! BLABLA DE L'AUTEUR !

Et voilà le nouveau chapitre ! Le chapitre 15 ! Je dois avouer que je suis vraiment contente, étant donné que c'est la première fanfiction que j'arrive à faire avancer jusqu'à ce point-là. Je suis désolée de ne pas être très régulière, et je remercie tous ceux qui sont encore là et qui attendent la suite :) Ça fait vraiment plaisir !

Ellerin : Et bien voià la suite ! :) Pour ce qui est de Daryl, maintenant que la base est bien posée, ça va commencer à évoluer véritablement. Mais pas trop vite quand même :3

Voilà, voilà ! Je vous laisse donc avec ce chapitre ! Bonne lecture !

Chapitre 15 :

Avant que tout ne commence, l'idée de toucher une arme ne m'avait jamais effleurée l'esprit. Oh, bien sûr, je pratiquais le tir à l'arc, mais, en temps de paix, on ne se rend pas compte qu'on apprend à se servir d'un objet capable de tuer. Je n'avais, à ce moment-là, jamais vu de pistolet, de fusil ou, du moins, pas en action. Mes parents n'étaient pas de ceux qui gardaient une arme à la maison en cas de besoin. Et l'endroit où nous vivions était très tranquille. Alors, je n'avais jamais tenu une arme en main, je n'avais jamais pensé à me servir d'un arc pour tuer ou me défendre.

Aujourd'hui, alors que les sacs ramenés par Rick, Michonne et Carl se vidaient sur la table, je me disais que si on m'enlevait les armes, je serais totalement perdue. Aujourd'hui, on ne pouvait plus rien faire si on n'avait pas ce moyen de défense.

- C'est génial, souffla Carol en attrapant un pistolet et en le détaillant sous tous les angles. On a largement de quoi tenir maintenant.

- On pourrait même reprendre la cour, ajouta Daryl en lançant un regard à Rick.

- Non. On garde les munitions pour plus tard. On se décidera sur la marche à suivre après l'entrevue de cette après-midi, pas avant.

Bonne initiative, pensai-je. On ne savait pas encore ce qui allait être décidé. Si la guerre était officiellement déclarée, la cour passait largement au second plan. Et dans les autres cas aussi, d'ailleurs. Il valait mieux conserver les munitions pour des choses plus importantes.

- Où avez-vous trouvé tout ça ? demandai-je en attrapant un couteau et en le soupesant.

- Un homme avait ramassé toutes les armes de la ville, répondit Michonne en chargeant un fusil. On s'est juste servi.

- Et l'homme ? intervint Gwen, assise juste à côté de moi.

Michonne se contenta d'hausser les épaules. J'échangeai un regard avec mon amie et imitai le geste, une légère grimace aux lèvres. Je n'avais même pas envie de savoir ce qu'il était devenu.

- Tiens Daryl. Je crois que c'est pour toi, ça.

Je relevais la tête de l'arme automatique que j'étais en train d'observer. Rick tendait à Daryl une nouvelle arbalète, ainsi qu'un énorme paquet de flèches. Daryl attrapa l'arme, la soupesa, l'observa sous tous les angles puis la posa à côté de lui en faisant un hochement de tête en direction du chef. Il attrapa ensuite le paquet de flèches et les fit également passer à l'inspection. Je reconcentrai alors mon attention sur l'arme que je tenais dans les mains. Elle était beaucoup plus grosse que celles que j'avais l'habitude de manier. En fait, je n'avais jamais touché une autre arme à feu que les pistolets qu'on avait, Gwen et moi. Je n'avais jamais touché un fusil, une mitraillette ou quoi que ce soit d'autre.

- Hé ! Gamine !

Je relevai la tête vers Daryl en haussant un sourcil interrogateur. Il était de l'autre côté de la table. Il me tendit alors le paquet de flèches et je le saisis en fronçant les sourcils.

- Qu'est-ce que tu veux que j'en fasse, exactement ? Ce sont des flèches pour arbalète.

- Les flèches pour arbalète sont ici, répliqua-t-il en pointant un tas de flèches devant lui.

Je baissai alors vivement la tête sur le paquet de flèches que je tenais dans les mains et en sortis une du lot. Plus longue. Un sourire étira alors mes lèvres et, quelques minutes après, je redescendais de ma cellule avec mon arc dans les mains. Je repris la flèche et, tant bien que mal, l'encochai d'une seule main en m'aidant de la table. Pile la bonne taille. Légèrement différente de celle que j'utilisais habituellement, mais je n'allais pas chipoter pour si peu. J'avais une dizaine de flèches supplémentaires, c'était énorme. Désormais, j'en avais une petite vingtaine. Moi qui m'inquiétais encore récemment de la diminution de mon stock…

- Vous avez vraiment touché le pactole, là, soufflai-je en relevant la tête vers Michonne. J'applaudis l'exploit, ajoutai-je avec un sourire éblouissant.

J'avais l'impression d'être une gamine qui ouvrait ses cadeaux de Noël. Des cadeaux un peu particuliers, mais des cadeaux quand même. Et j'avais également que c'était le cas pour Gwen, vu la façon dont elle chouchoutait son nouveau pistolet, un peu plus gros que celui qu'elle avait jusque-là.

- Bon, on va ramasser tout ça pour l'instant, déclara finalement Rick en rangeant les munitions dans le sac. On s'armera avant de partir cette après-midi.

- En parlant de ça, intervint alors Daryl, la gamine veut venir.

Tous les regards se posèrent soudainement sur moi et je me sentis rougir jusqu'à la racine des cheveux. Bon sang, ça faisait longtemps que je n'avais pas été le centre d'autant d'attention d'un coup. Je me sentis soudain mal à l'aise.

- Comment ça ? demanda Gwen en première.

- Romane, tu ne penses pas réellement venir avec nous ? rajouta Hershel.

- Je… bredouillai-je, mal à l'aise. J'ai pensé que…

- C'est bon. Tu viens.

Je lançai un regard interloqué à Rick et tous les autres m'imitèrent. Il venait réellement de dire que je pouvais venir ? Sérieusement ?

- Vraiment ? demandai-je, sceptique et étonnée.

- Vraiment. Je veux avoir quelqu'un qui connait un minimum ce gars et ses acolytes à portée de main, pour ne pas me faire avoir. Tu feras l'affaire.

Je tiquai lorsque Rick lâcha la dernière phrase, mais je décidai de ne pas relever. Il me laissait venir, c'était déjà pas mal.

- Hé, minute ! intervint Gwen. Tu ne m'avais pas prévenue, Romane ! s'exclama-t-elle en me foudroyant du regard. Je ne suis pas d'accord. Pas d'accord du tout ! Tu veux aller te jeter dans la gueule du loup ou quoi ?! Si tu veux te faire buter, y'a des moyens plus simples !

- Gwen, ne t'en fais…

- Si, je m'en fais ! me coupa-t-elle. Tu sais que le Gouverneur t'en veut ! Tu sais pourquoi ! Et toi, tu vas te planter juste dans sa ligne de mire ! T'es débile ou quoi ?!

J'aurais pu rester très calme. Je n'aimais pas alimenter les disputes que je pouvais avoir avec Gwen. D'une manière générale, je n'étais pas quelqu'un qui cherchait désespérément les conflits. Cependant, la dernière remarque ne passa pas, et Gwen s'en rendit immédiatement compte puisqu'elle pinça les lèvres, l'air de comprendre son erreur.

- Débile ? Non, désolé, sifflai-je, affreusement froide. Je suis juste logique, tu vois. Réfléchis ! Hershel, Daryl et Rick, dis-je. Dis-moi lequel des trois a déjà eu un contact direct avec le Gouverneur ? Hein, lequel ?! m'exclamai-je. Je sais parfaitement les risques que je prends ! Comme tu le dis si bien, je réfléchis tout le temps ! Alors, tu vois, j'ai largement eu de quoi peser le pour et le contre. Hershel a une jambe en moins, merde ! J'ai juste un bras en écharpe ! Et puis, on ne va pas déclarer la guerre, Gwen ! On va tenter de négocier un arrangement ! Alors ton « débile », tu te le gardes, merci !

Un silence pesant suivit mes paroles et je détournai légèrement le regard. La colère retombait. Bon, bon. Il fallait que je me calme. Ce n'était pas le moment de m'énerver contre Gwen, surtout si je sortais cette après-midi.

- Les filles… Ce n'est pas la peine de vous disputer… souffla Carol en posant une main chaleureuse sur l'épaule de Gwen.

- Ouai… C'est vrai, c'est pas le moment. Désolé, souffla Gwen en me lançant un rapide regard.

- Non, c'est bon, je me suis emportée.

Je n'aimais pas m'attarder sur ça. Les disputes entre moi et Gwen, malgré ce qu'on pouvait croire, étaient assez fréquentes. On n'avait pas vraiment la même façon de penser pour tout et notre envie de protéger l'autre nous poussait parfois à élever la voix pour se faire entendre. Mais il n'y avait rien de grave. Juste un léger malaise après la dispute, mais on arrivait toujours à se réconcilier plus ou moins vite. Je tournai donc la tête vers Rick.

- Donc c'est bon ? Je viens ? demandai-je.

Rick hocha la tête, son regard allant de moi à Gwen. Je lançai alors un regard en coin à Daryl et un minuscule sourire étira mes lèvres. Il fronça légèrement les sourcils et je baissai la tête pour cacher mon visage. Je ne pus cependant pas faire disparaître le sourire qui persistait encore sur mon visage. J'arrivais toujours à me faire prendre dans les expéditions, même si certains étaient contre. Il allait falloir qu'il s'y fasse.

- Bon ! Si on passait à table, qu'est-ce que vous en pensez ? demanda alors Carol, tentant de détendre l'atmosphère soudain un peu plus chargée. Oscar, tu viens m'aider ?

Oscar hocha la tête et suivit Carol pour l'aider à tout préparer. Rick attrapa le sac et l'emporta dans l'autre partie de la prison, Daryl s'assit sur une des chaises, en face de moi, imité par Michonne. Je m'installai alors également sur une chaise, à côté de Gwen. Je débarrassai la table des flèches et de mon arc et les posai au sol. Je me redressai ensuite et me tournai vers Michonne.

- Michonne ?

La femme releva la tête et me regarda. Elle avait quelque chose dans le regard. Elle avait l'air à la fois sauvage et tellement calme. Elle était effrayante, mais aussi rassurante par la force qu'elle dégageait. Elle m'impressionnait, il fallait bien l'avouer.

- Comment ça s'est passé pour Carl ? demandai-je en baissant d'un ton et en lançant un rapide regard au garçon, assis un peu plus loin sur les marches de l'escalier menant à la tour de garde.

Je n'avais pas beaucoup parlé avec Michonne, pour ne pas dire pas du tout, et demander une telle chose n'était peut-être pas la meilleure façon de commencer une approche, mais elle était la seule à pouvoir répondre à cette question. Il était hors de question que je demande directement à Carl, et Rick, il ne fallait même pas y penser. Ne restait donc plus qu'elle. Et j'espérais sincèrement qu'elle allait répondre.

- Il va bien.

Je la fixai un instant puis fis un mouvement de la main pour lui intimer de développer.

- Mais encore ? demandai-je en même temps.

- Il va bien, répéta-t-elle alors, après un silence lourd.

Puis elle se leva et s'en alla sans un mot de plus. Je la suivis du regard, puis je tournai la tête vers Carl. D'accord. Si elle le disait, ça devait être vrai. Mais elle ne répondait pas à ma question. Je n'avais pas demandé s'il allait bien. J'avais demandé comment ça s'était passé pour lui. Michonne passait sous silence ce qu'il s'était passé là-bas, mais, si Carl allait bien, alors ce n'était pas très grave.

J'haussai les épaules et me calai dans ma chaise.

Le repas se passa dans une ambiance un peu spéciale. Merle ne vint pas rajouter son grain de sel, alors c'était plutôt détendu. Néanmoins, la pression du rendez-vous approchant pesait sur nos épaules, alors c'était un peu étrange. On ne parla pas beaucoup.

Une fois les assiettes terminées, Rick, Hershel, Daryl et moi nous préparâmes pour partir. Moi, je n'avais pas grand-chose à faire. Mon arc était juste à côté de moi, et j'avais mes couteaux à leur place, donc j'étais déjà prête. Il ne me restait plus qu'à attendre que les autres soient prêts. En attendant, je patientai en examinant les flèches que m'avait données Daryl. Elles étaient de bonne qualité. De plus, si je ne me trompais pas, elles étaient en carbone. Celles que j'avais déjà étaient en aluminium. De très bonnes flèches pour des tirs en salle, mais en extérieur, s'il y avait un peu trop de vent, le tir déviait rapidement. Le carbone rectifiait ce léger détail, alors c'était vraiment, vraiment génial.

- Romane ?

Je relevai la tête et tombai nez à nez avec Carol. Cette dernière me faisait un petit sourire. Je le lui rendis.

- Oui ?

- Je peux… ? demanda-t-elle en indiquant les marches à côté de moi.

- Bien sûr !

Carol prit place, les coudes appuyés sur ses genoux, et accentua son sourire. Je fronçai légèrement les sourcils. Qu'est-ce qu'elle me voulait ? Je trouvais son comportement un peu étrange. Elle semblait gênée. Qu'est-ce qu'il se passait ?

- Il y a quelque chose ? finis-je par demander face au silence de Carol. Vous voulez me demander un truc ?

- Eh bien… Oui, j'aimerais te demander quelque chose.

- Je vous écoute.

Carol plissa légèrement les yeux, son sourire toujours en place, et je me sentis légèrement mal à l'aise.

- Pourquoi est-ce que tu fais tout ça ?

Je me retins de pousser un long soupir de soulagement. Ce n'était que ça ? J'avais paniqué pour cette simple petite question ? J'avais presque envie de rire. Mon dieu, ce que j'étais ridicule.

- Vous vous demandez pourquoi est-ce que je participe à toutes les « expéditions » ? demandai-je en faisant des guillemets avec mes doigts. Eh bien… sûrement parce que je veux protéger cet endroit. Et puis, je suis comme ça, je pense. Droite. Vous avez fait beaucoup pour nous. Si vous n'étiez pas sortis le jour où on est arrivée à la prison… on ne serait sûrement pas là aujourd'hui.

Un frisson me parcourut l'échine et mon sourire vacilla un instant.

- Et puis… je dois y aller, soufflai-je en baissant légèrement la tête. Vous pensez pouvoir raisonner cet homme. J'aimerais y croire également. Mais je ne place que très peu d'espoir dans cette tentative de négociation. Alors je veux venir, voir comment les choses se passent. Je veux savoir. Et puis, il n'y a pas que le Gouverneur. Il y a tellement de personne derrière lui. Toute une ville. Des gens qui peuvent nous écouter. Alors, certes, ceux qu'il va ramener avec lui ne seront peut-être pas les plus aptes à m'écouter, mais je les connais quand même. Je peux peut-être… faire quelque chose, qui sait.

Est-ce que je croyais à ce que je venais de dire ? Pas tellement. Pour changer les choses, il aurait fallu que je sois au moins au même niveau que le Gouverneur. Hors, ici, personne n'atteignait un tel niveau. Pas même Rick. Le Gouverneur savait manipuler les foules, il savait faire plier les gens et il avait toujours un coup d'avance ou un plan de rechange. Il ne se laissait jamais prendre au dépourvu. On ne savait pas contre quoi on allait devoir se battre si jamais la guerre se déclarait ouvertement. Et je ne pouvais pas rester ici à attendre, à me demander, à me poser des questions. L'attente, dans un monde comme celui où on évoluait, était un des nombreux chemins directs qui menaient vers la folie.

Rick, Daryl et Hershel arrivèrent, fin prêt, et je me levai. Je passai mon carquois à mon épaule gauche, avec mon arc.

- Prête ? me demanda Rick.

J'hochai la tête.

- Alors allons-y.

Les trois hommes passèrent à côté de moi et sortir. J'allais leur emboîter le pas, mais au dernier moment, je me retournai vers Carol. Cette dernière me fit un sourire et hocha la tête.

- Je veillerais sur elle.

- Merci. Et, vous pourrez lui dire que je suis désolée ? Pour tout à l'heure…

Elle hocha à nouveau la tête. Je me tournai alors vers la porte.

- Hé !

Je tournai la tête vers le fond de la pièce. Merle, appuyé contre le mur, me souriait d'un air moqueur. Je fronçai les sourcils.

- Qu'est-ce que tu me veux encore ? sifflai-je.

- Juste te dire que j'ai été… ravi, de te revoir. Adieu !

Je fis claquer ma langue contre mon palet et détournai la tête, avant de m'engager à la suite des garçons.

Le trajet jusqu'à l'endroit fixé pour le rendez-vous n'était pas bien long. Tout juste une dizaine de minutes, peut-être un quart d'heure. Pas plus. J'étais à l'arrière, derrière le siège conducteur. Le coude appuyé contre la fenêtre, je regardais le paysage défiler. Et plus on avançait, plus je stressais. Je ne savais absolument pas comment cela allait se passer. Si cela se trouvait, le Gouverneur nous amenait dans un traquenard : il allait nous tuer une fois sur place. Ou alors, il allait nous éjecter de la prison. Il en était capable. Il en avait les moyens. Que pourrions-nous faire ? Oh, bien sûr, on riposterait. Mais notre puissance de frappe n'était pas aussi importante que celle de Woodburry.

Lasse de toutes ses pensées, je soupirai. Hershel tourna la tête vers moi depuis le siège passager.

- Tout va bien ?

- Hum.

Il y eut un silence gênant dans le véhicule puis Rick prit la parole.

- Tu pourrais avoir une idée de qui accompagnera cet homme ?

- Il y a beaucoup de possibilités, répondis-je après un instant de réflexion. Je pense quand même qu'on peut compter sur la présence de Martinez. C'est un peu une sorte de bras droit. Depuis que Merle a dégagé, il a dû… monter en grade, sifflai-je en souriant. Après, il prendra sûrement d'autres hommes, mais je ne peux garantir leur identité. Et je pense que Blondie sera là également. Après tout, c'est elle qui a demandé ce rendez-vous, non ?

- …

Rien qu'au ton, on pouvait comprendre à quel point je trouvais cette idée ridicule. Mais d'un autre côté, j'espérais beaucoup de cette rencontre. Je soupirai à nouveau. Le mal de crâne commençait à pointer le bout de son nez, autant dire que ce n'était pas ça qui m'aiderait à me concentrer davantage sur la conversation.

Soudain, de l'autre côté de la vitre, un bruit de moteur se fit entendre. Je lançai un coup d'œil. Daryl, bien installé sur sa moto, nous lança un regard puis accéléra pour rouler au même niveau que Rick, à l'avant de la voiture. Je le détaillai rapidement du regard. Cet homme… C'était un mystère. J'étais étrange quand il était là. Je n'arrivais pas à le cerner, à comprendre ce qu'il pensait. Ça me frustrait. Habituellement, je cernais plutôt vite les gens. Je n'avais pas trop de mal avec le reste du groupe. Mais avec lui… Non, c'était impossible. Je n'arrivais pas à comprendre. Je ne savais pas d'où venait le problème. De lui ? Ou… de moi ? Je n'avais jamais agis ainsi avec quiconque. Je me sentais mal à l'aise avec lui, mais, d'un autre côté, j'étais irrémédiablement attiré par le mystère qui l'entourait. Avant, avant l'épidémie, je n'avais pas de contact avec les garçons, qu'ils aient mon âge ou qu'ils soient plus grand. Depuis le début de l'épidémie, j'avais changé. J'avais été obligé de côtoyer des hommes, d'apprendre à les comprendre et à rester en leur présence. Cela m'était devenu facile avec le temps. Mais lui… Il me ramenait à avant l'épidémie, à cette époque où… où j'étais encore « Le Petit Génie ».

Ce souvenir me tira une grimace amère et je secouai légèrement la tête. Vraiment, cet homme… C'était un problème. Et je n'aimais pas les problèmes. Il fallait que je trouve une solution.

Au bout de quelques minutes, nous arrivâmes au point de rendez-vous. Avant de pénétrer dans le terrain, Hershel et Rick échangèrent les places. Je les regardai faire sans rien dire, me demandant le pourquoi de cette manœuvre. Une fois à l'intérieur du terrain, Hershel stoppa la voiture et Rick sortit, tandis que le vieil homme sortait une arme automatique d'on ne savait où. Moi, je restai à l'arrière. Sans m'en rendre compte, je m'enfonçai davantage dans le siège. L'ambiance était lourde, pesante. Stressante. Autant dire que rien de tout cela n'était fait pour apaiser mes nerfs, déjà particulièrement mis à mal.

Même en sachant que cela ne servirait à rien, j'attrapai une flèche dans mon carquois de la main gauche et, tant bien que mal, l'encochait à mon arc, tenu du bout de la main droite. Mon épaule commençait à me lancer. Mais s'il le fallait, je n'hésiterais pas à tirer. Bien que la précision du tir ne soit pas garantie dans mon état. Vraiment, je maudissais le type qui m'avait tiré cette balle.

A travers le pare-brise, je vis Daryl se lever de sa moto et attraper son arbalète. Il rejoignit Rick et, durant tout le temps où ils furent visibles, je le suivis des yeux.

L'attente dans le silence me sembla interminable. Au bout d'un instant, j'ouvris la portière, m'attirant une réflexion légèrement paniquée de la part d'Hershel.

- Que fais-tu ?!

- Je sors. S'il y avait eu des hommes, ils n'auraient pas attendu pour nous tuer.

Je basculai à l'extérieur du véhicule et restai là. J'en profitai pour retirer le bandage qui retenait mon bras. Comme la dernière fois, mon épaule sembla peser trois tonnes et je grimaçai.

- Bon sang… Pas possible cette blessure, sifflai-je, excédée.

- Il faudra laisser faire le temps.

- Mmh.

Laisser faire le temps… D'accord, mais pour le moment, c'était très handicapant. A cette pensée, je me sentis rougir furieusement. Penser cela alors qu'Hershel avait carrément perdu une jambe… J'en ratais pas une.

- Hé !

Je relevai la tête. Daryl revenait.

- Il est déjà à l'intérieur. Il parle avec Rick.

J'écarquillai légèrement les yeux et posai mon regard sur le bâtiment où devaient se trouver les deux hommes. Alors il était là. A quelques mètres seulement. Une boule se forma dans ma poitrine et je détournai les yeux. D'un côté, c'était mieux ainsi. Je n'avais pas à le voir arriver et à l'affronter directement. C'était mieux ainsi.

- J'vois aucune voiture, dit Hershel en regardant autour de lui.

- Ouai. J'le sens pas. Laisse le moteur tourner.

Je pinçai les lèvres et tournai la tête en direction du bâtiment. Et Rick qui était tout seul là-dedans. Je ne l'appréciais pas, mais cela ne m'empêchait pas de m'inquiéter pour lui.

Soudain, un bruit de moteur se fit entendre et je me crispai. Ma main se resserra automatiquement sur mon arme et mon regard chercha rapidement la provenance du bruit.

- On a de la compagnie, déclara Daryl en relevant son arbalète.

Je ne réfléchis pas davantage et me levai. Immédiatement, une vive douleur se fit sentir dans mon épaule et je serrai les dents pour étouffer un gémissement de douleur. Bon. On allait faire avec. Si on avait un peu de chance, une simple dissuasion suffirait. De toute façon, le Gouverneur n'était pas avec eux, alors c'était un bon point. Mais il ne fallait pas se reposer sur cet acqui.

Je reconnus au premier coup d'œil le conducteur. Martinez. Bien sûr. C'était évident qu'il viendrait. Et Blondie aussi. Par contre, je ne voyais pas la troisième personne. Je fronçai les sourcils, sur mes gardes, et vins me poster légèrement en retrait de Daryl, mon arc à la main, la flèche encochée. J'espérais ne pas avoir à m'en servir.

Lorsqu'ils descendirent tous, et que je reconnus le troisième homme, la surprise me fit hausser les sourcils.

- Milton ? soufflai-je, complètement ahurie.

Euh… ce n'était pas vraiment à lui que j'aurais pensé pour une mission de ce genre, mais… bon, puisqu'il en était ainsi. Ce n'était pas un mauvais point en fait. Au contraire. Milton était un intellectuel. Il réfléchissait d'une façon différente par rapport au Gouverneur. Et il jouait un peu le rôle de conseiller pour ce dernier. On pouvait peut-être marquer des points avec ça…

- Regardez qui voilà, intervint Martinez, un sourire moqueur aux lèvres. Alors t'es toujours vivante ! J'avais du mal à y croire, mais là, y'a plus de doutes. T'es une coriace.

Je ne répondis pas.

- Bon, on s'en fout de ça. C'est quoi ce bordel ? Pourquoi est-ce qu'il est arrivé avant vous ? demanda Daryl.

- Il est déjà là ? demanda Andréa.

- Ouai.

Je gardai mon regard fixé sur Martinez. Je n'avais jamais pu blairer ce type. Il ne m'inspirait pas confiance. Pas du tout.

Du coin de l'œil, je vis Blondie pénétrer à l'intérieur du bâtiment et disparaître. J'échangeai alors un regard avec Daryl, puis avec Hershel et reposai mes yeux sur Martinez.

- Et Gwen ? Toujours vivante ? Et son copain ?

Mon corps entier se crispa à la mention de Julian et, si je n'avais pas été blessé, j'aurais été ravie de massacrer comme il se doit ce pauvre type pour qu'il la boucle. Au lieu de quoi, je dus me contenter de serrer les dents et de le foudroyer du regard.

- Vu ta tête, y'en a bien qui sont vraiment mort.

- Boucle-la Martinez, t'en sait strictement rien.

Un sourire moqueur aux lèvres, Martinez leva les mains en signe d'abandon puis croisa les bras. Les mâchoires serrées, je détournai la tête et vins m'appuyer contre la voiture. Bien. Maintenant, il ne restait plus qu'à attendre qu'une décision soit prise, en espérant qu'elle nous soit bénéfique.

Au bout de quelques instants, Hershel prit la parole.

- Je devrais peut-être aller voir ce qu'il se passe…

- Le Gouverneur juge préférable de s'entretenir avec Rick en privé, intervint alors Milton.

- On peut savoir qui t'es ? demanda alors Daryl.

Je poussai un soupir, ouvris la portière de la voiture et m'assis côté passager, les jambes en dehors du véhicule. Mon bras me lançait et je sentais qu'on en avait pour un bon moment avant de rentrer à la prison. Si on y rentrait.

- Milton Mamet.

- Génial. T'es le majordome, c'est ça ?

Un léger sourire retroussa mes lèvres.

- Je suis son conseiller, répliqua Milton.

Mais bien sûr…

- Conseiller en quoi ? demanda Daryl.

Si je ne me trompais pas sur la petite lueur qui brillait dans son regard, Daryl commençait à s'amuser des réactions de Milton. Comme quoi, une tête de turc savait toujours détendre l'atmosphère… Si c'était pas malheureux.

- Organisation, Mordeurs, soupira Milton, apparemment excédé. Je suis désolé, mais en fait, je n'ai aucune envie de raconter ma vie à des hommes de mains.

- Fais gaffe à ce que tu dis, trésor, siffla Daryl en s'avançant vers lui.

Je me relevai immédiatement. Martinez se tendit. Hershel resserra sa prise sur son arme. Seul Milton conserva un simulacre de nonchalance.

- Si on est parti pour se braquer nos flingues à la gueule toute la journée, rends-moi un service, intervint Martinez. Ferme-la.

Je vis immédiatement défiler dans ma tête une centaine de fins possibles à un tel scénario et, dans tous les cas, ça se terminait mal. Je m'avançai donc jusqu'à Daryl et, avant qu'il ne s'approche trop de Martinez, je me glissai entre eux.

- Pousse-toi, grogna Daryl sans même m'accorder un regard.

- Tu te calmes d'abord, et tu recules, sifflai-je. J'ai pas envie d'avoir à vous gérer, c'est clair ?

Daryl baissa son regard sur moi et je clignai rapidement des yeux, sans toutefois bouger d'un pouce. Il y eut un moment de silence, puis Daryl recula, me tournant le dos. Je me détendis instantanément. Dans mon dos, Martinez ricana. Je me tournai vers lui, les sourcils froncés, le regard noir.

- T'as plutôt intérêt à te tenir tranquille également. Je crois que t'apprécierais moyen de te prendre une flèche.

- Essaie pas de sauver les apparences, Romane. Tu crois peut-être qu'on a pas remarqué ton bras ?

Je me mordis fortement l'intérieur des joues pour ne pas répondre et rejoignis Hershel et Daryl, reprenant ma place dans la voiture. A nouveau, un lourd silence s'installa, seulement brisé par le bruit du crayon de Milton sur son carnet. Je ne savais pas ce qu'il écrivait avec tant de frénésie, mais ça devait être passionnant. C'était tout juste s'il ne collait pas son nez contre le papier. Je poussai un soupir frustré. Je crois que j'aurais pu donner n'importe quoi pour du papier et un crayon. Malheureusement, j'avais perdu mon unique carnet lorsqu'on avait fuit Woodburry, et je n'étais pas prête de le revoir. Néanmoins, si j'avais su, j'aurais pris quelque chose pour faire passer le temps. On n'entendait rien de ce qu'il se passait à l'intérieur, mais cela laissait à penser qu'il ne se passait rien de grave. On aurait forcément entendu un coup de feu ou un peu de remue-ménage s'il s'était passé quelque chose. Et là, c'était le néant total. Alors franchement, poireauter comme ça, c'était chiant, même si c'était nécessaire.

Ce fut l'arrivée de Blondie qui apporta un peu d'animation à tout ça. Lorsqu'elle sortit du hangar, tous les regards convergèrent vers elle. On attendait tous qu'elle dise quelque chose sur ce qu'il se passait à l'intérieur. Mais elle ne lâcha pas un mot et s'assit, l'air frustré et dépité. Ok… Ça devait être trop la joie là-dedans…

Le silence retomba une nouvelle fois. Je me faisais chier à un point inimaginable. Tambourinant légèrement sur le bord de la voiture, le regard dans le vide, j'attendais. Daryl tournait en rond, ayant apparemment de plus en plus de mal à gérer son impatience. Andréa était toujours assise par terre, sa jambe tressautant de plus en plus vite, preuve de son anxiété.

- Pourquoi ne pas utiliser le temps à notre disposition pour étudier le problème nous-même ? demanda alors Milton, sortant tout le monde de sa bulle.

- Le boss a dit d'attendre, en silence.

- Tu veux dire le Gouverneur.

J'haussai un sourcil devant le regard que Martinez et Daryl échangèrent. C'était l'amour fou entre eux, dites donc.

- C'est une bonne chose qu'ils se rencontrent, continua Milton, comme si de rien n'était. Surtout après tout ce qu'il s'est passé, ajouta-t-il en me lançant un regard appuyé.

J'haussai les sourcils. Euh… C'était quoi ça ?

- Ils vont s'arranger : personne ne veut d'une autre confrontation, poursuivit Milton.

- J'appellerais pas ça une confrontation, coupa Daryl.

- Moi j'appelle ça comme ça. C'est approprié.

Je lançai un regard étonné à Milton. Je l'avais rarement vu s'imposer ainsi. En fait, je ne l'avais jamais vu agir comme ça. Il était toujours effacé, dans l'ombre du Gouverneur. Je ne savais pas ce qu'il lui prenait.

- Et… j'ai tout noté ici, acheva-t-il en montrant son carnet.

- Pourquoi ? demanda Daryl.

- Il faut bien que quelqu'un consigne ce qu'on a traversé. Cela fera partie de notre histoire.

Je ne pus m'empêcher de laisser échapper un ricanement moqueur et tous les regards se tournèrent soudainement vers moi. Je fixai le mien sur Milton, un sourire moqueur aux lèvres.

- Partie de notre histoire ? Me fait pas rire Milton, tu devrais être plutôt bien placé pour savoir que l'histoire est une vérité, et la vérité à plusieurs visages. C'est quoi ta version des faits, exactement ? demandai-je, moqueuse.

Il y eut un moment de silence, puis Milton détourna le regard. Je souris davantage. Qu'il me prenne pas pour une idiote. Il se croyait intelligent, un homme pensant. Mais il en oubliait complètement que d'autres que lui étaient capable de réfléchir également.

Soudain, un râle rauque se fit entendre et, sans pouvoir m'en empêcher, je sursautai. Je devins instantanément rouge comme une tomate, puis je me levais, alors que les autres faisaient de même. J'attrapai mon arc et mes flèches quand une main se referma sur mon poignet. Je me tournai et me retrouvai soudain nez à nez avec Daryl. Oh bon sang…

- Tu restes ici, avec Hershel.

- Quoi ? Mais… Hé !

Daryl s'éloignait déjà, accompagné d'Andréa et Martinez. Non mais… ! Hors de question ! Attrapant mon arc quand même, contre l'avis de Daryl, je le passai dans mon dos et dégainai mon poignard. Hershel tenta de me rappeler et je tournai rapidement la tête vers lui avant de tracer. Malheureusement, j'arrivai trop tard. Tous les Mordeurs étaient déjà exterminés. Je pinçai les lèvres et rangeai mon couteau presque rageusement.

- J't'avais dit de rester là-bas, dit Daryl en revenant vers moi.

- Tu devrais commencer à comprendre que je fais pas souvent ce qu'on me dit, soufflai-je.

Contre toute attente, un sourire étira les lèvres de Daryl et j'écarquillai légèrement les yeux. Il souffla légèrement et me dépassa. Attendez… Pause… Il venait vraiment de me sourire là ? Je me tournai vers lui, incrédule. Il était penché sur le corps d'un des Mordeurs et ne prêtait déjà plus attention à moi. Je secouai légèrement la tête. Bon. Au moins, il ne s'était pas mis en colère, hein ?

Je m'approchai des deux hommes, Blondie ayant disparu, et je vis Daryl tendre un paquet à Martinez. J'haussai les sourcils. Ils étaient pas censés ne pas pouvoir se blairer ? Je comprenais plus rien… Martinez refusa de prendre une cigarette, et je vis alors le paquet se tendre vers moi. J'eus un petit moment de bug, puis je me redressai en secouant la tête.

- Oh ! Non. Non, je ne fume pas, dis-je en secouant ma main.

- Gentille fille, souffla Daryl en rangeant le paquet dans sa poche.

- Hé !

Daryl me regarda et, à nouveau, un sourire en coin étira ses lèvres. Je fronçai les sourcils, mais il n'y avait que les autres que je parvenais à tromper. Si je m'étais écouté, j'aurais souri aussi…

L'odeur âcre de la fumée de cigarette se fit rapidement sentir et j'inspirai une bouffée de fumée blanche. Tout un flot de souvenir me revint immédiatement en mémoire. Mon père était un fumeur. Il ne passait pas beaucoup de temps à la maison, mais il restait suffisamment de temps pour faire en sorte que toutes les pièces s'imprègnent de l'odeur du tabac froid. Mon frère avait toujours détesté ça. Un jour, il avait placardé des affiches « Interdit de fumer » dans toute la maison. Le lendemain, quand on s'était levé, toutes les affiches avaient disparu et l'odeur était encore plus présente que d'habitude. Le message avait été très clair. En fin de compte, on avait fini par s'y habituer. Mais j'avais catégoriquement refusé toutes les cigarettes qu'on m'avait un jour proposées. Hors de question que je devienne fumeuse à mon tour.

- T'étais dans l'armée ? demanda soudainement Daryl, son regard fixé sur Martinez.

- Non, c'est juste que… je hais les Mordeurs.

- Qui ne les hait pas, hein ? demandai-je en m'accroupissant, mon bras droit ramené contre ma poitrine pour ne pas me blesser.

- Ouai… Après ce qu'ils ont fait… à ma femme… à mes gosses.

Je me crispai. Et voilà. Voilà. Encore une fois, j'avais oublié « l'avant ». Il y en avait toujours un. Tout le monde avait eu un passé avant le début de l'épidémie. Et moi, je ne m'en souvenais que quand on parlait des morts. Je détestais les gens, oubliant que, s'ils étaient ainsi, c'était qu'il y avait une raison et puis je retombais brutalement sur terre. Bon sang… Quelle idiote je faisais. Je relevai la tête vers Martinez. Une femme… Des enfants…

- J'compatis, lâcha Daryl.

- Merci.

Un malaise s'installa alors et, soudain, je me sentis de trop. Je me raclai la gorge, me relevai en prenant garde à mon bras puis me tournai vers Daryl.

- Hum… Je vais retourner avec Hershel.

- Ok, lâcha Daryl.

Je me détournai et, alors que j'allais partir, une pensée me traversa l'esprit. Un sourire moqueur aux lèvres, je me tournai vers Daryl.

- Si y'a un problème… tu cries, ok ?

Daryl fronça les sourcils et je ne lui laissai même pas le temps de répondre. Je m'éclipsai rapidement, entendant tout juste le rire moqueur de Martinez.

Revenue là où on était garé, j'eus la surprise de ne pas trouver Hershel. Le stress monta en moi à une vitesse hallucinante et j'allais me précipiter dans le hangar quand j'entendis la voix de Milton depuis le côté gauche du bâtiment. Je m'avançai rapidement vers l'endroit d'où provenait sa voix. Je tombai alors sur Hershel et lui en train de discuter. Je poussai un profond soupir de soulagement, tandis que les deux hommes levaient la tête vers moi.

- Romane… Il y a un problème ? demanda Hershel en voyant mon visage encore légèrement crispé par la soudaine montée de stress.

- Non… Non, je… Je me demandais juste où vous étiez passé, soufflai-je en me laissant tomber en face du vieil homme, par terre. Qu'est-ce que vous faisiez ? demandai-je en voyant le carnet dans les mains de Milton.

- Eh bien, comme je l'ai dit tout à l'heure, j'écris tout ici, dit ce dernier en levant son carnet. Et je recueille des témoignages pour compléter, ça, tu le sais. J'étais en train d'interroger Hershel sur son histoire.

Je fronçai les sourcils et jetai un regard interrogateur à Hershel. Vraiment ? Milton m'avait déjà demandé, plusieurs fois, de témoigner pour son truc. Je n'avais jamais accepté. Mon histoire ne concernait que moi et si, un jour, elle devait être rendue publique, ce ne serait qu'après ma mort, pas avant.

- Bien alors… Comment avez-vous perdu votre jambe ? demanda Milton, reprenant bien en main son crayon.

- J'ai été mordu, répondit Hershel.

- Et donc… vous l'avez coupé pour empêcher la contamination ? Intéressant ! Et… combien de temps après la morsure ?

Je fronçai les sourcils plus encore, si c'était possible. Il n'avait vraiment aucune gêne. Demander ce genre de choses… Hershel avait vraiment une patience d'or pour supporter ça. Moi, j'aurais envoyé ce gars bouler depuis longtemps. D'ailleurs, c'était comme ça qu'il avait été éconduit, les fois où il m'avait demandé de « témoigner ».

- Tout de suite après, répondit une nouvelle fois Hershel.

- Vous ne vous êtes pas vidé de votre sang ?

- J'étais entouré de gens biens, souffla Hershel en posant son regard sur moi. Ils ont pris soin de moi.

Je me redressai, légèrement gênée. Je savais bien pourquoi il disait ça en me regardant. « Tu ne connais pas notre histoire, tu ne peux pas juger ». Je détournai le regard. Hershel… avait un véritable pouvoir sur moi. Mais en dépit de ça, je sentais que je m'attachais de plus en plus au vieil homme. Allez savoir pourquoi.

- Des médecins ? demanda Milton.

- Non. Nous avons appris sur le tas, répondit Hershel.

- Comme tout le monde, soufflai-je en serrant mon avant-bras droit.

Je décidai de ne plus porter attention à ce que disait Milton quand il demanda à Hershel s'il pouvait voir son moignon. Cet homme était… sans tact. Complètement idiot. Je ne retins donc pas mon rire quand Hershel lui répondit qu'il pourrait au moins lui proposer un verre avant. C'est à ce moment-là que je pris réellement conscience d'une chose.

Je faisais partie de leur groupe. Moi, et Gwen. On faisait partie du groupe de Rick. On n'était plus des habitantes de Woodburry, ou encore des solitaires sur les routes… Non. Maintenant, c'était sûr. On faisait partie de ce groupe. On avait la chance de parvenir à se faire une petite place dans cette famille composée. On avait une chance de se faire une place auprès d'Hershel, de Glenn, de Maggie, Beth, Carol… Daryl… et tous les autres.

Un sourire étira mes lèvres.

Oui. On avait cette chance. Et je ne comptais pas la laisser passer.