immobilisa et commença à secouer la tête en signe de déni.
« Non... Non non non, il ne peut pas être mort. Il ne peut pas. »
Des larmes commencèrent à s'accumuler dans ses yeux, et sa douleur se transforma en colère contre elle-même.
« C'est ma faute ! Je n'aurais pas dû venir ! Si je n'étais pas venue, alors tu aurais pu le protéger au lieu de veiller sur moi ! »
Sans même y penser, Merlin l'attira dans ses bras et la serra fort, secouant sa tête tandis qu'elle sanglotait dans sa chemise.
« Non, c'est plus ma faute que la tienne. J'ai choisi de t'amener de l'autre côté de la plaine. J'aurais pu te laisser dans les bois, mais je pensais que c'était trop dangereux pour toi et je savais que tu voulais être là pour Gwen... Parfois, peu importe ce qu'on choisit, on ne peut pas sauver quelqu'un s'il est destiné à mourir. Et au moins, il est mort en faisant ce qu'il voulait faire, sauver sa sœur. »
À ce stade Merlin pleurait aussi, de l'impuissance de savoir que, même aussi puissant qu'il était, il lui était impossible de sauver tout le monde. Les gens faisaient leurs propres choix, Elyan avait fait le sien, et il avait payé le prix.
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Quatre jours plus tard, un groupe de Chevaliers se trouvèrent sur la berge du Lac d'Avalon, tandis que Merlin énonçait des prières pour l'âme d'Elyan dans l'Ancienne Langue, et le bateau transportant le corps du chevalier fut poussé sur l'eau par sa sœur et l'époux de cette dernière.
Gwen se tint là, des larmes coulant le long de ses joues, sous le bras réconfortant d'Arthur, tandis que derrière eux, Katryn se tenait debout dans un silence solennel, portant Balther. Lorsque le bateau fut assez loin, Merlin l'enflamma, tandis qu'ils faisaient leurs adieux à un autre membre perdu de la Fraternité.
Pour Merlin, de bien des façons, c'était comme perdre Lancelot à nouveau, car il avait été aussi impuissant à l'empêcher. Elyan, comme Lancelot, avait fait un choix et était mort à cause de cela, mais en le faisant, il avait protégé ceux à qui il tenait.
Quand le groupe fut de retour au château, la Fraternité se rassembla alors dans la Grande Salle. Après la mort de Lancelot, Merlin avait attendu des mois avant de choisir qui deviendrait le successeur de son esprit dans la Fraternité, mais cette fois, il savait déjà qui hériterait de l'Amulette de la Table Ronde d'Elyan. Personne n'objecta quand il appela Mordred dans la pièce, et passa l'amulette autour de son cou, et l'expression du visage de Mordred quand il la reçut révéla qu'il comprenait exactement ce que cela signifiait de se la voir offrir.
Elyan était mort pour sauver sa sœur, sa Reine, et l'espoir qu'Arthur et elle représentaient. Cet espoir d'un futur brillant était quelque chose qu'il comprenait, et désirait tout autant, et Merlin sut que c'était le cadeau qui poussa Mordred à enfin lui pardonner complètement, et bannit à jamais le futur où il aurait tué Arthur par haine... Car le jeune druide s'était tourné vers Merlin, avait incliné la tête avec respect, puis lui avait souri.
« Je suis prêt à rejoindre les rangs de mon peuple... Si les Druides de la Tempête veulent bien de moi. »
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