Chapitre 49 : Morgane et son alliée ~ Partie 3 ~
Merlin et Katryn se regardèrent encore un instant avant que tous deux se retournent pour sortir de la pièce en courant. Merlin ouvrit la voie pour la course effrénée jusqu'aux appartements d'Arthur, et la vue qui les accueillit était exactement celle qu'ils n'avaient pas voulu découvrir.
Arthur, avachi dans sa chaise, et mortellement pâle. Son amulette avait été posée sur la table, probablement retirée avant qu'il soit entièrement inconscient pour qu'elle ne s'active pas. Seule une poignée de personnes en-dehors de la Fraternité avait connaissance des Amulettes de la Table Ronde, ce qui signifiait que c'était sans aucun doute Gwen qui l'avait enlevée.
Merlin se précipita vers lui, vérifiant son pouls avec ses doigts et sa vie avec sa magie.
« Il a été empoisonné. Quoi que ça soit, ça agit lentement, mais ça se déplace en lui comme une vague continuelle. »
Il saisit Arthur sous les bras.
« Aide-moi à le mettre dans son lit. »
Katryn se précipita pour l'aider, et tous deux finissaient de draper les couvertures au-dessus du roi lorsqu'un groupe de personnes entra en courant.
Gwen était en tête, Gaius sur ses talons, et il y avait plusieurs chevaliers, bien que Gauvain, Perceval, Léon et Mordred ne soient nulle part en vue. Presque comme si elle avait fait exprès d'amener les hommes les moins familiers.
Merlin l'ignora pour l'instant, et regarda Gaius à la place.
« Il a été empoisonné. »
Le vieil homme avança tandis que Gwen fronçait les sourcils et s'avançait dans la pièce. Elle fusillait Merlin du regard.
« Oui, je sais. J'ai été cherché Gaius dès qu'Arthur a perdu conscience. »
Elle porta une main à sa bouche, apparemment en détresse tandis que les larmes lui montaient aux yeux.
« Nous étions juste assis, en train de manger notre nourriture et de parler, lorsqu'il s'est brusquement évanoui. J'ai essayé de le réveiller mais il ne répondait pas. »
Gaius lui jeta un œil.
« Si le poison l'a rendu inconscient, alors pourquoi son amulette ne nous a pas alerté qu'il avait des ennuis ? »
Gwen essuya les larmes qui dégoulinaient maintenant sur ses joues.
« Je ne sais pas, elle est juste restée silencieuse... presque comme si elle avait été sabotée. »
Elle s'arrêta, comme si elle réalisait quelque chose, puis son regard se fixa à nouveau sur Merlin.
« Des charmes faits par notre Sorcier de la Cour vérifient que la nourriture et la boisson d'Arthur et de moi ne sont pas empoisonnés, tout comme les amulettes. Si les deux ont échoué au même moment, ça ne peut vouloir dire qu'une chose... Merlin, comment as-tu pu ? Comment as-tu pu nous trahir ? »
Elle fit signe aux chevaliers et désigna Merlin pour indiquer qu'il devait être arrêté, mais avant qu'ils fassent même deux pas le magicien murmura six mots autoritaires.
« Ma vie, mon roi, pour Camelot. »
Gwen fronça les sourcils lorsque les chevaliers s'arrêtèrent et se tournèrent pour la regarder, car même s'il n'y avait eu aucune incantation, aucune magie, ils s'étaient arrêtés si soudainement que c'était comme de la sorcellerie.
« Qu'est-ce que vous faites ? Arrêtez-le ! »
Merlin poussa un long soupir, et montra la reine.
« Saisissez-la, mais ne lui faites aucun mal. C'est une victime. »
Gwen haleta de surprise lorsque deux chevaliers la prirent par les bras, et commença à lutter futilement contre eux.
« Qu'est-ce que ça signifie ?! »
Merlin s'approcha, observé par elle et par les chevaliers. Son expression était solennelle.
« Il y a longtemps, lorsque j'étais secrètement Premier Conseiller, Arthur avait une phrase code et des instructions données à tous les chevaliers. Si jamais, ils entendaient cette phrase murmurée, ils devaient obéir aux ordres de celui qui l'a murmurée. Plus tard, on leur a dit que le créateur de la phrase était moi, lorsque je suis devenu un noble. »
Il s'arrêta devant elle.
« Je suis le plus grand obstacle entre Morgane et le trône, et Arthur savait qu'elle serait toujours tentée d'ensorceler un haut membre de la cour pour tenter de l'atteindre, ou tenter de m'atteindre moi directement. Il savait que personne ne pouvait être écarté de cette possibilité, pas même lui ou vous. »
Gwen le fixa, profondément décontenancée.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Merlin la regarda sérieusement.
« Cela signifie qu'en période d'urgence extrême, lorsque je pense qu'Arthur ou vous avez été ensorcelés, je peux prendre le commandement de ce royaume pour la durée de l'urgence. Et si vous pensez que je mens, il sera suffisamment simple de demander au Seigneur Geoffrey de montrer les documents qui le confirment. Arthur m'a fait nommer Successeur Régent, depuis l'accident avec le Dorocha... Même si Arthur mourait, Morgane ne pourrait pas vous utiliser pour prendre le trône, parce que même si vous resteriez reine, je serai le Roi Régent et j'aurais autorité sur vous. Jusqu'au jour où Balther aurait l'âge et pourrait accéder au trône lui-même... Arthur n'est pas idiot, et s'est assuré de bloquer ces possibilités si quelque chose comme ça se produisait. »
L'expression de Gwen se tordit par la rage et elle commença à hurler.
« Lâchez-moi immédiatement ! Je vous l'ordonne ! »
Elle s'arrêta lorsque Merlin lui prit le menton.
« Alors, pourquoi avez-vous empoisonné Arthur ? Quel motif se trouve dans votre cœur ? »
Gwen libéra son menton, la voix venimeuse.
« Je ne le laisserai pas faire du mal à mon fils ! »
« Swefe nu. »
Gwen devint toute molle dans la prise des deux chevaliers, et Merlin soupira.
« Ceci répond à cela... Morgane a transformé l'amour et le désir de protéger son enfant d'une mère contre son père. Elle a ensorcelé Gwen pour lui faire croire qu'Arthur voulait faire du mal à Balther, et que seule elle, Morgane, pouvait garder le prince en sécurité. »
Il regarda les chevaliers et Katryn.
« Emmenez-la dans ses appartements et gardez-la sous surveillance constante. Elle ne devrait pas se réveiller avant plusieurs heures, mais nous devons nous assurer qu'elle ne s'enfuira pas pour aller voir Morgane. »
Les chevaliers hochèrent tous la tête et sortirent, laissant seulement Gaius et Merlin dans la pièce avec le roi.
Merlin s'approcha du médecin, qui avait continué son examen en dépit de la scène qui se déroulait, et Gaius répondit à la question informulée dans l'expression du magicien.
« Je ne sais pas ce qui a été utilisé pour le rendre inconscient, mais il a des traces de teinture autour de l'oreille. Il a été empoisonné avec de la Jusquiame. Le seul moyen de le guérir est d'utiliser la magie. »
Les yeux de Merlin s'étrécirent tandis qu'il se concentrait sur la tâche à accomplir.
« Alors je ferais mieux de me mettre au travail, n'est-ce pas ? »
Il plaça ses mains sur le torse d'Arthur et inspira profondément, rassemblant la force qu'il savait nécessaire pour cette tâche.
« Ic the thuurhealle thinu licsar. Mid thamsundorcraeft thaere ealdan ae ! »
Merlin haleta lorsqu'il finit le sort, et il se releva avec ses mains sur la tête, grognant à cause des échos de l'Île que sa magie avait laissé entrer. Il lui fallut quelques instants pour se recomposer et regarder Gaius, qui cherchait maintenant des signes d'amélioration sur Arthur.
Quelques instants tendus suivirent, avant que le roi fronce très légèrement les sourcils et se retourne dans son lit comme s'il ne faisait que dormir normalement.
Gaius et Merlin rirent tous deux de soulagement, tandis que le médecin enlaçait son ancien pupille.
« Bien joué, Merlin. Bien joué ! »
Ils étaient sur le point de s'installer pour attendre qu'Arthur se réveille, lorsque la porte s'ouvrit d'un coup et que Mordred se précipita à l'intérieur. Son expression était urgente.
« Nous avons un problème ! Un serviteur a dû écouter lorsque Gwen t'a accusé d'avoir empoisonné le roi ! La rumeur se répand dans le château comme une traînée de poudre, comme la nouvelle que tu as 'emprisonné' la reine. Beaucoup des gardes du château semblent croire que tu as ensorcelé les chevaliers, et ils ont commencé à barricader des parties de la citadelle pour former une résistance ! Ils n'écoutent pas nos ordres de cesser. »
Merlin regarda Arthur, puis Gaius.
« Il ne va pas se réveiller avant au moins une heure. Nous ne pouvons pas risquer de le réveiller maintenant, pas quand il récupère encore du poison et du sort. »
Il se tourna vers Mordred.
« Garde Arthur. Si quelqu'un entre dans cette pièce avec l'intention de le déplacer, utilise ta magie pour les repousser. »
Il commença à se diriger vers la porte, et Mordred fronça les sourcils.
« Et toi ? Où est-ce que tu vas ? »
« Je dois briser l'ensorcellement de Morgane sur Gwen. »
Gaius le suivit, et tandis que Mordred fermait la porte d'Arthur derrière eux, il fronça les sourcils.
« Tu penses pouvoir le faire dans un délai aussi court ? Briser un sort sur l'esprit, dans ton état actuel, et si tu la blesses accidentellement ? »
Merlin secoua la tête, lugubre.
« Je réussirai. Je pense pouvoir le faire sans avoir à jeter un quelconque sort sur elle. Je ne saurai pas sans essayer. »
Il y avait des cris plus loin dans le couloir, et lorsque deux des gardes réguliers du château entrèrent dans leur champ de vision, Merlin tira Gaius derrière le coin avec un juron. Un seul regard ne pouvait pas lui permettre de déterminer si ces gardes étaient parmi ceux qui pensaient qu'il était un usurpateur.
Gaius jeta un œil, et rentra la tête lorsqu'il confirma que les gardes étaient toujours là. C'était le duo qui était toujours de garde dans l'aile des nobles à ce moment, et il était passé devant eux en allant aux appartements d'Arthur avec Gwen.
« Et maintenant ? »
Merlin retira sa veste et son foulard, et les roula en boule avant de les passer au médecin.
« On découvre à quel point les gardes de Camelot peuvent être stupides. »
Quelques instants plus tard, deux hommes âgés marchaient le long du couloir vers les gardes, qui hochèrent la tête pour saluer Gaius, puis froncèrent les sourcils et dégénèrent leurs épées lorsqu'ils regardèrent le Merlin âgé. Un homme qu'ils ne reconnaissaient pas du tout.
« Qui êtes-vous ? »
Merlin roula des yeux et commença à grommeler, grincheux.
« Qu'est-ce que c'est que ce genre de question totalement débile ? Je suis qui je suis, je suis qui j'ai été et je suis qui je serai toujours. »
Les gardes jetèrent un œil à Gaius, qui resta impassible.
« Ce n'est pas une réponse. »
Merlin renifla.
« Quelle autre réponse puis-je vous faire ? C'est la seule réponse vraiment valable. »
« Qu'est-ce que vous faites ici ? »
A cette question, Merlin secoua la tête d'incrédulité.
« Incroyable ! Vous faites suivre une question idiote par une autre question idiote ! »
Il montra le médecin à côté de lui.
« Je rends visite à mon bon ami Gaius, comme vous le savez parfaitement bien ! »
« Pas du tout. Vous ne visitez que si on vous le dit. »
Merlin pouvait dire à ce moment que Gaius essayait de ne pas rire, car le sourcil du vieil homme se soulevait lentement.
« Vous l'avez déjà dit, je suis passé ici avec Gaius il n'y a pas dix minutes ! Vous me l'avez dit et je l'ai fait ! »
Le garde regarda son collègue.
« Non, on n'a rien fait. »
Merlin agita un doigt.
« Qu'est-ce qui cloche dans vos petits cerveaux ? Vous avez mis un truc intéressant dans votre thé avant de commencer votre garde, c'est ça ? Pas étonnant que des gens se fassent tuer dans les quartiers des invités, ou que des assassins se baladent dans les couloirs, si vous ne vous rappelez même pas de qui vous faites entrer et qui vous faites sortir ! Vous m'avez fait entrer, et je vous en suis reconnaissant. Et à présent, apparemment je dois sortir par mes propres moyens ! »
Merlin passa devant eux d'un pas lourd, Gaius le suivant après avoir donné aux deux gardes un regard désapprobateur. Dès qu'ils furent près des appartements de Gwen, et certains que les gardes ne pouvaient plus les entendre, il secoua la tête tandis que Merlin reprenait son âge normal et récupérait sa veste et son foulard.
« Il y a des moments, Merlin, où tu prouves à quel point tu as raison à propos de la sécurité du château. George doit être un peu plus sélectif lorsqu'il choisit ses hommes, je le crains. »
Merlin haussa les épaules.
« Ne lui en voulez pas. La plupart du temps, les gardes ne montrent leur stupidité que lorsqu'ils sont devenus complaisants dans leur travail. Mais je lui ferai savoir qu'il doit donner à ces deux-là une bonne frayeur. »
Ils tournèrent au dernier coin avant les appartements de Gwen, et entrèrent avec un hochement de tête des chevaliers devant la porte. A l'intérieur, Merlin regarda les chevaliers qui s'y trouvaient, et parla solennellement.
« Le roi est en sécurité, et se rétablira. Allez aider le reste des chevaliers à ramener l'ordre dans la citadelle. »
Les deux chevaliers partirent, et tandis qu'elle regardait Merlin traverser la pièce pour la rejoindre, Katryn parla, assise à côté du lit de Gwen.
« Tu vas briser l'ensorcellement placé sur elle ? »
Merlin hocha la tête, s'installant dans la chaise du côté opposé à celui où Gwen était couchée, inconscience.
« Je le dois, si nous voulons empêcher le chaos dans la citadelle d'empirer. »
Il jeta un œil à Gaius et à elle.
« Ne laissez personne me déranger. Je ne sais pas combien de temps ça prendra. »
Merlin ferma les yeux et chercha l'Ancienne Magie. Il l'attira à lui, ou peut-être qu'elle l'attira, mais dans tous les cas sa conscience de son corps physique cessa et il se retrouva debout à l'endroit qui avait autrefois été le domaine de la Triple Déesse.
Sans y penser consciemment, son regard perça la toile pour localiser Gwen, et les fils de malice et de magie qui l'entouraient si clairement maintenant devant ses yeux. Il se glissa à côté d'elle à travers la toile, et saisit ces fils d'obscurité.
La haine de Morgane le picota mais ne put le blesser tandis qu'il déchirait son sort. Lorsqu'il n'en resta plus un fil autour de Gwen, il entoura gentiment l'esprit de la reine de fils de magie pure. Morgane ne pourrait plus jamais prendre le contrôle de son esprit.
Cette tâche accomplie, Merlin chercha les extrémités flottantes du sort de Morgane, et, les utilisant comme un guide, il commença à la chercher. Il lui fallut un moment, car sa présence semblait repousser la volonté de l'Ancienne Magie comme de l'eau contre de l'huile, mais il la trouva à seulement six kilomètres des murs du château. Elle était assise devant un feu de camp, le fixant avec un petit sourire sur le visage. Comme si elle s'attendait à ce que sa reine poupée lui apporte la victoire.
Voyant cela, Merlin sentit une bouffée de rage devant la méprise totale de la sorcière envers la valeur de la vie des autres. Elle était si concentrée dans ses propres désirs qu'au lieu d'être une source symbiotique pour le pouvoir de la terre, comme les autres pratiquants de la magie, son toucher était presque parasitaire. La Toile de la Magie répugnait à son contact, même si elle ne pouvait pas lui refuser l'usage de son pouvoir, et elle tremblait en présence de sa haine.
C'était si... mal... que Merlin ne put retenir sa colère tandis qu'il plongeait à travers l'Ancienne Magie jusqu'à elle et la saisissait par la gorge.
Dans le monde extérieur, Morgane haleta et commença à s'étrangler, se débattant contre la prise sur son cou que ses doigts frénétiques ne pouvaient trouver. Puis ses doigts eux-mêmes furent saisis et coincés contre son torse tandis que la pression invisible commençait à faire s'évacuer l'air de ses poumons.
'S'il vous plaît ! Je vous en supplie ! Ne me tuez pas, s'il vous plaît ! Relâchez-moi !'
Les mots de son esprit firent écho autour de Merlin qui se trouvait dans l'Ancienne Magie, sa main toujours refermée autour de sa gorge et les fils de l'Ancienne Magie enroulés autour d'elle dans une étreinte toujours plus étroite.
'Pourquoi le devrais-je ? Pourquoi devrais-je épargner quelqu'un qui est si égoïste, si arrogante, si concentrée sur sa vengeance qu'elle se moque de savoir qui ou combien de personnes elle blesse ? Pourquoi devrais-je t'épargner, alors que même la magie de la terre elle-même répugne à ton contact ?'
Les yeux de Morgane s'élargirent de réalisation alors qu'elle luttait encore pour respirer.
'Emrys ?'
Merlin regarda son image devant lui avec des yeux étrécis, et raffermit encore plus sa prise.
'Tu es un poison, Morgane. Tu contamines tout autour de toi. Tu tues sans te soucier de rien, et tu cherches même à retourner ceux qui étaient autrefois tes plus chers amis les uns contre les autres.'
Son expression devint un grondement de rage.
'Tu ne mérites pas de vivre !'
'Non ! Je t'en prie !'
Son cri désespéré, tandis que sa vision commençait à devenir crise et que les liens invisibles se resserraient encore plus, tomba dans l'oreille d'un sourd. Et pourtant, tout aussi soudainement, elle put respirer à nouveau, même si elle resta immobile.
'Emrys ?'
A l'intérieur de l'Ancienne Magie, Merlin s'était immobilisé, et une larme coula sur sa joue éphémère. Autour de lui, il sentait l'Ancienne Magie murmurer sans un mot. Elle ne voulait pas qu'il la tue, et pourtant, il savait qu'elle se plierait à sa volonté, quoi qu'il choisisse de faire.
Après un dernier moment d'hésitation, Merlin la libéra et la laissa s'écrouler au sol, haletante.
'Sois reconnaissante, Morgane, parce que l'Ancienne Magie semble toujours penser que tu peux être sauvée. Mais retiens ceci... Si tu essayes encore UNE SEULE FOIS d'ensorceler une personne proche d'Arthur, je te TUERAI. Je te pourchasserai de l'intérieur de l'Ancienne Magie, tu ne pourras pas te cacher de moi, et même si elle ne veut pas que je le fasse, l'Ancienne Magie ne m'empêchera pas de te détruire... Sois prévenue, Morgane, jusqu'à ce que nous nous revoyons face à face.''
Merlin se projeta à travers l'Ancienne Magie jusqu'à Camelot, et ouvrit les yeux pour découvrir qu'il fixait le plafond avec Gaius qui essayait frénétiquement de le réveiller. Puis il prit conscience du besoin urgent de respirer, et prit une inspiration désespérée.
Merlin se convulsa, la tête bourdonnante et pris de vertiges, tandis qu'il se roulait sur le flanc et toussait de manière incontrôlée pendant que son pouls tambourinait dans ses oreilles. Lorsqu'il finit par reprendre sa respiration, et que son battement de cœur redevint normal, il se redressa et regarda Gaius et Katryn, qui étaient tous les deux à côté de lui, très inquiets.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Gaius plaça une main sur son épaule, et le secoua pour le réprimander tandis qu'il murmurait d'un ton dur.
« Quoi que tu aies fait, tu as cessé de respirer ! Même ton cœur s'est arrêté, Merlin ! Tu es tombé de ta chaise et tu étais allongé là, comme mort ! Tu as été inconscient pendant plus de deux minutes ! Katryn n'arrivait même pas à sentir ta magie en toi, c'était comme si tu avais disparu ! »
Merlin le fixa.
« J'avais disparu ? Je... »
Ses épaules s'affaissèrent lorsqu'il réalisa.
« J'ai été parcourir l'Ancienne Magie, pour démanteler le sort de Morgane de là, mais... Je ne savais que quand j'y vais, je laisse littéralement mon corps derrière ! »
Gaius le prit par les deux épaules, libérant sa peur refoulée pour la vie du magicien en le secouant.
« Espèce d'idiot, Merlin ! Ne me fais plus jamais peur comme ça ! Tu es peut-être immortel, mais tu peux quand même mourir ! »
A côté d'eux, Katryn se raidit, sa demande calme et surprise tirant les deux hommes de l'isolation dans laquelle leurs émotions les avaient placés. Ils avaient oublié qu'elle était là.
« Tu es immortel ? »
Le regard de Merlin se tourna vers elle, et il pâlit et commença à secouer la tête.
« S'il te plaît, Katryn, ne le dis pas aux autres. S'il te plaît. »
Il ferma les yeux.
« Je veux juste être moi pour eux. Mon moi ordinaire, étrange mais normal. Je ne veux pas qu'Arthur et les autres s'inquiètent parce que je vivrai très longtemps après leur mort. Ça... »
Ses mots furent interrompus par un sanglot, mais Katryn finit pour lui.
« Ça ferait trop mal. »
Katryn ferma les yeux tandis que Gaius et lui la regardaient, et lorsqu'elle les rouvrit une étincelle rare d'émotion brilla tandis qu'elle tournait la tête pour regarder Gwen.
« Je comprends, Merlin, complètement. Je sais ce que ça fait de savoir que tu vivras bien plus longtemps que ceux qui te sont le plus proche. Mais j'ai offert mon amitié à Gwen et à tous les autres, même si je sais qu'il faudra des siècles avant que je sois vieille. »
Elle le regarda à nouveau, cette fois avec un très léger sourire.
« Mais je suppose que je sais maintenant qu'un ami sera avec moi beaucoup plus longtemps. Je garderai ton secret, Merlin. »
Elle aurait pu en dire plus, mais Gwen commença à se réveiller. La jeune reine ouvrit les yeux, regardant le baldaquin de son lit pendant quelques instants avant de s'asseoir avec un gémissement.
Katryn fut à ses côtés en un instant, tandis que Gwen devenait hystérique.
« J'ai tué Tyr ! J'ai empoisonné Arthur ! Qu'est-ce que j'ai fait ?! »
Katryn la serra fort dans ses bras, ses mots fermes.
« Vous étiez ensorcelée, ce n'est pas de votre faute. Arthur vit et le sort de Morgane est brisé, mais maintenant les gardes de la citadelle pensent que Merlin essaye de prendre le trône. Vous devez prendre les commandes, et calmer les choses avant que le roi se réveille. »
Les frissons de Gwen s'atténuèrent, et elle regarda Merlin et Gaius avec des yeux larges et remplis de larmes.
« J'ai essayé de te faire accuser, Merlin. J'ai essayé de te faire tuer ! »
Merlin s'approcha, ses propres ennuis oubliés devant les besoins de Gwen.
« Ce n'était pas de votre faute, et tout va bien maintenant. Morgane ne pourra plus jamais vous ensorceler ainsi, je m'en suis assuré. Tu as ma parole, elle ne pourra jamais vous refaire ça, jamais. »
Il prit les mains de Gwen, et la fit se lever.
« Katryn a raison, vous devez prendre les commandes de Camelot, Arthur a besoin, que vous le fassiez. »
Gwen resta là, toujours tremblante, puis prit une profonde inspiration et leva le menton, déterminée. Puis elle essuya ses larmes, et se dirigea vers la porte, Katryn à ses côtés pour la soutenir.
« Pour Camelot, et pour Arthur. »
~(-)~
Lorsque la porte de ses appartements s'ouvrit le lendemain matin, après que le chaos de la veille ait été calmé par sa reine, Arthur leva la tête et sourit quand son Sorcier de la Cour entra.
« Merlin. Voici l'une des... deux ou trois occasions dans ma vie où je suis réellement content de te voir. »
Merlin sourit devant la plaisanterie, et rit, soulagé de voir qu'Arthur allait bien.
« C'est exactement ce que je pense. Comment vous sentez-vous ? »
Arthur grimaça légèrement.
« Comme un revenant. Disons, un revenant qui revient de loin. »
Son sourire disparut.
« Comment va Gwen ? »
Le sourire de Merlin disparut aussi, et il soupira.
« Ça l'a profondément marquée. Il faudra un moment avant qu'elle s'en remette. »
Il s'arrêta, et son sourire revint.
« Mais je suis sûr que Katryn aidera, et Balther. C'est difficile de ne pas sourire lorsqu'il escalada Scild. »
Arthur rit à cela, et se leva.
« Eh bien je suppose qu'il faut se remettre au travail, retourner à la bonne vieille routine. »
Merlin sourit d'un air ironique.
« Être roi deviendrait-il trop ennuyeux pour vous ? »
Arthur le regarda et souleva un sourcil.
« Avec toi à mes côtés ? Jamais. »
