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Chapitre 59: Le Chaudron d'Arianrhod ~Partie 1~

La jeune femme se débattait dans ses liens, hurlant à tous des malédictions, indifférente à la peine et à la détresse de la petite fille qui s'accrochait à son père à quelques mètres de là. Tous les druides du clan auquel il avait demandé l'aide avaient le visage sombre tandis que leur chef cédait enfin et jetait un sort de sommeil à la femme.

Le chef se tourna pour lui faire face, solennel.

« Je suis désolé, mais ceci est au-delà de notre pouvoir. Il n'y a qu'une personne qui pourrait être capable de briser cet enchantement et vous ramener votre femme. »

L'homme serra sa fille en sanglots dans ses bras, et le fixa avec détermination.

« Qui ? Qui dois-je aller voir ?

– Le Sorcier de la Cour de Camelot. »

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« Pourquoi requérir cette audience ? Même avec sa position de Raeswa de la plupart des Clans Druides, et Seigneur de l'Ancienne Religion, cela ne ressemble pas à une requête ordinaire. »

Arthur regarda le druide qui était incliné devant lui, ainsi que le roturier qui l'accompagnait. Bien que le druide semble calme, l'autre homme semblait bouleversé par quelque chose. Il semblait désespéré, mais demeura silencieux tandis que le druide répondait.

« Voici Brevan, un bûcheron venu des terres au nord de la Tour Sombre... Nous avons appris la façon dont la sorcière, Morgane, a ensorcelé votre Reine, et que cela a été rompu par le Seigneur Merlin. Mais un chagrin plus grand que vous ne le réalisez vous a été épargné, car lorsque Brevan a demandé notre aide, nous avons immédiatement réalisé ce qui s'était produit. »

Arthur fronça les sourcils.

« Et de quoi s'agit-il ? »

Le druide demeura solennel.

« La femme de Brevan a été enlevée dans leur maison, peu avant l'enlèvement de votre Reine. Elle a été emmenée dans la Tour Sombre, puis rendue trois jours plus tard, mais elle n'était pas elle-même. Nous croyons que le sort qui a été tenté sur votre Reine, dont elle a échappé, a d'abord été testé par Morgane afin de s'assurer qu'il marcherait. La femme de cet homme a été sa victime innocente. »

Arthur se leva, immédiatement concerné.

« Vous espérez que Merlin sera capable de briser l'enchantement ?

– C'est exact, Sire. »

Arthur regarda l'un des chevaliers présents.

« Emmenez-les attendre dans l'antichambre, et faites informer Merlin et Gaius. Ce qui a été fait au juste à la femme de cet homme, doit être discerné avant qu'une solution puisse être trouvée. »

Brevan et le druide furent escortés hors de la salle, mais lorsqu'ils furent partis, la porte à l'arrière de la Salle du Conseil s'ouvrit. Gaius et Merlin entrèrent, le visage sombre.

« Qu'avez-vous pensé de ça ? »

Merlin fit les cent pas au milieu de la pièce, agité.

« Nous connaissons, grâce aux descriptions de Gwen, la structure et l'arrangement du sort auquel elle a été soumise dans la Tour Sombre. Et je connais, pour l'avoir examinée après, le stress qu'il a placé sur son esprit. S'il était devenu plus profond, alors même en marchant dans l'Ancienne Magie, je n'aurais peut-être pas été capable de l'enlever. »

Gaius intervint, sombre.

« Mais si la femme de cet homme, Brevan, a été soumise au même rituel et qu'il a pu suivre son cours, alors je crains que Merlin ait raison et qu'il puisse ne pas être possible de le défaire. »

Il s'arrêta, songeur.

« Dans ma jeunesse, j'ai entendu parler d'un rituel de l'Ancienne Religion, appelé le Teine Diaga le Feu Sacré. L'officiant se servait de la racine de mandragore pour provoquer des terreurs inimaginables aux victimes. Leurs cris pouvaient être entendus à vingt lieues à la ronde... Lorsque le rituel était enfin terminé, leur volonté n'était désormais plus la leur. Elles devenaient les esclaves de la grande prêtresse pour l'éternité. »

Merlin se tourna vers lui en fronçant les sourcils.

« Et la Triple Déesse laissait ses prêtresses faire cela ? »

Gaius soupira.

« C'était un sort réservé uniquement aux crimes les plus horribles contre l'Ancienne Religion, pour ceux que les Disir avaient décrété être au-delà de toute rédemption. Être esclaves de la prêtresse, garantissait que ces individus obéiraient à la volonté de l'Ordre et œuvreraient pour le bien général. »

Merlin commença à se renfrogner.

« Et donc une fois de plus Morgane pervertit quelque chose qui, bien que je ne l'aurais jamais approuvé personnellement, a été créé comme un moyen de dissuasion et une punition pour ceux qui avaient commis des crimes indicibles. Elle a utilisé sa connaissance pour réduire l'épouse de cet homme en esclavage comme simple test de la puissance du rituel, afin de savoir qu'elle y arrivait avant de l'utiliser sur Gwen. »

Il se remit à faire les cent pas.

« Je ne tolérerai pas cela. Je dois faire quelque chose pour la femme de Brevan, ou au moins essayer. En savez-vous plus ? »

Gaius secoua la tête avec regret.

« Je suis désolé, mais de tels mystères n'étaient révélés qu'à une poignée de femmes initiées. En tant qu'homme, je n'accédais à l'information que par les rumeurs.

– Mais il doit y avoir quelqu'un qui peut nous aider. »

Gaius croisa les mains, solennel.

« Je ne vois que deux personnes qui pourraient peut-être nous donner la réponse... L'une est Morgane Pendragon, l'autre est la Dochraid. On peut la trouver dans une grotte au nord de l'Île Fortunée. Mais je te préviens, Merlin, nul ne peut faire confiance à la Dochraid. La Dochraid servait les prêtresses de la Triple Déesse, et même maintenant que la Déesse est morte, cela n'aura pas changé. Elle ne doit jamais découvrir ta véritable identité, car elle la révélerait presque certainement à Morgane. »

Le visage de Merlin se durcit, et il se retourna pour sortir.

« Faites savoir à Brevan que je cherche une façon de libérer sa femme du sort. Je serai de retour avant la nuit. »

Arthur fit un pas en avant, le rappelant.

« Merlin ! Ça ne fait que deux semaines que tu as été empoisonné ! Tu ne crois pas que tu devrais emmener quelqu'un avec toi ? »

Merlin lui jeta un regard par-dessus son épaule.

« Eh bien, si vous êtes volontaire pour venir avec moi, et voler sur Scild, alors vous êtes le bienvenu. »

Arthur grimaça, et Merlin sourit.

« C'est bien ce que je pensais. Ne vous en faites pas, je ne serai pas trop long. »

Il sortit à grands pas de la Salle du Conseil et monta sur le toit, où Friou prenait son bain de soleil habituel. La vouivre fut heureuse de s'envoler avec lui sans avoir besoin d'un ordre, tant elle y était habituée maintenant, et se dirigea vers l'ouest à sa commande.

Il ne fallut pas longtemps pour trouver la grotte dont Gaius avait parlée, bien que ce soit avec une hésitation considérable que Merlin y entra après s'être vieilli jusqu'à quatre-vingts ans. Il pouvait sentit une présence ici, qui bien qu'elle semblait humaine d'une certaine façon, elle était tout le contraire d'une autre façon. Quiconque se trouvait ici avait peut-être été une personne normale autrefois, mais était désormais liée à la magie de la grotte dans une forme tordue d'immortalité. Tant qu'il y avait de la magie ici, la Dochraid vivrait, et cependant des lueurs de folie teintaient le tout. La solitude et les ténèbres de la grotte avaient probablement pourri la personnalité qu'elle avait avant d'être liée à cet endroit.

« Qui ose pénétrer dans la grotte sacrée ? »

Merlin marqua une pause, ayant à peine dépassé la lumière de l'entrée de la caverne, et il se retourna pour voir la silhouette recourbée d'une vieille femme se lever dans les ténèbres. Ses cheveux gris étaient ternes, et ses yeux avaient disparu depuis longtemps pour laisser place à des cicatrices ondulées au-dessus d'un sourire de dents noircies. Oui, cet endroit lui avait accordé l'immortalité, mais elle l'avait chèrement payée.

« Je suis venu implorer la Dochraid. »

Il y eut un moment de silence, puis elle tendit le bras vers lui.

« Donnez-moi votre main. »

Merlin l'approcha prudemment, et fit de son mieux pour réprimer un mouvement de recul quand elle saisit sa main et commença à la renifler. Elle la lâcha alors, et se renfrogna.

« Je sens l'odeur nauséabonde de l'inimitié. Vous n'êtes pas un ami de l'Ancienne Religion, pas comme elle était. Ni un de ceux de Morgane Pendragon. »

Le visage de Merlin se durcit.

« Grande Dochraid-

Silence ! lui siffla-t-elle. Je te connais, Emrys. Tu ne trouveras aucun soulagement pour la femme du bûcheron en ces lieux.

– Comment savez-vous pourquoi je suis venu ? »

Elle eut un sourire de malice.

« C'est moi la Dochraid. La terre s'adresse à moi. Tu es loin d'être le bienvenu. Disparais ! »

Merlin prit une grande inspiration, résigné à faire quelque chose qu'il avait voulu éviter.

« Je ne peux pas faire cela. Pas avant d'avoir obtenu ce que je veux.

– Tu as donc l'audace de défier l'Ancienne Dochraid ? Toi, un malheureux sorcier ! »

Merlin la regarda, sans être impressionné.

« Et pourtant j'obtiendrai ce pourquoi je suis venu... car il semble que la terre ait négligé de vous dire certaines choses sur moi. »

Elle lui fit face, tout sauf intimidée par ses paroles.

« Je suis une créature de la terre, tu ne saurais me tuer. »

Merlin secoua la tête, et en l'espace d'une seule respiration, il saisit la magie de la grotte avec sa volonté. L'Ancienne Magie lui répondit volontairement, tandis qu'il commençait à défaire les liens qui y attachaient la Dochraid un par un.

« Ma volonté dirige désormais l'Ancienne Magie, et elle m'obéit comme elle a autrefois obéi à la Triple Déesse... Ne pensez pas que je ne peux pas ou que je ne veux pas vous détruire. »

Il trancha plusieurs liens d'un coup, faisant hurler la Dochraid, puis marqua une pause sans relâcher le reste de sa prise.

« Je ne veux pas vous faire plus de mal, Dochraid. Dites-moi ce que je veux savoir. »

Elle lui rugit dessus, à la fois enragée et effrayée.

« Sache que la femme du bûcheron est perdue, Emrys. Son esprit a été consumé par le Teine Diaga, étroitement uni à la roue d'argent pour l'éternité. Son corps n'est qu'un vaisseau fantôme, habité par la volonté d'une autre.

– Dites-moi comment rompre le sort. »

La Dochraid eut une expression de mépris.

« Seuls les plus grands sorciers se risqueraient à entreprendre une telle chose. »

Merlin, fatigué de ses railleries, rompit un autre de ses liens à la grotte.

« Comment ? »

La Dochraid frissonna, gémissant avant de répondre :

« Tu dois voyager jusqu'au Chaudron d'Arianrhod. Là, tu auras besoin de tous tes pouvoirs, car tu devras appeler la Blanche Déesse, patronne de la guérison. »

Merlin avança d'un pas vers elle, la faisant trembler.

« Et ensuite ? C'est tout ?

– Non, Emrys... La femme du bûcheron devra entrer dans le chaudron. Le pouvoir de la Déesse réside dans les eaux pures du chaudron. Seul leur contact aura la vertu de la guérir. Ne l'oublie pas, Emrys, la femme doit entrer dans l'eau sans y être contrainte. Si quelqu'un employait la ruse, la force, ou la séduction, elle tomberait dans les abysses et serait perdue pour l'éternité. »

Merlin relâcha sa prise sur la magie de la grotte, et s'éloigna de la vieille femme.

« Merci, Grande Dochraid. »

Il se retourna pour partir, mais lorsqu'il eut le dos tourné, la Dochraid pointa du doigt une dague gisant sur le sol dans les ténèbres.

« Ataese ! »

Elle vola vers le dos de Merlin, mais il se retourna en un instant et la planta dans le sol. Puis, en punition de sa présomption, il arracha la moitié des liens restants de la Dochraid à la grotte. Elle hurla, son pouvoir handicapé, et il sortit. Elle se remettrait, avec le temps, et son lien avec la grotte repousserait... Mais elle n'oublierait pas, et ne répéterait pas son erreur.

Le retour de Merlin à Camelot fut solennel, et quand il se dirigea vers l'antichambre où attendaient Brevan et le druide, cela ne changea pas.

Le druide se leva et s'inclina lorsque Merlin entra, mais lorsque Brevan se leva également, Merlin prit la parole avant qu'il n'ait l'occasion de dire quoi que ce soit.

« J'ai découvert un moyen possible de vous rendre votre femme, mais je ne peux le garantir et s'il échoue alors elle vous sera perdue pour l'éternité. Désirez-vous toujours essayer ? »

Brevan le regarda, ce jeune homme qui avait quelques années de moins que le druide qui avait dit qu'il était le seul espoir. Merlin ne ressemblait pas à un puissant sorcier, et pourtant le respect que lui témoignait clairement le druide, était une preuve suffisante que les apparences étaient manifestement trompeuses.

« Je ferai n'importe quoi pour la récupérer. Pour pouvoir la ramener à la maison auprès de notre fille, et que nous soyons de nouveau heureux. N'importe quoi. »

Merlin prit une grande inspiration, et se résolut à aller jusqu'au bout.

« Alors soyez prêt à partir au lever du soleil. Nous devons emmener votre femme au Chaudron d'Arianrhod, où elle devra entrer dans l'eau avant que le rituel ne puisse avoir lieu. Vous devez venir avec nous, ainsi que votre fille, car si quiconque peut atteindre ce qui reste de l'esprit de votre femme, c'est vous deux. Vous seuls pouvez la faire entrer dans l'eau de son propre chef, et il faut qu'il en soit ainsi. Car si elle entre par un autre moyen, cela la détruira. »

Brevan hocha la tête avec compréhension, des larmes d'espoir et de détermination dans les yeux.

« Alors nous le ferons. Nous le ferons ! »

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Seul inconvénient d'avoir Merlin qui exerce librement sa magie au lieu de se cacher : pas de Dolma dans cette fic ! Je sais que Merlin déguisé en vieille dame était très drôle, mais il n'a aucune raison de se déguiser cette fois et je doute que Brevan apprécie qu'il fasse le pitre pendant qu'il essaye de sauver sa femme...