! BLABLA DE L'AUTEUR !

Salut tout le monde ! Comment ça va ? Je reviens donc avec un nouveau chapitre : le 12 ! Alors, petite annonce qui, j'en suis sûre, va énormément faire plaisir à certaines, il y a du Daryl dans ce chapitre :D Alors, pour tout vous dire, j'ai eu énormément de mal à écrire le passage (vous le reconnaîtrez), c'est pour ça que j'avais eu un peu de retard à un moment :) Mais voilà, le chapitre 12 est là, et je vais bientôt vous laisser lire tranquillement ;)

Shitada : Merci pour tous les compliments :D Ça me fait plaisir de voir que tu apprécies autant mon histoire :) Et surtout mes OCs :3 C'est mes petits bébés, donc je suis fière qu'ils plaisent :3 En tout cas, j'espère que tu continueras à suivre l'histoire ;)

Chamonutella : Et oui, je te l'avais dit :/ Mais je me rattrappe avec ce chapitre :D Et tu verras, ça ira en s'améliorant sur ce point-là :3 Et je suis ravie de voir toujours autant d'engouement pour mon histoire de ta part :D Merci de me suivre depuis le début ;)

Leonore : Merci :D Pour le background, j'ai une idée très précise de ce qu'a été la vie de Romane et de Gwen avant l'épidémie, mais je révèlerais de plus en plus d'info au fil de l'histoire :) Ravie de savoir que tu attends impatiemment la suite de l'histoire :D Et pour ce qui est du retour de Daryl, dans la série, j'étais pareil *.* J'étais trop heureuse :3 Encore Merci ;)

Lucie : Merci ;)

Juste D : Romane et Rick... Une longue histoire qui n'est pas prête de s'améliorer :D En tous cas, je suis super contente de savoir que tu continue à suivre l'histoire :D Ça me fait plaisir :3 Merci ;)

Voilà, maintenant, je vous libère ! Bonne lecture ! ;)

Chapitre 12 :

Là, la seule chose dont j'avais envie, c'était de la musique. J'avais envie d'enfoncer une paire d'écouteurs dans mes oreilles et de me saouler avec une musique au volume maximum. J'avais envie de me couper du monde, seulement l'espace de quelques minutes. Juste le temps de me reprendre, de me ressaisir, ce que j'avais de plus en plus de mal à faire. Mes nerfs étaient mis à rude épreuve. On avait perdu Axel, ainsi qu'une bonne partie de la prison. Des Mordeurs rôdaient tout près. On ne pouvait plus sortir. Les vivres s'épuisaient, tout comme les munitions. On ne pouvait plus rien faire. On était pris au piège comme des rats. Le Gouverneur était sûrement en train de nous attendre de pied ferme aux portes de la prison, prêt à nous cueillir. Il n'attendait sûrement que ça. Et moi, tout ce que je pouvais faire, c'était de rester là, les bras ballants, à attendre. Je ne pouvais être utile à rien. Avec mon bras immobilisé, je ne pouvais participer à aucune activité. Je ne pouvais même pas faire la vaisselle ! C'était pour dire ! J'avais voulu aider Carol, hier soir, après le maigre repas qu'on avait avalé à la va-vite, mais elle m'avait gentiment fait comprendre que je n'en étais pas capable. Ça avait été la touche finale qui avait terminé de pourrir ma journée. Parce que, après la matinée hantée par le souvenir de mon frère, le retour à la réalité accompagné d'une touche de Gouverneur et de Mordeur, il y avait eu le retour entre les murs protecteurs de la prison et les prises de tête. Pour la plupart, elles tournaient toutes autour d'un seul et même sujet.

Merle.

Si le retour de Daryl avait été vu par tout le monde comme un miracle inespéré, le fait qu'il soit accompagné de Merle avait franchement refroidit l'enthousiasme des membres du groupe. Le mien peut-être plus que celui des autres. J'avais été tellement soulage du retour de Daryl que je n'avais même pas vu Merle à côté de lui. Je n'avais réalisé sa présence que lorsqu'on était tous rentré dans la prison, juste après le carnage. Autant dire que les « retrouvailles » ne s'étaient pas passées dans la joie et la bonne humeur. On en était presque venus à se battre. J'avais pointé mon flingue sur lui, tandis que Merle avait tenté de me découper en rondelle avec sa lame. Sans l'intervention de Daryl, Glenn et Hershel, on se serait sûrement entretué. Finalement, j'étais parti passer le reste de la soirée dans ma cellule. Je n'étais redescendu que pour le repas, que chacun avait passé dans son coin. Bien sûr, les regards noirs avaient fusé, mais j'avais ignoré avec plus ou moins de facilité la plupart des remarques de Merle, que même son frère ne parvenait pas à faire taire. J'étais ensuite retourné dans la cellule, avec Gwen, qui n'avait pas pu supporter l'ambiance non plus.

Mais, malheureusement, rien ne s'était amélioré.

La nuit que je venais de passer avait été affreuse. Les quelques heures de sommeil que Morphée avait daigné m'accorder avaient été peuplées de cauchemars. Mon frère revenait hanter mes nuits. Comme avant. Je ne savais pas ce qui avait déclenché ce retour soudain de mes cauchemars, mais il fallait que cela cesse. Je n'en pouvais plus. J'avais tout fait pour repousser ces souvenirs au plus profond de moi, et voilà qu'ils remontaient à chaque fois que je pouvais me reposer un peu. J'avais l'impression que tout était fait pour user mes nerfs jusqu'à ce que je craque, en ce moment.

Poussant un profond soupir, je pris appui sur mon bras gauche et me redressai en position assise sur mon lit. Ma tête frôla le plafond et je la baissai légèrement, plus par réflexe que par réel besoin. Étant donné que Gwen ne pouvait absolument pas se hisser sur le lit du haut, c'était moi qui en avais hérité. J'aurais préféré avoir un lit en bas, mais on n'avait plus de place. Ce n'était pas simple, surtout pour monter, mais je ne me plaignais pas. Dans deux, trois semaines, je pourrais à nouveau bouger normalement. Gwen allait mettre un peu plus de temps à se remettre. Alors bon… S'il fallait que je galère un peu pendant encore une quinzaine de jours, c'était pas tellement grave. Tentant de faire le moins de bruit possible, je m'approchai du bord de lit, là où il y avait l'échelle, et je descendis. Heureusement pour moi, les nuits de Gwen étaient bien plus profondes que les miennes. Mon amie ne se réveilla donc pas quand je mis difficilement le pied à terre. Je la regardai dormir quelques instants. Elle avait l'air d'aller bien. Un sourire passa brièvement sur mes lèvres, puis je sortis discrètement de la cellule.

Le jour pointait tout juste le bout de son nez dans la prison. Du haut de la passerelle qui reliait les cellules de l'étage, je laissais mon regard errer dans la pièce. J'avais toujours apprécié l'ambiance qu'il y avait quand tout le monde dormait. Une sorte de silence tranquille, apaisant, mais marqué malgré tout par la présence des autres. Je savourais ces quelques instants de solitude. Ça faisait un moment que je n'avais pas eu la possibilité de m'isoler un peu. C'était toujours comme ça dans les groupes, je le savais bien. On avait constamment quelque chose à faire, et on pouvait difficilement trouver du temps libre pour s'éclipser sans que cela ne se répercute sur les autres. Mais là, je pouvais en profiter, alors je le faisais. Et, bon sang, c'était dix fois plus reposant qu'une de mes nuits !

Soudain, alors que je profitai encore du silence, un bruit mat se fit entendre de l'autre côté de la grille qui séparait les deux parties de la prison. Je tournai vivement la tête vers l'endroit d'où provenait le son et me crispai. Là, assis par terre, un sourire hautain et moqueur aux lèvres, Merle me regardait. Bon sang, je croyais qu'il dormait encore lui ! Toujours là pour tout gâcher, pensai-je, irritée. Je fis claquer ma langue contre mon palais et me détournai, prête à retourner dans ma cellule, quand le bruit d'une grille qu'on ouvre se fit entendre. Je me penchai par-dessus la rambarde de la passerelle et jetai un coup d'œil pour voir qui arrivait. C'était Rick. Je grimaçai. Entre lui et Merle, j'étais gâtée. Je poussai un soupir et m'accoudai à nouveau à la rambarde. Retourner dans ma cellule n'était plus nécessaire. Rick s'occuperait de Merle si ce dernier cherchait trop la merde. Je poussai néanmoins un profond soupir. C'était l'heure de se réveiller. Adieu moment de paix. Bonjour tensions.

Il ne fallut pas plus de dix minutes pour que Carol et Hershel se lèvent à leur tour et ne se rendent dans le hall de la prison pour commencer à vaquer à leurs occupations. Je me cachai légèrement derrière les barreaux de la passerelle, histoire de rester tranquille un peu plus longtemps. Quand les premières paroles s'échangèrent dans la pièce d'à côté, je poussai un profond soupir et décidai de descendre rejoindre les autres.

- Bonjour Romane, me salua Carol quand je passai la grille.

- Bonjour.

Je sentis immédiatement le regard noir de Merle se poser sur moi. La tension déjà présente dans la pièce s'alourdit d'une charge supplémentaire tandis que je m'asseyais à la table, juste en face de Rick et d'Hershel. À la vue de ce dernier, une pensée me traversa l'esprit et je me raclai la gorge.

- Hershel, je… Je crois que mon bandage est à refaire, soupirai-je en tirant un peu sur l'épaule de mon pull, dévoilant un bandage tâché de rouge.

- Ah oui, en effet.

Je lui fis un sourire un peu crispé puis relâchai mon pull. Dans un coin de la pièce, un rire moqueur se fit entendre et je me crispai. Je me forçai à respirer profondément pour ne pas me laisser emporter par la colère qui montait en moi et tournai la tête dans la direction opposée à Merle. Au même moment, la grille s'ouvrit une nouvelle fois, et je sentis l'atmosphère se détendre. Je compris rapidement que Daryl venait d'arriver, avant même de tourner la tête et de le voir.

- Ah ! Frangin ! Je croyais que t'allais jamais arrêter de pioncer ! s'exclama Merle.

Je levais les yeux au ciel et détournai la tête. Daryl était un élément essentiel du groupe. Il ne s'arrêtait presque jamais. Normal qu'il soit crevé et qu'il ait peut-être envie de trainer un peu au lit. En plus, en ce moment, c'était un peu la seule personne capable du groupe.

- Calme-toi, grogna Daryl en regardant dans notre direction.

Son regard se posa sur moi plus longtemps que sur les autres. Je hochai discrètement la tête. Hier, il n'avait pas été ravi de me voir menacer son frère d'une balle dans la tête. Hershel avait réussi à apaiser les tensions naissantes, et j'avais dit que je ne répondrais plus aux piques de Merle si, en contrepartie, Daryl tenait son frère en place. Je faisais peser un poids de plus sur ses épaules, j'en étais consciente, mais je n'avais pas réellement le choix. Si personne ne bridait un peu cet abruti, on allait s'entretuer.

- Bon, il va falloir s'organiser, coupa soudainement Rick.

Toutes les personnes présentes dans la pièce tournèrent la tête vers lui. S'organiser ? D'accord. Qu'est-ce qu'il voulait qu'on fasse ? Si j'étais d'accord pour bouger, je ne voyais en revanche pas ce que l'on pouvait bien faire. Le Gouverneur devait sûrement avoir planqué des hommes dehors, un peu partout autour de la prison. Il n'allait pas nous laisser riposter aussi facilement.

- Carol, je veux que tu restes ici, déclara Rick. Reste avec Oscar, Hershel et les autres, au cas où. Et repose-toi.

Carol hocha la tête, un léger sourire aux lèvres.

- Hershel, tu diras à Glenn que je veux lui parler dès qu'il se réveille, d'accord ?

Le vieil homme hocha également la tête et je haussais les sourcils. C'était la première fois que je voyais Rick gérer ce groupe. Là, je pouvais réellement dire que je faisais face à un chef. C'était étrange et rassurant à la fois. Peut-être que sa fille avait une chance de pouvoir compter sur son père, finalement. Et puis, Rick allait peut-être enfin se rendre compte que son fils se baladait constamment avec un flingue, qu'il prenait part à des expéditions dangereuses contre des Mordeurs et qu'il partait complètement en cacahuète. Presque que des points positifs. Presque, parce que si Rick se souvenait de sa place, on pouvait dire adieu à notre liberté. De penser comme d'agir.

- Daryl… Je veux te parler. Et toi aussi, ajouta-t-il en plantant son regard dans le mien. Maintenant.

Je me crispai d'appréhension. Moi ? Je me redressai maladroitement dans ma chaise, mal à l'aise. Bizarrement, je n'avais pas tellement envie de me retrouver seule avec le chef du groupe. Surtout pas après la scène d'hier soir. Parce que, oui, je savais parfaitement que Rick allait aborder le sujet Merle avec moi. Il n'y avait aucun doute là-dessus. Et ça ne me rassurait pas beaucoup, bien au contraire. Je hochai cependant la tête, quand même obligé d'accepter de le suivre.

- Mmmh ! Une petite discussion privée, hein ? intervint l'autre abruti, la voix pleine de sous-entendus horribles.

Je tournai vivement la tête vers Merle, qui me regardait en souriant, l'air moqueur. Je lui envoyais mon regard le plus noir et plissai légèrement les yeux, sourcils froncés.

- Ferme-la, abruti, sifflai-je.

L'expression de Merle changea en quelques secondes. Ses traits se durcirent, son sourire disparut et ses sourcils se froncèrent. Il se leva rapidement et fit quelques pas vers moi, menaçant.

- Qu'est-ce que t'as dit, sale… ?

- Hé ! Vous allez pas recommencer ! intervint Daryl en retenant Merle par le bras.

- Daryl a raison, ajouta Rick. On ne va pas continuer comme ça. Romane, tu me suis.

Rick avait déjà utilisé mon prénom, mais ça me faisait toujours aussi bizarre de l'entendre dans sa bouche. Je retins une légère grimace puis finis par me lever, lançant au passage un regard noir à l'abruti que Daryl retenait encore. Bon sang, mais quel crétin !

Rick me mena jusqu'au poste d'observation, barricadé à la va-vite hier soir, puis il se tourna ensuite vers moi. Je grimaçai. Il était plus grand que moi de plusieurs centimètres, et je n'aimais pas ça. Je me sentais trop petite.

- Bien. Je pense que tu sais de quoi je vais te parler, n'est-ce pas ? demanda-t-il.

Je hochai simplement la tête.

- Merle est déjà un problème en soi, mais si, en plus, vous ne pouvez pas rester plus de dix minutes ensemble dans une pièce, ça ne va pas être possible. Il va falloir régler la situation rapidement.

- Tenez-le éloigné de moi et vous vous rendrez rapidement compte qu'il n'y aura plus aucun problème, sifflai-je.

Rick soupira et se frotta les yeux, l'air épuisé.

- Il faut que tu comprennes qu'on ne peut pas faire ce qu'on veut. Si ça ne tenait qu'à moi, Merle ne serait même pas là. Mais on a besoin de Daryl, et Daryl ne restera pas sans Merle. Alors tu vas devoir faire comme nous : prendre ton mal en patience.

- La patience n'est pas vraiment une de mes qualités principales, répliquai-je.

J'étais pas de bonne humeur. La perspective de devoir supporter Merle une journée entière faisait tomber mon moral à zéro et avoir une discussion privée avec le chef n'aidait pas forcément à me mettre de meilleure humeur.

Je poussai un profond soupir et me détournai de Rick. Je passai ma main gauche dans mes cheveux. Est-ce que je pouvais espérer passer un jour tranquille au moins une fois dans cette foutue prison ?! C'était déjà pas gagné avant, mais avec Merle en plus, c'était carrément infaisable !

- Qu'est-ce qu'il s'est passé pour que vous vous haïssiez à ce point ? demanda alors le chef du groupe.

Je me tournais à nouveau vers lui, les joues subitement rouges. Je ramenai mon bras valide contre ma poitrine et détournai la tête. Il y avait différents facteurs entrant en jeu, mais si je devais dire ce qui nous poussait, moi et Merle, à nous haïr autant, c'était notre défaut commun : la fierté. Et je n'allais certainement pas le dire devant Rick. Ce dernier dut le comprendre puisqu'il n'insista pas, se contentant de soupirer. Je le fixai un instant, haussant un sourcil mi-étonné, mi-impressionné. Il avait l'air tellement plus calme que quelques jours plus tôt. Peut-être le retour de Daryl lui apportait-il un soulagement temporaire ? Peut-être était-ce l'ambiance si particulière du matin ? Je ne savais pas, mais en le voyant ainsi, l'air fatigué, calme, comme s'il subissait le poids des conséquences de ses actes, j'en venais presque à me dire qu'il n'avait pas l'air si désagréable.

Presque.

- C'est bon, je peux y aller maintenant ? demandai-je, peu désireuse de rester encore très longtemps face à cet homme. Ou est-ce que vous voulez encore parler d'autre chose ?

Rick planta ses yeux dans les miens et croisa ses bras sur son torse. Je pinçai les lèvres et le défiai du regard. Bon sang, pourquoi fallait-il qu'il soit tellement plus grand que moi ?

- Oui, il y a autre chose, déclara-t-il. J'ai remarqué que tu n'avais pas l'air de beaucoup… m'apprécier.

Les coins de mes lèvres se relevèrent en un rictus à la fois moqueur et ironique. Non, sans blagues ? Je décidai cependant de ne pas être trop désagréable. J'avais déjà beaucoup défié Rick, alors je ne voulais pas tenter la chose de pleine face. Qui savait de quoi cet homme était capable.

- Je pourrais savoir pourquoi ? demanda-t-il en haussant un sourcil.

Je fronçai légèrement les sourcils, hésitant légèrement. J'avais une liste longue comme le bras de raisons pour lesquelles je ne pouvais pas voir Rick en peinture. En premier lieu, le fait qu'il avait voulu nous foutre à la porte à peine avions-nous posé un pied dans la prison. Ensuite, le peu de respect dont il avait fait preuve envers Gwen et moi. Puis sa lâcheté. Son irresponsabilité. Son manque de compassion et de compréhension. Et j'avais encore d'autres exemples à donner.

- Romane ?

- Vous voulez que je sois sincère ? demandai-je de but en blanc. Parce que je dois dire qu'il y a pas mal de chose que vous pourriez ne pas apprécier.

Rick me regarda un instant, l'air contrarié. Puis il hocha la tête. Je dus alors retenir de toutes mes forces un sourire. J'allais m'en donner à cœur joie.

- D'accord. Vous êtes un abruti irrespectueux, instable et irresponsable que ne sait faire preuve que d'une compassion limitée et qui n'hésite pas à faire passer ses propres intérêts avant ceux d'autrui, membres du groupe à part. Je m'explique, coupai-je en voyant Rick ouvrir la bouche, les sourcils froncés, l'air particulièrement en colère. Quand nous sommes arrivées, avec Gwen, vous avez fait preuve d'un manque de respect total. Vous nous avez traité comme des moins-que-rien, mais je ne reviendrais pas sur ça, nous en avons déjà parlé, dis-je en faisant référence à la conversation que nous avions eu avant de partir pour Woodburry. Ensuite, instable. Avez-vous ne serait-ce qu'une minuscule idée de votre comportement ? demandai-je. Je peux comprendre que la mort de votre femme vous peine, croyez-moi, je sais ce que c'est, dis-je, la gorge soudainement serrée. Mais cela ne vous donne pas le droit de péter un câble pour autant. Au contraire. Dois-je vraiment vous rappeler que vous avez un fils ? Une fille ? S'il n'y avait pas eu Carol et Beth, qu'est-ce qu'il serait avenu de votre fille ? Et vos crises de folie ! La dernière a failli vous coûter la vie ! Et ne niez pas, je ne suis pas idiote, coupai-je en le voyant à nouveau ouvrir la bouche. Alors oui, pour moi, vous êtes totalement instable et irresponsable.

Je pris une grande inspiration et repris ma tirade.

- Pour ce qui est de la compassion… Je n'ai pas du tout adhéré à votre chantage, à Woodburry.

- Chantage ? s'exclama Rick, l'air incrédule.

- Oui, c'est comme ça que ça s'appelle quand on dit à quelqu'un de faire une chose sous menace de lui en enlever une autre. C'est ce que vous avez fait avec Daryl quand Glenn l'a averti de la présence de Merle dans la ville.

Rick fronça les sourcils, l'air particulièrement contrarié. Je n'étais pas en train de m'en faire un ami, bien au contraire.

- Tu aurais préféré que je le laisse rejoindre son frère, que tu détestes ? Tu aurais préféré ça ?

- Ce n'est pas ce que je suis en train de dire, sifflai-je, commençant également à perdre patience. Mais vous n'avez pas l'air de vous rendre compte de ce que ça peut faire d'apprendre qu'une personne qu'on croyait morte est finalement vivante. Comment réagiriez-vous si je vous disais que Lori était encore en vie, mais que je vous interdisais de la rejoindre ?

Les yeux de Rick devinrent soudain durs comme de la pierre et je décidai d'arrêter de tirer sur cette corde plus que sensible. Je savais ce que ça pouvait faire pourtant, mais j'avais envie de le secouer une bonne fois pour toute.

- Eh bien dites-vous que c'est quand même exactement ce que vous avez fait à Daryl. Vous l'avez empêché de retrouver un frère qu'il croyait sûrement mort depuis pas mal de temps. Alors je suis tout à fait d'accord sur le fait qu'aller voir Merle était quelque chose d'impensable et de suicidaire, mais il y a des façons de dire ces choses-là. Et vous avez fait preuve d'un manque de compassion affreux. Un grand manque d'une humanité qu'on s'évertue pourtant à sauver, terminai-je.

Je poussai un profond soupir. J'avais l'impression d'avoir un poids en moins sur les épaules. Je me sentais vraiment plus légère. Ça faisait vraiment un long moment que je retenais tout ça pour moi, et maintenant que c'était sorti, je me sentais mieux. Plus calme. Comme si une partie de ce qui m'encombrait les pensées était parti avec mes paroles. Je poussai un nouveau soupir, puis je relevais la tête pour faire face au visage crispé de Rick.

- Je parais peut-être naïve et idéaliste à vos yeux, mais je n'en ai strictement rien à faire. Pour résumé, je vous reproche votre manque d'humanité. Réfléchissez un peu à ça : vous vous battez constamment contre des morts, mais vous n'êtes pas plus humain qu'eux.

Un muscle se contracta sur la mâchoire de Rick et je pinçai les lèvres. Un long silence s'étira ensuite tandis que nous nous défiions du regard. Finalement, Rick hocha sèchement la tête et me contourna pour redescendre dans la pièce principale. J'allais lui emboîter le pas quand il se tourna vivement vers moi, l'air toujours contrarié.

- Tu restes ici. Tu montes la garde.

- Q… Quoi ? m'exclamai-je, tandis que Rick disparaissait dans l'escalier. Hé !

Mais c'était trop tard. Rick avait déjà disparu. Les yeux écarquillés, je reculai d'un pas, incrédule. Non mais c'était une blague en fait, c'était ça ? Il était vexé à ce point ?!

- C'est pas moi qui ai demandé la vérité ! m'exclamai-je avec une voix où perçait l'irritation, espérant que Rick l'entende. J'ai oublié susceptible en plus, murmurai-je plus bas.

Il allait me le payer, c'était certain. Il allait voir de quel bois je me chauffais ! S'il croyait que me punir comme une gamine de dix ans allait me calmer, il se fourrait le doigt dans l'œil jusqu'au coude ! Nom de… ! Je détestais cet homme ! Poussant un soupir colérique, je me résolus à monter la garde et pénétrai dans le petit poste d'observation barricadé puis m'assis par terre, ménageant autant que possible mon épaule. Bon, du coup, j'attendrai encore un peu pour un nouveau bandage. Et puis, c'était pas ça le plus important. E qui primait sur le reste, c'était de trouver une solution à ce merdier profond dans lequel on était. Et c'était pas gagné.

Lentement, alors que le silence apaisait lentement mes nerfs, mon regard glissa jusqu'aux Mordeurs qui se pressaient contre le portail, avides de viande fraîche. C'était rageant à voir. Je n'imaginais même pas le mal qu'ils avaient dû avoir pour nettoyer la partie extérieure de la prison, et maintenant, elle était à nouveau envahie. C'était réellement rageant. Mais ce qui me pesait le plus était de savoir qu'on était piégé, dans l'incapacité totale de faire quoi que ce soit. Ce n'était pas dans mes habitudes de rester aussi inactive.

Soudain, une voix mesquine provenant de mon passé me rappela que je n'avais pas toujours été ainsi. Je pinçai les lèvres, mais ne repoussai finalement pas les pensées qui naissaient dans mon esprit. Oui, j'avais vraiment changé depuis le début de l'épidémie. J'en venais presque à penser que cet évènement avait marqué la création d'une nouvelle Romane, totalement à l'opposé de la première. Avant, je n'aurais jamais osé tenir tête à Rick comme je venais de le faire. Je n'aurais même pas osé le regarder droit dans les yeux. Ou peut-être que si ? Je ne savais plus. J'avais l'impression que celle que j'avais été avant n'était au final qu'une esquisse qu'on effaçait pour laisser place au véritable dessin. Je me sentais plus moi-même maintenant qu'avant. Les évènements que j'avais vécus m'avaient obligé à me bouger, à prendre des décisions pas souvent faciles, à laisser mes petits problèmes personnels de côté pour faire face à des choses plus graves. J'avais fini par me débarrasser de tout ce qui me pesait autrefois. Du moins, en grande partie. Il restait encore quelques-uns des points faibles qui faisaient celle que j'étais avant en moi, et je ne parvenais pas à les éliminer. On ne se débarrassait pas si vite d'une vie entière, même avec une volonté farouche de changer.

Alors que mes pensées dérivaient de plus en plus, des bruits de pas se firent entendre dans mon dos et je jetai un coup d'œil par-dessus mon épaule. Daryl approchait. Je sentis une certaine gêne s'installer soudainement en moi et je détournai la tête. Pourquoi est-ce qu'il venait là ? C'était Rick qui l'avait envoyé ? Il était censé me faire la leçon ? Non, je voyais mal Daryl me faire la leçon. Mais je ne le connaissais pas vraiment au final. C'était même la personne avec qui j'avais eu le moins de contacts. Une certaine appréhension me prit alors et, du coin des yeux, je vis l'homme à l'arbalète s'adosser au grillage en face de moi, légèrement à ma droite. Je remuai un peu, nerveuse. J'avais décidément énormément de mal avec cet homme. C'était le seul à me mettre autant mal à l'aise. Je ne savais absolument pas pourquoi, ni comment. Et je détestais ça. Mais je détestais également de plus en plus le silence qui s'étendait dans le petit espace où nous nous trouvions. De plus en plus gênée, je pris sur moi d'engager la conversation.

- C'est Rick qui t'envoie ? demandai-je, la voix étonnamment sûre.

- Ouais, il m'a dit de monter la garde.

- C'est tout ?

Le regard perçant de Daryl se planta alors dans le mien et il fronça légèrement les sourcils. Je pris sur moi pour ne pas détourner les yeux. Bon sang, c'était ridicule ce comportement ! Romane, reprends-toi, me sermonnai-je intérieurement. Ce n'était qu'un homme bon sang !

- Ouais, c'est tout, répondit l'homme à l'arbalète en haussant les épaules.

En tout cas, ce n'était pas lui qui allait m'aider à me détendre. Il était aussi accueillant qu'une porte de prison. Pourtant, je le savais plutôt sympathique. Une certaine irritation naquit en moi quand je comparai ce comportement à celui de Rick. Hors de question d'avoir un autre emmerdeur sur les bras ! Merle et Rick étaient déjà bien suffisants.

Je reportai mon regard sur les Mordeurs et poussai un profond soupir. Une pensée me traversa soudain l'esprit et je reposai mon regard sur Daryl.

- Est-ce que tu sais comment les chiens-chiens du Gouverneur sont parvenus à atteindre les tours ? demandai-je.

L'homme resta un instant silencieux avant de s'asseoir également à terre, le regard fixé sur les Mordeurs de l'autre côté de la grille. Il haussa alors les épaules.

- C'que je sais, c'est que ce type nous veut mort et que je compte pas fuir la queue entre les jambes.

Un léger sourire passa sur mes lèvres et je hochai la tête, d'accord sur ce point-là. Mais le problème restait le même.

- On a pas assez de quoi riposter, soufflai-je, les yeux perdus dans le vague.

- Faudra bien qu'on fasse avec.

C'était fou à quel point les sujets graves pouvaient balayer tous les tracas mineurs comme la gêne. Je me prenais la tête pour des choses absolument inutiles et ridicules. Il y avait des sujets plus importants auxquels je devais réfléchir.

- Ça va ton épaule ? demanda soudainement Daryl.

Je posai à nouveau mon regard sur lui et hochai légèrement la tête, mal à l'aise. Je jetai un coup d'œil à ma blessure, tirant légèrement sur le col de mon pull. Mon bandage était toujours rouge de sang. J'aurais bien aimé jeter un coup d'œil à la plaie, mais je n'avais pas envie de trop tripoter la protection qui la recouvrait. Je rajustai mon pull et poussai un léger soupir. Une gêne constante était présente au niveau de mon épaule et je n'aimais vraiment pas ça. J'espérais vraiment que la guérison serait rapide et sans autres problèmes. J'espérai également pouvoir reprendre le maniement de mon arc sans problème. À cette pensée, je poussai un soupir de frustration et laissai retomber ma tête contre le mur. Je surpris le regard interrogateur de Daryl et fis un léger sourire un peu crispé.

- J'espère que cette blessure ne me gênera pas pour me servir de mon arc… Je ne sais pas me servir d'un pistolet, et je me vois mal me défendre uniquement avec un couteau.

Il se contenta de hausser les épaules. Je pinçai légèrement les lèvres. Ce n'était pas facile d'engager la conversation. D'un côté comme de l'autre. Il n'était pas particulièrement avenant, et je ne mettais pas vraiment de bonne volonté non plus. J'avais l'impression de perdre toute capacité de réflexion et de sortir une connerie à la seconde. Et de parler à un mur, aussi. Un mur très épais.

Le silence reprit rapidement sa place entre moi et l'homme à l'arbalète et nos regards se portèrent sur les Mordeurs qui s'acharnaient encore contre le grillage. Cependant, je n'arrivais pas à faire abstraction de sa présence. Discrètement, je lançai un petit regard en coin à Daryl et le dévisageai de plus près. Jusqu'ici, je n'avais pas vraiment eu le temps de vraiment le détailler. Et j'aimais bien observer les gens. Alors bon… De là où j'étais, je pouvais voir ses cheveux un peu trop longs lui tomber devant les yeux. Il était assis en tailleur, les coudes sur les genoux et la tête posée sur ses mains jointes. Il semblait réfléchir. Il avait les yeux légèrement plissés. Ses yeux… Je n'arrivais pas à déterminer de quelle couleur ils étaient vraiment. Au début, j'aurais dit qu'ils étaient bleus. Puis j'avais plus penché pour le vert. Maintenant, j'hésitais franchement entre les deux. Étaient-ils bleus ou verts ? Question existentielle, je le savais bien. Mon regard descendit plus bas. Il portait une sorte de chemise sans manches. Les muscles de ses bras semblaient tendus au maximum sous sa peau, comme s'il ne se détendait jamais vraiment. En même temps, je pouvais le comprendre. Ils avaient pensé être à l'abri dans la prison. Erreur. Ils avaient déjà subi une attaque de Mordeurs directement à l'intérieur, puis une attaque extérieure du Gouverneur. Il n'y avait vraiment pas de quoi se détendre. Moi-même, je sentais mes muscles tendus même dans les moments d'accalmie. En fait, c'était surtout dans ces moments-là que j'étais le plus tendue. Je ne pouvais donc que comprendre.

- C'est quoi le problème avec Merle ? demanda alors la voix de Daryl.

Je sursautai légèrement, inquiète à l'idée de mettre fait surprendre en train de le regarder, mais Daryl continuait de fixer les Mordeurs. Voyant que la réponse tardait à venir, il planta son regard dans le mien. Je pinçai les lèvres. C'était la même question que m'avait posée Rick. Je n'avais pas répondu à ce dernier. Mais, sans trop savoir pourquoi, j'avais l'impression de devoir la vérité à Daryl. J'avais l'impression qu'il pouvait comprendre. J'avais l'impression qu'il pouvait me comprendre. Je ne savais pas vraiment pourquoi j'avais cette impression. Peut-être le fait qu'on savait tous les deux ce que c'était que d'avoir un frère. Oui, c'était sûrement ça. Je fronçai soudainement les sourcils. Maintenant que j'y pensai… mes rêves… Ils avaient recommencé juste après avoir appris que Merle était le frère de Daryl… C'était une blague… Une putain de blague.

- Hé !

Je relevai la tête, revenant à la réalité. J'écarquillai légèrement les yeux en me rendant compte que je m'étais plongé dans mes pensées, au lieu de répondre. Gwen avait vraiment raison : j'avais une faculté impressionnante à me plonger dans mes réflexions. Je poussai un léger soupir et laissai ma tête partir en arrière contre le mur.

- J'ai pas très envie d'en parler… Mais je suppose que tu es le plus en droit de savoir, soufflai-je. C'est juste une question de fierté, je pense. Merle ne t'en a pas parlé ? demandai-je, un sourire légèrement moqueur aux lèvres.

Bien sûr que non, il n'en aurait jamais parlé à personne. Pas même à son frère. Il devait encore garder un souvenir cuisant de sa… défaite. Remarque, je n'en gardais pas non plus un souvenir merveilleux de mon côté, pensai-je en tirant une grimace plus qu'éloquente. C'était bien la première et dernière fois que je faisais un truc pareil.

Daryl ne répondit pas à ma question. Je tournai mon regard vers lui. Il semblait contrarié. Comme quoi, même si Merle était son frère, il n'en était pas plus tendre avec lui. Il semblait même lui en faire voir de toutes les couleurs. J'en venais presque à me demander s'ils étaient vraiment frères. Ils n'avaient rien en commun. Merle était vantard, bruyant, insupportable et, surtout, particulièrement égoïste. Daryl… Daryl semblait plus calme, plus sérieux. Il savait faire preuve de compassion, d'affection. Il fallait juste regarder la façon dont il se comportait avec Judith. Il adorait cette gamine. C'était lui qui lui avait donné son premier repas. Il faisait aussi passer certains intérêts avant les siens, comme lors de l'expédition à Woodburry. C'était certain qu'il avait beaucoup plus de qualités que son frère. À moins que ce ne soit ma colère, voir ma haine envers Merle qui m'empêchait de voir certaines de ses… qualités. Un sourire moqueur étira légèrement mes lèvres.

- Vous ne vous ressemblez pas, dis-je, en reportant mon regard sur l'amas de cadavres ambulants qui se pressait contre le grillage. Désolé de dire ça.

- Parce que toi et ton frère, vous vous ressembliez comme deux gouttes d'eau peut-être ? cracha-t-il, apparemment vexé.

Mon sourire disparut de mes lèvres en quelques secondes et mon cœur se serra douloureusement dans ma poitrine. Je tournai vivement la tête vers lui, une boule dans la gorge, des souvenirs remontant de ma mémoire. Comment est-ce qu'il savait ? Qui le lui avait dit ? Gwen ? Non, elle ne lui avait jamais parlé. Carol ? Possible… En tout cas, il savait viser là où ça faisait mal. Je pinçai les lèvres pour ne pas laisser les larmes passer la barrière de mes cils et détournai la tête. Il avait vraiment tiré sur la corde sensible. Djun était mon plus grand défaut. C'était là qu'il fallait taper pour me faire mal, et il l'avait parfaitement fait. Touché à la fois dans mon cœur et dans ma fierté, je me murai soudainement dans un silence ferme, le regard fixé sur les Mordeurs. Une pointe de colère et de rancune se mêlèrent à la tristesse que le souvenir de mon frère faisait naître en moi. Si je n'avais pas eu peur de tomber sur Rick, ou pire, sur Merle, je serais partie. Mais je n'avais d'autres choix que de rester ici.

- Je…

- Je ne veux pas en parler, coupai-je fermement, étonnée de ne pas entendre ma voix trembler sous le coup de l'émotion.

Daryl se leva et me regarda droit dans les yeux.

- Ouais, j'allais juste dire que j'étais désolé.

Je fronçai les sourcils et pinçai les lèvres. Un silence de quelques secondes s'engagea entre nous puis, finalement, je baissai la tête. Son regard… Je n'y arrivais toujours pas. C'était impossible. Il était beaucoup trop déstabilisant. Il me donnait des frissons tout le long de la colonne vertébrale, sans que je ne sache pourquoi. Et je commençais à me poser des questions.

Soudain, alors que j'ouvrais la bouche pour parler, des bruits de pas nous firent nous retourner. Glenn s'avança vers nous, l'air un peu plus en forme qu'hier.

- On se réunit tous en bas. Rick vous dit de descendre.

- Ok, on arrive, répondit Daryl.

Glenn hocha la tête puis fit demi-tour et redescendit l'escalier. Je jetai un coup d'œil à Daryl. Je rougis légèrement en croisant son regard puis il détourna la tête et commença à s'avancer à son tour pour descendre. Je poussai un profond soupir et fis un pas vers lui.

- Hé !

Daryl s'arrêta et se tourna vers moi, un sourcil haussé. J'avançai à nouveau d'un pas.

- Désolé, c'est juste que c'est un sujet dont j'aime pas parler. Et désolé aussi pour ton frère du coup, ça doit pas te plaire des masses tout ce que je dis sur lui, j'peux comprendre.

Il se contenta de hausser les épaules. Je pinçai les lèvres.

- Et si on essayait de… de ne plus en parler ? demandai-je. Je vais faire des efforts avec Merle et… Ecoute, je veux pas avoir à supporter des tensions supplémentaires, c'est déjà assez la merde comme ça, alors si on pouvait faire des efforts pour… s'entendre ?

Qu'est-ce que j'étais en train de raconter ? Pourquoi est-ce que je me sentais mal en voyant certaines tensions entre lui et moi ? En plus de son regard, toute sa personne en devenait déstabilisante. Parce que c'était normal qu'il y ait des tensions. Je le savais. Pourquoi est-ce que j'arrondissais les angles avec lui ? Je n'avais pas le même tact avec Rick, bien au contraire. Alors… Pourquoi ?

Daryl me regarda un long moment, insensible aux questions qui bouillonnaient dans ma tête, puis il hocha la tête.

- Ok, ça me va gamine.

Je fronçai les sourcils et lui emboîtai le pas tandis qu'il s'engageait dans l'escalier.

- Et arrête de m'appeler « gamine », pestai-je. Je suis pas une enfant.

Je ne l'aurais pas juré, mais je crus entendre un petit rire moqueur de la part de Daryl. Je le foudroyai du regard. Il se moquait clairement de moi. Mais je préférais presque ça à une potentielle mésentente.

Une fois en bas, nous passâmes dans la partie des cellules. Daryl adressa quelques paroles à son frère, tandis que je le dépassais en l'ignorant totalement. Je passai la grille et me dirigeai immédiatement vers Gwen, saluant Beth au passage, ainsi que Maggie et Oscar. Un sourire s'afficha alors naturellement sur mes lèvres et je m'assis à côté de mon amie sur les marches de l'escalier, juste derrière Hershel. Sa jambe était soigneusement étendue devant elle et je fis attention à ne pas la toucher.

- Salut !

- Salut ! T'étais où ? me demanda-t-elle alors, l'air un peu contrarié.

- Rick m'a obligé à monter la garde en haut, soufflai-je suffisamment doucement pour ne pas être entendu du principal intéressé.

- Il s'acharne sur toi, on dirait, dit Gwen en affichant alors un petit sourire en coin.

Je lui fis une petite grimace et Gwen lâcha un petit rire. Je la rejoignis quelques instants, relâchant un tout petit peu la pression. Je balayai la pièce du regard. Il manquait Rick. C'était pourtant pas lui qui nous avait demandé de nous rassembler ? Je fronçai les sourcils et soupirai.

- T'étais avec Daryl ? demanda Gwen.

- Mmh.

- Et… il t'a parlé de Merle ?

Je lui lançai un regard en coin puis fis un petit sourire à la fois moqueur et amer.

- Bah bien sûr, soufflai-je en regardant l'homme à l'arbalète, à l'autre bout de la pièce. On a… mis les choses au clair.

Comme s'il savait qu'on parlait de lui, Daryl releva la tête et nous regarda. Il s'approcha alors de Gwen et moi et j'eus peur un instant qu'il ne nous ait vraiment entendu. Mais non. Il se contenta de passer entre nous et de grimper à l'étage pour aller voir Carol. Gwen haussa les sourcils, hocha la tête dans ma direction et n'ajouta rien. Je l'en remerciai sincèrement. Je n'avais pas trop envie d'aborder le sujet de notre conversation.

Au bout de quelques minutes, Rick arriva à son tour dans la salle. Il referma la grille derrière lui, laissant Merle seul de l'autre côté, et s'avança vers le milieu de la pièce, où il déposa le sac qu'il avait à l'épaule. La réunion pouvait commencer, Chers Sujets, pensai-je avec ironie.

- Bon, on va pas y aller par quatre chemins : on ne partira pas de la prison. Alors…

- Rick, intervint Hershel. Tu devrais…

- On ne va nulle part, répliqua Rick en chargeant l'arme qu'il venait de sortir du sac.

Je haussai un sourcil sceptique. Mouai. Et les arguments dans tout ça ? Non parce qu'il semblait avoir pris sa décision plus par orgueil que par véritable réflexion. Ça en venait presque à m'inquiéter. Enfin, ce n'était pas comme si Rick avait l'habitude de prendre des décisions réfléchies. Apparemment, mon petit discours n'avait pas vraiment porté ses fruits. Comme d'habitude.

- On ne peut pas rester ici, répliqua fermement Hershel.

- Et si y'a un autre sniper ? C'est pas une palette en bois qui arrêtera les balles ! intervint à son tour Maggie.

- C'est vrai, il faudrait faire quelque chose pour les fortifications, intervint Oscar, debout contre un des murs de la prison.

- On peut même plus sortir.

- Pas en plein jour en tout cas, ajouta Carol du haut de la passerelle.

- Si Rick veut pas qu'on s'enfuie, on s'enfuira pas ! s'exclama Glenn.

Je lui lançai un regard sceptique et pinçai les lèvres. Il faisait preuve d'une grande dévotion envers Rick. Je trouvais ça assez bête et ridicule. On aurait dit un petit toutou fidèle à son maître. Oh, bien sûr, c'était tout à son honneur de vouloir rester et défendre la prison. Mais la façon dont il défendait ce fait était… ridicule. Selon moi.

- C'est ça ! intervint soudainement Merle, de l'autre côté de la grille. Vaut mieux se terrer comme des rats.

J'ouvris la bouche pour lui dire de la fermer, mais je me souvins soudainement de ce que j'avais dit à Daryl un peu plus tôt et je lui lançai immédiatement un regard. Il me regarda du coin de l'œil, du haut de la passerelle, et je lâchai un léger soupir avant d'afficher un petit sourire en coin et de détourner le regard.

- T'as une meilleure idée ? demanda sèchement Rick.

- Ouais, on aurait dû se tailler en douce hier soir pour pouvoir l'attaquer quand on serait prêt ! Mais on a laissé filer notre chance, hein ?

- On n'aurait pas pu sortir hier. Pas plus qu'aujourd'hui, intervins-je. Le Gouverneur s'est peut-être retiré, mais je suis certaine qu'il avait laissé des hommes déjà hier soir.

Le regard de Merle se posa sur moi, ainsi que celui de tous les autres.

- On n'a pas peur de cette enflure, répliqua Daryl.

Il aurait fallu, pourtant. J'avais l'impression que les membres du groupe ne mesuraient pas bien de quoi le Gouverneur était capable. En plus d'être sadique, il était intelligent et patient. C'était une véritable menace. Ils ne semblaient pas s'en rendre compte.

- Je ne veux pas dramatiser la situation, dis-je alors, mais je pense que tous ceux qui ont approchés le Gouverneur seront d'accord avec moi pour dire que vous devriez. Il est dangereux. Plus que vous ne semblez le penser, soufflai-je.

- Pour une fois, je suis d'accord avec elle, ricana Merle. Le coup du camion-bélier contre la grille, c'est juste sa façon de toquer à la porte ! On aura beau se planquer derrière nos gros murs, il a plus d'armes que nous, et plus d'hommes. Et s'il décide de prendre position autour de la prison, on l'aura dans le cul. Il aura juste à nous affamer pour qu'on sorte.

Comme venait si justement de le dire Merle, pour une fois, j'étais d'accord avec lui. J'avais presque l'impression que c'était le seul qui voyait la situation avec lucidité, ce qui était étonnant venant de la part de cet idiot.

Les paroles de Merle jetèrent un silence sur la pièce et je haussai les sourcils, attendant une réaction. Finalement, ce fut Maggie qui réagit, mais pas de la façon que j'attendais.

- On devrait le mettre dans un autre bloc.

- Pourquoi ? demandai-je soudainement, coupant la parole à Daryl. Parce qu'il vise juste ? Je vous dis même pas à quel point ça m'écorche la bouche de le dire, mais il a raison. Le Gouverneur, à l'heure actuelle, est plus puissant que nous.

- Ils ont pas tort, déclara Daryl du haut de la passerelle.

Je levai les yeux vers lui. Il planta son regard dans le mien et hocha discrètement la tête. Un remerciement ? Pour avoir « pris la défense » de Merle ? Je détournai le regard. Je ne sentis même pas le minuscule sourire qui prit place sur mes lèvres.

- C'est de ta faute si on en est là ! s'écria alors Maggie en se tournant vers Merle, la voix haineuse.

- Qu'est-ce que ça change que ce soit sa faute ou pas ? intervint alors Beth en descendant l'escalier, prenant soin de bien enjamber Gwen au passage. Qu'est-ce qu'on va faire ?

- Je dis qu'on devrait partir, insista Hershel. On a déjà perdu Axel. On ne peut pas rester là, à attendre

Je lançai un regard à Rick. Ce dernier baissa la tête, l'air impassible, puis il nous tourna le dos et fit mine de s'en aller. Hershel se leva alors aussi vite que le lui permettait sa jambe manquante.

- Reviens ici ! s'écria-t-il alors.

Je haussai les sourcils, stupéfaite de cette manifestation d'autorité soudaine, et Gwen me lança un regard interloqué. Rick s'arrêta. J'avais toujours vu Hershel d'un calme olympien. Il devait vraiment être en colère pour laisser exploser ce qu'il ressentait au plus profond de lui. Poussé par une volonté jusqu'à lors invisible, Hershel s'approcha de Rick.

- T'es en train de perdre pied, Rick. On s'en est tous aperçu, et on comprend pourquoi, mais le moment est très mal choisi ! s'exclama-t-il. Tu nous as dit qu'on n'était plus en démocratie…

Je fronçai les sourcils et échangeai un regard intrigué avec Gwen. Quoi ? D'où ça sortait ça ? Depuis quand est-ce que c'était d'actualité ? Minute… Est-ce que c'était pour ça que personne ne prenait de décisions à part Rick ? Non mais c'était quoi ce plan foireux ?!

- … Maintenant, tu dois l'assumer ! J'ai mis la vie de ma famille entre tes mains, s'exclama le vieil homme. Alors ressaisis-toi. Et fais ce que tu as à faire.

Je me levais alors de la marche où j'étais assise, callai mon bras gauche sous ma poitrine et m'appuyai contre la rampe de l'escalier, fixant mon regard droit dans celui du chef du groupe. Ce dernier me regarda, les sourcils froncés. Je lui fis un petit regard très explicite. Comme quoi, je n'étais pas la seule à penser qu'il partait totalement en cacahuète. Si je n'avais pas voulu éviter le conflit, j'aurais lâché un petit « je vous l'avais bien dit ». Mais je préférai ne rien dire. Je me contentai d'un regard.

Et c'était finalement bien plus explicite que des paroles.