! BLABLA DE L'AUTEUR !
Hello tout le monde ! Me voilà de retour à quelques jours de la saint-valentin avec un cadeau pour vous : le chapitre 18 !
Alors, alors ! J'aime vraiment ce chapitre, je tenais à le dire. Pas pour la façon dont j'ai écrit, ou quoi que ce soit, mais parce qu'il marque un tournant dans l'histoire. Je vous laisse découvrir par vous même, et j'espère que ça vous plaira ;) Désolé pour le délai aussi, mais j'ai eu pas mal de difficultés à terminer le chapitre 20, alors voilà ^^'
Elerinn : Hey ! :) Merci, encore et toujours. Je suis contente de voir que tu continues à suivre mon histoire :) J'ai vraiment l'impression de mettre beaucoup de temps à poster (ce qui n'est pas totalement faux, en un sens XD).
Gwendydixonforever : Comme tu dis : un nouveau départ :) Et sur les chapeaux de roues, s'il vous plaît X) En tout cas, j'espère que ça va te plaire ;) Daryl est bien présent dans ce chapitre :3
Mizuki2502 : Et voilà la suite ! J'espère qu'elle te plaira autant que le reste ;)
Voilà, voilà, je vous laisse à votre lecture :) N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, j'aimerais bien pour le coup, puisque je n'ai plus la série en fil de conduite pour le moment ^^' J'aimerais savoir si vous ne trouvez pas un décalage ou un truc dans le genre ;)
Bref ! Bonne lecture ! :3
Chapitre 18 :
Finalement, c'était bien d'être pessimiste. Très bien même. Au moins, on ne misait pas trop sur quelque chose pour, au final, se retrouver avec un tout autre truc.
Une semaine et demie était passée depuis que tous les habitants de Woodburry étaient arrivés à la prison. Et j'avais passé cette semaine coincée au lit, avec une fièvre de presque quarante. Ouais, quarante. Hershel m'avait bien sermonnée à ce propos. Tout ça parce que je m'étais écroulée en plein milieu de la salle alors que j'essayais juste de donner un coup de main… Oui, bon, je n'aurais pas dû bouger de la cellule. Mais bon, voilà. Heureusement, Rick et les autres avaient ramené beaucoup de choses de la ville et, dans tout ça, il y avait eu pas mal de matériel médical, ainsi qu'une bonne réserve de médicaments. Ils étaient rapidement retournés prendre ce qu'ils n'avaient pu emporter lors du premier voyage et, maintenant, nous avions largement de quoi soigner les malades et les blessés. Gwen avait dégoté une véritable attelle, lui permettant d'avoir un support fiable pour son pied. Bon, c'était assez énorme, et, pour le lui mettre, ça avait été la croix et la bannière, mais maintenant, elle était un peu plus libre de ses mouvements. De plus, grâce à tout ça, Hershel avait pu me faire les points de suture, ce qui, là non plus, n'avait pas été une chose facile. J'avais une peur atroce des piqûres et le simple fait de savoir qu'on allait me planter quelque chose dans l'épaule m'avait presque fait tourner de l'œil. Bon, finalement, ils avaient quand même été faits, et le vieil homme m'avait ensuite mise sous antibiotiques. Ma fièvre était rapidement tombée, heureusement. Je n'étais restée totalement naze que deux, voire trois jours. Malheureusement pour les autres, j'avais été imbuvable pendant ce temps-là. Tellement que même Gwen en avait eu marre. Bon, j'avais peut-être exagéré lorsque j'avais menacé de l'accrocher avec une de mes flèches au mur si elle ne me laissait pas sortir de la cellule. Gwen n'aimait pas qu'on lui dise qu'elle était petite, et c'était clairement ce que j'avais insinué. Alors j'avais peut-être légèrement exagéré. Un peu. Un tout petit peu.
Heureusement, maintenant, j'allais beaucoup mieux. Ma fièvre était totalement tombée et je sentais que ma blessure guérissait. Lentement, mais elle guérissait. Je pouvais donc de nouveau quitter ma chambre. Oui, car c'était maintenant une chambre. Plus une cellule. Pour préserver l'intimité, qui avait été l'un des premiers problèmes, nous avions placé des rideaux. En utilisant le système D, mais on en avait installé. Donc, du coup, pour moi, c'était une chambre. De plus, maintenant, nos affaires traînaient un peu partout dans la pièce. Il y avait des livres par-là, un pull pendu ici, un tee-shirt sur le lit du bas, le drap qui pendait du lit du haut, et tout un joyeux bazar qui me correspondait bien plus que le vide impersonnel qu'il y avait quand on était arrivé. D'ailleurs, j'étais en train de l'étoffer un peu plus. J'étais à la recherche d'un de mes pulls et le contenu du sac noir était étalé tout autour de moi. Je commençais à perdre patience quand j'entendis Gwen entrer dans la chambre, dans mon dos.
- Gwen, t'aurais pas vu mon… ? commençai-je en me tournant.
Mon regard se posa alors sur mon amie et j'haussai un sourcil. Gwen me regarda, l'air trop innocent pour paraître sincère. Je poussai un soupir blasé et un sourire étira mes lèvres.
- Très bien, je vois, dis-je en riant. Je ne le porterais pas aujourd'hui, c'est ça ?
- C'est ça ! s'exclama mon amie en s'asseyant sur son lit, retroussant les manches de mon sweat noir.
- Et je suis censée porter quoi ? demandai-je en regardant les quelques fringues qui me restait. Carol me les a toutes lavées il y a pas longtemps. Heureusement d'ailleurs, parce que je crois bien que le sang commençait à s'incruster de manière permanente, ajoutai-je dans un petit rire.
Pour toute réponse, Gwen me balança en pleine tête le pull qui était pendu au lit superposé. Je lui lançai un regard noir auquel elle répondit par un rire. J'étendis alors le pull bleu marine devant moi et levai les yeux au ciel.
- Gwen, c'est un de tes pulls, ça !
- Et alors ? demanda-t-elle en haussant un sourcil perplexe.
- Je rentre pas dedans.
Ce fut à son tour de lever les yeux au ciel.
- Ils ne t'allaient pas avant. Et puis, de toute façon, y'a que ça.
Je poussai un long soupir, me relevai et allai me placer au fond de la pièce, dans l'angle, derrière le lit. Juste pour éviter un petit accident, au cas où. J'avais encore un souvenir assez vivace de la fois où Daryl avait débarqué sans prévenir alors qu'Hershel me refaisait mon bandage. Allez savoir pourquoi, hein. Enfiler le pull fut long et délicat, à cause de mon bras. Je faisais tout pour ne pas réveiller la douleur que je sentais là, prête à ressurgir à n'importe quel moment. Finalement, je parvins à enfiler le vêtement sans trop de problèmes. Je sentais mon épaule me tirer un peu, mais ça allait. J'ajustai rapidement le pull et revins au milieu de la pièce. J'étendis alors les bras, autant que me le permettait ma blessure. Le vêtement remonta légèrement, mais resta à la limite de mon pantalon. Il m'allait. Je lâchai un petit rire moqueur.
- C'est à ce moment-là que tu vois que t'as perdu du poids, dis-je en abaissant les bras. Il ne me serait jamais allé avant.
- Tu exagères… souffla Gwen.
Je relevai la tête vers elle et haussai un sourcil. Gwen leva les yeux au ciel. Bon, on était d'accord. Avant, je ne serais jamais rentrée dans ce pull. Jamais. J'avais bien perdu une dizaine de kilos depuis le début de l'épidémie, si pas plus. En tout cas, j'avais clairement vu mon tour de taille diminuer. Ma poitrine également avait diminué de volume. Je ne m'en plaignais pas trop, à vrai dire. Avant, j'aurais tout fait pour pouvoir avoir le physique que j'avais aujourd'hui. Alors, ça m'allait, même si j'avais dû passer par de longues périodes de faim pour arriver, contre ma volonté, à ce résultat.
Bref. Ce n'était pas le moment de penser à ça.
- Alors, qu'est-ce qu'on doit faire aujourd'hui ? demandai-je soudain à Gwen, tandis que je me tournais pour attraper mes armes, posées dans un coin de la pièce, contre le mur. On nous a donné un truc à faire au moins, hein ? questionnai-je soudainement, les sourcils froncés, espérant ne pas avoir à passer une nouvelle journée sans rien faire.
- Ouai. Je crois qu'ils en ont eu marre de t'entendre râler, ricana Gwen.
Pour seule réponse, je lui balançai la première fringue qui me passa sous la main. Mon amie l'évita aisément en se décalant légèrement sur le côté et rit plus franchement encore. Je levai les yeux au ciel. Ouai, j'avais râlé, mais quand même ! Et puis, j'étais presque certaine que les autres en auraient fait autant s'ils avaient été à ma place ! Alors voilà ! Non mais !
- Bon, on doit faire quoi du coup ? finis-je par demander.
- T'attends pas à quelque chose de très palpitant, déclara immédiatement mon amie. Ils nous ont confiées une tâche très simple. Etant donné qu'on connait un peu les gens, on est chargé de les compter, de noter les différents traitements dont chacun a besoin, de se renseigner sur les capacités de chacun… Bref, on est assignée à la paperasse.
Tandis que je glissais mon poignard fétiche dans ma ceinture, je me relevai et poussai un léger soupir. Interroger chaque personne allait nous prendre des heures. De plus, ce n'était pas forcément intéressant, bien que nécessaire. Mais au moins, on était occupée. Moi qui avais demandé quelque chose à faire, bah voilà, je l'avais maintenant. J'avais prévu un truc comme ça, de toute façon. Comme l'avait dit Gwen, je ne m'étais pas attendu à quelque chose de très palpitant. Et puis, de toute façon, c'était soit ça, soit monter faire le guet, soit ne rien faire du tout. Je préférais encore faire le tour de tout le monde. Je m'approchai alors de Gwen et cette dernière me tendit un tout petit carnet noir à spirales. J'haussai les sourcils et m'en saisis. Il y avait un crayon avec. Cela faisait un bon moment que je n'avais plus touché un truc dans le genre pour autre chose que pour faire des traits et des croix dans une liste d'inventaire. J'en venais presque à me demander si je n'avais pas oublié comment écrire. Bon, ce n'était certainement pas le cas, puisque je savais toujours lire. Et heureusement, d'ailleurs.
- On va pas se plaindre, hein ? soufflai-je. C'est déjà ça. Et puis, c'est vrai qu'on est un peu les mieux placées. Les gens nous aiment bien.
- C'est ce que Hershel et Carol m'ont dit, dit Gwen en souriant légèrement. Et puis, ils nous font confiance pour faire ça bien. C'est plutôt une bonne chose, non ? On s'est finalement fait une plutôt bonne place dans ce groupe.
- Mmh… fis-je en souriant.
C'était vrai. Au final, même si ça avait pris un peu plus de temps que ce que j'avais cru, on s'était fait une place parmi les autres. Gwen, pendant que j'étais clouée au lit, avait passé tout son temps avec eux. Ils lui avaient confié de petites choses à faire, dans la mesure de ses possibilités. Et Carol avait parlé avec elle. Elle s'était rapprochée de Beth, de Maggie, de Glenn. De tout le monde en fait. Un par un. Comme elle savait le faire. Encore une fois, Gwen faisait preuve de plus d'habileté que moi. Mais ça me faisait plus sourire qu'autre chose.
- Bon, ben au boulot, dis-je alors en aidant Gwen à se lever. Tu sais quoi ? Etant donné que j'ai pas tellement envie de passer dans les rangs pour chercher les gens, on va procéder autrement.
- Et tu veux procéder comment ? demanda Gwen, un léger sourire en coin aux lèvres.
Je le lui renvoyai. Elle savait parfaitement ce que j'avais l'intention de faire. Mon amie s'appuya sur moi et nous sortîmes de la cellule. Une fois sur la passerelle, je me dégageai tout doucement et m'approchai de la rambarde. En bas, le sol disparaissait sous une tonne d'affaires appartenant à diverses personnes qui, pour la plupart, étaient assises juste à côté. Il y avait surtout des personnes âgées, des enfants, et quelques adultes, mais pas beaucoup. La plupart avait suivi le Gouverneur et étaient morts. Néanmoins, il y avait encore énormément de monde. Trop pour le peu de place dont on disposait. Voilà pourquoi il n'y avait plus un seul mètre carré de libre en bas. Pour passer, il fallait jouer à l'équilibriste pour ne rien écraser, et donc, c'était pénible. Mais jusqu'à ce qu'on trouve une autre solution, on ne pouvait rien y faire.
Presque immédiatement après m'être approchée de la rambarde, tous les yeux se levèrent vers moi. Je m'appuyai de ma main gauche à la barrière et affichai un air que je voulais sympathique. A vrai dire, j'étais peut-être un peu rouillée, pour le coup.
- Hum… Bien, tout le monde, j'aimerais vous demander quelques minutes d'attention. On aurait besoin que vous veniez tous nous voir, à Gwen et moi, pour que l'on puisse récolter des informations essentielles. En priorité, ce serait ceux qui ont besoin d'un traitement spécial, dans les médicaments j'entends. Puis tous les autres. Donc, s'il vous plaît, si vous pouvez communiquer l'info à ceux qui sont pas là, ce serait cool.
J'hochai ensuite la tête et revins auprès de Gwen pour l'aider à descendre l'escalier. Mon amie me décocha un sourire en coin franchement moqueur. Je tentai de résister, mais mes lèvres s'étirèrent à leur tour.
- Avoue, t'adores quand tout le monde t'écoute.
- Qui n'aime pas ça ? dis-je en évitant soigneusement de répondre.
Gwen se contenta de lâcher un petit rire. Bon, c'était vrai que j'aimais particulièrement lorsqu'on écoutait ce que j'avais à dire. Et puis, ce n'était pas pour me vanter, mais j'arrivais assez bien à m'imposer face à des masses. C'était étrange cette séparation que je faisais entre la foule et la personne en elle-même. Parler à une foule m'était plus facile que de parler directement à une seule personne. Gwen, elle, c'était l'inverse, et c'était le plus normal. Mais je n'avais jamais dis que j'étais normale, donc bon…
Nous nous installâmes en bas des escaliers et, immédiatement, des dizaines de personnes nous entourèrent. Je retins une légère grimace et commençai à rassembler les informations demandées. Pour le moment, autant de monde n'était pas particulièrement gênant. C'était une redécouverte, voilà tout. Mais j'avais comme un pressentiment qui me disait que, dans quelques semaines, j'aurais du mal à supporter tout ça. Surtout qu'il semblait y en avoir, du monde. Je n'avais pas encore bien vu jusqu'ici, étant donné que j'avais passé la quasi-totalité de mon temps coincée au lit. Mais maintenant que je les approchais directement, je me rendais bien compte qu'ils n'étaient pas qu'une petite dizaine. Hé, ils étaient quand même assez nombreux pour faire disparaître le sol sous leurs affaires quoi !
- Oh, Romane ! Comment-vas-tu ? J'ai appris que tu avais été blessée !
- Je vais mieux, merci Madame Hopkins, répondis-je à la vieille dame qui se trouvait devant moi.
- Romane ! On te voit enfin !
- Bonjour Monsieur Bred ! Ravie de vous revoir ! m'exclamai-je après être passé à la personne suivante. Comment allez-vous ?
Ce fut comme ça pendant un long, très long moment. Je ne m'étais pas rendu compte que j'avais tissé autant de liens durant mon court séjour à Woodburry. C'était vrai que j'avais passé pas mal de temps à la « maison de retraite », car j'avais toujours eu l'habitude de m'occuper des personnes âgées, mais je ne me souvenais pas que j'y avais rencontré autant de gens. Et, surtout, que j'en avais marqué autant. C'était sympa, bien qu'un peu étouffant. Et c'était gênant, aussi, par moment, surtout quand certaines petites vieilles tentaient désespérément d'appliquer un long baiser baveux sur ma joue. C'était dans ce moment-là qu'on regrettait d'avoir côtoyé certaines personnes.
Au bout d'un moment, alors que je commençais à me dire que tout ça n'allait jamais s'arrêter, je vis Tyreese passer la grille, en provenance de la pièce principale. Il balaya un instant la salle du regard, l'air étonné, puis il nous repéra et se dirigea vers nous avec un sourire aux lèvres.
- Salut les filles !
- Salut ! répondit-on à l'unisson, Gwen et moi, tandis que d'autres personnes se présentaient devant nous.
- Qu'est-ce que vous faites ?
- Du recensement, répondis-je, alors que Madame Davis me listait chaque médicament qu'elle devait prendre. De la paperasse.
- En fait, on se renseigne surtout sur les traitements dont ont besoin certaines personnes. Hershel en a besoin pour savoir s'il est nécessaire d'aller chercher plus de médicaments ou si on pourra tenir un petit moment avec ce qu'on a trouvé à Woodburry.
- Personnellement, je pense que ça devrait suffire pour quelques temps, ce qu'on a trouvé à Woodburry, dis-je. Comment allez-vous Monsieur Gadge ? enchainai-je ensuite lorsque le vieil homme se présenta en face de moi. Je trouve que y'a un petit stock pas mal, pas vous ?
Tyreese hocha la tête sans se départir de son sourire et nous observa un moment sans rien dire.
- Et toi ? demanda alors Gwen.
- On est allé débarrasser la cour, encore une fois. On a beau avoir placé le bus, il y a encore une faille. Il faut la trouver. Et normalement, cet après-midi, on devrait aller jeter un coup d'œil aux couloirs. On doit s'occuper de la brèche par laquelle on était entré.
Mon esprit chemina à la vitesse de l'éclair. La mention des couloirs me fit immédiatement penser à Merle. Et, inévitablement, j'en vins à penser à Daryl. Mes joues se colorèrent d'un léger rose, que je tentais par tous les moyens possibles de contrôler. Lorsque j'étais restée coincée au lit, au moment où ma fièvre avait été la plus forte, j'avais fortement déliré. J'avais eu des hallucinations et presque tout le monde y était passé, de mon frère à Rick, en passant par ma grand-mère, Merle, le Gouverneur, Michonne et tous les autres. Daryl n'avait pas fait exception à la règle. Mais il était revenu à chaque fois, et ça avait été ça, le plus gênant. Rick, par exemple, n'était apparu qu'une fois. Bon, le Gouverneur avait toujours refait surface, surtout à la fin. Mais… ça restait gênant. Une fois remise sur pieds, j'avais décidé de ne pas m'attarder dessus. Mais il faudrait bien que je me penche sur ça à un moment ou un autre. Cela durait quand même depuis un moment maintenant. Il fallait que je parvienne à comprendre, sinon, j'allais devenir folle. De plus, j'avais l'impression de déjà savoir, mais je ne parvenais pas à mettre de mots sur ce que je ressentais. C'était tellement frustrant !
- Faites gaffe, dis-je finalement à Tyreese. C'est étroit et les Mordeurs doivent sûrement être plus nombreux que ce qu'on croit.
- T'en fais pas, on sait ce qu'on fait.
- Je sais, répondis-je.
Le « mais » que j'avais retenu était tellement perceptible que Gwen me lança un regard de reproche, que je pris le plus grand soin d'ignorer. Bah quoi ?! On était jamais à l'abri de quoi que ce soit ! La preuve, même Merle s'était fait avoir…
Il nous fallut encore presque une heure entière pour avoir terminé notre tâche. Tyreese était retourné depuis longtemps aider les autres, qui étaient tous dehors. En fait, j'avais presque l'impression que l'intérieur était réservé à ce que j'appelais avec réalisme « les inutiles ». Les vieillards, les enfants et les blessés. Autant dire que j'aurais préféré être dehors. Néanmoins, on nous avait confié une tâche et, après avoir bien vérifié que tout le monde était passé, Gwen et moi nous installâmes à la table de la pièce principale pour faire une liste claire de ce qu'il fallait en matière de médicaments. En fait, j'avais beau dire, mais ce qu'on faisait me prenait totalement. Nous avions toutes les deux l'habitude de faire des inventaires, et il fallait dire que revenir à cette tâche que je connaissais bien et à laquelle j'avais souvent eu recours avant me donnait une sensation de familiarité que j'avais un peu perdue avec l'arrivée de toutes ces personnes. Ça faisait du bien.
- Bon sang ! Ça en fait des médicaments ! m'exclamai-je au bout d'un moment. Finalement, peut-être qu'on aura bien besoin d'aller en chercher plus.
- Ouai, souffla Gwen. Faudrait en parler avec Hershel et Rick.
- Parler de quoi ?
Gwen et moi tournâmes la tête d'un même mouvement. En haut de l'escalier menant à la tour de guet improvisée qui avait été mise en place avant l'arrivée du Gouverneur, Rick nous observait, un sourcil interrogateur levé, Judith dans les bras. Derrière lui, il y avait Oscar et Glenn. Je me tournai vers le chef.
- On vient de rassembler toutes les infos demandées !
- Parfait, déclara Rick en descendant les escaliers et en s'approchant de nous. C'est du bon boulot, ajouta-t-il en feuilletant rapidement la multitude de papiers qui se trouvaient étalés sur la table.
- Ouai, bon, on a juste fait ce qu'on nous avait demandé, hein.
- … J'ai l'impression que ça va mieux, non ? demanda alors Rick avec un léger sourire en coin.
Je relevai la tête, étonnée, les sourcils haussés. J'étais en train de rêver ou Rick venait de faire de l'humour ? Bon, c'était plutôt un peu de moquerie, et ça concernait mon caractère de merde, mais il venait bien de faire de l'humour. Oh bon sang. Il allait neiger.
- On peut dire ça, répondis-je. Bref, faudra qu'on jette un coup d'oeil pur voir s'il faudra compléter le stock ou pas.
Le chef se contenta d'hocher la tête puis se tourna vers la partie des cellules, où tout le monde était encore réuni. Dans la pièce principale, il n'y avait personne à part nous. Rick se tourna ensuite vers nous.
- Ça va être dur de gérer tout ce monde.
- Il faudrait nettoyer d'autres blocs, intervint Oscar en croisant les bras. En fait, faudrait avoir toute la prison pour nous. Elle est bien assez grande pour loger tout le monde.
Rick hocha la tête en soupirant puis rajusta sa fille dans ses bras. Judith grandissait à vue d'œil, c'était impressionnant. Je ne savais pas qu'un bébé se développait aussi vite.
Soudain, la porte s'ouvrit, laissant entrer tous ceux qui étaient dehors. Immédiatement, le bruit augmenta d'un cran et je grimaçai légèrement. Carol, Beth, Maggie et Sacha nous rejoignirent. Je fronçai les sourcils.
- Où est Daryl ? demandai-je.
- Dans la forêt, soupira Carol. Encore. D'après ce qu'il a dit, il est parti chasser.
Personne n'osa le dire, mais c'était très clair : Daryl n'avait juste pas envie de voir de monde, que ce soit ceux du groupe ou les autres. C'était compréhensible, d'un côté. Il avait perdu Merle et, immédiatement après, il se retrouvait envahit par des dizaines de personnes inconnues. Dans le groupe, personne ne lui en voulait de se prendre quelques moments de solitude. Néanmoins, d'après ce que j'avais entendu, Rick lui avait imposé des temps limités. Pas plus d'une heure, voire deux, grand maximum. Alors, il ne tarderait plus trop.
- D'ailleurs, reprit Carol d'un coup, il va falloir préparer le repas. Les filles, vous venez nous aider ? On va avoir du travail pour nourrir tout le monde.
Immédiatement, Gwen et moi nous activâmes. Carol et Beth restaient aux fourneaux et, avec Gwen, on faisait le service. Il fallut un petit moment pour que tout le monde ait une assiette entre les mains et, lorsque ce fut fait, Carol nous lança un grand sourire et nous donna nos propres assiettes. Rick et tous les autres étaient assis autour de la table, tandis que tous ceux de Woodburry s'étaient réunis dans la salle des cellules.
- Romane ? Tu prends le tour de garde avec Oscar, intervint alors Rick, tandis que j'allais m'asseoir à côté de Gwen.
Je me retins de lui demander si un « s'il te plaît » lui aurait arraché la bouche et me contentai de lever les yeux au ciel. Très bien. Je fis un petit haussement d'épaule en direction de Gwen et suivis l'ex-prisonnier jusqu'à l'espace réduit qui servait de planque pour observer ce qu'il se passait dehors. Je m'assis ensuite par terre, contre le mur, tandis qu'Oscar s'asseyait en face de moi, contre le grillage. Il avait une arme automatique à côté de lui.
Pendant quelques temps, aucun de nous ne parla. Puis, finalement, Oscar posa son assiette à côté de lui et son regard se fixa sur moi, tandis qu'il prenait une position plus confortable. Je me sentis légèrement mal à l'aise face à cette soudaine attention, mais je décidai de faire comme si de rien n'était.
- J'ai l'impression que ça va beaucoup mieux. Ton épaule, précisa-t-il.
- Oui, ça va mieux. Enfin, c'est surtout revenu au même point qu'avant l'infection, mais c'est déjà ça, répondis-je avec un léger sourire.
- C'est sûr… Enfin, tu peux te reposer un peu, c'est pas mal.
- A vrai dire, j'aimerais mieux pouvoir bouger. J'ai l'impression de servir à rien, grimaçai-je.
- On échange de place quand tu veux.
Je lançai un regard interrogateur à Oscar et ce dernier afficha un léger sourire en coin.
- Depuis qu'ils sont tous arrivés, Rick arrête pas de nous faire bouger. Je peux te dire qu'il se creuse la tête pour trouver des solutions. C'est presque en train de virer à l'obsession.
- Comme un peu tout ce qui lui passe par la tête.
Oscar lâcha un petit rire et je ne pus m'empêcher de le suivre. Ce n'était pas particulièrement drôle, c'était même un peu flippant, d'un certain côté, mais bon. On vivait dans un monde apocalyptique, on était excusable.
- C'est bien quand même qu'il prenne les choses en mains, soufflai-je. Enfin, je veux dire, il est quand même considéré comme le « chef ». Donc, c'est bien qu'il se reprenne. Pas comme avant.
Oscar haussa les sourcils et m'indiqua clairement qu'il pensait la même chose que moi. Bon, au moins, je n'étais pas la seule. Et puis, Oscar n'avait pas l'air du genre à répéter tout ce qu'on lui disait. De toute façon, Rick savait parfaitement ce que je pensais de sa perte de contrôle totale. Je le lui avais déjà dit.
- N'empêche, pour l'organisation, ça va pas être simple. Surtout les premiers temps. Gérer autant de monde… souffla l'ex-prisonnier.
- C'est vrai. Mais bon, ça reste des personnes âgées et des enfants, pour la plupart, c'est pour ça que ça risque d'être long. Ils ne pourront pas réellement participer. Quoi que, je pense qu'on pourrait au moins leur confier la gestion des repas et celle des médicaments. Il y a des vieilles particulièrement débrouillardes dans le lot, je suis sûre qu'elles feraient des merveilles, répondis-je en terminant mon assiette.
- T'as l'air de bien les connaître.
J'haussai les épaules, grimaçant tout de suite après quand ma blessure me lança.
- Disons que, d'une certaine manière, j'avais l'habitude de m'occuper de ce genre de personne, donc ça doit jouer.
- C'est-à-dire ? Tu avais l'habitude de t'occuper de personnes âgées ?
Je ne répondis pas. Oscar attendit un petit moment puis hocha la tête. Je n'avais pas envie de parler de ma grand-mère. Du moins, pas avec lui. Je ne le connaissais pas vraiment, bien qu'il m'ait déjà aidé à plusieurs reprises. Je l'appréciais, là n'était pas la question. Oui, malgré ça manie de tout le temps me toucher, je l'appréciais quand même. Mais je ne le connaissais pas suffisamment pour que je puisse me confier. Du moins, sur certaines choses.
- T'es pas facile à cerner, tu sais ?
Surprise, je tournai la tête vers Oscar, les sourcils haussés, les yeux légèrement écarquillés. Pardon ? Bah ça alors ! C'était bien la première fois qu'on me faisait ce genre de remarques ! Première fois qu'on me disait qu'on ne parvenait pas à me cerner.
- Ah bon ? Je ne pense pas être particulièrement compliquée à comprendre, pourtant.
- C'est pas tellement ça, c'est plus le fait que t'es pleine de mystères. De secrets. Ça se voit, tu sais, que tu caches des trucs.
Je lui lançai un regard un peu dur. Je n'avais pas spécialement envie qu'on me dise ce que je savais par cœur. Oui, j'avais des secrets. Mais, à priori, tout le monde en avait. Enfin, normalement. La plupart des gens avaient désormais des cadavres dans leur placard. Moi, j'avais aussi des morts derrière moi, que je n'avais heureusement pas fait. Et je n'aimais pas qu'on me le rappelle. Alors il était normal que je n'apprécie pas ce qu'était en train de me dire Oscar. Bon, au moins, il se montrait franc. Mais parfois, il fallait savoir doser la franchise.
- A ce que je sache, je ne suis pas la seule à avoir des secrets.
- C'est pas ce que j'ai dit. Le prend pas mal.
Je fis une petite moue puis hochai légèrement la tête. Oscar afficha un léger sourire et le silence revint pendant quelques temps. Mon regard se porta alors sur la cour, en contre-bas. Il n'y avait plus beaucoup de Mordeurs, mais cela ne tarderait pas à changer. Il y avait une brèche quelque part. Même si on était parvenu à colmater l'entrée en plaçant le bus devant, ce n'était pas suffisant. C'était une des priorités, avec le stock de médicaments et la nourriture. Et les vêtements. Et la place. Et… Oui, bon, il y avait plein de priorités. Et c'était peut-être ça le plus dur. Il allait falloir une organisation militaire pour pouvoir installer et s'occuper de tout le monde. Je poussai un long soupir. Cela n'allait pas être simple.
- Il va falloir qu'on jette un coup d'œil aux infos qu'on a récupéré avec Gwen. Voir qui a besoin de quoi, qui est apte à bosser, les compétences qu'ils ont. Je suis sûre qu'on pourrait être étonné de voir à quel point ce qu'ils savent pourrait nous être utile.
- Ouai. Ils doivent sûrement avoir déjà commencé d'ailleurs. J'espère que ça nous aidera.
- Mmh.
Le silence revint mais, contrairement à d'autres moments, il n'avait rien de gênant. En fait, la compagnie d'Oscar était assez agréable. Il était sympa. C'était peut-être celui duquel j'étais le plus proche dans le groupe, avec Carol et Hershel. Je n'avais pas tellement parlé avec Glenn, Beth et Maggie, Carl ne semblait pas m'apprécier, je n'appréciais pas son père et avec Daryl… ce n'était pas que je ne l'appréciais pas, au contraire. Mais… c'était compliqué.
Notre tour de garde dura encore environ une heure, puis Glenn et Maggie vinrent prendre la relève. Lorsque je retrouvai Gwen, dans la pièce principale, elle avait le nez plongé dans toutes les feuilles qu'on avait écrites. Carol et Beth étaient assises à côté d'elle et l'aidaient à faire le tri. Chacune avait un calepin et elles semblaient s'être partagées la tâche. Je m'assis à côté de mon amie.
- Ça avance ? demandai-je.
- Ouai, répondit Gwen. On a déjà noté la plupart des médicaments dont on aura besoin, et on a trouvé plusieurs personnes qui pourraient avoir des trucs intéressant à apporter pour la prison.
- J'peux vous aider ?
Gwen hocha la tête, me passa un carnet et m'expliqua comment faire. Résultat, nous passâmes tout le reste de l'après-midi à faire ça. Enfin… Entre deux, trois interventions auprès des autres. Ceux de Woodburry semblaient à la fois méfiants, timides et désespérément demandeurs d'attention. On avait donc passé notre après-midi à faire des allers-retours entre la pièce principale, vide, et l'autre salle, pleine à craquer. Ils se regroupaient tous, ne se mêlaient pas à nous. Je commençais à voir ça d'un mauvais œil. Il ne fallait pas faire deux groupes séparés. Le discours de Rick aurait dû faire en sorte que cela n'arrive pas, mais à ce qu'on voyait, pour le moment, ça ne fonctionnait pas. Bon, cela ne faisait même pas deux semaines qu'on était tous réunis, mais voilà. Il ne fallait pas qu'on laisse la situation durer. Sinon, ça pouvait se mettre à durer et à ce moment-là, ce serait compliqué de revenir en arrière.
Alors que nous finissions enfin notre tâche, la table croulant sous les papiers, la porte d'entrée s'ouvrit. Je tournai la tête et mon regard croisa instantanément celui de Daryl. Il était revenu de la forêt depuis plusieurs heures, mais il avait préféré rester dehors. Nous ne l'avions donc pas vu de la journée.
- Tu pointes enfin le bout de ton nez ? demanda Carol avec un léger sourire en coin.
- Mmh.
J'échangeai un regard légèrement amusé avec Gwen et, l'instant d'après, la place à côté de moi fut prise. Comme en réponse à cette soudaine présence, mon corps entier se tendit, mais je tentai de ne rien laisser transparaître. J'eus un moment la pensée de me décaler légèrement vers Gwen, mais je restai finalement à ma place. Hors de question de montrer ma gêne. Je repris simplement mon carnet et mon stylo. Daryl, lui, posa son arbalète par terre et lança un regard interrogateur aux papiers étalés sur la table.
- C'est quoi tout ça ?
- On a passé notre journée à récolter des informations sur les gens de Woodburry, notamment sur les traitements médicaux. Et là, on fait le tri, répondit Gwen, s'attirant un regard légèrement surpris de ma part.
Daryl tira une légère grimace puis lança un regard au carnet que j'avais entre les mains. Il s'en saisit soudain, sans que je ne comprenne vraiment ce qui était en train de se passer, et commença à le lire. J'écarquillai légèrement les yeux, surprise.
- Hé ! m'exclamai-je alors, faussement indignée. J'étais peut-être en train de bosser avec ça !
- Non, là, tu fichais rien, gamine.
Je ne sus pas quoi répondre. Je lançai un regard outré à Gwen, mais cela ne servit qu'à la faire rire. Je la foudroyai du regard, puis je posai mes yeux sur Daryl. Il avait un léger sourire en coin au bord des lèvres. Non mais… ! Je lançai un regard à Carol et Beth. Elles aussi elles souriaient.
- Mais… ! Vous pourriez au moins faire semblant de me soutenir, non ? demandai-je.
Bon, apparemment, je venais de me découvrir un côté comique, puisque toutes les filles éclatèrent de rire. Je levai les yeux au ciel mais j'avais beau faire, leur rire était contagieux, et, de plus, je n'étais pas sérieuse dans ma façon d'être. Aussi les rejoignis-je rapidement. C'était la première fois que je rigolais avec eux, et il me semblait que c'était la même chose pour Gwen. C'était chouette. Je ne l'aurais jamais avoué, mais j'avais besoin de ces petits trucs en apparence insignifiants pour me sentir totalement rassurée. Là, j'avais la preuve qu'ils nous appréciaient un minimum, même s'ils le prouvaient également d'une autre manière. Moi, j'avais besoin de le voir. Je n'étais pas douée pour communiquer avec les gens, mais j'avais besoin de savoir que ceux avec qui j'avais envie de tisser des liens m'acceptaient. C'était compliqué et logique à la fois. Du moins, pour moi, ça l'était. Je trouvais d'ailleurs ça d'autant plus important qu'on était censé prendre un nouveau départ. Alors… Je voulais être sûre d'être en accord avec les autres. Est-ce qu'on voulait tous la même chose ? Oui. Normalement, oui. Et ces petits moments, où on commençait à tisser des liens, à se connaître, me confortaient dans cette pensée, alors ça allait. Pour l'instant du moins.
A côté de moi, Daryl était toujours en train de feuilleter mon carnet. Je lui lançai un regard en coin et, immédiatement, toute une flopée de questions et de réflexions me vinrent en tête. Je n'avais pas oublié que je voulais lui parler. Jusqu'ici, je n'avais pas eu l'occasion de le faire. Alors j'attendais. Il y avait des choses pour lesquelles je savais êtres patiente. Enfin, jusqu'au moment où j'en aurais marre d'attendre. J'avais pensé, un moment, lui demander directement de m'accorder quelques minutes. Puis j'avais écarté l'idée. Il semblait avoir accepté et fait le deuil de la mort de Merle. Il était redevenu exactement comme avant. Enfin, non, pas totalement. Il était devenu plus solitaire. Mais en présence des autres, il agissait normalement. Je n'arrivais pas à déterminer si c'était simplement une protection, une sorte de système de défense, ou s'il avait vraiment fait son deuil. Moi, quand j'avais perdu Djun, j'avais mis quelques jours avant de me reprendre. C'était ironique de se dire que c'était la mort de mon frère qui m'avait rendue forte, aussi forte que je l'étais aujourd'hui. Quand j'avais décidé de me reprendre, j'étais brusquement sorti d'un profond mutisme, j'avais commencé à me balader avec des armes sur moi, j'avais commencé à organiser notre petit groupe. Bref, j'avais repris pieds en dirigeant. Si le monde avait été le même qu'avant, je me serais sûrement reprise en me plongeant comme une dingue dans mes études. Mais on faisait avec ce qu'on avait, hein ?
Doucement, je fermai les yeux, repoussant ces pensées parasites. Ce n'était pas nécessaire de penser à ça maintenant. En fait, il aurait fallu que je n'y pense plus du tout. Comme ça, j'aurais pu avancer. Mais ce n'était pas possible. Je savais que j'y reviendrais toujours. Alors bon… Soupirant bruyamment, je tournai la tête vers Daryl. Il ne semblait pas décidé à lâcher mon carnet. J'haussai un sourcil puis un petit sourire en coin commença à se dessiner sur mes lèvres.
- Oh ! J'ai compris ! Merci de me relever, ça commençait à devenir ennuyeux tout ça ! m'exclamai-je alors, d'un seul coup.
Immédiatement, le regard de Daryl se braqua sur le mien et je perdis un peu de l'assurance dont je venais de faire preuve. Je continuai néanmoins d'afficher un sourire légèrement moqueur.
- Hein ? lâcha Daryl. J'crois que y'a erreur gamine : reprend ton boulot, ajouta-t-il en reposant le carnet devant moi, avant de se lever et de s'approcher de l'espace cuisine.
- Pas touche ! s'exclama Carol avec un léger sourire quand elle le vit se pencher sur la réserve de nourriture.
Daryl grommela pendant quelques secondes, puis haussa les épaules et monta directement à la tour de garde. Lorsqu'il disparut hors de notre vue, je me retournai vers mon carnet. Au bout de quelques secondes, Carol soupira. Je relevai la tête vers elle, étonnée de la pointe de tristesse que j'avais perçu dans ce souffle. Je fronçai légèrement les sourcils.
- Quelque chose ne va pas Carol ? demandai-je.
- Mmh… Moi, ça va. C'est plus Daryl qui m'inquiète.
- Il avait plutôt l'air d'aller bien, pourtant, s'étonna Gwen en haussant les sourcils.
- C'est justement ça qui m'inquiète…
Je sentis alors le regard de mon amie se poser quelques microsecondes sur moi avant de retourner à ses feuilles. Je baissai les yeux. Je savais bien ce qu'avait pensé Gwen. Ne venais-je pas de me faire exactement la même réflexion ? Quand on allait mal, c'était inquiétant. Mais quand on allait bien, ça l'était tout autant. Rien n'était plus simple. Même les sourires devenaient tristes et synonymes de problèmes et de souffrances.
- Vous savez quoi les filles ? On a passé assez de temps pour aujourd'hui à faire le tri. Vous ne croyez pas ?
- Tout à fait d'accord, souffla Beth en s'étirant. J'ai la nuque en compote à force d'être penchée là-dessus.
- Pareil, lâchai-je à mon tour.
Carol entreprit alors de rassembler tous les papiers et, en quelques secondes, la table fut de nouveau visible. Beth poussa un petit soupir et posa les coudes sur la table tandis que Gwen, elle, s'étalait franchement de tout son long. Je levais les yeux au ciel, un petit sourire aux lèvres. Parfois, j'avais l'impression d'avoir à faire à une ado.
- Je crois que c'était la journée la plus reposante de ces derniers jours, souffla-t-elle alors.
- Ah bon ? demandai-je en haussant un sourcil étonné.
- Ouai. Parce qu'aujourd'hui, je n'ai pas entendu Madame râler une seule fois.
Un sourire narquois apparut sur les lèvres de Gwen et Beth lâcha un petit rire. Je foudroyai ma soi-disant amie du regard.
- Très drôle, sifflai-je, avant de tirer la langue de façon particulièrement puérile.
Gwen me répondit par une grimace affreusement drôle et nous éclatâmes toutes les deux de rire, entrainant Beth avec nous. C'était étrange, peut-être, mais j'avais l'impression de retrouver Gwen, comme si je n'avais pas réellement été avec elle depuis qu'on était arrivée à la prison, presque un mois et demi plus tôt. J'avais l'impression de ne pas l'avoir vu réellement depuis longtemps et je redécouvrais notre amitié, notre complicité. Ça faisait plus de bien que ce que j'avais pu penser. J'avais l'impression que mon cœur et mes épaules s'allégeaient de plusieurs kilos. Et, pour une fois, je ne riais pas de façon amère ou moqueuse. Non, là, c'était un vrai rire franc, spontané, qui sortait sans que j'aie à me forcer. C'était plutôt chouette.
- Je vois que c'est joyeux par-ici.
- Hershel ! m'exclamai-je en voyant le vieil homme s'avancer péniblement vers nous. Oh, c'est juste Gwen qui fait n'importe quoi.
- Hé !
Hershel lâcha un petit rire et s'installa à côté de Beth, qui posa presque immédiatement sa tête sur son épaule.
- Je vois que tu as repris du poil de la bête, Romane.
- Ouai. C'est grâce à vous Hershel, merci.
- Ah non ! Je suis pas d'accord ! s'exclama alors Gwen. C'est moi qui t'aie veillée et que tu as menacée d'accrocher au mur avec une flèche, et j'ai même pas le droit à un merci ?!
J'éclatai de rire devant la tête que tirait Gwen et cette dernière eut beau me menacer de m'accrocher moi en haut de la tour de guet comme appât à Mordeur, je ne pus m'empêcher de continuer à rire. Bientôt, Beth et Hershel me rejoignirent et Gwen abdiqua finalement en se joignant à son tour à notre lâcher prise collectif. Bon sang ! J'étais vraiment en forme aujourd'hui !
Nous passâmes le reste de l'après-midi ensemble. Dans la salle d'à côté, comme d'un commun accord, tout le monde s'était endormi. Il ne restait plus que nous, plus Carol, qui s'occupait de Judith, Rick et Daryl qui étaient dans la tour de guet et tous les autres qui étaient dans la cours. Le calme régnait. Le silence aussi. Plus personne ne parlait.
Moi, depuis un petit moment maintenant, j'avais attrapé un des crayons que Carol avait laissé sur la table et un carnet, et je dessinais, la tête dans les nuages. Ce n'était pas facile, étant donné que j'étais droitière, et que mon bras était en écharpe, mais en posant mon bras sur la table, je pouvais le faire. Il me suffisait juste de tourner la feuille plutôt que ma main. Mais j'y arrivais. Petit coup de crayon par-ci, un autre par-là. Un œil en amande, un nez droit, une bouche fine. Des cheveux en pagaille. Un grain de beauté au-dessus du sourcil. Je ne me rendais même pas compte de ce que je faisais. Ma main bougeait toute seule d'un bout à l'autre du papier, ajoutant un trait par-ci, ajustant une courbe par-là. Cela faisait longtemps que je n'avais plus dessiné. Avant, mes cahiers, les murs de ma chambre, et même mon ordi étaient recouverts de mes dessins. Il y en avait partout. Partout, vraiment. On ne voyait presque plus mes murs tellement il y en avait. Mon frère m'avait souvent dit que j'aurais dû tenter une école d'art, mais je n'avais jamais été d'accord avec lui. Il y avait une différence entre gribouiller rapidement ce qui ressemblait à un visage et entrer dans une école d'art.
- Allô Romane ! Ici la Terre ! T'es avec nous ?
Je relevai brutalement la tête et, dans un geste incontrôlé, je posai la main sur mon œuvre pour la cacher.
- H-Hein ? bredouillai-je, retombant soudainement sur terre.
Je vis le regard de Gwen se faire perçant, se poser sur ma main, qui cachait toujours le carnet, puis revenir sur moi. Aucune de nous deux ne bougea pendant quelques secondes puis, comme si on avait donné le top départ, Gwen s'élança pour saisir ce que je cachais, au même moment où j'attrapais le carnet pour le mettre le plus loin possible des mains fouineuses de mon amie.
- Pas touche ! m'écriai-je soudainement avant de rougir en me rendant compte que j'avais crié un peu fort.
- Mais… Fais voir !
- Non ! répliquai-je en rangeant brusquement le carnet dans la poche arrière de mon jean. C'est rien de toute façon, ajoutai-je, ne sachant même pas ce que j'avais bien pu dessiner sur ce carnet.
Gwen me regarda un moment, les yeux écarquillés, puis elle fit une petite moue suppliante. J'haussai un sourcil. Elle croyait vraiment m'avoir comme ça ? Je ricanai légèrement et, soudain, je vis le regard de Gwen passer de moi à un point quelque part derrière moi puis, la seconde suivante, le carnet que j'avais dans ma poche disparaissait. Je me retournai d'un bond et tombai nez à nez avec Beth, qui avait un petit sourire mutin aux lèvres. Elle recula précipitamment et tint le carnet de façon à ce que je ne puisse pas l'atteindre. Je fis un pas vers elle et tendis ma main.
- Beth… S'il te plaît ? tentai-je, un très mince sourire aux lèvres.
- Non ! s'exclama Gwen de sa place. Ne le lui rends pas ! Elle m'a jamais laissé regarder ce qu'elle gribouillait sur son ancien carnet, alors ne le lui rends pas !
Beth rigola doucement et agita légèrement le carnet sous mon nez. Je m'élançai, pensant l'attraper, mais Beth recula davantage. Mon épaule se rappela soudain à mon souvenir, mais c'était léger. Juste un avertissement pour me dire de me calmer.
- Pourquoi tu veux pas nous montrer ? demanda Beth. Vu la concentration dont tu faisais preuve, ça doit être pas mal, non ?
- … C'est pas fini.
Oui, c'était tout ce que j'avais trouvé. Je n'aimais pas qu'on regarde ce que je dessinais, surtout depuis le début de l'épidémie. La plupart du temps, c'était des Mordeurs. Avant, comme l'avait dit Gwen, j'avais eu un carnet de croquis. J'avais énormément dessiné et écrit dedans. Il y avait énormément de Mordeurs, ou des personnes que j'avais connues et qui m'avaient marquée. J'avais malheureusement perdu ce carnet lorsqu'on était partit de Woodburry. Je l'avais laissé sur place, et s'il y avait encore été, les autres l'auraient sûrement trouvé.
- Et alors ? demanda Beth en haussant les sourcils.
- Beth, envoie !
Je me plaçai immédiatement devant Beth pour l'empêcher de lancer le carnet à Gwen. Elle se contenta de reculer et monta sur les marches de l'entrée. Un sourire étira mes lèvres.
- Bon, maintenant que t'es coincée, tu veux bien me rendre mon carnet ? S'il te plaît Beth.
Beth me regarda un moment, recula d'un pas supplémentaire et, soudain, ouvrit le carnet pile à la page où j'avais dessiné. Je tendis la main pour rabattre le carnet, mais Beth recula, les yeux écarquillés.
- Ouah ! Trop beau ! Tu dessines vachement bien !
Je poussai un grognement de frustration et m'écartai, la laissant respirer. C'était impossible ! Je n'avais jamais su faire preuve d'autorité dans ce genre de moments… Je lançai un regard à Gwen et lui tirai la langue.
- T'es une peste, sifflai-je.
- Moi aussi je t'aime.
Très drôle.
Beth s'approcha lentement, le carnet dans les mains. Elle détaillait avec toute son attention les moindres détails de ce que j'avais créé et c'était d'autant plus gênant pour moi que je ne me souvenais même pas de ce que j'avais dessiné. Je partis me rasseoir et Beth reprit place en face de moi, juste à côté d'Hershel, qui se pencha pour observer à son tour mon dessin, un léger sourire aux lèvres.
- Eh bien, souffla-t-il. Quel talent !
Je haussai les épaules. Oui, bon, ce n'était qu'un dessin hein. J'avais déjà vu le travail d'autres personnes et je pouvais affirmer sans problèmes que mon travail n'était que celui d'un amateur.
- Qui est-ce ? demanda alors Beth.
- Qui ? demandai-je en fronçant les sourcils. Je me rappelle même plus ce que j'ai dessiné, j'ai pas fait attention.
Beth tourna le carnet vers moi et ce fut alors comme si on relâchait brutalement sur mes épaules tout le poids que cette après-midi tranquille avait pu enlever. Ce fut comme si on m'arrachait le cœur, comme si on me tirait une nouvelle balle en pleine poitrine. Je fus soudain projetée des mois en arrière. Tout en moi se brisa d'un seul coup. Je pus presque entendre mon cœur dégringoler dans ma poitrine. Mon corps entier se crispa. Je serrai brusquement les poings et ma mâchoire. Je sentis mes yeux me picoter. Un raz-de-marée s'abattait sur moi, détruisant d'un seul coup le semblant de sérénité que j'avais réussi à créer cette après-midi. A côté de moi, Gwen plaça sa main devant sa bouche pour cacher sa surprise, puis tourna la tête vers moi, les yeux écarquillés. Brutalement, ne supportant plus la vue de ce dessin, je me relevai et m'emparai du carnet, l'arrachant des mains de Beth, qui me regarda un instant, perdue. Mon cœur me faisait atrocement mal. Comment est-ce que j'avais pu ne pas me rendre compte de ce que j'étais en train de faire ? Comment avais-je fait pour ne rien voir ? Avais-je été tellement prise dans mon truc que je ne m'étais rendue compte de rien ? Il fallait bien le croire. Je lançai un rapide coup d'œil au dessin.
Je ne me serais jamais pensée capable de représenter si fidèlement mon frère.
Un sourire éclatant étirait un visage légèrement trop maigre, mais non dénué de charme. Ses yeux étaient plissés par le rire. Il avait une main dans les cheveux pour les remettre en arrière, comme il l'avait souvent fait après le début de l'épidémie. Il était vêtu avec le pull noir qu'il portait lorsqu'on avait fuit notre village, et on voyait un tee-shirt dépasser dessous. Il avait l'air heureux. C'était presque comme s'il… comme si…
J'abaissai brusquement le carnet et détournai la tête.
- Romane, je…
C'en était trop. Mon cœur allait exploser. J'ignorai totalement Gwen et quittai brusquement la pièce d'un pas vif, sans dire un mot, sans regarder personne. J'avais envie de pleurer. Mon cœur me faisait mal.
Je montai directement dans la tour de garde, désespérément à la recherche d'un endroit où je pourrais m'isoler. Il fallait que je m'isole. Je ne voulais pas pleurer devant les autres, et le fait d'avoir été ainsi confrontée à la vision de mon frère avait brusquement brisé toutes les barrières que j'avais pu ériger. Soudain, alors que j'étais presque en haut, je me rappelai que Rick et Daryl étaient censés déjà être en train de monter la garde. Cependant, lorsque j'arrivai en haut, je les vis en train de se diriger vers l'escalier. C'était parfait. Je clignai un instant des yeux, tentant de retenir mes larmes encore quelques minutes.
- Je vais prendre la relève, dis-je sans même leur adresser un regard.
- Non, c'est bon, pas la peine, je vais demander à Glenn de…
- Je prends la relève, c'est bon ! m'exclamai-je alors, plus fort que je ne l'aurais voulu, et avec un trémolo à la fin de ma phrase. Pas la peine de déranger Glenn puisque je suis là, ajoutai-je plus doucement.
Un gros silence tomba soudainement et je pus presque voir le regard qu'échangèrent Rick et Daryl, alors même que je leur tournais le dos. Ils devaient se poser des questions, bien sûr. J'avais, depuis quelques temps, une relation plus apaisée avec le chef, bien que je ne puisse toujours pas l'encadrer, alors me voir agir de nouveau comme lorsqu'on était au plus haut de la crise, cela devait leur paraître étrange. Ma main se resserra compulsivement sur le carnet quand j'entendis Rick faire un pas vers moi. Ils allaient s'en aller oui ? Je sentais les larmes au bord de mes cils. Ma vue était brouillée et j'avais envie d'être seule. Incroyable comme une après-midi entière pouvait être gâchée par un simple dessin, un simple souvenir…
- Hey, tu es sûre que…
- Ça va, coupai-je immédiatement. Vous pouvez descendre, je vais prendre le tour de garde.
Je ne leur laissai pas le temps de répondre et pénétrai dans le petit espace réduit entouré de palette qui servait de tour de guet. Je me laissai tomber par terre, grimaçant en sentant un petit courant traverser mon épaule, puis j'attendis. J'entendis alors quelques chuchotements, puis des bruits de pas qui s'éloignaient. Ce n'est qu'après avoir entendu la porte du bas claquer et m'être assurée que j'étais bien seule, que je me laissais alle. Je fermais alors les yeux et un long sanglot m'échappa.
Je ne m'étais pas attendue à être ainsi confrontée à la vision de mon frère. Mon dessin avait, pour une fois, reflété la réalité sans le moindre petit arrangement de ma part. Tout s'était fait sans que je ne m'en rende compte. Mon esprit avait, de lui-même, décidé de me confronter à une réalité que je fuyais depuis longtemps. Comme s'il ne supportait pas le bonheur, pensai-je amèrement en renversant la tête en arrière pour tenter de contenir mes larmes. Alors même que je commençais à me sentir un peu bien, il avait fallu que je fasse moi-même tout capoter. Le bonheur ne semblait pas m'être possible.
Je baissai les yeux sur le dessin de mon frère. La réalité de cette image sortie tout droit de mon esprit était saisissante. Les larmes me montèrent aux yeux.
- Pourquoi est-ce que tu me tortures comme ça, grand-frère ? murmurai-je doucement, une larme roulant sur ma joue.
Je n'avais jamais pensé, avant, que mon frère et moi puissions êtres un jour séparé par quelque chose d'aussi inéluctable que la mort. J'avais grandi avec lui. J'avais passé mon enfance, mon adolescence et le début de ma vie d'adulte avec lui. J'avais toujours été à ses côtés, dans son ombre, toujours là. Mon frère était le meilleur des frères. C'était un soleil qui illuminait ma vie. Pour une petite fille, ne pas recevoir d'attention de la part de ses parents, c'est difficile et incompréhensible. Djun avait toujours tout fait pour que je ne pense pas à ça. Il m'avait fait rire, m'avait réconfortée lorsque ça n'allait pas, m'avait protégée. Tout le temps. De tout. C'était grâce à lui si j'étais encore en vie aujourd'hui. C'était grâce à lui si je parvenais à me défendre seule maintenant. C'était grâce à lui que je pouvais vivre.
Alors pourquoi est-ce que son simple souvenir était comme un couteau en plein cœur ? Pourquoi est-ce que je ne parvenais même pas à supporter la vision d'une pâle copie de lui sans ressentir immédiatement ce grand vide en moi ? Pourquoi est-ce que, au lieu de m'apporter de la joie, le souvenir de mon frère ne faisait que de me hanter, de me pourrir la vie ? J'aurais tellement aimé pouvoir rire en me rappelant combien il était ridicule quand il essayait de me faire rire, étant petite. J'aurais aimé pouvoir sourire avec nostalgie en repensant à toutes les bêtises qu'on avait pu faire autrefois. Pourquoi est-ce que je n'y arrivais pas ? Qu'est-ce qui clochait chez moi ? Pourquoi est-ce que je continuais à ne rien faire comme les autres ? Même la mort devait être perçue de façon différente chez moi ? Est-ce que j'étais condamnée à ne jamais rien faire comme les autres ?
Ma gorge se serra soudainement et je ramenai mes jambes contre moi. J'enfouis ma tête entre mes genoux et ramenai mon bras gauche autour, pour me couper du monde extérieur. Ce ne fut qu'une fois ainsi cachée, seule, que je laissais libre court à mes larmes.
Je ne sus pas combien de temps je restais là, à pleurer, toute seule, en haut de la tour de guet. Je savais juste que j'étais montée alors que le soleil était encore présent, et que, maintenant, le soleil commençait à se coucher. Un vent un peu trop frais commençait à balayer la prison et je frissonnais, mais je n'avais pas envie de redescendre. Je savais que, fatalement, je devrais le faire à un moment ou à un autre, si je ne voulais pas que ce soit eux qui viennent me chercher. Mais je voulais repousser ce moment le plus loin possible. Juste encore un peu de temps. J'avais juste besoin d'un peu plus de temps. Pour me remettre. Pour reforger ma carapace, qui avait subie de lourds dégâts. Tout ça à cause d'un dessin. J'avais été tentée de le déchirer, et de le laisser s'éparpiller au vent. Mais je n'en avais pas eu la force. Ça aurait été comme tuer mon frère une nouvelle fois. Alors je m'étais simplement contentée de le plier jusqu'à le réduire à un tout petit carré blanc, puis je l'avais glissé dans la poche de mon jean. Je ne savais pas ce que j'allais en faire. Une chose était sûre, je ne voulais pas le regarder de nouveau. C'était bien trop douloureux. Je n'en avais pas la force. Et peut-être, pensai-je, ne l'aurais-je jamais.
Soudain, alors que le silence régnait en maître, un bruit se fit entendre, en bas. Le crissement d'une porte métallique. La porte qui menait à la tour. Je sentis mon corps se tendre. J'étais restée ici trop longtemps. Qui avaient-ils envoyé pour me chercher ? Gwen ? Beth ? Carol ? Peut-être Rick… Je ne savais pas. Je m'en fichais. Que ce soient les uns ou les autres, c'était la même chose : je n'avais envie de voir et de ne parler à personne.
Je tendis l'oreille quand les bruits de pas se firent entendre. Ils devinrent de plus en plus audibles et, finalement, ils s'arrêtèrent juste à l'entrée du minuscule espace que formait la tour de guet. J'avais la tête tournée vers le grillage. J'étais dos au mur de l'entrée. Je ne savais pas qui était là. Je n'avais pas envie de savoir. Cependant, au bout de quelques secondes de silence, la personne qui était monté ne me laissa d'autres choix que de réagir. Un énorme gilet noir apparut soudainement devant moi, sans qu'un mot ne soit prononcé, mais cela me força à bouger. Je tendis la main, saisis le vêtement, hésitai un moment puis finis pas l'enfiler, en laissant mon bras droit libre. Immédiatement, l'effet du vent se fit moins sentir. Je ne dis pas merci. Je n'avais pas envie de parler. Je n'en pensais pas moins, cependant.
Lentement, la personne qui était venue avança et s'installa en face de moi. Je tournai la tête vers elle.
C'était Daryl.
Je restai un moment, à le fixer sans rien dire, sachant pertinemment pourquoi il était là. Je n'aurais jamais pensé que les autres l'auraient envoyé lui pour me parler, me dire de redescendre. Immédiatement, comme si tout y était lié, je pensai à mon frère et les larmes me remontèrent aux yeux. Je détournai la tête et cachai mon visage dans l'épais gilet que m'avait apporté Daryl. Merci, pensai-je.
Pendant plusieurs minutes, il n'y eut pas un seul mot d'échangé. Rien. Juste le silence, le bruit de le brise entre les mailles du grillage et le soleil qui terminait de disparaître. Mes larmes se tarirent. Le calme, précaire, retrouva doucement sa place en moi. Le dessin s'effaça légèrement de mon esprit. Il se faisait remplacer, tout doucement. La présence de cet homme, en face de moi, en était la cause. Il ne disait rien. Pas un mot. Pas un bruit. Il ne me regardait même pas. Il fixait le point où le soleil avait disparu, comme s'il avait pu le faire revenir par la simple intensité de son regard. Je ne me rendais même pas compte que j'étais en train de l'observer. Je ne me rendais même pas compte que mes yeux étaient de nouveau secs et que je ne tremblais plus. J'étais juste là. Tout était vide en moi. Je ne pensais plus. J'étais juste là.
Soudain, mais avec une lenteur qui me permit de suivre le moindre de ses mouvements, Daryl se releva. Je levai la tête pour le fixer droit dans les yeux. Il les avait noirs.
- Relève-toi.
Il n'avait pas parlé fort. J'avais l'impression de l'entendre à travers une bulle, comme si j'étais coupée du monde. J'étais dans un état second où la seule chose qui me paraissait encore tangible était ses yeux. Je ne me posais même pas la question de savoir si penser ça était normal ou pas. Je n'étais pas capable de réfléchir, là, tout de suite.
- Tu m'as entendu, gamine ? Relève-toi. C'est pas le moment de flancher.
Lentement, comme si je sortais d'un rêve, mon cerveau se remit à fonctionner. Pas le moment de flancher ? De quoi se mêlait-il ? Il ne savait rien. Ni de moi, ni de ma vie, ni de Djun. Il pensait que j'étais capable de me relever. C'était sûrement vrai. En avais-je envie ?
- Hé ! Allez, debout ! Tu comptes faire quoi ?! s'exclama-t-il alors soudainement en s'avançant d'un pas, se retrouvant juste devant moi, me surplombant de toute sa hauteur. Rester ici toute la nuit, pleurer sur une image ? Tu crois pas que t'as mieux à faire ?
Je me relevai soudain, la mâchoire crispée. Nous nous retrouvâmes presque nez à nez. Seuls quelques ridicules centimètres nous séparaient encore. Je ne m'en rendis pas compte. Il était plus grand que moi. Ça non plus, je ne le vis pas.
- Tais-toi, dis-je d'un ton monocorde, d'une voix rendue rauque par les sanglots. Tu ne sais pas de quoi tu parles.
- Je sais pas, hein… Personne ne le sait, je crois. Pas même ta pote.
- Tais-toi.
- Pourquoi ? Pour que tu continues à penser que tu peux craquer quand bon te semble ? demanda Daryl en s'approcha davantage de moi. Tu crois q'c'est un luxe que tu peux t'offrir ?
Je voulus reculer, mais j'étais déjà contre le mur. La présence de Daryl devenait insupportable. Je n'avais pas envie qu'il en dise plus. Je voulais juste qu'il se taise, ou bien qu'il parte.
- J'te rappelle comment t'as été blessée ? J'te rappelle pourquoi la prison est soudainement devenue le refuge de tous ces vieux, gamine ? Un aide-mémoire ou c'est pas la peine ?
- Tais…
- La ferme ! Non mais regarde-toi ! T'as passé des heures entières à chialer comme une gosse !
- TAIS-TOI ! hurlai-je alors, un sanglot dans la voix. Tu ne sais pas ce que c'est !
Immédiatement, je me rendis compte que, si, Daryl savait parfaitement ce que c'était. J'écarquillai les yeux, mais ne dis rien pour rattraper mon erreur. Je ne levai pas les yeux vers lui. Je ne bougeai pas d'un pouce. Je pouvais sentir son souffle sur ma joue.
- Tu m'as dit, quand on était à Woodburry, le jour où tu t'es pris la balle, que tu comprenais, pour Merle. Et moi, j'te dis que j'comprends pour ton frère, dit-il alors, me faisant redresser la tête. Mais le Gouverneur court toujours dehors. On est pas à l'abri, déclara Daryl en détachant bien chaque mot. Tu crois que tu peux te laisser aller ? Non, tu peux pas. Et tu veux que j'te dise un truc ? Tu pourras jamais. Parce que maintenant, si tu veux vivre tranquille, faut que tu restes toujours sur tes gardes. J'croyais pas devoir te l'apprendre, gamine.
- …
Je ne savais pas quoi dire. Qu'est-ce que je pouvais répondre à ça ? Qu'est-ce que je pouvais dire ? Il avait totalement raison. Je regardai soudain autour de moi, comme si je sortais d'un rêve profond. Mon regard balaya l'horizon et, soudain, je me sentis plus idiote que je ne l'avais jamais été. Je me trouvai soudain tellement ridicule que j'en lâchai un rire moqueur, qui me valut un haussement de sourcil de la part de Daryl.
- Tu dois me trouver pitoyable, non ? demandai-je alors, doucement, en resserrant le gilet contre moi. Je suis forte, pour donner des leçons, n'est-ce pas ? Ah, pour dire à Rick, ou même à toi, à Gwen, à tous les autres de rester forts, je suis douée. Mais pour l'appliquer… Je suis ridicule, soufflai-je alors avec amertume.
Daryl ne répondit rien, mais je ne pris pas cela pour un acquiescement. C'était plutôt comme s'il me disait « Bon, maintenant, bouge-toi et retournes poser tes fesses en bas ». Un léger rire encore un peu rauque m'échappa. Je plantai mon regard dans celui de Daryl.
- Merci pour le gilet, lui dis-je.
Il se contenta d'hausser les épaules puis, après un dernier micro-regard, il me contourna et commença à s'en aller. Je le suivis soudain et l'appelai.
- Daryl !
Ce dernier se retourna vers moi, un sourcil haussé. C'était la première fois que je l'appelais par son prénom… Enfin, la première fois que je l'interpelais lui par son prénom. Ça faisait bizarre. J'avais l'impression de découvrir un nouveau son que je n'avais encore jamais prononcé.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda alors Daryl.
Je retombai sur terre d'un coup et ouvris la bouche, cherchai quelques instants mes mots, puis croisai les bras sur ma poitrine, comme pour me donner du courage.
- Merci aussi pour… ça, dis-je en faisant allusion à ce qu'il venait de me dire. Je sais que ce que j'ai fait… c'était idiot, soufflai-je en baissant les yeux, avant de les relever pour les planter droit dans les siens. Merci de m'avoir rappelé ma promesse.
Daryl fronça très légèrement les sourcils, ne comprenant sûrement pas à quoi je faisais référence. C'était une promesse que j'avais faite et que je ne cessais de briser et de refaire, à chaque fois. Une promesse à mon frère. Daryl sembla comprendre, cependant, l'importance qu'il y avait derrière les mots que j'avais prononcés, mais il ne dit rien. Il hocha juste la tête. Je lui rendis son signe, puis il se détourna et s'en alla.
Et là, je ne sus pas pourquoi, ni comment, mais ça me frappa comme la foudre. Peut-être que c'était parce que, de le voir de dos, comme ça, il m'avait paru immense. Ou peut-être que c'était à cause de ses paroles qui, tout en me reboostant, m'avait apporté un réconfort que je ne mesurais pas très bien. Ou peut-être était-ce juste à cause de l'absence de filtre dans mon esprit. Le vide était toujours un peu présent, cet état second était encore un peu là, et ce fut peut-être qui permit à cette évidence de me frapper de plein fouet.
Daryl me plaisait.
Il ne me plaisait pas comme un garçon pouvait plaire dans la cours de l'école, dans la rue, ou ailleurs. Non, ce n'était pas ça du tout. C'était sa présence. C'était sa façon d'être. C'était tout ce qu'on percevait, tout ce qu'on sentait en lui mais qu'il ne montrait pas. C'était ce truc qui m'avait fait me dire, lorsqu'il m'avait sauvé, le jour où on était arrivé à la prison, « tout ira mieux ». C'était ce petit truc qui, là encore, me faisait penser que tout allait bien se passer. C'était cette sensation de protection, d'apaisement. C'était ce qu'il dégageait. Et c'était ses yeux, qui disaient bien plus que tous les mots qu'il pouvait bien employer. Ce que j'avais pris pour une gêne due au mystère qui l'entourait constamment n'était en fait que la gêne qui résultait de mon attirance envers lui.
Daryl me plaisait. La réalité me frappa de plein fouet.
Daryl me plaisait.
