! BLABLA DE L'AUTEUR !
Hello ! Et me voilà de retour avec le chapitre 16 comme cadeau ! Oui, bon, c'est pas Noël, mais voilà :) Qui sait, peut-être que vous en aurez un, voire deux autres avant le 25, si je suis en forme ( ce qui est le cas en ce moment !). Enfon bref ! Donc voilà le nouveau chapitre !
Guest : Merci et de rien ;)
MyFairLadyRose : Je suis totalement d'accord avec toi pour ce qui est de la relation Merle/Romane ! Contente de voir qu'on ressent la chose comme j'essaie de la faire passer ;) Pour ce qui est du reste de ta review, je te laisse lire et découvrir par toi-même :)
Chapitre 16
J'étais dans la voiture. On était sur le chemin du retour depuis au moins cinq bonnes minutes.
Et je tremblais encore.
Après avoir discuté un peu avec Hershel et Milton, j'étais retournée dans la voiture, sur le siège passagé, et j'avais attendu. Le silence m'avait fait du bien. J'avais réfléchis, comme j'aimais le faire quand j'étais seule. J'avais passé le temps comme j'avais pu, regardant de temps en temps à l'extérieur pour m'assurer que tout allait bien. J'avais même failli m'endormir tellement le temps m'avait paru long à un moment.
Puis la porte du hangar s'était ouverte. Et mon cœur avait loupé un battement.
Le Gouverneur, un cache-œil noir sur le visage, était sorti. Il avait balayé l'extérieur du regard. Et, inévitablement, son regard s'était posé sur moi. Je m'étais crispée dans mon siège. A ce moment-là, j'avais tellement eu envie de me ruer à l'extérieur de la voiture pour lui planter une de mes flèches dans l'autre œil... Il ne méritait que ça… Mais je n'avais rien fait. J'étais restée sur mon siège, comme pétrifiée. Puis le Gouverneur avait fait quelque chose qui m'avait glacé le sang. Il avait sourit. Un sourire froid et cruel. Il m'avait fait une promesse. Il allait me tuer. J'en étais certaine. Et, sans pouvoir m'en empêcher, j'avais eu affreusement peur.
Et c'était toujours le cas maintenant.
Recroquevillée contre la portière de la voiture, j'avais le regard fixé sur le siège, que je ne voyais même pas. Qu'est-ce que j'allais faire ? Et Gwen ? Qu'est-ce qu'ils avaient dit dans ce hangar ? Pourquoi Rick ne disait-il rien ? Qu'est-ce qu'il attendait ? Tant de questions qui bouillonnaient dans ma tête depuis que j'avais vu ce sourire sur le visage de cet homme. Je n'arrivais pas à me l'ôter de l'esprit.
- Tout va bien ? demanda soudainement Hershel. Ton épaule te fait mal ? Tu es toute blanche.
Je relevai la tête et mis un instant à comprendre ce qu'il venait de me dire. Je lui fis alors un petit sourire et hochai la tête, lâchant un petit « je vais bien », avant de reporter mon regard sur la fenêtre à ma gauche. Je me replongeai presque instantanément dans mes pensées.
Lorsque nous arrivâmes enfin à la prison, je n'avais plus qu'une envie : m'isoler dans ma cellule. Et parler à Gwen aussi. Oui, il fallait d'abord que je parle à Gwen. Mais, avant de faire quoi que ce soit, j'entendais bien savoir ce qui s'était dit dans ce hangar de malheur ! Et Rick n'allait pas se défiler.
A l'intérieur de la prison, une certaine tension régnait. Il ne fallait pas se demander de qui elle provenait, pensai-je en lançant un rapide regard à Merle.
- Tout le monde se réunit, lâcha Rick en passant dans l'autre partie de la prison.
Je fus presque la première à pénétrer dans la pièce et, immédiatement, Gwen fut à côté de moi, l'air inquiet.
- Tu vas bien ? demanda-t-elle en se retenant contre le mur.
Je lui fis un petit sourire pour seule réponse et cela éveilla immédiatement ses sens.
- Tu l'as vu, lâcha-t-elle, devenant immédiatement plus sombre.
- Ouai, fis-je avec un petit sourire crispé.
Un frisson me parcourut la colonne vertébrale. Je détestais ce mec autant qu'il me faisait peur. Et ce n'était pas facile d'éprouver ces deux choses pour une seule et même personne. Il y avait toujours un blocage. Comme celui de tout à l'heure, lorsque je l'avais vu.
- Il t'a fait quelque chose ? Tu es toute pâle…
- Non, il…
- Bon ! Ecoutez tous ! intervint alors Rick, mettant un terme à notre discussion.
Le silence tomba soudainement sur la pièce. Rick passa rapidement dans une cellule et en ressortit, une arme à la main. Au moins, le message était clair.
- Donc, j'ai rencontré ce Gouverneur, lâcha-t-il en revenant se placer devant nous. On a discuté, un bon moment.
- Vous étiez que tous les deux ? demanda Merle.
- Ouai.
- T'as loupé une sacrée occasion mec.
Rick lança un regard affreusement froid à Merle et ce dernier quitta la pièce. Je le regardai partir sans rien dire. J'étais presque d'accord avec lui.
- Il veut la prison, dit alors Rick. Il veut qu'on disparaisse. Qu'on crève. Il veut qu'on crève. Pour ce qu'on a fait, à Woodburry… On entre en guerre, termina-t-il.
Voilà. L'expression était lâchée. Je poussai un profond soupir et passai une main lasse sur mon visage. Bon sang… Voilà, maintenant, c'était lancé. Et il y avait un truc qui me déplaisait tout particulièrement dans cette histoire : Je ne pouvais strictement rien faire. Rien du tout. Et Gwen non plus. On allait devoir laisser les autres s'occuper de notre propre sécurité. Ce n'était pas que je n'avais pas confiance en eux, mais je me sentais totalement incapable. Incapable de me défendre, incapable de défendre les autres. Incapable, incapable, incapable ! Bon sang ! Pourquoi est-ce que ça avait dû m'arriver à moi ?!
- Romane ?
Je relevai brusquement la tête, sortant de mes pensées. Gwen se tenait devant moi, l'air encore plus inquiet que tout à l'heure. Je lui fis un petit sourire et poussai un profond soupir. Par réflexe, je jetai un coup d'œil à mon épaule et fus étonnée de trouver mon bandage rouge de sang. Ça, ça tombe à pic, pensai-je en relevant la tête.
- Je dois aller voir Hershel, soufflai-je à mon amie. On se voit après ?
Gwen hocha la tête et je partis à la recherche du vieil homme. Finalement, je n'avais pas tellement envie de parler à Gwen de ce qu'il s'était passé là-bas. Je me sentais minable, maintenant, et lui parler de ce que j'avais ressenti en voyant le Gouverneur n'allait pas arranger les choses.
- Hershel ? appelai-je en arrivant dans l'autre partie de la prison. J'aurais besoin de vous, si vous pouviez m'accorder quelques instants.
- Bien sûr, dit Hershel en se levant.
Il me rejoignit rapidement dans sa cellule et ne posa aucune question, comprenant parfaitement de quoi il s'agissait. Un peu plus à l'aise que les autres fois, je retirai mon sweat, laissant voir à Hershel mon bandage imbibé de sang. Une petite grimace passa sur ses lèvres.
- On va voir ce que ça donne là-dessous.
J'hochai la tête, pas vraiment rassurée, puis Hershel défit une fois de plus mon bandage. Lorsqu'il retira le pansement, il y alla tout doucement et, finalement, ma plaie fut à l'air libre. Cela me fit une drôle de sensation. Hershel se pencha immédiatement pour voir de plus près et j'attendis son verdict. Il soupira longuement au bout d'un moment et je sentis un petit coup de pression me traverser.
- Ça saigne encore pas mal… Il faudrait faire des points de suture, mais on n'a pas de quoi faire…
- Un simple fil suffira hein, cherchez pas à faire compliqué, soufflai-je.
- Oh, je sais bien. Mais nous n'avons pas d'aiguille, et là, nous ne pouvons rien faire, soupira Hershel.
- Hershel ! s'exclama alors Daryl, avant de pénétrer dans la cellule. Est-ce que tu… Oh, merde !
Le regard de Daryl se posa sur moi. Il y eut une ou deux secondes de flottements avant que je ne prenne conscience de la situation. D'un coup, l'information me monta au cerveau et je sentis le rouge me monter aux joues quasi instantanément. Il ne me fallut que quelques secondes pour me réfugier au fond de la cellule, mon sweat serré contre ma poitrine. Merde ! Merde, merde, merde ! Pourquoi lui ?! Pourquoi ?! Malgré ma blessure que je venais de réveiller méchamment, je passai mon sweat, sans toutefois bouger de mon coin. Je restai le dos tourné aux deux hommes. Oh mon dieu, j'avais tellement honte ! Tellement, tellement honte ! Je devais être rouge comme une tomate ! Oh bon sang !
- Daryl…, souffla Hershel.
- J'ai pas fait exprès ! se défendit l'homme à l'arbalète.
- Je m'en doute, répondit le vieil homme en riant légèrement.
Il y eut un moment de silence gêné et je jetai un coup d'œil par-dessus mon épaule. Je fus surprise de découvrir un Daryl avec un léger, très léger air un peu perdu, les bras ballant, les joues un peu rougies. Il gardait pourtant son aura impassible et il se contenta de me jeter un petit regard.
- Désolé, dit-il.
Puis il s'en alla.
Je poussai un long soupir, attendis un instant pour reprendre mes esprits, puis me rassis devant Hershel, m'enfonçant davantage dans l'ombre du lit superposé. Je sentais encore le rouge soutenu qui me brûlait les joues, et je devais avouer que cette interruption soudaine avait fait totalement disparaître le semblant de confiance que j'avais réussi à placer dans ces soins. Je me sentais à nouveau gênée. En plus, ce n'était pas une fille qui avait fait irruption dans la cellule. Non ! Un gars ! Et Daryl en plus ! Je n'allais plus pouvoir le regarder droit dans les yeux maintenant ! C'était déjà pas gagné avant…
- Dis-moi si je me trompe, mais… il me semble qu'entre toi et Daryl, le contact est difficile, souffla alors Hershel.
Je tournai brusquement la tête vers lui, faisant craquer mon cou au passage. Comment ?! Ça se voyait tant que ça ?
- Euh… je…
Très éloquent, Romane, pensai-je en rougissant davantage. Hershel, devant mon air désemparé, lâcha un petit rire puis me fit signe de retirer à nouveau mon haut. Je le fis, mais je le gardai collé contre moi avec mon bras gauche.
- Ce n'était pas une réflexion, ou quoi que ce soit dans le genre, tu sais, continua-t-il. C'était juste une constatation. Il me semble que tu es plus mal à l'aise quand il est présent. Ça a un rapport avec Merle ?
- Merle ? Non, pas du tout, répondis-je, tandis qu'il commençait à refaire le bandage. C'est juste que… que…
Je ne savais pas bien quoi dire. Je me sentais mal en présence de Daryl. Je n'arrivais pas à savoir ce qu'il pensait, je n'arrivais pas à savoir ce qu'il allait faire. Je n'arrivais pas à le comprendre comme je parvenais à comprendre les autres. Pour moi, il était un mystère total, et c'était frustrant et intrigant à la fois. De quoi me faire tourner en bourrique.
- Je n'arrive pas à le cerner, soufflai-je alors, me libérant d'un poids plus pesant que ce que j'avais pu penser. Je n'ai pas de mal à comprendre les gens, habituellement, mais lui… Non, impossible de comprendre. Même Merle a été plus facile à cerner, c'est pour dire, dis-je en souriant légèrement.
Hershel me regarda un instant, sans rien dire, puis noua mon bandage et se recula, me laissant remettre mon sweat.
- Daryl n'est pas comme Merle. Il est bien plus complexe, bien plus profond.
Je ricanai légèrement tout en remettant mon écharpe. Je me levai, puis me tournai vers Hershel.
- Merle est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Et, en plus, il est imprévisible, ajoutai-je en grimaçant légèrement.
Hershel me regarda sans répondre et je lui fis un petit sourire.
- Merci pour le bandage. Encore.
Je sortis ensuite de la cellule. Je jetai un coup d'œil dans l'autre partie de la prison et mon regard tomba sur Daryl, assit à la table. Je détournai immédiatement le regard et fonçai vers ma cellule, où Gwen devait sûrement être, puisque je ne l'avais pas vu dans la grande salle. Je la trouvais en effet assise sur son lit, adossé au barreau du lit, un livre sur les genoux, l'air perdue dans ses pensées. Je fronçai les sourcils, inquiète.
- Gwen ?
Elle sembla revenir dans la réalité et tourna son regard vers moi. Un sourire étira ses lèvres, mais je ne fus pas convaincue. Non, elle n'allait pas bien, ça se voyait sur son visage.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je en m'approchant d'elle, m'asseyant au bord du lit.
Il y eut un moment de silence, puis, lentement, je vis ses yeux s'humidifer et une larme roula sur la joue de mon amie. Je pinçai les lèvres, comprenant immédiatement ce qu'il se passait. Elle avait encore dû se monter la tête avec ce qu'avait dit Rick, penser au Gouverneur, à Woodburry, et, inévitablement, à Julian. Et elle avait laissé ses émotions s'emballer.
Sans rien dire, je la pris contre moi, prenant garde à ne pas l'appuyer trop fort contre mon bras droit. Gwen éclata alors en sanglots, sa tête sur mon épaule. Aucun mot n'était nécessaire. Ils avaient déjà tous été dit. Il lui fallait juste du temps, et un peu de cette chaleur humaine dont tout le monde avait désespérément besoin. Et dont elle ne manquerait plus, désormais. On avait de nouveau un groupe. On allait de nouveau pouvoir faire confiance à des gens, pouvoir retrouver des relations disparues. Retrouver un semblant d'humanité. Je radotais peut-être en repensant constamment à ça, mais on en avait tellement manqué… On était pourtant resté peu de temps seulement toutes les deux. Mais quand on est seule, dans la forêt, et qu'on vient de perdre un être cher… C'est dur.
Je passai une grande partie de la journée avec Gwen. Je lui racontai rapidement tout ce qu'il s'était passé lors de la rencontre de Rick et du Gouverneur et elle ne sembla pas étonnée du comportement des autres. Je passai bien évidemment sous silence ma petite crise de panique sur le retour. Inutile de l'inquiéter, je l'étais déjà suffisamment pour deux. Elle me parla ensuite de ce qu'il s'était passé ici. Elle me parla de Merle, qui avait tenté de tous les rassembler pour aller là-bas et tuer le Gouverneur. Il avait même essayé de la faire pencher de son côté, arguant le fait que j'étais là-bas, et que je risquais plus que les autres d'y laisser ma peau.
Lorsque je ressortis finalement de la cellule, l'après-midi était déjà bien entamée. J'avais mangé avec Gwen, me rendant compte après coup que nous avions quand même toujours ce réflexe de nous isoler du reste du groupe. Il allait falloir remédier à ça.
Dans la salle principale, il n'y avait plus que Carol, avec Judith dans les bras. Je m'approchai d'elle.
- Où sont les autres ? demandai-je en me penchant légèrement sur le bébé, toujours aussi craintive.
- Ils sont dehors. Ils préparent comme il se doit l'arrivée du Gouverneur.
Un sourire étira légèrement mes lèvres et je regardai autour de moi.
- Merle est avec eux ?
- Non. Merle est ici, résonna alors la voix du concerné.
Je levai la tête et découvris Merle, sur la passerelle qui surplombait la salle, en train de regarder par la fenêtre. Son regard se posa sur moi quelques secondes et je fronçai les sourcils, intriguée. Même pas un soupçon de colère ?
- Il le fera jamais, lâcha-t-il alors.
- Qui fera jamais quoi ? demandai-je, un sourcil haussé.
- Rien.
Je lançai un regard perdu à Carol, qui secoua la tête, m'indiquant qu'elle n'en savait pas plus que moi sur le sujet.
- On a du Whisky ? demanda soudainement Merle. J'suis même prêt à boire de la Vodka…
Pour le coup, j'étais pas contre un verre d'alcool, moi non plus. Juste histoire de relâcher un peu la pression.
- Va te faire voir Merle, répliqua sobrement Carol, m'arrachant un petit rire moqueur.
J'adorais cette femme. Je l'avais déjà dit ?
- Est-ce que t'es avec nous ? demanda plus sérieusement Carol, tandis que Merle descendait les escaliers.
- Bien sûr.
- … Je parle pas du fait qu'on occupe le même espace de vie. Est-ce que tu es avec nous ?
Je braquai mon regard sur Merle. J'avais déjà une petite idée de la réponse, mais j'attendais de voir ce qu'il allait répondre. Peut-être réservait-il encore des surprises…
- Si je suis là, c'est pour mon frère, finit par répondre Merle, confirmant ce que je pensais.
- Bah lui, il est là pour nous. C'est pas le moment de prendre une cuite : c'est le moment de choisir dans quel camp tu es.
Merle ricana, puis son regard se fit plus dur et, sans trop m'en rendre compte, je me tendis.
- T'étais pas comme ça à l'époque où on avait le campement.
Je fronçai les sourcils et me sentis immédiatement de trop. Des choses allaient être abordées, et elles ne me concernaient absolument pas. J'allais m'éclipser quand mon regard rencontra celui de Carol. C'était léger, presque invisible, mais c'était là. De la détresse. Je restai un instant figée sur place, puis, finalement, je m'assis en face d'elle.
- T'étais comme… une petite souris, qui courait dans tous les sens, terrifiée par son ombre.
Je lançai un regard interloqué à Carol. Elle ? Cette femme qui semblait si forte ? Elle ne ressemblait en rien au portrait que Merle dressait d'elle. Et j'avais du mal à imaginer qu'elle ait pu un jour y ressembler.
- C'était pas mon ombre qui me terrifiait, c'était mon mari.
Ok. D'accord. J'étais vraiment de trop dans cette conversation. Vraiment. C'était gênant. Je me sentais peut-être même plus gênée que Carol, dont Merle étalait pourtant la vie au grand jour. Mais je ne savais pas quoi faire, alors je restais assise ici, puis j'attrapai une boîte de munition et une arme, et je m'attelai à la tâche de remplir son chargeur.
- En tout cas, t'as l'air de plus avoir peur de rien maintenant.
- … C'est loin, tout ça, souffla Carol.
- Il t'en aura fallu du temps.
- Peut-être qu'il t'en faut aussi.
Je lançai un regard à Merle, tandis que je rendais l'arme à Carol. Du temps ? Merle n'avait eu que ça toute sa vie. Et il l'avait gâché. Même l'arrivée de l'épidémie et du chaos n'y avait rien changé. Alors qu'est-ce qui pourrait bien produire le déclic ? Daryl ? Même avant, il n'y était pas parvenu. Mais bon… Peut-être que Merle pouvait changer…
Un léger rire s'échappa d'entre mes lèvres.
Je n'y croyais pas une seule seconde.
- Bon, lâchai-je en me levant, brisant soudainement le silence. Je vais aller voir s'ils n'ont pas besoin d'aide dehors.
- Rick a dit que tu devais rester ici, répondit immédiatement Carol.
Je relevai la tête, surprise. Quoi ? Pourquoi cette décision soudaine ? Qu'est-ce que j'avais bien pu faire pour mériter un tel traitement ?
- Il ne m'a pas dit pourquoi, dit Carol en voyant mon air étonné. Il m'a juste dit de te garder à l'intérieur. Et je pense qu'il a raison. Tu es blessée, et tu en fais beaucoup trop pour l'état dans lequel tu es.
J'ouvris la bouche, stupéfaite, mais je ne parvins pas à émettre le moindre son. Dans un coin de la pièce, Merle ricana, mais je l'ignorai. Quoi ?! Alors ça ! Ça ! C'était… pire que frustrant ! J'étais blessée, certes, mais pas au point de ne plus pouvoir faire quelques petites choses minimes ! Enfin, je l'avais bien prouvé jusqu'ici, non ? Qu'est-ce qui changeait ?
- Ecoute, souffla Carol avec un petit sourire. Va te reposer plutôt, hum ? Ménage un peu ton épaule.
- Mais…
- Vas-y, ajouta Carol, la voix plus ferme.
Soudain, je n'avais plus du tout vingt et un an. J'en avais seize, et Carol était une adulte en train de me dire gentiment de rester à ma place. C'était tellement étrange comme sensation que je ne cherchai même pas à répliquer. Je restai immobile quelques instants puis je tournai les talons et passai dans l'autre partie de la prison. Je remontai dans la cellule, croyant pouvoir discuter avec Gwen, mais cette dernière était endormie sur son lit. Doucement, je ressortis alors et, ne sachant pas trop où aller d'autre, je me laissai tomber contre le mur, juste à côté de l'entrée de notre cellule.
Mes pensées m'échappèrent rapidement. Gwen avait raison, j'avais vraiment un don pour réfléchir. Et je ne m'en rendais même pas compte. Tout y passa. Le groupe, Merle, le Gouverneur, ma vie d'avant, mes parents, Julian, mon frère, et tout un tas d'autres choses toutes aussi joyeuses. Je ne savais pas depuis combien de temps j'étais là, mais, alors que le silence était toujours aussi compacte, une voix s'éleva soudainement. La voix d'Hershel. Elle me sortit immédiatement de mes pensées et, comme si je sortais d'un rêve, je tendis l'oreille. C'était une prière, je crois. Ou un passage de la Bible ? Je ne savais pas. Je n'avais pas été élevée dans la religion. Je ne connaissais pas tout ça. Je n'avais jamais lu la Bible de ma vie et, pourtant, j'en avais lu des livres.
Bizarrement, en écoutant la voix d'Hershel, je me sentis mieux. Je ne parvenais pas à saisir le sens de ce qu'il disait dans l'état de demi-sommeil où je me trouvais, mais rien que le fait d'entendre les intonations graves de la voix de cet homme m'apaisait. J'aurais été incapable de dire pourquoi. Si j'avais vécu différemment, j'aurais pu dire que sa voix me rappelait celle de mon père, mais ce n'était pas le cas. Je ne me rappelais même plus de la voix qu'avait pu avoir mon paternel. En fait, je ne me souvenais plus de son visage non plus. Enfin, à vrai dire, c'était juste très flou. Comme pour ma mère. De mes parents, je ne me souvenais pas grand-chose en fait. Je me souvenais davantage de ma grand-mère, qui nous avait élevés, moi et mon frère. Heureusement pour elle, elle nous avait quittés trois ans avant le début de l'épidémie. Mais même après tout ce temps, je me souvenais encore de son visage doux et de ses mains, qu'elle adorait passer dans mes cheveux, avant. Il m'arrivait encore de rêver d'elle, parfois. Surtout quand je n'allais pas bien. Elle apparaissait uniquement pour me rassurer. Je pouvais rêver d'elle sans avoir peur, pas comme pour Djun…
Poussant un long soupir, je laissai ma tête aller contre le mur. Ma vie n'était faite que de fantômes et de morts désormais. Je m'y étais faite. Seule Gwen était encore en vie. C'était sûrement la raison qui faisait que je tenais autant à elle. Et c'était sûrement aussi la raison qui faisait que je ne parvenais pas à me défaire de mon passé.
Poussant un soupir, je me relevai et redescendis dans la pièce principale. En fait, je ne savais pas quoi faire. On aurait mis un lion en cage qu'il aurait eu la même réaction que moi.
Lorsque je repassai dans la pièce centrale, je tombai nez à nez avec Rick et Hershel. Au moment où je mis un pied dans la pièce, ces deux-là se tournèrent d'un bloc vers moi et se turent. Je fronçai légèrement les sourcils, déconcertée. Je les regardai chacun leur tour, de plus en plus mal à l'aise. Ils ne me lâchaient pas du regard et ils avaient une drôle d'expression. Je finis par froncer davantage les sourcils, perplexe.
- Euh… Il y a un… un problème ? bredouillai-je.
- Non, répliqua immédiatement Rick.
Il avait répondu beaucoup trop vite. En un clin d'œil, je changeai totalement de position vis-à-vis d'eux et devins méfiante. Je plantai mon regard dans celui de Rick, puis je regardai Hershel. Qu'est-ce qu'il se passait ?
- Il n'y a rien Romane, ne t'en fais pas. Nous étions en train de discuter et…
- Je me suis énervé. C'est tout.
Est-ce que c'était surprenant que je ne crois pas à un mot de ce qu'ils étaient en train de me dire ? Je ne trouvais pas. Quelques instants auparavant, la voix d'Hershel était d'un calme inébranlable, et là, il parlait vite, et avec une douceur fausse. Je connaissais bien cette technique. C'était une des choses que j'avais apprise avec mes parents. Quand mon père ou ma mère ne désirait pas nous avoir dans les pattes, mon frère et moi, ils utilisaient cette technique. « Et si vous alliez jouer dehors, hum ? ». J'avais l'impression qu'on me faisait le même coup. Mais là, il y avait encore autre chose derrière.
Finalement, avant que je ne puisse poser d'autres questions, Rick s'en alla, sans même nous lancer un regard. Je le suivis du regard un instant, puis je dévisageai Hershel. Ce dernier se racla la gorge et passa à côté de moi sans rien dire, disparaissant ensuite dans sa cellule. Je regardai ce petit manège, la bouche légèrement entrouverte, puis je parcourus du regard la pièce vide. Je fronçai les sourcils.
- Mais on se fout de moi ici ! m'exclamai-je alors.
Rageusement, je me dirigeai vers la porte d'entrée, l'ouvris et sortis dehors. J'aperçus immédiatement Carl et Oscar dans un coin de la cours, mais je ne m'approchai pas. Carl ne m'appréciait pas énormément, sans que je sache vraiment pourquoi. Il semblait avoir accepté Michonne sans trop de problème. Alors qu'est-ce qui clochait avec moi ? Est-ce que ça avait un lien avec ce qu'il s'était passé dans les couloirs, le jour où sa mère était morte ? Je ne savais pas. Qu'est-ce que j'avais fait ce jour-là ? Rien. Enfin, rien qu'il aurait pu me reprocher. Ou alors, je ne voyais pas les choses de la même façon que lui. Je soupirai. Ce gosse était un mystère. Comme Daryl. En fait, tous les gens de ce groupe étaient étranges. J'avais l'impression qu'ils l'étaient plus que tous les autres. Enfin, « étranges » n'était pas le mot. Ils étaient plutôt… très secrets. C'était dérangeant. Bon, je l'étais également. Et pas qu'un peu. Mais j'avais l'habitude de gens plus simples. De gens plus faciles à comprendre, à cerner. Bon, le pire d'entre eux restait Daryl, que je ne parvenais pas bien à englober, mais les autres étaient pas mal dans leur genre non plus. Oscar était sûrement le plus simple d'entre nous. Et pourtant, c'était un ancien prisonnier.
D'ailleurs, il se dirigeait vers moi.
- Salut, lança-t-il de l'autre côté de la grille.
- Salut.
- Ça va mieux ton épaule ? demanda-t-il, tandis que je m'asseyais sur les marches. J'ai pas eu le temps de te demander avec tout ce qu'il se passe en ce moment…
- Ça peut aller, répondit-je avec un petit sourire. Même si je préfèrerais ne pas avoir reçu cette balle.
- Tu m'étonnes…
Il y eu un moment de silence, puis Oscar s'appuya contre la grille et lança un regard au portail, où s'accumulait plusieurs Mordeurs. Il soupira.
- C'est la merde. Je m'attendais pas à ce que ce genre de guerres pour un territoire puisse continuer dans le monde dans lequel on vit.
Un ricanement m'échappa et Oscar tourna la tête vers moi. J'haussai un sourcil moqueur.
- C'est justement parce qu'on est dans la merde que y'a de plus en plus de trucs de ce genre. Les gens reviennent à des bases primitives. « C'est à moi, parce que je l'ai décidé ». Ils voient pas plus loin. Mais c'est pas de ça qu'il est question ici. Le Gouverneur est beaucoup plus subtil.
- Et c'est quoi son but alors ?
- …
Quel était le but du Gouverneur ? A part nous tuer tous et prendre possession de la prison pour assouvir un plaisir sadique connu de lui seul ? Je ne savais pas précisément. On ne pouvait pas savoir précisément ce qui traversait la tête de ce type. C'était impossible, à moins qu'on ne soit aussi taré que lui. Et répondre ce que je pensais vraiment n'était peut-être pas une bonne idée. Aussi me contentai-je d'hausser les épaules.
- Je sais pas. Mais c'est plus compliqué.
Oscar afficha un léger sourire et son regard dériva à nouveau. Je l'observai un instant, puis tournai la tête vers l'autre bout de la cour. Je voyais Rick et Carl s'activer autour de je ne savais trop quoi. Je ne savais pas où était Michonne.
- Ça avance bien ? demandai-je à Oscar.
- Hum… On s'y met tous, alors ça va. Ce sera bientôt fini. On pourra accueillir le Gouverneur comme il faut.
- Mmmh…
- Hé !
Oscar et moi tournâmes la tête d'un même mouvement. Merle se trouvait à l'entrée de la prison et me regardait droit dans les yeux. Je fronçai les sourcils.
- Qu'est-ce que tu veux ? demandai-je.
- Hé, on se calme la tigresse. Carol t'appelle, elle a besoin de toi.
Je me détendis légèrement à l'entente du prénom d'une des seules personnes en qui j'arrivais à avoir ce qui se rapprochait le plus d'une forme d'affection puis hochai la tête. Je me relevai et me tournai vers Oscar, tandis que Merle retournait à l'intérieur de la prison.
- Bon, j'y vais. On me file enfin un truc à faire, apparemment.
- Hé ! s'exclama Oscar alors que je me détournais de lui.
Je me stoppai et me tournai vers lui, les sourcils haussés. Je baissai alors les yeux sur ma main. Les doigts d'Oscar étaient passés entre les trous de la grille et m'avaient… Ils avaient attrapé les miens. Je mis un moment à comprendre et lorsque je pris pleinement conscience qu'il était en train, en quelque sorte, de me tenir la main, je rougis d'un seul coup. Je n'appréciais pas DU TOUT ce genre de contact !
- Q-Quoi ? bredouillai-je alors en détournant la tête, soudainement bien moins sûre de moi.
- Fais gaffe avec ce type. Je le sens pas.
- T'en… t'en fais pas, je le connais. C'est un crétin mais… il fera rien.
Oscar me regarda quelques secondes, puis hocha la tête et me lâcha. Je rentrai immédiatement ma main dans mon pull, fis demi-tour et rentrai en quatrième vitesse dans la prison. Bon sang ! C'était quoi son délire à lui ?! Il m'avait déjà portée pour me sortir de la voiture, et là, il me touchait la main ! Autant on n'avait pas eu d'autres choix pour me sortir du véhicule, et dans ce cas-là je pouvais comprendre son geste, même si cela restait gênant. Mais là ! Il aurait tout simplement pu me rappeler ! Pas besoin de contact pour retenir quelqu'un ! Franchement, c'était… c'était… C'était très gênant ! Vraiment très gênant ! Oh bon sang ! Je levai la main que venait de toucher Oscar et la posai sur ma joue gauche. J'étais brûlante. Je devais vraiment être toute rouge ! Oh bon sang ! C'était vraiment gê… !
- Hé ! m'interrompit soudainement la voix de Merle.
- Quoi ?! répliquai-je sèchement en me tournant d'un bond vers lui, retombant sur terre. Arrête de m'appeler comme si j'étais ton chien !
Le crétin de service se contenta de me faire un sourire moqueur. Il était sur la passerelle, donc il me regardait de haut, et je n'aimais pas ça du tout. Qu'il descende de son perchoir pour voir ! Bon, je n'étais sûrement pas en état de lui faire grand-chose, mais je n'étais pas blessée au point de ne pas pouvoir le faire souffrir un peu !
- Elle t'attend là-bas, dit alors Merle en indiquant la porte qui menait aux couloirs.
Je le foudroyai du regard et me dirigeai à grand pas dans la direction indiquée. J'en avais marre de lui. Il m'insupportait. Il ne pouvait pas être normal plus de deux secondes ! Il devait toujours redevenir ce connard arrogant qu'il se plaisait à être la plupart du temps ! Sérieusement ! Je n'arrivais pas à comprendre que même lui puisse encore se supporter tellement il était infecte !
- Espèce de crétin arrogant, borné, suffisant, narcissique, idiot, débile ! Espèce de… de… Rah ! m'exclamai-je, irritée.
Oui, j'étais en colère ! Et non, cela n'avait absolument rien à voir avec le fait que je ne savais pas du tout gérer mes réactions quand quelqu'un était trop proche de moi ! Absolument rien à voir !
Je m'arrêtai subitement, un détail me frappant de plein fouet, et regardai autour de moi. J'avais bien avancé dans les couloirs, mais je ne voyais toujours pas Carol. De plus, quelque chose clochait… Je n'aurais su dire quoi, mais quelque chose me disait que la situation n'était pas normale. Je fronçai les sourcils et je me baissai immédiatement pour attraper le poignard que je cachais dans ma botte. J'avais laissé l'autre dans la chambre, avec Gwen. Je me redressai ensuite, arme à la main, le bras droit replié contre moi, l'oreille aux aguets. La brèche n'avait pas été refermée, il pouvait donc y avoir des Mordeurs dans les couloirs. Et je n'avais pas spécialement envie de tomber sur eux dans mon état. Je n'étais pas certaine de pouvoir leur tenir tête s'ils débarquaient à deux ou trois, voire plus.
- Carol ? appelai-je.
Seul le silence me répondit et la sensation que quelque chose clochait s'amplifia d'un seul coup. Quelque chose n'était pas normal.
Juste au moment où je me faisais cette réflexion, la voix de Carol me parvint de l'entrée du couloir. Un sentiment de soulagement m'envahit et je me retournai en poussant un léger soupir, un petit sourire aux lèvres. Sourire qui disparut instantanément quand je me retrouvai face à Merle. Ce dernier me fit un sourire moqueur et je me figeai, comprenant soudainement d'où me venait cette sensation de malaise.
- Bouh, lâcha-t-il de façon totalement neutre.
J'eus juste le temps de voir son bras se lever, puis je m'écroulai au sol et perdis connaissance.
Pourquoi j'avais senti que quelque chose clochait ? Tout simplement parce que je n'aurais jamais dû me retrouver là.
Lorsque je me réveillai, une douleur atroce me prit à la tête. Gémissante, je tentai de me redresser. Malheureusement, je pris appuis sur le mauvais bras et c'est avec un petit cri de douleur que je m'écroulai à nouveau sur le dos. Je mis un certain temps à ne plus voir de petits points noirs danser devant mes yeux à chaque fois que je les ouvrais. Lorsque je pus enfin voir nettement, et que la douleur dans mon bras se fut légèrement dissipée, je fis une nouvelle tentative pour me redresser, avec le bon bras cette fois-ci, et je regardai autour de moi. J'étais dehors. Je ne savais absolument pas comment, ni pourquoi, mais j'étais clairement en dehors de la prison. Et rien que ça, c'était déjà annonciateur de toutes une succession de merdes plus grosses les unes que les autres. Génial.
Je tournai la tête à droite et, sans m'y attendre, rencontrait un regard féroce braqué droit sur moi. J'eus un mouvement de recul dû à la surprise, puis je compris que je faisais face à Michonne. Je fronçai les sourcils, perdue. Qu'est-ce que c'était que ce bordel ?!
- Ah ! Je vois que tu t'es enfin réveillée !
Je tournai la tête tellement vite que mon cou craqua. Merle se tenait là, à quelques mètres de nous, adossé à un arbre, son sourire carnassier aux lèvres, la lame de son bras mécanique sortie. Je le regardai un instant sans rien, dire, laissant les pièces du puzzle se mettre en place dans ma tête, puis, au moment même où j'allai le noyer sous un flot d'insultes plus inventives les unes que les autres, Merle s'avança brutalement vers moi. Il tenait dans ses mains une sorte de câble avec lequel il rattacha mes poignets, déjà liés, ignorant mon gémissement de douleur quand il tira sur mon bras droit. Mon écharpe avait disparue.
- Qu'est-ce que tu fous, espèce de taré ?! m'écriai-je, alors qu'il nous faisait nous relever, moi et Michonne.
- Hé ! s'exclama-t-il soudain, me faisant légèrement sursauter.
Le visage de Merle changea en quelques secondes et il s'approcha de moi, l'air menaçant. Je ne pus m'empêcher de me tasser un peu sur moi-même avant de me souvenir que ce n'était qu'un crétin et que je n'avais pas à baisser la tête devant un abruti tel que lui.
- Ecoute-moi bien toi, tu vas la boucler, c'est clair ? Je vais pas supporter tes jérémiades bien longtemps, tu piges ?! J'ai pas que ça à faire !
Je clignai des yeux, les dents serrées, les muscles tendus. Je ne pouvais supporter qu'un homme comme Merle me donne le moindre ordre. Déjà que j'avais du mal avec les autres, alors là, c'était encore pire ! Cependant, je ne dis rien. Merle me dévisagea quelques secondes de plus puis il se détourna et commença à avancer, nous faisant signe de le suivre. J'ouvris alors la bouche avec, encore une fois, l'intention de l'incendier, mais je croisai alors le regard de Michonne. Cette dernière, l'air totalement impassible, secoua discrètement la tête de droite à gauche et je mis un moment à me décider à l'écouter. Je serrai alors les dents et me mis à avancer.
Quel enfoiré ! Il nous avait piégées ! Il nous l'avait fait totalement à l'envers et on avait rien vu venir ! Bon sang ! Bien sûr que je trouvais ça louche dans les couloirs ! Pour la simple et bonne raison que je n'avais pas à y être ! Je n'aurais jamais dû me trouver là ! Carol avait bien spécifié que je ne devais rien faire, et elle avait clairement dit aussi que Rick lui avait demandé de garder un œil sur moi ! Bon sang ce que j'avais pu être idiote ! Comme si Carol m'aurait demandée de venir dans les couloirs alors qu'elle m'avait clairement dit de ne pas faire d'efforts ! Bon sang, mais quelle idiote ! A quoi est-ce que je pensais à ce moment-là ?!
…
Oui, bon, je savais très bien à quoi je pensais. Et c'était encore pire.
Pendant un long moment, Merle nous tira derrière lui sur la route, sans prononcer la moindre parole. Mon épaule me lançait affreusement et le sang s'était remis à couler, plus fort. Je voyais une tâche sombre s'étendre de plus en plus sur mon sweat. Et ma vue se brouillait pas instant, mais jamais très longtemps. Je ne m'inquiétais donc pas. Cela faisait un moment que ce genre de petits vertiges me prenait, mais une fois le bandage refait à neuf, tout allait mieux. Je n'étais pas sûre de pouvoir refaire mon bandage dans l'immédiat, mais pour l'instant, je tiendrais le coup. Je n'avais pas trop le choix, de toute façon.
Au bout d'un long moment, Merle se tourna vers nous, son sourire horripilant de retour sur ses lèvres, et il pointa alors son arme sur nous. Tiens, je ne l'avais pas encore vu, celle-là. Comme si sa lame ne lui suffisait pas.
- Le Gouverneur a fait une offre à Rick, lâcha-t-il alors, de but en blanc, me faisant immédiatement froncer les sourcils. Rick vous livre à lui, et tout ce petit monde fait la paix.
Mon sang se glaça instantanément dans mes veines et je lançai un regard déconcerté à Michonne. Une offre ? Nous livrer ? Qu'est-ce que… ?
- Mais bon, Rick se serait déballonné.
- Alors que toi non, intervint Michonne.
- Je joue franc-jeu avec vous, répondit Merle au bout d'un petit moment.
- Tu jouais vachement franc-jeu quand tu nous as attirées au sous-sol, répliqua Michonne.
- Ouai, d'accord, je vous ai peut-être un peu prises en traîtres.
Je tournai brutalement la tête vers Merle, remontée à mon maximum.
- Tu te fous de notre gueule ?! Un peu prises en traître ?! C'est une blague, c'est ça ? Tu te fiches de nous ! m'écriai-je.
- J'ai fait ce qui avait à faire, répliqua Merle en conservant un calme horripilant. Rick aurait pas pu…
J'ouvris la bouche pour répliquer, mais rien ne me vint. Je ne trouvais pas les mots pour exprimer ma colère de façon suffisamment explicite. La meilleure façon de faire ça aurait sûrement été de me jeter sur lui et de le tabasser, mais je ne pouvais pas. Parce que j'étais blessée. Et pas que physiquement.
Rick avait eu l'intention de nous jeter en pâture au Gouverneur. Oh, Merle ne l'avais pas dit clairement, mais le lien était désormais évident dans ma tête. Pourquoi Rick m'aurait-il dévisagé ainsi, un peu plus tôt dans la journée, s'il n'avait pas eu la conscience trop surchargée ? Et Hershel ? Il m'avait lancé un drôle de regard aussi ! Il savait sûrement ! Bien sûr qu'il savait ! Rick avait besoin d'une oreille attentive et prompte à donner des conseils, et qui de mieux qu'Hershel pour ça ! Et dire que le « chef » avait dit que la guerre était déclarée ! Alors qu'il avait eu l'intention de nous livrer ! Oui, je croyais dur comme fer à cette version-là ! Cela ne m'étonnait pas, finalement… Non, pas du tout, bien au contraire… Finalement, qu'est-ce que j'étais pour leur groupe ? Moi, et Gwen ? Qu'est-ce qu'on était ? Des poids morts, c'était tout. Gwen n'avait presque pas de contacts avec les autres, si ce n'était Beth, de temps en temps. Et moi… Je n'étais pas particulièrement douée pour créer des relations saines avec ce groupe-là. Entre Rick et moi, c'était tendu. Avec Daryl aussi. Je ne connaissais pas ni Beth, ni Maggie, ni Glenn, ni même Oscar. Pas vraiment, en tout cas. Je ne faisais pas de réels efforts pour que ça fonctionne. Je pouvais faire tellement plus. Mais je ne l'avais pas fait et… voilà le résultat.
- Lui, il est revenu me chercher quand j'étais sur le toit, intervint alors Merle. Ouai ! Je lui devais bien ça.
Je serrai fermement les dents, presque à m'en faire mal, pour retenir les mots qui me brûlaient la langue. Combien de fois l'avais-je entendu maudire ce « putain de flic » ? Je ne comprenais plus rien à tout ça.
- Vous savez… Je me dis que c'est peut-être pour ça que je me retrouve à nouveau avec eux… Pour faire le sale boulot.
Un râle se fit alors entendre, un peu plus loin, et Merle s'éloigna de nous pour aller régler son compte au Mordeur. Je le regardai s'éloigner, les lèvres pincées, puis je lançai un regard à Michonne. Cette dernière ne laissa aucune émotion particulière transparaître en me rendant mon regard, et, chose étrange, cela me rassura.
- Oh ! Je pensais que vous en auriez profité pour vous tirer, intervint Merle une fois le cadavre décapité.
Je serrai les dents et lançai un regard à Michonne. Cette dernière souriait.
- Je veux récupérer mon sabre avant de me tirer.
- Ah, on sait jamais, tout peut arriver, répliqua Merle avec un petit rire. Mais si j'étais vous, je me ferais pas trop d'illusions. Allez, en route.
La marche silencieuse reprit. Michonne et moi échangions des regards neutres, mais nous nous comprenions. Nous savions toutes les deux de quoi était capable le Gouverneur, et si nous tombions entre ses mains, nous ne reverrions jamais la lumière du jour. C'était un mélange de peur et de calme qui se mêlait en moi. De peur, car la perspective de me retrouver bientôt en face de ce taré, il fallait bien le dire, me terrifiait. Je me souvenais encore du regard qu'il m'avait lancé quand lui et Rick étaient sortis du hangar. Je comprenais mieux maintenant. Et calme, parce qu'on ne pouvait pas ne pas être un minimum paisible lorsqu'un tel silence nous englobait. De plus, même si je savais que notre destination finale se rapprochait de plus en plus, j'avais encore un peu de mal à croire que tout cela allait réellement arriver. Se retrouver, en quelques heures seulement, totalement à l'opposé de ce qu'on était, c'était toujours perturbant. Je ne savais pas bien comment réagir, alors je laissais les choses aller. De plus, Michonne ne semblait pas paniquer, elle. Alors cela me permettait de rester à mon tour impassible.
Au bout d'une nouvelle longue période de marche, qui me sembla interminable, et durant laquelle j'eus plusieurs autres vertiges, Merle nous arrêta dans une sorte de petit parking. Il nous attacha Michonne et moi à un poteau et s'approcha ensuite de la voiture la plus proche. Il fit alors preuve d'une dextérité trahissant une longue pratique quand au vol de voiture et je ne pus m'empêcher de tirer une légère grimace. Bien sûr, cette voiture ne manquerait à personne, mais bon, quand même… Je n'aimais pas l'idée qu'on l'utilise à la façon de voleurs sans scrupules. C'était idiot, n'est-ce pas ? Le propriétaire de ce véhicule était sans doute déjà mort, alors ça ne changeait rien. Mais bon, voilà…
Soudain, alors que le moteur s'était mis à vrombir quelques secondes plus tôt, une alarme stridente se fit entendre. Je sursautai violemment en entendant ce bruit déchirant, à l'opposé total du silence calme qui régnait quelques instants auparavant, et mon sang se glaça dans mes veines. J'écarquillai les yeux, soudain paniquée, et regardai autour de nous. Tout ce bruit allait rameuter les Mordeurs sur des kilomètres à la ronde ! On voyait d'ailleurs les premiers d'entre eux débarquer au loin. J'échangeai un regard paniqué avec Michonne.
- Merle !
Nous venions d'hurler toutes les deux le nom de celui qui traficotait encore l'intérieur de la voiture, et qui était le seul à pouvoir nous aider dans l'immédiat.
La suite se passa dans une sorte de flou pour moi. Je vis juste arriver un Mordeur. Michonne se jeta sur lui, le faisant tomber à terre. En reculant, elle me donna un coup dans l'épaule, et un voile noir passa quelques instants devant mes yeux. Quand je repris connaissance, Michonne me tirait vers la voiture, qui avait cessé d'émettre la sonnerie stridente. J'avais les mains libres.
Quand nous fûmes à l'abri de tout potentiel danger de Mordeurs, je me laissais aller contre la portière. Ma vue se floutait de plus en plus. La manche de mon sweat était noire de sang, et ce dernier continuait à couler. Ma main aussi était rouge à cause du liquide. Mais le débit ralentissait. Mon pull agissait un peu comme une éponge. Mais cela n'empêchait pas que je perdais trop de sang et que, bientôt, je perdrais connaissance. Enfin, je pouvais encore pousser un peu. J'étais sûre de pouvoir encore tirer un peu.
Malgré mon état, j'avais encore suffisamment de conscience pour écouter ce qui se disait. Aussi ne loupai-je pas la discussion entre Merle et Michonne sur les parias. En fait, la partie qui retint le plus mon attention fut celle sur Daryl. Oui, Michonne avait raison quand elle disait que Rick respectait beaucoup Daryl. Je n'avais pas réussi à mettre de mot sur ce qui les unissait, mais c'était bien ça. Du respect. Je n'étais en revanche pas d'accord quand elle disait que Daryl ne pleurerait pas son frère si ce dernier venait à mourir. Ce n'était peut-être que ma façon de voir les choses, mais il m'était impossible d'imaginer un homme ou une femme totalement insensible à la mort de son frère ou de sa sœur. Qu'importent les actes commis, qu'importent les pensées divergentes, les points de vues, les disputes et autres joyeusetés. Pour moi, le lien fraternel ne se limitait pas à une simple entente. C'était bien plus que ça. C'était aimer son frère ou sa sœur, malgré tout, même quand on tentait de se persuader que ce n'était pas le cas. On ne pouvait pas ne rien ressentir pour une personne qui partageait notre vie depuis toujours. Alors je ne pouvais pas imaginer Daryl oublier Merle après la mort de ce dernier. Je ne pouvais pas l'imaginer rester insensible.
Durant tout le reste du trajet, j'alternai entre période de conscience et flou. Aussi ne compris-je qu'à moitié ce qu'il se passait quand Merle arrêta soudain la voiture, détacha Michonne, me détacha à mon tour et nous dit de nous en aller. Je restai un moment interdite, ne sachant comment réagir, puis Michonne me fit un petit signe de tête m'indiquant de sortir du véhicule. Des points noirs obscurcirent ma vue à ce moment précis et j'obéis sans chercher à comprendre. Je me sentais de plus en plus vidée de mes forces. Nous étions au beau milieu d'une route. Une fois dehors, je me retournai vers Merle, indécise, mais ce dernier gardait le regard fixé droit devant lui. Je lançai un regard à Michonne. Cette dernière regardait Merle. Je compris alors ce qu'il était en train de faire et j'eus l'impression de me prendre un énorme coup sur la tête. Mes pensées partirent totalement à la dérive, ma vue se fit totalement floue et, alors que la voiture redémarrait et s'en allait, je m'écroulai au sol.
Ce fut la dernière fois que je vis Merle.
