Chapitre 57 : Boucler la boucle ~ Partie 2 ~

Gaius fronça les sourcils tandis qu'il regardait le soleil se coucher par la fenêtre. Il y avait des moments où il se demandait comment il s'était retrouvé dans ce genre de situations, et d'autres où il n'avait pas d'autre choix que de s'y résigner. Mais cette situation n'était pas de celles qu'il préférait, au moins pour les inconvénients qu'elle présentait.

Parce qu'après avoir été emmené hors des appartements par Arthur et que ni lui ni Merlin ne soient revenus, Liam était allé voir le magicien dans l'après-midi pour nettoyer et bander ses coupures et éraflures, mais avait été prestement renvoyé. Merlin ne passait certainement pas son temps à se reposer, alors que faisait-il ?

Le médecin soupira et regarda l'ancienne chambre de Merlin. Daegal s'y trouvait, recroquevillé sur le lit et sans aucun doute terrifié par ce qui allait lui arriver, mais l'envoyer dans la chambre avait été la chose la plus gentille à faire. Mais, bien sûr, l'avoir ici signifiait que Gaius devait aussi rester dans ses appartements, car même avec le garde posté devant pour s'assurer que le garçon ne s'enfuie pas, le vieil homme devait s'assurer qu'il ne vienne pas dans la pièce principale et touche quelque chose qu'il ne devrait pas toucher.

L'après-midi avait donc été ennuyeuse, et il ne reçut aucune nouvelle. Il ne pouvait rien faire à part attendre.

Gaius monta les escaliers de la chambre libre et ouvrit la porte, voyant Daegal toujours assis sur le lit.

« J'ai de la soupe sur le feu. Viens manger. »

Daegal le regarda et fit lentement ce qu'on lui disait, mais il hésita à manger une fois à table, et sa soupe était froide lorsqu'il finit. Mais Gaius resta patient avec lui, sachant que si Merlin avait laissé le garçon ici pour l'instant, alors il n'avait certainement pas l'intention qu'il finisse aux cachots.

« Tu n'as pas besoin de t'inquiéter, mon garçon. Merlin va s'occuper de tout. »

Daegal sursauta, recroquevillant les épaules.

« Je ne comprends pas pourquoi il m'a pardonné si facilement. Pourquoi ça lui tient tant à cœur. »

Gaius sourit.

« Peut-être que tu lui rappelles lui-même lorsqu'il avait ton âge. »

Il allait en dire plus, mais un coup à la porte l'interrompit, juste avant qu'elle s'ouvre et qu'un chevalier entre.

« Le roi demande que le garçon, Daegal, lui soit amené. »

Gaius regarda le garçon en question, qui déglutit visiblement d'anxiété, puis retourna son attention sur le chevalier.

« Très bien. »

Daegal se retrouva poussé vers la porte, et il donna à Gaius un dernier regard terrifié avant d'être emmené vers les escaliers.

Daegal se vit condamné à l'emprisonnement, au travail forcé ou même à mort tandis que le chevalier lui faisait descendre un étage et l'emmenait dans le couloir adjacent. Mais ensuite, étrangement, le chevalier lui fit monter les escaliers d'une autre tour, et il prit la porte au sommet pour découvrir une scène à laquelle il ne se serait jamais attendu.

Merlin était assis dans une chaise à côté de la cheminée, le roi de Camelot assis en face de lui, et la pièce ressemblait à celle de Gaius, si ce n'est qu'elle était en désordre.

Arthur leva la tête lorsque la porte s'ouvrit, et fit signe au garde.

« Vous pouvez partir. »

Le garde sortit, et dès que la porte fut fermée, Arthur montra le tabouret installé près des chaises de Merlin et lui.

« Assieds-toi. »

Daegal s'approcha avec hésitation et s'assit, avant de se tordre nerveusement les mains.

« Je... Je suis désolé d'avoir…

– Cela est inutile. »

A l'interruption d'Arthur, Daegal le fixa, surpris, et le roi continua.

« Merlin m'a clairement expliqué les circonstances de ce qu'il s'est passé, et en tant que victime directe de tes actes, il ne souhaite pas que tu en sois puni... Selon les lois de Camelot, la victime a le dernier mot dans ce genre de situations. C'est lui qui a décidé de ce que tu deviendrais. »

Daegal déglutit à nouveau, tremblant.

« Et que va-t-il m'arriver, Sire ? »

Arthur se leva, défroissa sa tunique et se prépara à partir.

« En tant que punition pour tes actes contre le Sorcier de la Cour de Camelot, et l'atteinte à ma vie qui en a découlé, tu auras interdiction de sortir de la cité sans être escorté par un individu choisi. »

Un petit sourire adoucit son expression.

« Mais, en tant que récompense pour avoir aidé le Sorcier de la Cour, et m'avoir en conséquence sauvé la vie, il a été décidé que tu deviennes la pupille du Seigneur de la Maison de Garrah. »

Daegal se leva précipitamment, la bouche grande ouverte de confusion.

« Q… Quoi ? Un noble veut faire de moi son pupille ? Je ne suis qu'un roturier, et qui est ce Seigneur ? »

Merlin se leva, et fit face au jeune homme avec un sourire.

« Moi. »

Lorsque l'expression de choc de Daegal ne fit que s'intensifier, Merlin rit doucement et s'approcha de lui. Il le saisit par les épaules tandis qu'Arthur sortait discrètement.

« Tu as besoin de quelqu'un pour te tendre la main et te guider. Même s'il est vrai que je pourrais simplement te donner assez d'argent pour te nourrir un moment et te renvoyer, ce ne serait pas juste. Tu as un cœur honnête et bon, Daegal. Tu l'as prouvé lorsque tu es revenu pour m'aider. J'ai donc décidé de faire pour toi ce que mon mentor, Gaius, a autrefois fait pour moi. Te donner une maison, et une famille, ici, à Camelot. »

Daegal se pétrifia, totalement pris par surprise, avant de se retourner pour dissimuler les larmes qui lui montaient aux yeux tandis qu'il les essuyait furieusement.

« Pourquoi ? Je ne le mérite pas.

– Parce que je le veux. »

Merlin posa une main sur l'épaule du garçon.

« Viens, je vais te montrer la chambre que j'ai préparé. Il n'y a qu'un lit pour l'instant, parce que tout est arrivé très vite, mais je m'assurerai que tu aies tout ce dont tu auras besoin. »

Il fit redescendre une partie des escaliers à Daegal, jusqu'à une porte étroite proche de celle qui menait au toit du château. La chambre à l'intérieur était petite, le plafond bas, mais il y avait une fenêtre qui surplombait la cité, et elle était déjà réchauffée par une petite dalle que Merlin avait trouvée et ensorcelée pour diffuser de la chaleur lorsque la chambre se refroidissait.

Daegal observa la chambre, le lit dans le coin, et la petite fenêtre.

« C'est pour moi ? »

Derrière lui, Merlin acquiesça et sourit avec malice tandis qu'il fermait la porte et montrait ce qu'il avait dissimulé derrière.

« C'est un ancien poste de garde, mais il n'a pas été utilisé depuis des décennies. Il était là pour que les sentinelles qui patrouillaient le toit puissent venir si le temps se couvrait, mais Arthur en a surpris un endormi ici lorsqu'il était prince, et l'a fait fermer. J'ai mis un sort sur la porte pour que tu n'aies pas à t'inquiéter des courants d'air qui viennent de l'accès au toit. »

Daegal sembla enfin réaliser que tout cela était pour lui, et il s'assit sur le bord du lit, ne sachant pas quoi dire. Puis il remarqua ce que Merlin avait caché derrière la porte une statue en pierre d'un chien qui tenait un bouclier entre ses pattes.

« Qu'est-ce que ça fait là ? »

Merlin rit, et tapota la statue sur la tête.

« Bebeode pe arisan cwicum. »

Une ondulation de lumière entoura la statue, et en quelques instants elle devint un chien de chasse noir et marron qui commença aussitôt à remuer la queue frénétiquement.

« C'est un ami à moi, et l'un des premiers sorts dont j'ai dû apprendre l'incantation. Je vais souvent être occupé, et entre les tâches que tu auras à faire, j'ai pensé que tu aimerais avoir de la compagnie. »

Merlin poussa doucement le chien statue et lui montra Daegal, qui reçut le même traitement extatique. Si enthousiaste qu'il était impossible de ne pas en sourire.

« Il est génial, mais comment suis-je censé prendre soin de lui ? Il ne serait pas mieux dans les chenils du château ? »

Merlin s'assit sur le lit à côté de lui, caressant le ventre du chien lorsqu'il se mit sur le dos devant lui.

« Il a l'aspect d'un vrai chien et agit comme tel, mais il reste une statue. Il n'a pas besoin d'eau, de nourriture ou de faire ses besoins. Tout ce qu'il veut, c'est un ami. »

Merlin se releva, et alla vers la porte pour partir.

« Il y a une chemise de nuit au bout du lit. Tu déjeuneras dans mes appartements, alors assure-toi d'être à l'heure... Bonne nuit, Daegal, et bienvenue dans ta nouvelle maison. »

Merlin sortit dans le couloir et ferma la porte, souriant lorsqu'il entendit le chien statue sauter sur le lit, et Daegal rire tandis qu'il lui disait de descendre... Gaius lui avait dit une fois que le prendre comme pupille avait été l'une des choses les plus gratifiantes qu'il ait faites. Maintenant, ayant lui-même un pupille, Merlin était d'accord. Il avait bouclé la boucle, et avait hâte de voir quelles joies la présence de Daegal allait amener.