! BLABLA DE L'AUTEUR !

Salut tout le monde ! Et me revoilà de retour avec un nouvea chapitre :) Donc vous savez quoi ? Eh ben je vais faire une dernière modification dans ma fréquence de post : Je posterais quand je pourrais ! Voilà ! Parce qu'une fois par mois, c'est trop long, une fois par semaine, c'est trop court, alors je posterais au fur et à mesure que mon histoire avancera ! Je garderai toujours deux ou trois chapitres d'avance, pour ne pas me retrouver complètement à la bourre, donc voilà ! :) Dernier changement, promis !

Chamonutella : Haha ! Oui, je vois tout à fait ce que tu veux dire :D Et je peux te garantir que ce ne sera pas le cas ici :3 Ils ne seront pas ensemble tout de suite, Romane est un peu sauvage sur les bords, et ne parlons même pas de Daryl :) En tout cas, ravie que mon histoire te plaise :D Et ne t'en fais pas pour la fréquence de post ;) Merci !

Anthales : Merci :3 Le fait que tu me dises apprécier les scènes d'actions me fait énormément plaisir car ce sont les scènes où je passe le plus de temps et où, je l'avoue, j'avais un peu peur de me rater, car je n'avais encore jamais vraiment essayé d'en écrire :D Donc, merci !

Lollie Lovegood : Merci également à toi aussi ! Je suis dans la fanfiction depuis un petit moment maintenant ( même si je ne poste pas forcément tout ce que j'écris ), et ça aide pour pouvoir respecter les caractères des personnages originaux :) Et pour mes personnages, tu n'as pas encore finis de les découvrir, je peux te l'assurer ;)

Rosie : Merci :D

Chapitre 6 :

Deux jours. Je n'avais jamais compris à quel point ce laps de temps pouvait paraitre long quand on n'avait strictement rien d'autre à faire que d'attendre que quelque chose se passe. Je sentais chaque cellule de mon corps réclamer fermement un peu d'action. J'avais envie de bouger, de faire quelque chose. De plus, l'ambiance n'était pas au beau fixe. Moi et Gwen étions adossées à un des murs du hall principal, côte à côte, tandis que le groupe était réuni autour de la table. Malgré l'expédition au centre commercial, la méfiance du groupe vis-à-vis de nous n'avait pas baissé d'un cran. A part Beth et un peu Hershel, personne ne nous adressait la parole. Un peu les prisonniers aussi, parfois. Celui avec la moustache, là, Axel, avait déjà tenté de nous approcher. Je l'avais méchamment envoyé balader quand j'avais vu son regard un peu trop insistant sur le peu que laissait voir le col de mon sweat à capuche. S'il pensait vraiment que j'avais que ça à foutre…

Je poussai un profond soupir et laissai ma tête retomber contre le mur, dans mon dos. À côté de moi, Gwen tourna la tête et m'adressa un tout petit sourire que je lui rendis. Elle semblait lire dans mes pensées et deviner que j'en avais plus que marre. J'avais vraiment passé trop de temps à l'extérieur. Je ne supportais plus de rester inactive désormais. J'avais l'impression de perdre mon temps. Il y avait tellement de choses à faire ! Aller chercher des vivres, des munitions, des outils ! Faire des patrouilles autour de la prison ! Tuer les Mordeurs qui traînaient encore dans les parages ! N'importe quoi…

- J'en ai marre, murmurai-je, tournant la tête vers Gwen, à ma gauche. J'ai l'impression de… de… perdre mon temps ! Je… je veux sortir, chouinai-je.

- Tu peux toujours demander, qui sait, dit Gwen, un petit rire dans la voix.

Je lui lançai un petit regard puis détournai la tête, posant mon regard sur le groupe. Ils étaient tous là, en train de finir de manger. Moi et Gwen, nous avions déjà fini depuis longtemps. Malgré notre envie de savourer ce maigre repas, nous n'avions pu contenir notre faim et l'assiette avait disparu en un clin d'œil.

Mon regard passa sur tous les visages, puis il se posa sur Daryl. Ce dernier semblait inquiet, et son regard revenait souvent se poser sur Carl. Je ne pouvais que le comprendre. Cet enfant m'inquiétait également. Il ne réagissait pas comme il aurait dû réagir. Il y avait une telle froideur dans ses yeux, une telle dureté… Ce n'était pas quelque chose à voir dans les yeux d'un enfant. Il grandissait mal, selon moi. Je comprenais parfaitement que les adultes veuillent l'endurcir pour qu'il puisse vivre dans ce monde, mais là… C'était beaucoup trop. J'avais l'impression qu'ils oubliaient parfois que ce garçon n'était encore qu'un môme. Heureusement que Beth était là. Elle avait une légèreté qui faisait plaisir à voir. Elle semblait prompte à sourire, et elle avait l'air de faire du bien à Carl. Elle le tempérait.

Alors que j'étais profondément enfouie dans mes pensées, le bruit d'une porte qui s'ouvre me fit retomber brutalement sur terre, me faisant sursauter. Je tournais la tête, comme tout le reste du groupe. Nous eûmes alors la surprise de découvrir Rick, juste derrière la porte, complètement recouvert de sang. Je pinçai les lèvres et détournai la tête. Je n'avais pas envie de croiser ses yeux fous. De plus, et à ma plus grande stupeur, je m'étais rendu compte que j'avais développé un sentiment de colère envers cet homme. Au moment où sa famille avait le plus eu besoin de lui, il avait disparu, laissant sa fille et son fils livrés à eux-mêmes. Normalement, Daryl n'aurait jamais dû donner son premier repas à ce bébé. Cela aurait dû être Rick.

- Tout le monde va bien ? demanda alors Rick d'une voix rauque.

- Oui, ça va, répondit Maggie.

Je le regardai avancer dans la pièce, le bruit de ses bottes résonnant dans l'espace clos. Je ne pouvais m'empêcher de lui lancer un regard noir, et j'avais beau cligner des yeux, rien n'y faisait. C'était plus fort que moi.

- Et toi ? demanda Hershel.

- J'ai fait le ménage dans la chaufferie.

- Y'en avait combien ?

Je détournai la tête, claquant ma langue pour exprimer mon ras-le-bol. Les regards de Beth et Maggie se posèrent sur moi et je pinçai les lèvres. Gwen posa sa main sur mon épaule et effectua une petite pression pour m'inciter à me calmer, puis elle adressa un petit sourire aux filles.

- Est-ce que vous avez tous un flingue et un couteau ? demanda Rick en s'avançant vers Daryl.

Si je disais que je n'avais plus rien, est-ce qu'ils auraient au moins l'amabilité de me rendre mon couteau ? pensai-je en pinçant les lèvres pour me taire. Il fallait que je me contrôle, surtout en présence de ce dégénéré.

- Ouais, répondit Daryl. Mais on sera bientôt à court de munitions.

- Maggie et moi, on a prévu d'aller faire un tour en ville cet après-midi, intervint Glen. On a trouvé un annuaire. On sait où aller pour les balles et le lait pour l'bébé.

Mon attention fut immédiatement plus vive à la simple entente de cette phrase. Une sortie en ville ? Voilà enfin quelque chose d'intéressant. D'autant plus si cela impliquait le bien-être du bébé et des munitions. Avec un peu de chance, ils nous laisseraient en profiter également. Il fallait que j'y aille. Sortir en ville, bouger un peu… ça me ferait du bien. Ça me calmerait, sans aucun doute.

Je relevais la tête au moment où Rick repartait, fermant brutalement la grille derrière lui. Je pris une profonde inspiration, essayant de calmer la colère qu'il m'inspirait. Il disait être venu pour voir Carl ? Se rendait-il seulement compte qu'il avait eu une fille ? Se rendait-il seulement compte qu'il avait maintenant deux enfants, et non plus un seul ? Je n'en avais pas l'impression.

- Je me demande comment il va réagir quand il se retrouvera nez à nez avec sa fille, murmurai-je à Gwen. J'hésite encore entre « Oh mon dieu ! J'ai une fille ? » et entre, « C'est quoi ce truc ? ».

Gwen me lança un regard réprobateur et je secouai la tête, dépassée par la réaction du chef de groupe.

- Il vient de perdre sa femme. Il s'en veut à mort, Romane. Tu peux le comprendre ça, non ? me demanda Gwen en fronçant les sourcils, un ton de reproche dans la voix.

- … Ouai. Mais c'est pas une raison, soupirai-je. Si on réagissait tous comme ça, on deviendrait tous tarés. Aussi tarés que lui.

Gwen n'aimait pas mes paroles, et je le voyais bien. Mais c'était ce que je pensais, et on ne pouvait pas toujours être d'accord sur tout. Combien de fois nous étions nous disputées au cours de l'année qui venait de passer ? J'avais arrêté de compter depuis un long moment déjà.

Tournant la tête vers Gwen, je lui fis un petit sourire désolé, puis je détendis mes jambes, que j'avais repliées contre ma poitrine.

- Tu penses que c'est une bonne idée que j'aye avec Glen et Maggie ou pas ? demandai-je.

Habituellement, nous discutions ensemble de toutes les décisions prises. Cependant, depuis qu'on était arrivé dans la prison, trop de choses nous étaiten arrivées d'un seul coup, et j'avais l'impression de la jouer solo à chaque fois. Il fallait dire que la blessure de Gwen était un sérieux handicap pour cette dernière, et que cela amoindrissait donc considérablement ses possibilités d'action, mais je ne devais pas pour autant l'exclure de mes décisions. Depuis le début de l'épidémie, Gwen était un peu devenue une sorte de conscience pour moi. C'était elle qui me faisait redescendre sur terre quand je partais trop loin, elle qui calmait mes ardeurs et qui disait parfois clairement à ma fierté de la mettre en veilleuse quand elle estimait cela nécessaire. Je ne pouvais me passer d'elle et, sans ses conseils, je ne serais sûrement déjà plus de ce monde.

- Si tu y vas, en plus de les aider en cas de Mordeurs, on aura peut-être une chance de rafler quelques munitions au passage, murmura-t-elle. Et on pourra aider le bébé, ce n'est pas négligeable. De plus, je pense que ça nous aiderait à nous intégrer davantage.

- T'as décidé de rester ? demandai-je.

- Apparemment, répondit mon amie. Mais… je préfèrerais que tu restes, lâcha-t-elle dans un souffle. Je… Je ne me sens pas à l'aise, seule avec eux. J'ai l'impression d'être un meuble, quelque chose qu'on ignore la plupart du temps et qu'on remarque parfois quand on se cogne dedans.

Je grimaçai un instant. C'était vrai que cette fois-ci, nous n'avions pas fait les choses comme d'habitude. Cela venait principalement de la blessure de Gwen, encore une fois, mais également de l'attaque qu'on avait subi. On n'avait pas eu le temps de se poser, même si cela n'avait apparemment pas suffit à me calmer… Je me rendais bien compte que j'avais délaissé Gwen à trop vouloir nous faire accepter. Aussi pris-je la décision de me ranger de son côté, et de ne pas me proposer pour cette sortie en ville. J'allais bien trouver de quoi m'occuper ici, non ? Il y avait des choses à faire. En me débrouillant bien, je pouvais aider un peu, gagner un peu plus de confiance. C'était maintenant mon principal objectif. Il fallait que je leur montre qu'on pouvait être utile et que, s'ils nous permettaient de rester, nous ne serions pas un danger.

- D'accord, je reste.

- Merci, souffla Gwen en m'adressant un petit sourire.

J'eus un tout petit peu de mal à le lui rendre. Je ne restais que parce qu'elle me l'avait demandé. Si elle ne m'avait rien dit, j'aurais demandé à partir avec Maggie et Glenn. Mais Gwen passait avant tout. Depuis que nous n'étions plus que toutes les deux, je la faisais passer en priorité. Et quand nous étions encore quatre, c'était également elle qui passait en priorité. Ce n'était pas de sa faute, mais Gwen était plus faible. Elle l'avait toujours été. C'était physique. Petite, maigre, elle tombait assez facilement malade et elle perdait plus souvent connaissance que moi. Je ne lui en voulais pas. Elle savait se rendre utile, et elle n'était pas une faible sur le plan moral. Elle savait se servir assez bien d'un pistolet, elle avait quelques connaissances en premiers soins qui pouvaient se montrer parfois utiles et elle savait généralement prendre les bonnes décisions. C'était un atout non-négligeable quand on faisait équipe avec quelqu'un comme moi.

Une grimace amère passa sur mon visage quand une petite voix me chuchota que je n'avais pas toujours été aussi impulsive et je poussai un profond soupir. Je ne voulais pas me replonger dans le passé. Je n'étais plus la même personne qu'avant l'épidémie. J'avais changé. Tout avait changé. Ce n'était plus la peine d'en parler.

- Tu sais à quoi je pense Romane ? me demanda soudainement Gwen, le regard dans le vide, me sortant de mes pensées.

Je secouai la tête de droite à gauche. Gwen laissa sa tête retomber en arrière, contre le mur, les yeux mi-clos. Elle avait l'air encore épuisé.

- Je pense à Julian.

Un étau m'enserra soudainement la gorge et je déglutis péniblement, des souvenirs ressurgissant brutalement devant mes yeux. Julian… Il nous avait accompagnées quand on était parti sur les routes après le début de l'épidémie. Pendant un bon moment, c'était lui qui nous avait protégées, avant que nous ne puissions finalement nous défendre, Gwen et moi. Il avait toujours été là pour nous, mais maintenant, il n'était plus de ce monde. Sa mort avait été affreusement lente et douloureuse et ça avait été une véritable épreuve, aussi bien pour moi que pour Gwen.

Nous étions encore dans la forêt quand tout était arrivé. C'était l'après-midi et nous étions tous les trois dans une maison abandonnée, crevés, courbaturés, affamés. Moi et Gwen, nous n'avions pas pu résister à l'appel de Morphée et nous avions sombré dans un sommeil particulièrement profond. Alors que Julian était censé monter la garde, il avait pris la décision de sortir faire un tour dans les maisons que nous n'avions pas encore visitées, espérant y trouver quelque chose. Les Mordeurs n'avaient pas tardé à rappliquer et, alors qu'il revenait, juste sur le pas de la porte, il s'était fait avoir. Alertées par le bruit, nous étions arrivées pile à ce moment-là. La seule chose que nous avions pu faire, ça avait été de l'allonger par terre. La pensée de l'amputer ne nous avait même pas effleuré l'esprit et nous avions rapidement compris que nous ne pourrions rien faire.

L'impuissance que j'avais ressentie à ce moment-là avait été telle que j'en avais pleuré. De rage, de tristesse, de honte. Je n'avais pas eu le courage de l'achever. Il ne m'en avait pas voulu. Pas une seule seconde, alors que moi, j'avais déjà commencé à nourrir le remords qui m'habitait encore aujourd'hui. Tuer un être humain était au-dessus de mes capacités, même quand c'était une nécessité.

Il avait résisté quelques jours avant de mourir. La fièvre l'avait rapidement touché. Je me rappelais encore de son visage. Ses cheveux blonds plaqués sur son front à cause de la sueur, ses yeux verts voilés par la fièvre. Il avait résisté longtemps contre la maladie. Puis son cœur s'était arrêté, pour redémarrer deux heures et douze minutes plus tard. Gwen avait alors levé son pistolet et lui avait tiré une balle dans la tête, comme il le lui avait demandé. Le sang avait giclé, éclaboussant les murs, moi et Gwen. Cette dernière avait alors lâché l'arme et s'était murée dans un silence profond pendant plusieurs jours.

Pinçant les lèvres face à ses souvenirs malheureux, je posai une main sur l'épaule de mon amie. La mort de Julian était encore récente et la douleur toujours présente.

- Je me dis que… s'il était resté avec nous, il serait là maintenant. En sécurité, avec moi… souffla-t-elle, les larmes au bord des yeux.

Je ne dis rien. La peine que me procurait la mort de Julian était immense, mais ce n'était rien comparé à celle que devait ressentir Gwen. Car Julian avait été son petit-ami. Durant presque toute l'année qui avait passée. Pendant tout le temps de leur relation, ils s'étaient soutenus mutuellement, s'apportant réconfort et protection. Ils avaient apporté de la bonne humeur dans le groupe, ils m'avaient permis de ne pas craquer en m'aidant, en me soutenant à plusieurs reprises. La perte de Julian avait beaucoup affecté Gwen et, dès qu'elle n'était plus active, elle se replongeait dans ses pensées, se repassait chaque souvenir qu'elle avait de lui. De ce grand gars blond, aux yeux verts, un peu fou mais tellement courageux. Il avait été un ami loyal, un homme sincère et doué de compassion. Sa mort en était d'autant plus douloureuse.

- Il aurait sûrement été moins calme que moi, pensai-je, un sourire triste aux lèvres. Il aurait gueulé un grand coup, j'en suis certaine.

Gwen afficha à son tour un petit sourire, ses yeux s'humidifiant davantage. Je passai mon bras autour de ses épaules et l'attirai contre moi. Gwen posa sa tête sur mon épaule et je la sentis trembler violemment.

- Oui, c'est sûr… Il n'aurait pas pu se taire… Il était comme ça…

Je me tus. Je savais qu'il était difficile pour Gwen de parler de Julian. Elle essayait souvent, mais elle ne parvenait jamais à aligner plus de deux ou trois phrases. Le flot de souvenirs qui accompagnait ces dernières était tellement intense qu'elle finissait inexorablement par se plonger dans ses pensées, devenant aussi muette qu'une tombe. Je ne pouvais que la comprendre. Parler des personnes disparues était toujours difficile. Moi, je ne le faisais pas. C'était trop difficile et je n'avais pas la force de supporter la peine. J'évitais même de penser aux personnes qui m'avaient quittée. C'était plus simple ainsi, je pouvais garder mon esprit clair et ne pas sombrer.

Nous restâmes ainsi un long moment, adossées à un mur de la prison, la tête de Gwen sur mon épaule. Finalement, au bout d'un moment, Gwen se détacha de moi et s'étendit péniblement par terre, grimaçant lorsqu'elle devait bouger la jambe. Ce maigre effort la fit pâlir et la fatigua énormément, me provoquant un pincement au cœur. Une fois qu'elle fut allongée, elle poussa un long soupir et rabattit sa capuche sur sa tête. Elle ne dit rien, mais je compris immédiatement qu'elle était fatiguée et que le sommeil devenait de plus en plus fort. Je faillis lui faire remarquer qu'elle m'avait demandé de rester avec elle et que, maintenant, elle allait dormir, mais je retins mes paroles. De un, sa blessure l'épuisait énormément. Je l'avais rarement vu aussi épuisée. Et de deux, je lui devais bien de rester près d'elle après l'avoir un peu abandonné depuis que nous avions intégré la prison. Aussi la laissais-je s'endormir, me contentant de veiller sur elle.

Je jetai alors un coup d'œil vers le groupe. Maggie et Glenn semblaient se préparer pour la sortie en ville. Je les regardais faire, me contentant de les suivre du regard, sans bouger. Si j'avais été seule avec Gwen, j'aurais pu me déplacer librement. J'aurais pu sortir, aller chercher des trucs, des soins, de la nourriture. Cela faisait un an que nous vivions au jour le jour, dans la nature, livrés à nous-même. Aujourd'hui, je ne supportais plus l'inactivité. C'était plus fort que moi. J'en venais même à la redouter, à en avoir peur. J'avais l'impression d'être constamment à cran, de toujours attendre que quelque chose nous tombe dessus tout en sachant que nous étions dans une relative sécurité. C'était insoutenable.

Au bout de quelques minutes de silence et d'inactivité, je me tournais vers nos sacs, qui étaient juste à côté de moi, et le fis passer devant mes jambes, que j'avais repliées en tailleur. Cela faisait un moment que nous n'avions pas fait l'inventaire de nos biens et il était grand temps que je voie où nous en étions. Cela me permettrait de m'occuper un peu.

L'inventaire avait été instauré assez rapidement après le début de l'épidémie. C'était Julian qui en avait eu l'idée, et je l'avais vigoureusement appuyé sur ce point-là. Savoir ce que nous possédions, et ce, dont nous avions besoin était impératif pour pouvoir survivre. Cela nous permettait de ne pas perdre de temps dans les centres commerciales. De plus, étant donné que nous n'étions souvent que deux pour le ravitaillement, avant, c'était d'autant plus utile.

Je commençai par le sac noir. Je fouillai un instant dedans, puis j'en sortis un petit carnet, noir également. Ce dernier avait été dépouillé de plusieurs feuilles et il en restait moins que la moitié. Je l'ouvris à la première page et grimaçai. Plusieurs choses étaient barrées dans la dernière liste que nous avions établie, surtout en ce qui concernait la nourriture. Je décidai d'ignorer cette catégorie et me concentrai sur le reste. Nous avions toujours nos vêtements, ainsi que la plupart des objets que nous gardions avec nous en permanence. Je mis les armes entre parenthèses, ne sachant pas quand est-ce qu'elles nous seraient rendues, et j'en profitai pour modifier le nombre de flèches qu'il me restait. J'en avais tiré une lors de notre course-poursuite avec les Mordeurs, et elle était maintenant perdue dehors. Il ne m'en restait plus que neuf. C'était toujours ça, mais bon… Je tenais énormément à mon arc et à mes flèches, et le fait d'en avoir perdu une me restait en travers de la gorge.

Je passais un bon moment à remettre le sac noir en ordre, à ranger ce qu'il contenait de façon organisée. J'en vins même à oublier la présence des autres dans la pièce et je ne remarquai pas le départ de Maggie et Glenn. Je laissais mon esprit s'égarer sur mes souvenirs, sur toutes les petites pensées qui me traversaient la tête. Je ne faisais plus attention à ce qui m'entourait.

Ce ne fut que lorsque la pointe d'un couteau apparut devant mes yeux que je revins à moi de manière un peu brutale. À la vue de la lame aussi proche de moi, j'avais violemment reculé, me cognant durement la tête contre le mur de pierre dans mon dos. Plaquant mes mains sur mon crâne, à l'endroit où je m'étais cogné, je poussai un long gémissement de douleur.

- Putain ! m'exclamai-je, ne pouvant me retenir.

J'entendis un petit soupir las et je relevai la tête, me retrouvant face à face avec le regard déconcertant de l'homme à l'arbalète. Je fronçais les sourcils. Non mais c'était quoi ça ?

- Vous pointez souvent des couteaux sous le nez des gens ou c'est juste un traitement de faveur ? demandai-je, irritée par la douleur.

- Te plains pas gamine, j'te l'rends ton couteau. Tu vas v'nir avec nous, on va aller nettoyer les couloirs inférieurs, déclara-t-il alors.

Pendant quelques secondes, j'affichai un air étonné, presque choqué. Il était sérieusement en train de me dire de venir les aider pour s'occuper des Mordeurs ? Est-ce que c'était… une marque de confiance ? C'était presque inespéré. Trop beau pour être vrai, pensai-je, incrédule.

- Vous… vous êtes sérieux ? demandai-je quand même, incertaine.

J'avais du mal à le croire. Daryl se contenta de grogner.

- Bon, tu l'prends ce couteau, oui ou non ? Décide-toi.

Je baissai les yeux sur la lame, les sourcils haussés. Je remarquai alors que c'était mon couteau que tenait Daryl et je grimaçais pour la forme avant de me redresser. Je ne voulais pas le montrer, mais j'étais ravi du fait qu'ils me demandent de venir les aider. De un, ça prouvait qu'ils commençaient à nous accepter, et de deux, ils nous faisaient maintenant suffisamment confiance pour nous rendre nos armes. Enfin, une, pour le moment. Mais c'était déjà ça.

- D'accord, je vous suis.

Je remarquai alors que le prisonnier qui était venu avec nous en salle des machines semblait être de la partie également. Mais ce qui me décontenança, ce fut de voir que le garçon semblait également nous accompagner. Il tenait dans ses mains un pistolet avec un rajout au bout. Je me demandai rapidement à quoi cela pouvait bien servir, mais je repoussai vivement cette interrogation. Je fronçai les sourcils, interdite, et, tandis que je reprenais mon arme, je demandai.

- Vous le laissez venir avec nous ? Il n'est pas trop petit ?

Je vis les yeux de Carl se poser sur moi et le regard haineux qu'il me lança m'interloqua.

- De quoi j'me mêle ? répliqua alors vertement l'enfant.

J'accusai le coup en écarquillant légèrement les yeux et je fixai mon regard sur ce môme. Je mis quelques secondes à intégrer ce qu'il venait de dire et j'entrouvris la bouche, incrédule. Non mais pour qui il se prenait ce sale gosse ? pensai-je, ahurie. Je sentis immédiatement une petite pointe de colère engourdir légèrement mon esprit et je refermai la bouche, serrant les dents. Je fronçai alors les sourcils et, avant même que Daryl ne puisse ouvrir la bouche, j'intervins.

- Pardon ? dis-je, ma main se serrant légèrement sur le manche de mon arme. Hé gamin, on t'a jamais appris la politesse ? Crois pas que tu peux me parler comme tu veux juste parce que tu me connais pas. Je suis pas ta pote, c'est clair ? demandai-je en croisant les bras.

Non mais sérieusement ! Si je m'étais attendu à ce qu'il me parle comme ça ! Je l'avais toujours senti un peu méfiant et froid, mais je ne m'étais pas attendu à ce que cette aversion se fasse si violemment sentir. En fait, j'étais plus choqué qu'en colère, mais c'était cette dernière que j'avais choisi d'exprimer. Je n'allais pas me laisser faire par un môme d'à peine une dizaine d'années !

Carl me fixa avec colère pendant un moment, puis il finit par détourner les yeux et s'engagea le premier dans le corridor. Je le regardai faire, totalement incrédule. Il y eut un moment de flottement, puis Daryl le suivit. Le prisonnier me lança un petit regard, puis il s'engagea à son tour dans les couloirs. Et pourquoi il le détestait pas lui ? pensai-je, un sentiment amer en travers de la gorge. Je poussai un profond soupir puis amorçai un mouvement pour les suivre. C'est là que je me souvins de Gwen, et je tournais la tête vers elle, soudainement hésitante.

- Ne t'en fais pas. On va garder un œil sur elle.

Je tournai la tête vers la table, et je vis alors Hershel et Beth qui me regardaient en souriant légèrement. Je me mordis la lèvre inférieure et je lançai un petit regard à mon amie. Elle avait besoin de se reposer et on n'allait pas prendre très longtemps de toute façon. Enfin, je ne pensais pas. Je pesai rapidement le pour et le contre, puis je hochai la tête.

- Merci, dis-je alors en hochant la tête, avant de m'engouffrer à la suite des garçons.

J'avais la légère impression de faire quelque chose de mal envers mon amie. Je lui avais dit que je restais avec elle, et je partais m'occuper des Mordeurs. Je me sentais légèrement coupable. Mais j'avais la ferme intention de revenir avant que Gwen ne se réveille, histoire qu'elle ne se sente pas trop isolée. Et qu'elle ne m'en veuille pas trop au passage.

Je retrouvai les garçons à un croisement. Ils étaient en train d'examiner une porte qui semblait bloquer des Mordeurs. Daryl me lança un regard indéchiffrable et je ne pus m'empêcher de rougir légèrement avant de détourner les yeux. Je n'aimais vraiment pas son regard.

- Bien. Carl, tu vas venir avec moi, on va aller à gauche. Vous deux, dit-il en nous pointant du doigt, moi et le prisonnier, vous prenez à droite. Je veux que ces couloirs soient vides à la fin de la journée.

Je hochai la tête et raffermis ma prise sur le manche de mon couteau. Daryl nous jeta un dernier regard entendu, puis il fit demi-tour et partit sur la gauche, suivit de Carl, qui m'ignora royalement. Je le regardais disparaître au coin, les sourcils froncés, irritée. Je poussai alors un petit soupir.

- Bien. On y va ? fis-je à l'attention du prisonnier.

Ce dernier hocha la tête. Nous prîmes le couloir de droite et, dans un silence particulièrement dense, nous nous mîmes à avancer.

Au bout de plusieurs longues minutes à arpenter les couloirs en silence, je jetai un petit regard à mon partenaire. Il semblait particulièrement tendu. Tous ceux qui avaient à faire à des Mordeurs étaient forcément tendus, c'était normal, mais là… Il me faisait penser à moi quand j'avais commencé à me défendre. Il semblait prêt à abattre la moindre chose qui produirait un bruit audible. J'évitais de rester trop près de lui, des fois que ses reflex ne le fassent se retourner contre moi.

- Ça va ? finis-je par demander au bout d'un moment.

Ses doigts étaient en train de blanchir tellement il serrait fort son arme. L'homme tourna vivement la tête vers moi, en sursautant. Je dus prendre sur moi pour ne pas reculer d'un pas et je le dévisageai, un peu inquiète. Il se contenta de hocher la tête, l'air nerveux. Je pinçai les lèvres et m'approchai un peu, la main ferment serrée sur mon arme.

- Pas la peine de stresser, ils doivent pas être nombreux, dis-je, tentant de détendre l'atmosphère.

J'espérai franchement ne pas me tromper… L'homme me jeta un regard en coin et j'affichai un petit sourire. Il devait bien avoir une dizaine d'années de plus que moi, et pourtant, j'avais l'impression d'être la plus expérimentée. C'était étrange.

- Comment tu t'appelles ? finis-je par demander, histoire de faire la discussion.

- Oscar, répondit l'homme au bout d'un moment de silence.

- Moi, c'est Romane.

Le silence retomba et je sentis la tension s'apaiser légèrement dans le couloir. Oscar semblait moins à cran. J'avais moins peur de me prendre un coup perdu. C'était déjà ça.

Après une heure à ratisser les couloirs de notre côté, nous n'avions tué qu'une dizaine de Mordeurs. L'acharnement dont faisait preuve Oscar envers ces corps putrides était un peu effrayant, mais bon… La vue du sang ne me dégoûtait plus autant qu'au début. Je m'y étais faite, à force de voir des crânes exploser et des gens mourir.

Nous étions en train d'inspecter un des derniers couloirs quand un râle se fit entendre, plus loin dans le corridor. Je levais mon couteau maculé de sang devant moi et Oscar en fit de même. Le couloir était long et mal éclairé. Je n'étais pas très rassurée. Nous n'avions pas de lampe torche pour éclairer les endroits trop noirs et c'était stressant. J'aurais dû penser à emporter la mienne avant de m'engager dans les couloirs, pensai-je amèrement.

- J'espère que c'est le dernier, grogna Oscar.

- J'espère aussi.

Il était devenu plus bavard depuis tout à l'heure. Pas au point de faire une discussion très approfondie, mais on échangeait quelques phrases. Ça faisait un peu retomber la pression.

Suivant le bruit, nous nous engageâmes dans le couloir. J'essayai de regarder tout autour de nous et je priais pour que ma vue s'adapte vite à l'obscurité prononcée de ce couloir. Je n'avais pas envie d'avoir de mauvaises surprises. À côté de moi, je sentis Oscar se rapprocher légèrement. Je retins une petite grimace en sentant son arme me frôler le bras et je me décalai légèrement sur la droite. Je butai alors sur quelque chose et je me reculai d'un bond, retenant difficilement un cri d'effroi. J'entendis alors très distinctement un grognement guttural, suivit d'une série de craquements affreux. Je vis alors une masse sombre se redresser contre le mur et, avant même qu'elle ne soit complètement debout, la hache d'Oscar se planta dans ce qui devait être sa tête. Un borborygme répugnant se fit entendre, et le Mordeur s'effondra à nouveau au sol. D'un coup de pied, mon partenaire lui défonça le crâne et je sentis la cervelle gicler jusque sur mon jean.

- Ça va ? me demanda alors Oscar.

- Ouais, dis-je, la voix légèrement tremblante. J'ai juste buté dedans.

Je poussai un profond soupir et me remis en route. Heureusement qu'il faisait sombre, parce que la peur devait encore se voir sur mon visage. Ce Mordeur m'avait fichu une de ces trouilles ! Mon cœur avait fait un tel bond dans ma poitrine que j'avais eu l'impression qu'il allait en sortir. J'avais beau avoir l'habitude de tomber sur ces choses constamment depuis maintenant plus d'un an, elles arrivaient encore à m'effrayer. C'était frustrant.

Alors que nous arrivions au bout du couloir, d'autres râles se firent entendre, et je ne pus retenir un soupir de lassitude. J'en avais marre. Mon bras me lançait. J'avais été blessée récemment et, à force de tuer des Mordeurs, la douleur se réveillait. Mais c'était encore supportable pour l'instant.

Ils étaient deux. Ça allait donc être simple. Un chacun, quelques secondes, un peu de sang et le tour était joué. Rien de plus facile. Un jeu d'enfant même. Rapidement, mon couteau partit exploser le crâne de celui qui me faisait face, tandis qu'Oscar s'occupait de l'autre, l'achevant en trois coups de hache. Je sentis le sang gicler jusque sur mon pull et je pinçai les lèvres. Bordel, il savait pas à quel point c'était dur de conserver des vêtements propres ?! Je poussais un profond soupir et m'avancer davantage.

Je me retrouvais alors face à face avec un Mordeur et, avant même d'avoir pu faire un geste, je me retrouvai à terre avec ce corps en décomposition sur moi. Je poussai un hurlement d'effroi et je me mis à me débattre pour repousser la mâchoire qui tentait de me mordre. Cependant, le Mordeur avait plus de force que ce que j'avais prévu et je n'arrivai pas à me dégager suffisamment pour pouvoir l'achever d'un coup de couteau.

- OSCAR ! hurlai-je alors, la respiration courte. Aide-moi !

Je sentis alors le cadavre qui m'écrasait se soulever et je m'écartai d'un bond, butant contre le corps d'un des Mordeurs que nous venions de tuer. Je me relevai, les jambes tremblantes, et je vis Oscar maintenir fermement le Mordeur qui m'avait attaqué. J'agrippai alors le manche de mon couteau et j'explosai le crâne de ce mort-vivant. Le sang gicla et je fermais les yeux. Je sentis mon visage se couvrir du liquide visqueux et je me reculai. Le Mordeur s'écroula alors entre les bras du prisonnier. Oscar balança le corps un peu plus loin puis me regarda. Je pinçais les lèvres et m'essuyai sommairement le visage. J'étais couverte de sang de la tête aux pieds.

- Merci, dis-je à Oscar. C'est décidément pas mon jour aujourd'hui, soupirai-je.

- On est toujours en vie, c'est déjà ça.

J'affichai un tout petit sourire et hochai la tête. On était toujours en vie, oui… C'était déjà ça. J'essuyai mes mains sur mon pantalon puis raffermis ma prise sur mon arme.

- Bon… On finit de nettoyer notre partie, puis on rentre. J'en ai marre de voir des Mordeurs.

Oscar afficha un petit rictus moqueur et nous continuâmes à arpenter les couloirs. J'étais davantage sur mes gardes. Je m'étais faite avoir deux fois par ces saletés, hors de question que je me fasse avoir une nouvelle fois. De plus, Oscar m'avait sauvé la vie deux fois. Ça commençait à faire beaucoup pour une personne que je ne connaissais pas.

Alors que nous arrivions dans le dernier couloir, de nouveaux bruits se firent entendre. J'espérais sincèrement que ce soient les derniers. La seule chose qui me remontait un peu le moral, c'était le fait que le chemin du retour allait être beaucoup plus simple et rapide.

Nous étions à un angle, et les bruits venaient de l'autre côté de ce coude. Oscar, qui était à ma gauche, se colla au mur, et alla se placer au bout, juste à l'angle. Je hochai la tête. Bonne idée. Je n'aimais pas trop jouer les appâts, mais c'était une bonne idée. Je me collais donc au mur de droite et m'avançai à mon tour. J'entendis alors des bruits de pas traînants et je plissai les yeux pour tenter de les voir avant qu'ils ne nous sentent. Mais il faisait trop sombre. On n'y voyait presque rien et ils étaient encore trop loin pour que je puisse les distinguer dans l'obscurité. Je raffermis ma prise sur mon arme et fis un signe à Oscar pour qu'il se tienne prêt. Ce dernier hocha la tête et leva sa hachette au-dessus de son épaule. Je pris une grande inspiration, puis je m'avançais dans le couloir.

Je distinguais maintenant les silhouettes. Elles étaient deux. Il y en avait une grande et une plus petite. Je fronçais les sourcils. Quelque chose clochait. Pourquoi ne se précipitaient-ils pas sur moi ? Ils avaient dû me sentir pourtant… Pourquoi ne faisaient-ils rien ? Et puis, cette différence de taille… Je me concentrais davantage. Le bruit de pas… Il n'était pas du tout traînant.

L'évidence me frappa alors de pleins fouets. Ce n'était pas des Mordeurs.

C'était Carl et Daryl.

Et Oscar abattait sa hachette sur eux.

Je voulus crier, mais aucun son ne sortit de ma bouche. J'avais l'impression d'être complètement paralysée. Je voyais la hache décrire un large arc de cercle au-dessus d'Oscar. Et je voyais Carl qui avançait sans se soucier de rien.

Je retrouvais soudainement toute ma mobilité et, avant même que je ne puisse réfléchir, je me précipitai sur Carl. Tout se passa alors très vite et seule la douleur sourde que je ressentis ensuite dans le bras gauche et dans les genoux me permit d'affirmer que j'étais encore vivante.

Je mis un petit moment avant d'oser rouvrir les yeux, que j'avais fermés quand je m'étais précipité sur le garçon. Je tombais alors nez à nez avec le regard déconcerté de Carl et je m'écartais. J'avais mon bras droit autour de ses épaules et je l'avais serré contre moi. Nous étions tombés au sol sous la force de l'impact et mon bras et mes genoux avaient encaissé tout le choc. La rencontre avec la dalle en béton ne leur avait pas fait de bien. Tournant lentement la tête, je regardais alors Oscar, puis mon regard descendit sur ses bras pour finir sur la hachette. Cette dernière reposait au sol, le tranchant de la lame contre le béton.

À quelques centimètres de mon pied.

Oscar sembla réaliser la chose au même moment que moi et il se recula d'un bond, l'air passablement chamboulé. Il semblait comprendre ce qu'il venait de se passer. Et moi aussi. Je tremblais de partout et je sentais mes forces m'abandonner d'un coup. J'avais failli y passer. J'avais vraiment failli y passer. J'aurais pu mourir, le crâne ouvert en deux par un coup de hache.

- Non mais qu'est-ce qui t'a pris ?!

Je relevai la tête, m'attendant à voir cette phrase dirigée vers moi, mais je vis alors que Daryl l'adressait à Oscar, qui fronça les sourcils. Il semblait mal à l'aise, mais pas suffisamment pour se laisser faire.

- C'était un accident, dit platement le prisonnier.

- Un accident ? Tu t'rends compte que t'aurais pu le tuer ?

Je fronçai les sourcils. Hé ! Et moi alors ? Comme s'il venait d'entendre mes pensées, l'homme à l'arbalète tourna son regard pénétrant vers moi et je me sentis pâlir davantage. Néanmoins, il ne dit rien, se contentant de me dévisager de haut en bas. Il sembla se radoucir et secoua la tête. Il s'approcha alors de nous et releva Carl. J'ôtai mon bras de ses épaules et tentai à mon tour de me relever. Je fronçai alors les sourcils, légèrement déconcertée. Je tentai une nouvelle fois de pousser sur mes jambes, mais je ne parvins pas à me mettre debout. Je poussai alors un petit soupir qui attira le regard de Daryl sur moi. Je me sentis rougir et je détournais les yeux.

- Qu'est-ce que t'as ? demanda-t-il.

- Je… j'arrive pas à me lever… Mes jambes…

Quelle honte… J'avais l'air de quoi ? Je me précipitai sur le gamin pour ensuite ne pas parvenir à me relever… Je devais avoir l'air faible. Je tentais une nouvelle fois de me relever, mais mes jambes étaient trop faibles. Je devais avoir eu plus peur que ce que je ne pensais. Je n'avais plus aucune force. J'avais l'impression d'avoir les jambes en guimauve.

Je fis une nouvelle tentative et, alors que je commençais à me demander si ce n'était pas plus grave qu'il n'y paraissait, je vis une main apparaître juste devant moi. Je relevai la tête et croisai le regard déconcertant de Daryl. Je déglutis péniblement et hésitai un instant à accepter son aide. Je n'avais pas envie de paraître faible, merci bien. Je n'étais pas incapable, et j'avais l'impression que cette journée s'acharnait à me prouver le contraire.

- Bon, tu t'bouges ? On n'a pas toute la journée, claqua l'homme à l'arbalète, l'air irrité.

Je lui lançai un regard contrarié et attrapai sa main. Je m'y accrochai fermement et tirai pour me relever. Mes jambes étaient affreusement faibles et je me sentais vaciller. Mon corps avait besoin de repos. J'aurais peut-être dû rester avec Gwen finalement, comme elle me l'avait demandé. Ça m'aurait épargné tous ces désagréments. Finalement, au bout de quelques minutes, je parvins à reprendre un peu d'assurance. Daryl hocha la tête puis il se détourna et commença à s'enfoncer dans le couloir, sur le chemin du retour. Je haussai un sourcil légèrement interloqué, puis je décidais de ne pas en tenir compte. Cet homme ne semblait pas m'apprécier. Du moins, il ne semblait pas encore prêt à baisser sa garde. J'en venais même à me demander qui de lui ou de Rick était le plus réticent à nous laisser rester, moi et Gwen. J'avais parfois l'impression qu'ils formaient un bloc pour nous repousser. Mais, s'ils ne voulaient pas de nous, pourquoi étaient-ils venus nous aider devant le grillage de la prison ? Ces gens étaient totalement incompréhensibles… À moins que ce ne soient que les têtes pensantes, Daryl et Rick, qui étaient juste un peu trop méfiant ? Je pouvais comprendre, mais bon… Bon sang, c'était d'un compliqué tout ça… À s'en donner mal à la tête.

Sur le chemin du retour, la tension était palpable. Daryl ne semblait pas avoir décoléré et Oscar se tenait à l'écart, l'air totalement renfermé. Si j'avais réussi à lui arracher quelques mots lors de l'aller, je n'avais même pas l'audace d'essayer sur le retour. Il semblait totalement hermétique. Et puis, ce n'était pas les seuls à apporter des tensions. Je sentais également que le gamin n'était pas très à l'aise. Il se tenait le plus loin possible de moi, évitait tout contact, ne serait-ce que visuel. C'était tout juste s'il osait marcher devant moi. Il avait l'air impassible, mais il était agité. Il faisait tournoyer son pistolet entre ses mains et je le sentais moyen sur ce coup-là. Mes yeux ne lâchaient pas l'arme et si je n'avais pas eu peur de me prendre une balle, je la lui aurais ôté des mains. C'était dangereux bon sang ! Confier une arme à un gamin, non mais quelle idée…

Nous mîmes moins de temps à revenir à notre point de départ et en un peu moins d'une demi-heure, nous étions de retour au croisement. Je poussais alors un soupir particulièrement soulagé et je sentis mes muscles se détendre légèrement. Derrière les grilles, nous serions en sécurité. Bon, maintenant, nous l'étions aussi plus ou moins ici, puisque nous venions de faire le nettoyage, mais je me comprenais. Les grilles, c'était rassurant. Étrange, n'est-ce pas ?

Alors que nous passions les uns derrière les autres dans le couloir qui menait au hall de notre partie de la prison, un bruit de métal me fit me retourner en sursaut, poignard levé. Je me rendis alors compte que ce n'était rien d'autre que la porte que les garçons avaient examinée avant d'inspecter les couloirs. Je poussai un léger soupir.

- Hé ! Faudrait pas s'occuper de ceux-là aussi ? demandai-je alors.

Le chef de notre petite troupe, Daryl, se tourna vers moi, l'air totalement impassible. Je haussai un sourcil interrogatif, attendant une réponse.

- Ils ont pas l'air très vif. On peut s'en occuper plus tard.

- Si on le fait maintenant, pas besoin d'y revenir, argumentai-je.

Je vis un tic agiter furtivement le visage de l'homme à l'arbalète et je détournais légèrement le regard, mal à l'aise. Je disais ça pour ne pas avoir à faire une autre descente dans les couloirs pour deux misérables Mordeurs. C'était pour ne pas avoir à faire de nouveaux efforts, inutiles, soit dit en passant. Mais apparemment, ça ne plaisait pas.

Détournant le regard davantage, je portai mon attention sur la porte. Elle cognait contre l'encadrement de façon irrégulière et le bruit résonnait dans le couloir en agressant mes tympans au passage. Je n'entendais que ça, le son résonnait jusqu'au plus profond de moi. C'était horripilant et extrêmement angoissant. J'avais du mal à en faire abstraction. De plus, j'étais presque certaine qu'on pouvait l'entendre du hall de la prison.

Soudain, alors que j'écoutais encore le bruit, quelque chose me parut bizarre. Lentement, en faisant attention à ne pas faire de bruit, je m'approchai de la porte.

- Hé ! Qu'est-ce que tu fais ?

Je tournais légèrement la tête vers Daryl, les sourcils froncés, concentrée sur ce que j'entendais. Quelque chose clochait. Je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus, mais il y avait quelque chose d'étrange. C'était frustrant de ne pas savoir. Je m'approchais davantage de la porte et appuyais dessus. La porte ne bougea plus, mais je sentais une force s'exercer de l'autre côté. La porte ne butant plus contre son cadre en métal, le silence se fit dans le couloir, aussi insupportable que le claquement métallique. Je compris soudain ce qui clochait.

- Il n'y a pas de râles… murmurai-je, plus pour moi-même que pour les autres.

- Quoi ?

Je me tournais vers Oscar, la main toujours fermement appuyée contre la porte. Je regardai chacun des garçons.

- Vous entendez ? Il n'y a aucun râle. Aucun grognement, rien du tout. C'est le silence total là-dedans.

Je vis Daryl froncer les sourcils et je ne pus m'empêcher d'être soulagée. Je n'étais pas la seule à trouver cela étrange. C'était pourtant l'une des premières choses que l'on apprenait au contact des Mordeurs : se fier à son ouïe. C'était la chose la plus sûre après les armes. Les Mordeurs se faisaient toujours entendre avant de se faire voir, c'était comme ça. Quand on était dehors, seul, on apprenait vite à remarquer ce genre de petite chose. C'était ce petit truc qui faisait qu'on pouvait avoir une chance de survivre face à une horde. Et c'était également ce petit truc qui me faisait penser de plus en plus que ce qui se trouvait derrière cette porte était tout sauf un Mordeur. Pourtant, je ne fis rien. J'attendais la réaction du chef de notre petit groupe. Daryl fixait la porte du regard, impassible. Je me demandais ce à quoi il pouvait bien réfléchir. Je n'arrivais pas à le cerner et c'était assez déconcertant. Habituellement, j'étais assez douée pour comprendre les gens qui m'entouraient. Mais lui… Impossible. C'était frustrant.

- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda alors Carl, brisant le silence qui s'était installé.

Je croisai les bras sur ma poitrine, attendant également la réponse. Je vis alors l'homme à l'arbalète pincer les lèvres et relever l'arbalète qu'il avait abaissé quelques instants plus tôt.

- Poussez-vous.

J'obéis docilement et m'écartais de la porte. Je ressortis quand même mon couteau de la boucle de ma ceinture, là où je l'avais rangé juste après avoir repris le chemin du retour. Je me tenais prête à réagir en cas de problème. Je vis Daryl s'approcher de la porte et j'eus soudain peur de m'être trompé. Et si c'était vraiment un Mordeur ? Et si Daryl n'arrivait pas à réagir à temps ? Je n'étais pas sûre de pouvoir supporter le poids d'une telle faute, si faute il y avait. Sans trop m'en rendre compte, je me mis à prier pour ne pas m'être trompé et je raffermis ma prise sur mon arme, me rapprochant légèrement de l'homme à l'arbalète, au cas où. Je le vis alors prendre une rapide inspiration et ouvrir la porte d'un coup.

D'abord, je ne vis que le fond de ce qui semblait être un petit placard et je fronçais les sourcils, indécise. Ce ne fut qu'en baissant les yeux que je vis le corps faible et mal en point de Carol. L'information mit quelques secondes à parvenir à mon cerveau. J'avais du mal à régir. Ce n'est qu'en voyant Daryl se précipiter sur la femme qui semblait au bord de l'inconscience que je réagis, l'esprit embrouillé. Sans trop réfléchir, je me tournais vers Carl.

- Va prévenir Hershel, dis-je, elle n'a pas l'air d'aller bien !

Le gamin déguerpit en vitesse, l'air troublé, et je me précipitai à mon tour vers la femme étendu au sol. Daryl était déjà en train de la soulever. Carol était couverte de sang de la tête aux pieds et elle semblait extrêmement faible. En même temps, elle venait de passer un peu moins de quarante-huit heures sans manger ni boire. Je me demandais comment elle faisait pour être encore consciente.

Nous ignorant totalement, Oscar et moi, Daryl s'engagea alors à la suite de Carl, Carol dans les bras. Nous le suivîmes. Et là, tout à coup, comme si une porte s'ouvrait à la volée, l'information me percuta de plein fouet.

Carol était vivante.