! BLABLA DE L'AUTEUR !
Hello !
Je suis vraiment déééééésolé :o Je sais que j'ai mis un temps fou pour poster ce chapitre ! Mais, pour ma défense, c'était les vacances et, en plus, j'ai eu du mal à clôturer le dernier chapitre en cours ! Je vous stoppe tout de suite, par dernier chapitre, j'entends pas la fin de l'histoire hein ! Non, là, j'aurais été trop heureuse ! (On fera pêter le champagne ce jour-là o/). Enfin bon ! Voilà le chapitre 13, enfin !
Juste D : Toujours là o/ Contente que les lacrymos te plaisent ! Ainsi que la relation des filles avec les armes :) Et, en effet, je voyais bien Romane à la Japan Expo ! :D En tout cas, ravie que ça te plaise, comme toujours :3
Voilà ! Bon Chapitre !
Chapitre 13 :
Je passai le reste de la matinée à éviter Merle le plus possible, histoire de ne pas créer de conflits. J'en profitai pour rattraper un peu le temps que je n'avais pas passé avec Gwen. Après la réunion, nous étions toutes les deux remontées dans notre cellule et on avait discuté plus de deux heures. Ça me faisait du bien de pouvoir partager librement mes pensées avec mon amie. J'appris alors qu'elle passait énormément de temps avec Beth. Cette dernière n'avait d'ailleurs que trois ans de moins que nous. Une fois le sujet engagé, tous les membres du groupe y passèrent et nous tombâmes toutes les deux d'accord sur le fait que Rick devait absolument se reprendre, sinon, on courrait à notre perte. Gwen tenta de lui trouver des situations atténuantes, dont la mort de sa femme, mais, pour moi, ce n'était qu'une raison de plus de se reprendre. Mon amie me lança alors un regard triste que j'interprétai parfaitement bien et, mal à l'aise, je ne dis plus rien. Je savais parfaitement ce qu'elle voulait me faire passer comme message. « Ce n'est pas parce que tu es parvenu à garder la tête froide après la mort de ton frère que c'est le cas pour tout le monde ». C'était limpide. Et gênant.
Au bout d'un moment, je décidai de redescendre pour aller aider les autres autant que je le pouvais et Gwen décida de rester se reposer. De toute façon, malgré sa volonté, elle ne pouvait rien faire. Je descendis alors l'escalier et me dirigeai vers la salle principale quand je vis Rick arriver vers moi, après avoir ordonné à Maggie d'aller monter la garde à son tour.
- Le terrain est envahi par les Rodeurs. J'ai vu aucun sniper, mais on va laisser Maggie monter la garde.
En passant à côté de moi, il me fit signe de les rejoindre au fond de la pièce et je le suivis sans discuter. Ce genre de réunions ne me gênait pas. En fait, dans ce genre de situation, je les jugeais même nécessaire.
- J'peux me poster sur le mirador. Si j'abats la moitié des Rodeurs, ça sera plus facile d'aller réparer la grille.
- On peut aussi se servir des voitures pour mettre le bus en travers, intervint Michonne.
- Quoi qu'on fasse pour accéder au terrain, ça nous coûtera beaucoup trop de balles, déclara Hershel.
- Alors on est coincé ici, claqua Glenn. On a presque plus de vivres, ni de munitions.
- Il doit bien y avoir une solution, soufflai-je, tentant de calmer le jeu.
Il fallait qu'il y ait une solution, c'était impératif. Sinon… Non, il y avait forcément une solution.
- On a déjà vu pire, on s'en sortira, ajouta Daryl.
- Ça, c'était quand il n'y avait que nous ici. Avant qu'il n'y ait un ver dans la pomme.
- Combien de fois…
- On peut pas laisser Merle où il est ? demandai-je, coupant la parole à Daryl. Je pense qu'il y a plus important à gérer pour l'instant, non ?
Daryl et Glenn se défièrent un instant du regard, puis ils détournèrent chacun les yeux. L'homme à l'arbalète secoua alors la tête et monta à l'étage, l'air particulièrement irrité. Je le suivis des yeux, les lèvres pincées. Je posai ensuite mon regard sur Glenn.
- Tu penses pas qu'il y a mieux à faire que de vous monter les uns contre les autres ? sifflai-je. Là, le seul que je vois foutre la merde, c'est toi. Merle est un sujet difficile à aborder avec Daryl. Et tu es en train de l'énerver de plus en plus.
- De quoi tu t'mêles ?
- Du bon fonctionnement de ce groupe ! Il va falloir que tu fasses comme nous tous, par rapport à Merle : prendre ton mal en patience.
Je vis, du coin de l'œil, Rick me lancer un regard. Oui, je reprenais ses propres mots. Car, finalement, il n'avait pas totalement tort. Mais je ne l'avouerais jamais de vives voix. Cependant, Glenn ne sembla pas apprécier et chercha du soutien du côté de Rick.
- La cohabitation avec Merle, ça va pas le faire !
- Je peux pas le mettre dehors ! répliqua le chef du groupe.
- T'aurais trouvé ça cool de vivre avec Shane après qu'il ait tenté de te tuer ? demanda soudainement Glenn.
Je haussai un sourcil en direction de Rick. On avait voulu le tuer ? Quelqu'un n'avait pas supporté sa qualité de chef de groupe ? Qui donc n'avait pas pu supporter sa monarchie imposée, voyons ? pensai-je avec ironie.
- Merle a une expérience militaire. Il est peut-être imprévisible, mais ne sous-estime pas la loyauté qu'il a envers son frère.
La phrase d'Hershel, sans que je sache trop pourquoi, me toucha en plein cœur et je plantai mon regard dans le sien, l'air bouleversé. Des images de mon frère apparurent soudainement dans mon esprit et je me détournai un instant. Bon sang, il y avait trop d'éléments qui me le rappelaient en ce moment. Normal que j'en fasse des cauchemars.
- Et si on faisait d'une pierre deux coups ? demanda Glenn. On livre Merle au Gouverneur comme monnaie d'échange, il récupère son traitre et on négocie une trêve.
Je tournai vivement la tête vers lui, le foudroyai du regard et partis comme une flèche, le bousculant lourdement au passage. Je remontais à mon tour l'escalier et, alors que j'allais retourner dans ma cellule, je m'arrêtai, mon regard se fixant sur une autre chambre plus loin de la mienne. J'hésitai un instant, puis finalement, j'entrais dans ma cellule. Je me savais compatissante, mais à ce point-là ? pensai-je. Pourquoi est-ce que je m'approchais tellement de lui ?
Quand Gwen me vit entrer dans la cellule, elle haussa un sourcil interrogateur et je secouai la tête de gauche à droite avant de monter dans mon lit. Je poussai alors un profond soupir.
- Après Rick, c'est Glenn. Non mais vraiment…
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
J'expliquai rapidement ce que Glenn avait dit et comment avait réagi Daryl, puis moi. Gwen finit par soupirer à son tour.
- Ils se rendent pas compte qu'ils s'engueulent pour des broutilles ? demanda-t-elle finalement.
- Apparemment non…
Un petit silence s'installa entre nous, puis j'entendis un bruit de draps.
- Romane ?
- Mmh ?
- … Ça va ?
Je tournai la tête sur le côté. Je savais bien qu'elle ne me posait pas cette question par hasard, ou juste pour savoir si je me sentais mieux niveau santé. Elle aurait tout aussi bien pu me demander si je parvenais à gérer le souvenir de mon frère. Alors je poussai un profond soupir et fixai mon regard sur le plafond au-dessus de ma tête.
- Je pense de plus en plus à lui depuis la dernière fois, soupirai-je. Il est de plus en plus présent dans ma tête. Et c'est pas le moment…
- Avec toi, c'est jamais le moment.
- On est en plein dans la merde, Gwen. Je ne peux pas me permettre d'avoir l'esprit embrouillé par des pensées parasites.
- Des pensées parasites ? s'offusqua-t-elle. Tu te rends compte de ce que tu dis ou pas ?
Je pinçai les lèvres puis poussai un profond soupir. Je me relevai puis redescendis l'échelle. Gwen me lança un regard attristé et je poussai à nouveau un soupir.
- J'ai besoin d'être un peu seule, je crois, soufflai-je. Je… Je reviens.
Je sortis rapidement de la cellule, descendis l'escalier, traversai la salle principale et, arrivée devant la porte qui menait à la cours, je m'arrêtai. Je ne pouvais pas sortir. Malheureusement, je ne pouvais pas sortir. S'il y avait toujours des tireurs dans les tours, j'allais me faire canarder avant même d'avoir pu faire un pas à l'air libre. Je ne pouvais donc pas sortir. Frustrée, je donnai un coup de pied dans le mur. Non-content de me faire mal au pied, la douleur se répercuta jusque dans mon épaule. J'étouffai alors un juron et me laissai tomber sur les marches menant à la porte. Je passai ma main gauche dans mes cheveux et soupirai. Il fallait que je me calme. Trop de choses, trop de monde, trop de stress. Trop de trop. J'avais juste envie de m'isoler, mais je ne pouvais pas trouver un endroit tranquille. C'était affreux. Je ne pouvais pas rester aussi longtemps entourée d'autant de monde sans pouvoir m'isoler. J'avais besoin de silence. De paix. Pour pouvoir réfléchir.
Alors que je commençai à me détendre légèrement, j'entendis le bruit des béquilles d'Hershel approcher et je me plaquai contre la porte, espérant ne pas me faire remarquer. Pas tout de suite. Je n'avais pas encore envie de voir quelqu'un.
- Alors c'est vous le fermier Hershel ? demanda soudain la voix de Merle.
- Et toi, t'es la brebis galeuse, Merle.
Je fronçai les sourcils. Hershel tentait vraiment de faire la conversation avec Merle ? Je tendis l'oreille, ma curiosité l'emportant sur ma raison qui me poussait pourtant à partir pour ne pas écouter leur conversation. Le ton qu'avait employé Merle avait attiré mon attention. Cela faisait longtemps que je ne l'avais plus entendu parler ainsi. Sans colère, sans haine. Juste… normalement.
- Comment vous l'avez perdue ? demanda-t-il soudain.
- J'ai été mordu, répondit Hershel, m'indiquant ainsi que Merle parlait de sa jambe.
- Mordu ? Et c'est vous qui vous êtes amputé ?
- Non… C'est Rick.
- C'est sacrément gentil de sa part, ironisa Merle.
Je fronçai les sourcils. Il n'avait pas l'air particulièrement revanchard. Il avait même l'air plutôt calme dans un sens. C'était étrange de l'entendre parler si tranquillement. Ça me ramenait loin en arrière, quand je venais tout juste de le rencontrer.
- Il m'a sauvé la vie. Grâce à lui, je profite plus longtemps de mes filles. Tu profites plus longtemps de ton frère… Et ça, ça n'a pas de prix.
À qui le dis-tu, pensai-je amèrement.
- Ouais, ça fait un bail que plus rien n'a de prix, répondit Merle du tac au tac.
Il y eut alors un silence. Je ne pouvais les voir que vaguement de l'autre côté d'un espace grillagé qui se trouvait juste en face de l'accès aux cellules. Je ne voyais que des formes floues. Au moins, j'étais sûre qu'ils ne me voyaient pas, eux.
- Je l'ai découverte dans une cellule, repris Hershel en sortant un objet de sa poche. Elle m'a manqué. J'avais perdu plus qu'un bon livre… J'avais perdu mon chemin.
Je fronçai les sourcils. Est-ce qu'il parlait d'une Bible ? C'était l'impression que j'en avais. Hershel était donc croyant ? Étrange… J'avais du mal à croire qu'on puisse encore croire en un Dieu quelconque quand on était dans une telle merde. À moins d'y voir là un châtiment divin, bien sûr. Pour moi, qui étais profondément agnostique, c'était étrange. Après, libre aux autres de croire en ce qu'ils voulaient.
- Et si ta main droite te fait tomber dans le pécher, arrache-la, et jette-la loin de toi, car il vaut mieux pour toi que périsse un seul de tes membres…
- Et que ton corps tout entier ne s'en aille pas dans la géhenne, termina Merle. Matthieu, chapitre cinq, versé trente.
J'écarquillai les yeux, incrédule, n'en croyant pas mes oreilles. Merle connaissait la Bible ? Mieux, il la connaissait par cœur ?! J'étais en train d'halluciner ? Merle, lire la Bible ? Non, c'était… Enfin, jusqu'à maintenant, je le pensais impossible.
- À Woodburry, il y avait une bibliothèque bien remplie. C'est une des seules choses qui me manquent, se justifia-t-il.
Un petit sourire se forma sur mes lèvres. Oh oui, ça par contre, je le savais. On n'aurait pas cru au premier abord, mais Merle aimait lire. Combien de fois l'avais-je croisé à la bibliothèque, tandis que j'étais moi-même à la recherche d'un livre à dévorer ? Combien de fois avions-nous échangé quelques rapides conseils de lecture ? Tout ça semblait si loin… Un jour, nous nous étions appréciés, si j'osais dire. Aujourd'hui, nous nous détestions.
- Quand le Gouverneur reviendra, il va me tuer en premier, lâcha-t-il alors. Ensuite, Michonne. Puis Gwen. Et Romane juste après, pour qu'elle puisse bien voir son amie se vider de son sang sous ses yeux. S'il est d'humeur charitable, il la tuera juste après. Sinon, il la laissera assister à la suite du spectacle. Ensuite, mon frère. Vos deux filles. Glenn, Carl, le bébé, et tous ceux qui resteront. Il gardera Rick pour la fin, peut-être avec Romane. Juste pour qu'il puisse regarder sa famille et ses amis mourir comme des chiens. Voilà à qui vous avez à faire, déclara-t-il.
Si je devais bien reconnaître une qualité à Merle, c'était sa capacité d'analyse. Il avait un don d'observateur. Il regardait autour de lui, analysait la situation en un quart de seconde, optait pour celle-la plus sûre pour sa gueule et se postait en observateur tout le long, emmagasinant des détails pour pouvoir se faire une idée plus précise. C'était impressionnant.
Quelques minutes de silence plus tard, Hershel se leva, salua Merle, et s'en alla. Je me levais alors avec discrétion et, aussi silencieusement qu'un fantôme, je m'approchai à mon tour de l'entrée de sa cellule. Lorsqu'il releva les yeux vers moi, je pus voir un muscle se contracter sur sa mâchoire. Nonchalamment, je m'appuyai contre l'ouverture et ramenai mon bras gauche contre moi.
- Qu'est-ce que tu veux ? Tu te sens puissante, hein ? Tu sais que je peux rien te faire, c'est ça ?
Je haussai un sourcil et un léger sourire vint étirer mes lèvres. Je décidai de ne pas rebondir sur ce qu'il venait de me dire, mais d'aborder un sujet plus doux.
- Tu as lu Harry Potter, comme je te l'avais conseillé ? demandai-je.
Le regard de Merle se fit un moment incertain, puis ce dernier fronça les sourcils.
- T'as écouté la conversation ? demanda-t-il.
- J'étais là quand Hershel a commencé à parler, dis-je en haussant les épaules. Je dois t'avouer que je ne me souvenais presque plus de notre passion commune, soufflai-je.
Merle ne répondit pas. Puis, tout à coup, il se leva et s'approcha de moi, lentement, doucement.
- Notre passion commune ? demanda-t-il, un sourire en coin aux lèvres. Attends, tu m'avais sorti ça comment la dernière fois ?
Il fit mine de réfléchir, puis s'arrêta pile devant moi, à quelques centimètres. Tout mon être me hurlait de faire un pas en arrière pour mettre de la distance entre nous, mais ma fierté m'ordonnait fermement de ne pas bouger d'un centimètre.
- Ah ! Oui ! Notre « amour pour les beaux mots, les belles phrases… Notre amour pour la langue ».
Je me sentis rougir brutalement et je détournais les yeux. Je trouvais ça toujours aussi ridicule, et je ne cessais de me demander comment il avait pu baisser sa garde avec ce truc. Merle m'attrapa le visage d'une main et me força à le regarder.
- Et après, tu m'as assommé ! s'exclama-t-il, colérique.
- J'étais obligé, sifflai-je en me dégageant. Rassure-toi, tu t'es déjà parfaitement vengé. J'ai encore la marque que ta lame a laissée dans mon bras.
- Et moi celle que ta flèche a laissée dans ma jambe, siffla-t-il.
Je plissai les yeux et pinçai les lèvres. Tout ça remontait à plusieurs mois déjà.
Julian nourrissait des soupçons à l'égard du Gouverneur depuis pas mal de temps quand il nous avait demandé de quitter la ville. D'abord fermement opposées à la chose, Julian était parvenu à nous convaincre d'au moins essayer, juste pour voir s'il nous laissait partir sans problèmes. Nous nous étions alors heurtés à une opposition subtile du Gouverneur. À chaque fois que nous voulions quitter la ville par l'entrée principale, de jour, de façon normale, ils trouvaient toujours une raison de ne pas ouvrir la porte. L'évidence s'était imposée d'elle-même : on était coincés à l'intérieur. Après plusieurs tentatives infructueuses, j'avais commencé à avoir également des doutes sur le chef de la ville. Par la suite, après que mes doutes se soient vus confirmés et que j'ai demandé également à ce qu'on quitte rapidement cette ville, nous avions décidé de procéder d'une autre façon : s'enfuir durant la nuit. Malheureusement, les gardes surveillaient le portail aussi bien lorsque le soleil était haut dans le ciel que quand il n'y était plus. On avait donc monté un plan, assez simple, mais risqué. Le soir de notre fuite, je m'étais rendu dans le bar de la ville, et je m'étais assise au comptoir. Rapidement, j'avais commencé à mettre le plan en exécution. Vraiment, ce dernier était simple.
Approcher Merle suffisamment pour qu'il baisse la garde, l'assommer, alerter les gardes, mettre hors d'état de nuire les derniers, et se tirer. Et bien sûr, comme j'étais la plus proche de Merle, c'était à moi que revenait la tâche de l'approcher et de l'assommer.
Bien entendu, tout c'était parfaitement déroulé pour nous. Avant minuit, nous étions dehors, en train de tracer le plus loin possible de la ville. Malheureusement, Merle et les autres nous avaient rapidement retrouvés et, en tentant de fuir, un combat s'était engagé. J'avais envoyé une flèche dans la jambe de Merle, après avoir compris que tenter de lui expliquer les choses était inutile. En retour, il m'avait planté sa lame dans le bras, prenant grand plaisir à me faire souffrir.
Voilà toute l'histoire. Les grandes lignes, du moins. C'était de là que venait notre haine mutuelle. Il était touché dans sa fierté, j'étais touchée dans la mienne. Pas la peine d'aller chercher plus loin, on avait tiré sur la corde sensible.
- T'es vraiment qu'un crétin, sifflai-je en repensant à tout ça.
Merle se contenta d'afficher son sourire insupportable, puis se recula.
- Et toi, t'es une garce. J'en viens presque à espérer que le Gouverneur vienne, juste pour qu'il mette la main sur toi. T'en a vu des choses, hein ? Il fera tout pour ne pas que ça s'ébruite.
Mon corps se tendit légèrement et je balançai un regard noir à l'homme qui me faisait face. Et dire que, fut un temps, j'avais pu l'apprécier… Poussant un profond soupir, je m'éloignai de l'encadrement de la porte et lançai un dernier regard à Merle.
- Fais gaffe. Au cas où t'aurais pas compris, t'as pas d'amis ici, à part Daryl. Y'en a même certains qui veulent ta mort, si tu vois de qui je veux parler.
Je me détournai rageusement et m'éloignai, ne lui laissant pas le temps de répondre. J'avais juste envie de lui foutre un coup, là, maintenant. Histoire de me défouler. Malheureusement, si je faisais ça, je pouvais dire adieu à la paix au sein du groupe. Et dire bonjour aux maux de tête, par la même occasion.
Frustrée, je m'enfonçai donc dans la partie des cellules. J'allais monter l'escalier pour aller voir Gwen quand Hershel sortit d'une des pièces du bas et m'interpela.
- Romane ! Si je me souviens bien, ton bandage est à refaire, non ?
- Oh ! Euh… Ou-oui, soufflai-je, soudain mal à l'aise.
Le vieil homme me fit signe de le suivre dans sa cellule et, la mort dans l'âme, j'obéis. Silencieusement, Hershel sortit un rouleau de bandage, tandis que je m'asseyais sur le lit. Je poussai un long soupir et retirai le débardeur que je portais avant même qu'il ne me le demande. Comme ça, ça irait sûrement plus vite. Hershel s'assit alors en face de moi, sur un tabouret, puis commença lentement à défaire le bandage. Ce n'était pas une tâche des plus faciles, étant donné que le sang avait coagulé avec le bandage, emprisonnant ce dernier dans la plaie. Néanmoins, je restais immobile, sans bouger.
Le silence était pesant. Enfin, surtout pour moi. Encore une fois, je me retrouvais à moitié nue devant quelqu'un. Je détestais ça, c'était vraiment affreux. Semblant percevoir ma gêne, Hershel engagea la conversation.
- Tu as l'air d'avoir passé une mauvaise nuit, je me trompe ?
- … Ça se voit tant que ça ? demandai-je en esquissant un léger sourire.
- Oh, non, pas spécialement. Mais pour que ton bandage soit à ce point gorgé de sang, tu as dû bien bouger dans ton sommeil.
Je lançai un coup d'œil au ruban rouge de sang, sur le sol, et j'hochai la tête.
- Je n'arrête pas de réfléchir, en ce moment, soufflai-je. La menace du Gouverneur qui plane sur nos têtes, Merle qui réapparaît, les tensions au sein du groupe, et…
Ma phrase resta en suspend et je détournai la tête. Le souvenir de mon frère alourdissait indubitablement le poids qui pesait sur mes pensées, mais je n'avais pas envie d'en parler. Cela impliquait trop de choses, trop de révélations. Je n'étais pas prête à les faire.
- Je voulais m'isoler un peu, mais… bah, on peut pas sortir. Donc bon…
- S'isoler n'est peut-être pas la meilleure solution. Tu pourrais parler avec Gwen, répondit Hershel en me faisant lever le bras gauche pour commencer le nouveau bandage.
- Non. Enfin… bredouillai-je en réalisant la rapidité et la détermination avec lesquelles j'avais refusé. Je ne veux pas lui imposer toutes les pensées qui bouillonnent dans mon esprit. Elle a déjà assez à faire avec les siennes.
On n'avait pas passé beaucoup de temps ensemble ces derniers temps, mais j'avais bien vu la façon dont Gwen regardait Glenn et Maggie. Julian devait hanter ses pensées autant que Djun hantait les miennes. Alors je n'avais pas envie d'ajouter mes problèmes aux siens. Je devais la protéger, pas l'enfoncer davantage dans sa mélancolie. Perdue, je poussai un soupir.
- Quel âge as-tu, Romane ? demanda soudain Hershel.
- Euh... J'aurais vingt et un an en juillet, répondis-je, légèrement surprise par la question. Pourquoi ?
- Eh bien, je trouve que, pour quelqu'un d'aussi jeune, tu es très mature.
Je sentis mes joues s'embraser légèrement et je baissai la tête. La dernière fois qu'on m'avait dit ça remontait à plus d'un an. Un sourire passa sur mes lèvres et je lâchai un petit rire.
- Vous avez le don pour me faire revenir à ma place, Hershel. Avec vous, j'ai réellement l'impression d'avoir vingt et un an, soupirai-je.
Le vieil homme me fit un petit sourire, noua le bandage et s'écarta un peu. Je jetai un rapide coup d'œil à son travail puis j'enfilai mon débardeur, me détendant alors totalement.
- Merci, soufflai-je.
- Tu me remercieras quand tu seras totalement remise, rétorqua gentiment Hershel. La menace d'une infection est toujours présente.
Je pinçai les lèvres à cette idée. Lorsque Merle m'avait planté avec sa lame, j'en avais fait une. Heureusement, Julian et Gwen avaient trouvé à temps des médicaments pour couper court au mal qui menaçait de me tuer. Je savais parfaitement ce que ça faisait, et je n'avais pas vraiment envie d'expérimenter la chose à nouveau. Je hochai la tête vers Hershel, un demi-sourire aux lèvres, puis je me levai.
- Je vais aller voir Gwen.
Hershel hocha la tête puis se tourna pour ranger le reste du rouleau de bandage. Je réajustai mon écharpe pour maintenir mon bras au mieux, puis je montai à l'étage. Je croisai alors Carol et je lui fis un sourire.
- Hershel t'a refait ton bandage ? demanda-t-elle en croisant les bras, un petit sourire aux lèvres.
- Oui. C'est vraiment une chance d'avoir un médecin, ajoutai-je. Je ne sais pas comment j'aurais fait autrement.
- En tout cas, je suis contente de voir que tu vas mieux, dit Carol en posant une main sur mon épaule valide. J'espère que tu te remettras vite.
- Merci.
Elle me fit un dernier sourire, puis se dirigea vers le fond de la passerelle et disparut dans la cellule où j'avais vu Daryl entrer un peu plus tôt. Aussitôt, ma curiosité fut piquée. Elle allait voir Daryl. J'hésitai un instant à m'approcher un peu pour écouter, mais je secouai immédiatement la tête pour m'ôter cette pensée de la tête et pénétrai dans notre cellule. Gwen releva la tête du bouquin qu'elle était en train de lire et je lui fis un petit sourire avant de m'asseoir par terre contre le mur. Sans dire un mot, elle se replongea dans sa lecture en m'ignorant totalement. D'accord… Apparemment, elle m'en voulait pour tout à l'heure. Génial. Gwen pouvait être très sympa, mais quand elle décidait de bouder, elle boudait ferme. Et pour la faire sortir de son mutisme, il fallait une bonne dose de volonté et une mine peinée.
- Gwen… Tu vas pas me faire la tête pour ce que j'ai dit… ? Je voulais pas…
- J'en ai marre Romane, souffla-t-elle alors en abaissant brusquement son livre. T'es un vrai mur ! s'exclama-t-elle. Tu ne me dis jamais ce que tu ressens, ce qui te pèse ! Tu gardes tout pour toi jusqu'à ce que tu exploses, comme la dernière fois ! J'en ai marre ! On est amies ou pas ?
J'écarquillai les yeux et hochai faiblement la tête. Je ne m'attendais pas à ce que la dispute, que j'avais senti venir de loin, soit de cette ampleur. Depuis combien de temps est-ce qu'elle gardait ça pour elle ?
- Très bien ! reprit-elle. Alors j'estime qu'étant donné que nous sommes amies, tu peux me parler ! Tu n'es pas juste là pour me soutenir et m'écouter ! Merde Romane, toi aussi t'as besoin de vider ton sac parfois ! Je ne suis pas faible ! Je ne suis pas une petite fille ! Je peux entendre ce que tu as sur le cœur ! s'écria-t-elle en balançant le livre à l'autre bout du lit. J'en ai marre de te voir te murer dans un silence buté à chaque fois qu'on aborde le sujet de Julian ou de Djun ! Je ne vois que ça te ronge que quand tu ne peux plus faire autrement que de craquer ! s'exclama-t-elle. Et après, t'oses dire que ce ne sont que des pensées parasites ?
- Gwen, je…
- Si tu me dis de me calmer, je vais très mal le prendre ! coupa-t-elle.
Je fermai la bouche et déglutis péniblement. Elle me connaissait trop bien.
- Je… je ne fais pas ça parce que je te pense faible, Gwen, soufflai-je, essayant de trouver rapidement les mots justes pour la calmer. Mais… Écoute, c'est difficile pour moi d'en parler. Je ne suis pas prête à… aborder le sujet. Je préfère me concentrer sur des choses plus importantes. On n'a pas le temps pour aborder ces choses-là pour le moment. Je…
- Tu te défiles encore !
Je fronçai les sourcils et me levai. Elle venait de frapper en plein dans ma fierté. Mauvaise idée. Je pouvais garder mon calme quand on se disputait, mais il ne fallait pas taper à cet endroit précis.
- Je ne me défile pas, sifflai-je. Je n'ai juste pas envie d'en parler. Peut-être que toi, tu arrives à le faire, mais tu ne peux pas me demander d'en faire autant. Je ne suis pas prête ! Tu ne peux pas savoir le bordel que c'est dans ma tête à chaque fois que je pense à eux !
- Bah non, justement, puisque tu ne m'en parles pas ! s'exclama-t-elle.
- Je ne t'en parle pas parce que je ne peux pas ! m'écriai-je à mon tour. Tu ne comprends pas ou quoi ?
- Non ! Tu dis que c'est le bordel dans ta tête ? Mais enfin Romane, c'est pas toi qui dis que pour comprendre les choses, parfois, il faut en parler ? Et ne me dis pas que tu ne trouves pas les mots ! Je ne te croirais pas une seule seconde ! ajouta-t-elle en me menaçant du doigt.
- Stop ! m'exclamai-je, la faisant soudainement taire.
Ok, cette dispute prenait beaucoup trop d'ampleur. Tout le bloc devait déjà être au courant de ce dont elle retournait et rien que le fait d'y penser me faisait mourir de honte et de peur. Je pris une profonde inspiration pour tenter d'éclaircir mes idées et de refouler la colère qui commençait à monter en moi, puis je m'approchai de Gwen et m'accroupis juste à côté d'elle.
- Écoute Gwen… Laisse-moi encore un peu de temps, s'il te plaît… Djun… C'était la seule personne que j'avais, avant. Mes parents n'étaient jamais là, c'était la seule personne sur qui je pouvais compter. On a toujours été ensemble et… et….
Les larmes commencèrent à me monter aux yeux et je détournai la tête, totalement incapable d'aller plus loin. Ce qui ne devait être qu'une simple révélation visant à calmer Gwen était en train de me dépasser. C'était plus fort que moi, parler de Djun me mettait constamment dans tous mes états. Je perdais mes moyens, mes pensées s'embrouillaient et je perdais pied. Néanmoins, cela eut au moins l'avantage de calmer Gwen. Elle poussa un soupir las puis me lança un petit regard désolé. Je me redressai et lui tournai le dos un instant pour essuyer les quelques larmes qui se pressaient au bord de mes cils. Bon sang, voilà que je commençais à craquer. Je pris une grande inspiration puis me retournai vers Gwen, un petit sourire crispé aux lèvres.
- Tu es mon amie, Gwen. Plus que ça même. Mais je n'y arrive pas. Ce n'est pas que je ne veux pas, je n'y arrive pas. C'est tout, terminai-je en m'asseyant au bout du lit.
Un silence s'installa entre nous. Gwen avait le regard fixé sur le mur à sa droite, toujours dans une attitude un peu boudeuse, et moi, j'avais le regard dans le vide. Je voyais des souvenirs ressurgir par flash devant mes yeux. C'était horrible. Je ne pouvais pas penser paisiblement à mon frère ou à mon ami sans qu'immédiatement les souvenirs de leur mort me reviennent. C'était la seule chose à laquelle je pouvais penser quand je me souvenais d'eux. Et si, parfois, des souvenirs joyeux remontaient, ils étaient tâchés de sang. Je ne parvenais pas à être en paix avec leur mort.
- Désolé…
Je relevai la tête et posai mon regard sur Gwen. On aurait dit une petite fille qu'on venait de gronder et qui venait s'excuser. Un petit sourire étira mes lèvres.
- C'est bon, c'est pas grave. Dans un sens, t'as pas tort. Mais… c'est plus fort que moi.
Un nouveau silence s'installa et j'attrapai le livre que Gwen avait balancé au pied du lit.
- « L'amour sur la plage » ? Sérieusement ? demandai-je en montrant le livre à mon amie.
Gwen haussa les épaules.
- Du moment que ça m'occupe, souffla-t-elle en me prenant le livre pour marquer la page où elle s'était arrêté.
- Même si c'était le dernier livre sur Terre, je lirais pas ce truc, ricanai-je.
- Hé ! Je lis, c'est déjà pas mal, répliqua mon amie, un petit sourire aux lèvres.
Je luis fis un petit sourire puis descendis du lit pour m'asseoir par terre et lui laisser toute la place pour sa jambe. J'attrapai le sac marron et farfouillai un instant à l'intérieur, avant d'en ressortir un roman policier. Ce n'était pas ce que je préférais lire, mais c'était toujours mieux qu'un livre dégoulinant de guimauve et de bêtise.
Malheureusement, malgré les pages qui défilaient les unes après les autres, je n'arrivais pas à me concentrer sur le livre que je tentais de lire. Je trouvais cela étrange d'être là, tranquillement installé, alors que la menace du Gouverneur pesait toujours au-dessus de nos têtes. Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire ? Qu'est-ce qu'il attendait ? Qu'on baisse la garde ? On n'était pas près de le faire. Pas moi en tout cas. Alors qu'est-ce qui faisait qu'il n'avait pas encore attaqué ? Qu'est-ce qui l'empêchait de passer à l'action ? Pas que je me plaigne de ce repos bienvenu, mais… c'était inquiétant. Je n'arrivais pas à me détendre totalement. Comme si la prison allait exploser d'une minute à l'autre. Ce qui n'était pas totalement faux, si l'on y regardait bien.
Soudain, alors que nous n'avions pas bougés depuis quelques minutes, Carol apparut à l'entrée de notre cellule. Je relevai la tête vers elle, prête à me relever.
- Il y a quelque chose ? demandai-je en posant le livre que je tenais.
- Non, non, tout va bien, répondit la femme en croisant les bras. Je venais juste voir comment vous alliez.
Je rougis brusquement en comprenant qu'elle venait voir si la dispute avait laissé des traces. Je me raclai la gorge et baissai légèrement la tête. Gwen, au contraire, afficha un petit sourire.
- Vous avez entendu la dispute, c'est ça ? Désolé, je me suis emportée.
Je lançai un regard étonné à mon amie. Au moins, elle le reconnaissait, mais je n'aurais jamais pensé qu'elle l'avoue si facilement. Gwen avait une apparence toute fragile, mais elle avait le sang-chaud. Il n'en fallait pas beaucoup pour qu'elle provoque une dispute comme celle qu'on venait d'avoir. Heureusement, de mon côté, j'étais plutôt du genre à éviter les conflits. Du moins, avec les personnes que j'appréciais ou que je ne connaissais pas. Ce que je ne pouvais pas voir le sentaient passer.
- Oh, ne t'en fais pas pour ça, rassura Carol. C'est normal de s'énerver parfois.
Un petit sourire passa rapidement sur mes lèvres puis je relevais la tête. Je vis alors le regard de Carol se poser sur le livre que j'avais posé. Une expression de surprise passa alors sur son visage.
- Vous avez des livres ?
- Ouais, dis-je en reprenant le roman dans mes mains. Pas beaucoup, deux ou trois, mais au moins, ça occupe.
- Vous en voulez un ? demanda Gwen.
- Oh oui, j'aimerais bien, répondit Carol en souriant.
J'attrapai le sac marron et sortis le dernier livre. C'était une autobiographie de je ne savais pas trop quel auteur maltraité dans son enfance. Je le luis tendis et Carol s'en saisit comme si je lui faisais un cadeau merveilleux. Un sourire étira mes lèvres.
- C'est ça qu'il y a dans le sac de deux universitaires, entre deux bombes lacrymogènes, plaisantai-je.
Carol rit avec nous. Je l'aimais vraiment bien. Elle feuilleta ensuite le livre, avec une sorte de petit sourire nostalgique.
- Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas lu. J'ai presque peur d'avoir oublié, plaisanta-t-elle.
- C'est comme le vélo, dis-je. Ça s'oublie jamais vraiment.
Soudain, alors que Carol commençait à se plonger dans le livre, du bruit se fit entendre depuis l'extérieur de la cellule. Fronçant les sourcils, je me relevais aussi vite que possible et Carol et moi nous approchâmes de la rambarde pour voir ce qu'il se passait. Daryl ne tarda pas à nous rejoindre, arbalète à la main.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Carol en se penchant légèrement par-dessus la rambarde.
En bas, Carl et Rick relevèrent la tête, l'air étonné et inquiet à la fois. Je sentis mon cœur se mettre à battre plus ite dans ma poitrine.
- Andréa approche de la prison, déclara Carl, l'air de ne pas y croire lui-même.
Je fronçai les sourcils. Andréa ? Ce nom me disait quelque chose, mais je ne connaissais pas d'Andréa. Mais les autres semblaient savoir qui s'était puisque, presque immédiatement, Carol et Daryl dévalèrent les escaliers pour rejoindre les autres. Moi, je restai planté là. J'enrageais de ne rien pouvoir faire, mais malheureusement, j'étais dans l'incapacité totale de faire quoi que ce soit.
- Qu'est-ce qu'il se passe Romane ? demanda Gwen depuis son lit.
- Une revenante, apparemment, soufflai-je. Une certaine Andréa qui rapplique comme…
Soudain, je me souvins d'où j'avais déjà entendu ce nom. Je me figeai net sur place, puis je lançai un regard interloqué à Gwen. Mon amie me répondit par un air inquiet et effrayé à la fois.
- Quoi ?
- Andréa… Quand on est revenu de Woodburry, Merle a parlé d'une fille qui s'appelait comme ça. Et il a dit… il a dit qu'elle était en bonne place avec le Gouverneur, soufflai-je.
Gwen et moi échangeâmes un regard lourd de sens. Il y avait deux possibilités. Soit elle venait nous dire gentiment de dégager, soit elle venait déclarer la guerre. Dans les deux cas, on était bloqué et dans l'incapacité d'agir. Sentant soudainement la colère monter en moi, je lâchai un juron avant de donner un coup de pied dans le mur. Merde.
- Va voir ce qu'il se passe, Romane, demanda alors mon amie.
Je la regardai un instant, puis je hochai la tête et sortis de la cellule. Je descendis rapidement l'escalier et passai la grille séparant les deux parties du bloc. Merle n'était pas là. Il devait donc être avec eux. Cette pensée me frustra encore plus que je ne l'étais déjà. J'étais dans l'incapacité d'agir, mais pas Merle.
J'attendis quelques minutes, puis finalement, la porte principale s'ouvrit, tandis que tout le monde rentrait dans la prison. Derrière moi, j'entendis Hershel arriver et je me tournai vers lui, l'interrogeant du regard. Il secoua la tête de gauche à droite, l'air de dire « pas maintenant » et je retins à grande peine un soupir.
La femme qui descendit les quelques marches menant à la pièce centrale était blonde, de taille moyenne et semblait particulièrement chamboulée. Elle se précipita de suite dans les bras de Carol et je haussai un sourcil étonné. Si liés que ça ? Je lançai un regard aux autres, en quête de réponse, mais personne ne me dit quoi que ce soit. Je dus donc me résigner à attendre et m'assis à la table, tandis que Daryl s'asseyait dessus.
- On a cru que t'étais morte après m'avoir sauvé, souffla Carol, l'air chamboulé à son tour.
Je pinçai les lèvres, pas vraiment rassurée par la venue de cette fille ici. Ils semblaient tous l'avoir oublié, mais le « en bonne place avec le Gouverneur » ne cessait de me tourner dans la tête depuis quelques minutes. Alors je me méfiais d'elle comme de la peste. Lorsqu'elle s'approcha d'Hershel pour voir comment il allait, je me tendis, pas rassurée le moins du monde.
- J'arrive pas à y croire… lâcha-t-elle finalement. Où est Shane ? demanda-t-elle au bout d'un moment, après avoir regardé autour d'elle.
Je lançai un regard à Rick. Ce nom était déjà sorti un peu plus tôt dans la journée. Et vu la tête que tira Rick, le mec devait être mort. Était-ce le chef du groupe qui l'avait tué ? Possible, si on se fiait à ce qu'avait dit Glenn.
- Et Lori ?
Là, par contre, je connaissais. Et ma première réaction fut de lancer un regard à Carl. Le garçon baissa la tête, l'air sombre, et je dus me retenir de ne pas aller le consoler.
- Elle a eu une fille, déclara Hershel. Lori n'a pas survécu.
- T-Dog non plus.
- Je suis vraiment désolé, souffla alors la fille, l'air bouleversé.
Elle avait l'air sincère. C'était peut-être ce qui me gênait le plus. Elle était avec le Gouverneur, mais elle semblait bien connaître les membres de ce groupe. Si elle leur demandait de partir, j'avais peur qu'ils n'acceptent finalement de se résigner et de s'en aller.
- Carl… souffla alors la femme en faisant un pas dans la direction du garçon.
Ce dernier la regardait également avec méfiance, avec froideur. Vraiment, même si j'approuvais quelque peu sa façon de réagir face à cette femme, ce garçon faisait froid dans le dos.
- Vous vivez tous ici ? demanda-t-elle alors.
- Ici et dans les cellules, répondit Glenn.
- Là ? demanda la femme en pointant du doigt la partie des cellules. J'peux aller voir… ?
- Non, tu peux pas.
Là, j'approuvais totalement la décision de Rick. Hors de question que cette fille s'approche à plus de dix mètres de Gwen.
- Je ne suis pas une ennemie, Rick, s'offusqua Andréa.
- On avait le terrain, et la cour, jusqu'à ce que ton petit ami défonce la grille avec un camion et nous tire dessus.
- Il a dit que vous aviez ouvert le feu, souffla la femme, interloquée.
- Le Gouverneur aime bien se faire passer pour plus blanc qu'il ne l'est vraiment, intervins-je alors.
La femme se tourna soudainement vers moi et me dévisagea, comme si elle remarquait seulement maintenant ma présence. Je lui renvoyai mon regard le plus hostile, histoire qu'elle pose pas trop de questions. Elle papillonna des yeux un instant, comme si elle ne réalisait pas bien ce qui se passait autour d'elle puis elle secoua légèrement la tête.
- Il a tué un détenu qui avait survécu ici, intervint à son tour Hershel.
- On l'aimait bien, il faisait partie du groupe, ajouta Daryl.
Je me renfrognai davantage. Et dire que nous, alors qu'on n'était quand même que deux filles de vingt et un an, on devait batailler pour se faire une place !
- Je vous jure que j'étais pas au courant. Je suis venu dès que j'ai entendu ce qu'il s'était passé. Je savais même pas que vous étiez à Woodburry jusqu'au soir de la fusillade ! s'exclama-t-elle.
Elle semblait mal à l'aise face au silence que nous lui renvoyions. Tant mieux, pensai-je.
- C'était il y a plusieurs jours, répliqua Glenn.
- J'te l'ai dit, je suis venue dès que j'ai su !
Elle se tourna soudainement vers Michonne, qui s'était placé juste derrière elle.
- Qu'est-ce que tu leur as raconté ? demanda-t-elle, l'air irrité.
- Rien, répondit insolemment la femme au katana.
- J'comprends pas, lâcha soudainement Andréa. Je suis partie d'Atlanta avec vous, et maintenant, je suis indésirable ?
- Il a failli tuer Michonne, et il comptait nous tuer aussi !
- Mais c'est lui qui aurait appuyé sur la détente ! s'exclama la femme en pointant Merle du doigt. C'est bien lui qui vous a kidnappé, non ? demanda-t-elle. Qui t'a passé à tabac ?
C'était peut-être moi, ou alors c'était vrai, mais son discours me paraissait désespéré, comme si tout ne tournait pas comme elle le souhaitait. Je pinçai les lèvres, pas rassurée. Elle semblait trop fausse. Je ne sentais pas du tout cette fille.
- Ecoutez… finit-elle par dire, l'air lasse. Je ne cherche en rien à justifier ce que Philippe a fait. Je suis venu ici pour essayer de vous réconcilier. Il faut qu'on règle cette histoire !
- Une minute ! intervins-je en me levant de ma chaise. Nous réconcilier ? Je ne crois pas que ce soit nous qui avons, de un, kidnappé des gens de leur groupe, de deux, tué l'un des leur et, de trois, détruit l'endroit où ils vivent. On n'avait strictement rien demandé de ce qui est en train de se passer !
- T'es qui toi, d'abord ? demanda la femme, l'air à nouveau irritée.
- Je m'appelle Romane, et n'essaie pas de me la faire à l'envers, j'ai aussi vécu à Woodburry, je sais qui est le Gouverneur. Enfin, Philippe, ajoutai-je avec un sourire ironique.
- Romane… souffla la femme. C'est toi qui tué un des gardes du portail pour t'échapper de Woodburry après avoir assommé Merle !
Mon sang se figea dans mes veines et j'écarquillai légèrement les yeux. Tué un des… ? Quoi ? Sérieusement ? Je lançai un regard furibond à Merle, qui me répondit par un sourire.
- Alors, primo, je n'ai jamais tué quelqu'un, c'est bien clair ? sifflai-je en m'approchant d'un pas. Deuxio, oui, j'ai assommé Merle, ça faisait partie de notre plan pour fuir la ville de ce taré ! Et, tercio, quand tu le verras, dit-lui qu'il aille se faire voir ! m'exclamai-je.
- Hé ! On se calme, intervint alors Rick.
Je reculai d'un pas et envoyai mon regard le plus noir à cette femme, puis à Merle. Ils avaient vraiment fait courir la rumeur selon laquelle j'avais tué un des gardes ? Sérieux ? Je poussai un soupir rageur et détournai la tête. Rick s'avança alors vers Andréa.
- Il n'y a qu'une seule façon de régler cette affaire. On va le tuer, déclara-t-il alors. Je sais pas comment, ni quand, mais on va le tuer.
- On peut encore tout arranger, tenta la femme. Vous pourriez vous installer à Woodburry, il y a de la place pour tout le monde.
Nos ricanements résonnèrent aussi sec, à Merle et moi. Quelle blague…
- Tu sais bien que c'est faux, claqua alors le frère de Daryl.
- Qu'est-ce qui te fait croire que cet homme a envie de négocier ? demanda alors Hershel. Est-ce qu'il te l'a dit ?
- … Non.
- Alors pourquoi t'es venue ? demanda à son tour Rick.
- Philippe se prépare à entrer en guerre, lâcha-t-elle alors.
Je sentis immédiatement l'intégralité des muscles de mon corps se tendre, comme sous une pression beaucoup trop forte pour eux. Je fermai un instant les yeux, essayant de rapidement digérer la nouvelle. Voilà. L'information était là. Il fallait se préparer à la guerre.
- Tout le monde est terrifié, on vous voit comme des tueurs ! Il les entraîne à se battre.
- J'vais te dire. La prochaine fois que tu vois ton Philippe, dis-lui que j'vais lui crever l'autre œil, asséna Daryl.
J'approuvais totalement.
- Il nous a assez pourri la vie comme ça. S'il veut la guerre, il va l'avoir, déclara Glenn.
- Rick, implora Andréa en se tournant vers le chef du groupe. Vous devez vous asseoir autour d'une table et réfléchir à une solution. Sinon, je sais pas ce qui va se passer… Il a tout une ville sous ses ordres ! s'exclama-t-elle, comme pour le faire réagir. Regardez-vous, dit-elle alors en se tournant vers les autres. Vous avez déjà tellement perdu… Vous ne pouvez plus survivre tout seul !
- Tu veux nous aider ? demanda soudainement Rick. Mène-nous à l'intérieur.
- Non, répliqua immédiatement la femme.
- Alors on a plus rien à se dire.
- C'est remplit de gens innocents ! s'exclama-t-elle tandis que Rick s'en allait déjà.
Je poussai un profond soupir et me levai à mon tour. Je m'approchai alors de la femme.
- J'ai un conseil à te donner, dis-je alors. Ne lui fais pas confiance. J'ai eu le malheur de le faire une fois, et je ne cesse de le regretter depuis. Vu ta position, je ne sais pas si tu auras le temps de regretter à ton tour, alors, fais gaffe, soufflai-je alors.
La femme me regarda, les sourcils froncés, l'air de se demander ce que c'était que tout ce charabia. Je lui fis un maigre sourire un peu moqueur, me détournai d'elle et pris le même chemin que Rick. Je remontai en quatrième vitesse dans notre cellule, tandis que, dans ma tête, une seule phrase tournait en boucle.
Le Gouverneur se préparait à entrer en guerre.
