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Chapitre 50 : Fardeaux Allégés et Leçons Retenues ~Partie 2~
Le trajet vers la forêt fut silencieux, ni Katryn ni Merlin ne prononçant un mot tandis qu'elle ouvrait la route le long de son chemin habituel. Il demeurait perplexe, et, il devait l'admettre, un peu mal à l'aise tandis qu'ils avançaient plus profond parmi les arbres. Son immortalité n'était pas un sujet confortable pour lui, même après les nombreuses conversations à ce sujet qu'il avait eues avec Gaius depuis qu'il l'avait découverte. Il n'attendait pas avec enthousiasme cette discussion avec la semi-dryade, pas du tout.
Katryn, pour sa part, semblait totalement inconsciente de sa tension, ou du moins complètement passive à ce sujet. Elle garda simplement le regard fixé devant elle, et ne tourna pas une fois la tête vers lui.
Ils continuèrent encore un peu, puis elle descendit de cheval et attacha sa monture à une bûche tombée. Mais eu lieu de se retourner pour lui faire face et de poser les questions auxquelles il s'attendait, elle se dirigea vers le pied d'un chêne massif à proximité et ramassa un gland sur le sol en-dessous de ses branches. Katryn s'éloigna ensuite quelque peu du chêne, enterra le gland, puis plaça sa main sur la terre par-dessus. Un murmure de sa magie le fit germer pour atteindre une tige pâle et délicate avec deux feuilles minuscules, s'élevant au-dessus de son terreau.
Merlin fronça les sourcils en descendant de sa selle, et commença à se diriger vers elle avant de s'arrêter quand elle prit brusquement la parole.
Katryn montra la jeune pousse du doigt, et lui jeta un regard.
« Qu'est-ce que tu vois ? »
Merlin regarda la pousse.
« Une pousse de chêne. »
Katryn se déplaça, et posa une main sur l'arbre dont le tronc était encore assez mince pour qu'elle referme sa main dessus.
« Et tu vois ici ?
- Un jeune sapin, d'environ huit ans. »
Katryn se déplaça de nouveau, cette fois vers un arbre dont elle ne pouvait encercler le tronc qu'avec ses deux bras.
« Et ça, c'est ?
- Un chêne adulte qui semble avoir environ cent ans. »
Katryn se déplaça une dernière fois, vers le chêne massif qui avait fourni le gland qu'elle avait fait germer, et répondit à celui-là elle-même.
« Et ceci est un vieux chêne qui a presque mille ans, et s'il avait appartenu à une Dryade, elle aurait le même âge. »
Katryn revint vers la jeune pousse, et s'agenouilla à ses côtés.
« Les Dryades, même les semi-dryades comme moi, vivent aussi longtemps que leur arbre. Ainsi, certaines ne vivent qu'une centaine d'années, la plupart atteignent cinq ou six cents ans, et quelques-unes, très rares, vivent jusqu'à mille ans. Mais une semi-dryade est différente, si je continue de veiller à communier avec la terre régulièrement, je peux m'attendre à vivre aussi longtemps que ce vieux chêne. Autrement dit, je peux m'attendre à vivre presque mille ans. »
Merlin, ayant observé et écouté sa démonstration jusqu'à présent, fronça les sourcils et secoua la tête.
« Je ne comprends pas. Qu'est-ce que tu essayes de me dire ? »
Katryn se leva, le regardant solennellement.
« Je partage les mêmes fardeaux que toi, en ce qui concerne l'amitié avec des humains à qui je vais longtemps survivre. Mais contrairement à toi, bien que je reconnaisse la peine que ces pertes m'apporteront quand elles viendront, je ne l'évite pas. Je l'embrasse. »
Elle plaça une main sur son cœur.
« Je suis peut-être une semi-dryade, mais c'est seulement parce que mon arbre est mort avant d'avoir pu grandir suffisamment pour que je me lie à lui. J'ai été élevé comme une dryade, pour voir le monde et ma vie à la façon des dryades, et je n'ai donc pas peur des nombreuses années qui m'attendent, contrairement à toi qui garde cette peur proche de ton cœur. »
Merlin baissa la tête, cachant son expression de douleur à ces mots. Il se mordit la lèvre, puis prit une grande inspiration et la regarda de nouveau.
« Alors je suppose que je vais juste devoir faire avec ça, pas vrai ? Je n'ai pas été élevé comme toi. J'ai été élevé comme un humain normal, qui s'attend à avoir une durée de vie humaine normale. Je ne pense pas que je serai jamais capable d'entièrement m'habituer à ça. »
Katryn le regarda, immobile, lorsqu'il eut terminé. Puis, au bout de quelques minutes, elle désigna de nouveau la jeune pousse, puis le jeune arbre, et le chêne centenaire.
« Un humain qui verrait cette jeune pousse dans sa petite enfance, s'attendrait certainement à vivre assez longtemps pour la voir atteindre cette taille. Et, s'il avait assez de chance, il pourrait même vivre pour la voir atteindre la taille de celui-ci. »
Elle désigna enfin le vieux chêne.
« Mais il ne vivrait jamais assez longtemps pour voir cette jeune pousse atteindre son apogée, sous la forme de cet arbre puissant qui domine tous les autres dans la forêt qui l'entoure. Nous voyons les différents stades de leurs histoires, mais ce sont tous des arbres différents. Nous ne verrons jamais à quoi cette forêt ressemblait quand ce vieux chêne est sorti de terre, nous ne saurons jamais si le jeune chêne, ou l'autre arbre, sont venus des glands de l'ancien chêne ou d'un autre des chênes voisins. Les vies humaines sont ainsi, elles ne peuvent voir que la petite fenêtre de temps qui leur est accordée, ils ne voient pas comment le monde change et grandit en-dehors de leur propre courte durée... Mais les Dryades si, elles voient la terre changer au fil des siècles, et elles ne voient pas leur longue vie comme un fardeau ou une bénédiction. »
Merlin, maintenant plus surpris que confus, se rapprocha.
« Alors comment voient-elles, comment vois-tu, vos vies ? »
Katryn sourit très légèrement.
« Comme un privilège. »
Merlin la fixa, élevant la voix.
« Un privilège ? En quoi est-ce un privilège ? »
Katryn soupira, et souleva doucement la jeune pousse dans une poignée de terreau.
« Pense à cette jeune pousse, comme étant Camelot et Arthur à ton arrivée. La petite promesse d'un superbe futur, mais encore si fragile que même la plus petite action malveillante pourrait la détruire pour toujours. »
Elle reposa le terreau et la jeune pousse dans le trou qu'elle avait fait, et désigna le jeune arbre.
« Et ici nous avons Camelot telle qu'elle est aujourd'hui. Debout, fier, mais si le feu de forêt de la guerre et de la colère de Morgane passent par ici, il n'est pas encore assez fort pour survivre. »
Elle se dirigea vers le chêne centenaire.
« Voici Camelot telle qu'elle sera quand Albion sera née, et que ta destinée et celle d'Arthur seront accomplies. Il n'y a pas grand-chose dans cetteforêt qui puisse menacer cet arbre maintenant, et si tout va bien il vivra encore plusieurs siècles... Mais Arthur ne verra jamais ces jours lointains. Il ne verra jamais Albion devenir comme l'ancien chêne. Gwen et lui ne verront jamais la façon dont leur héritage et leur légende grandira et donnera forme au monde après leur départ. »
Katryn se dirigea vers Merlin, et plaça une main sur sa poitrine.
« Mais toi si. Tu auras le privilège d'avoir été témoin des vies des gens, qui seront les légendes inspirant d'innombrables générations à venir. Arthur et Gwen ne seront plus, mais tu seras capable de voir ces jours pour eux. Tu les verras célébrés, et commémorés même par ceux qui n'auront jamais l'occasion de les connaître comme tu l'auras fait. Et tu seras capable de regarder en arrière avec fierté, en sachant que tu as fait partie de ce qui aura rendu ce futur resplendissant possible. »
Merlin tremblait d'émotion à ses mots. Les larmes qu'il n'avait même pas remarquées débordèrent de ses yeux, coulant le long de son visage.
« Katryn... »
Elle le fit taire d'un signe de tête.
« Si ce n'est pas un privilège, alors qu'est-ce que c'est ? Ne crains pas ta longue vie, Merlin. Embrasse-la, chéris-la, et par-dessus tout utilise-la bien. »
Elle baissa la main, et prit une profonde inspiration comme si elle sortait d'un rêve. Puis ses manières devinrent entièrement pragmatique.
« Je dois communier avec la terre maintenant. Si tu as encore du mal avec ces 'échos' que Gwen disait te déranger, alors peut-être que tu devrais essayer de communier avec la lande aussi. Ça pourrait t'aider. »
Elle se détourna et se dirigea vers le cours d'eau proche du bord de la clairière à proximité, où elle enleva chaussettes et chaussures et s'assit sur la berge avec les pieds dans l'eau et les doigts enfouis dans la terre derrière elle.
Merlin resta où il était, des larmes coulant encore sur son visage. Soudain il n'avait pas plus peur. Ses paroles avaient tellement résonné en lui, qu'elles avaient complètement comblé le grand trou d'incertitude qui avait été enfoui dans son cœur... Vivre à travers ces jours sombres, se battre pour un futur resplendissant, puis pouvoir vivre et voir ce futur continuer à travers les siècles. Voir ces réussites être transmises aux nouvelles générations... Elle avait raison.
Merlin prit une grande inspiration tremblante et la laissa ressortir, avant de se diriger à son tour vers le cours d'eau et de s'asseoir à une quinzaine de pas d'elle. Il enleva ensuite ses bottes et ses chaussettes comme elle l'avait fait, enfouit ses doigts dans le sol derrière lui, et comme cette première fois où elle lui avait montré cela il se tendit vers la sensation de la terre qui était littéralement au bout de ses doigts enterrés.
Puis, avec un sourire et se sentant malicieux, il poussa l'énergie de la terre vers elle pour restaurer instantanément sa force, comme il l'avait fait à l'époque.
Katryn ouvrit les yeux et lui jeta un regard de côté, avant de hausser les sourcils et de refermer les yeux. Presque comme pour dire 'si tu crois que je vais bouger avant que tu aies communié pendant plus d'une minute, tu te trompes'.
Merlin gloussa et ferma les yeux à son tour, laissant la paix de la terre imprégner son esprit las comme un vent réconfortant. Et, une fois de plus, Katryn s'avéra avoir eu raison... car quand il finit par se relever, les échos de l'Île, et les murmures des prières, s'étaient réduits à un chuchotis discret à l'arrière de son esprit. Ils n'étaient pas oubliés, mais ne s'imposaient plus inconfortablement à lui.
Le chemin de retour vers Camelot fut plus bruyant que le voyage aller, tandis que Merlin discutait de ses plans pour l'Ordre de Fothweard. Katryn ne dit pas grand-chose en-dehors d'une question de temps en temps, mais son contentement silencieux en l'écoutant parler, rendait clair qu'elle appréciait la conversation.
Merlin lui adressa un signe de la main et un sourire quand ils se séparèrent à l'écurie, et avec un regard au ciel il jura quand il réalisa qu'il était plus de midi et que l'après-midi était bien engagée. Il se précipita vers ses appartements, pour s'empresser de finir les rapports dont il aurait besoin pour la Réunion du Conseil du lendemain, au sujet des événements de la nuit dernière avec l'empoisonnement d'Arthur et le fracas avec les gardes du château.
Lorsqu'il eut finit la nuit commençait à tomber, et un nouvel élément sur son emploi du temps commença à le faire se presser. À savoir se laver, mettre des vêtements qui n'étaient pas couverts de terre et de feuilles, et se précipiter aux appartements de Gaius pour retrouver le médecin. Tous deux avaient été invités à dîner avec Hana, Liam, et leur fils Elias. Et bien qu'il reste encore une heure environ avant qu'ils ne soient censés y être, Merlin était bien conscient que Gaius allait quand même se demander où il était.
Il arriva aux appartements de Gaius un peu essoufflé par sa course tout sauf digne dans les escaliers, et quand il entra, le vieil homme haussa un sourcil.
« Alors, tu as réussi à finir tes rapports, bien que tu aies passé la majeure partie de ta journée dans la forêt ? »
Un sourire dansait au coin de sa bouche.
« Je suppose que Katryn et toi avez passé un bon moment ? »
Merlin redressa sa chemise et sa veste, fronçant un peu les sourcils.
« Elle voulaitjuste me parler de mon immortalité. Pour m'aider à l'accepter. Elle m'a aidé avec une suggestion pour m'occuper de ces échos, aussi. Je peux encore les sentir, mais ils ne me dérangent plus maintenant. »
Gaius lui adressa un regard plutôt long, son sourire entendu toujours en place.
« Eh bien je pense qu'il était grand temps que tu trouves une fille qui te plaisait, et Katryn semble certainement avoir fait forte impression sur toi. »
Merlin, qui était sur le point de s'asseoir sur un tabouret, se releva immédiatement et devint rouge vif.
« Je-je ne la vois pas comme ça ! »
Gaius gloussa.
« Alors pourquoi est-ce que tu rougis et bafouilles ? »
Il soupira.
« Merlin, je t'ai vus quand vous êtes partis, et je t'ai aussi vu quand vous êtes revenus, et la différence était aussi claire qu'entre la nuit et le jour. Quoi qu'elle t'ait dit sur ta longue vie, elle a fait en une conversation ce que j'ai été incapable de faire en quatre semaines à essayer de t'aider. Que le fardeau de ton immortalité, que j'ai vu te hanter depuis que tu as appris son existence, ait disparu quand tu es rentré au château à cheval cet après-midi. »
Merlin se tut, songeur.
« Elle m'a raconté comment les Dryades voient leurs longues vies, qui peuvent aller jusqu'à mille ans. Comment les humains ne voient qu'une petite partie du temps qui passe, et comment le monde change, et comment je serai capable de savoir des choses que les autres humains ne sauront jamais... Que plutôt qu'un fardeau ou une bénédiction, ma longue vie sera plutôt un privilège. Qui me permettra de voir l'héritage et la légende d'Arthur, grandir et vivre et changer le monde même quand il sera mort... Elle m'a complètement compris, et m'a fait voir à quel point j'avais tort de craindre cela. Que, même si ce sera dur de voir mes amis mourir tandis que je continuerai de vivre, je pourrai faire l'expérience de ce futur pour eux. »
Gaius le rejoignit, et plaça ses mains sur les épaules de Merlin en témoignage de soutien.
« Et c'est comme ça que je sais qu'elle t'a fait une forte impression. Si tu devais jamais trouver un esprit frère, c'est en elle. Elle t'a déjà montré cela aujourd'hui. Je l'ai vu dans la façon dont tu souriais et riais tandis que vous reveniez à Camelot. Elle a touché ton cœur, Merlin, l'a guéri... même si tu es trop embarrassé pour l'admettre. »
Merlin le regarda avec indignation.
« Gaius ! »
Il passa une main dans ses cheveux et s'effondra sur le tabouret derrière lui.
« Gaius, Katryn a presque dix ans de plus que moi, et il y a des moments où elle me regarde et me parle comme si j'étais un petit enfant qui a besoin d'être guidé par la min. »
Il marqua une pause, réfléchissant.
« Enfin, elle a seulement fait ça aujourd'hui, quand elle m'a pratiquement ordonné de l'accompagner dans les bois... Et même si j'étais intéressé par elle, je doute qu'elle soit jamais intéressée par moi. Nous sommes juste des amis. »
Gaius gloussa de nouveau.
« Et ce ne serait pas la première fois que 'juste des amis' deviendraient quelque chose de plus... Parce que, Merlin, elle a déjà montré qu'elle tient à toi. Peut-être que, un jour, cela pourrait se changer en amour, car bien qu'elle te comprenne comme nul autre ici à Camelot ne le peut, on peut en dire autant sur la façon dont toi, tu la comprends. »
Il posa de nouveau une main sur l'épaule de Merlin.
« Et bien que je sache qu'évoquer cela est un sujet délicat, je crois que Freya voudrait que tu sois heureux et que tu trouves à nouveau l'amour aussi. Ne rejette pas la possibilité avant de lui avoir donné une chance. Tu as attendu ça assez longtemps. »
Merlin leva les yeux vers Gaius avec un regard éberlué, son visage ayant pris une jolie teinte rose, et il se leva et se tourna vers la porte avec un changement abrupt de sujet.
« On ferait mieux d'aller chez Liam, ou on sera en retard pour le dîner. »
Gaius le regarda partir, son sourire entendu remontant à son visage. La réaction de Merlin était en bien des façons identique à la façon dont Arthur se comportait autrefois quand on lui parlait de Gwen. L'attirance était là, mais la peur que ce soit impossible l'empêchait d'accepter que ce soit possible. Mais, si le sort le voulait, peut-être que Merlin ne resterait pas coincé avec ce dilemme autant que le roi. Le ciel le savait, Arthur avait pris assez longtemps pour eux deux.
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Non, vous ne rêvez pas, on se dirige bien vers un ship Merlin/Katryn. Après avoir attendu au cas où la saison 5 aurait ressuscité Freya, Alaia a finalement décidé que ça n'en prenait pas le chemin et décidé de mettre ces deux-là ensemble. Ça n'arrivera pas d'un seul coup, mais ça arrivera.
Et j'en connais une qui va être ravie... *regarde vers titesouris*
