Titre : La fille du Nil, chapitre 3
Base : Papyrus
Personnages/Couple : Theti Cheri/Papyrus
Genre : drama
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de De Gieter, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Nombre de mots : 3300/18 800
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Les lueurs de l'aube illuminèrent leurs rêves. Ils se réveillèrent quand les rayons du soleil, montant franchement dans le ciel, vinrent caresser leurs visages. Ils s'étaient endormis toujours l'un dans l'autre, dans cette position égale des époux. Le réveil les trouva fourbus, les membres engourdis, les cheveux emmêlés et la peau poisseuse, mais profondément heureux.
« Si c'est un rêve, marmonna Papyrus l'esprit encore embrumé, qu'il ne se termine jamais…
- Ne préférerais-tu pas me retrouver dans la réalité ? le taquina Theti, d'humeur déjà joueuse.
À vrai dire, si, » reconnut-il. Leur nouveau bonheur lui apportait une force intérieure incroyable.
« Mon époux.
- Ma princesse. »
Parfaitement reposés après leurs longs ébats de la nuit et nageant au réveil dans un bonheur béat, l'envie de se donner encore une fois du plaisir renaissait elle aussi. Mais la raison les en empêcha. Si tentante que soit l'idée, ils ne pouvaient pas passer leur vie entière ni seulement la journée dans ce lit. Autour d'eux, le palais tout entier s'éveillait également et pour le reste du pays, c'était une journée ordinaire qui commençait… sans eux.
Alors maintenant quoi ?
Maintenant, les servantes de Theti venues la réveiller devaient s'inquiéter de ne pas la trouver dans ses appartements et peut-être, craignant un enlèvement, faire appeler la garde. Que leur dirait la fidèle Inouis pour éviter qu'elles s'inquiètent ?
Revenant à regret à la réalité, Theti retrouva sa robe, froissée mais portable le temps de parcourir un couloir. Elle la passa puis grimaça. Son corps tout entier portait les traces de leurs efforts effrénés de cette nuit ; l'intérieur de ses cuisses était désagréablement humide. Les lourdeurs et les tensions dans son corps n'étaient plus si agréables que la veille au soir.
« J'ai besoin d'une bonne douche. Et toi aussi d'ailleurs. »
Papyrus ramassa son pagne, et rougit en le nouant. Dormir nu à nue avec Theti était une chose, accomplir ce geste si trivial devant elle en est une autre.
Si je n'étais toujours qu'un simple fellah je t'aurais menée au Nil et baignée moi-même…
Theti convint que l'idée était plaisante et regretta qu'hélas elle ne soit pas réalisable.
Dans les affaires de Papyrus, Theti dénicha un peigne. Elle ôta son diadème, de toute façon à moitié défait durant leurs jeux et leur sommeil, et ce fut Papyrus, maladroitement mais plein de tendresse, qui s'offrit pour remettre un semblant d'ordre dans sa chevelure.
Couronne en main, Theti se demanda si elle devrait la remettre, pour regagner sa chambre. Qu'exigeait l'étiquette en ce matin après ses noces ? Elle était devenue la femme de Papyrus mais elle restait la princesse héritière, gardienne de la légitimité. Redressant sa posture, refusant de soupirer sous le fardeau, elle la recoiffa et lui donna un équilibre parfait, comme il devait l'être.
Juste quand Theti Cheri ouvrit la porte, elle trouva devant elle la garde qui s'en venait y frapper, prête à réclamer l'aide de Papyrus pour rechercher – discrètement, sans ameuter le palais entier – la princesse. Elle leur fit face avec une superbe et un calme parfaits.
« He bien, vous m'avez trouvée. Ramenez-moi donc à mes appartements d'enfance ; j'espère que mes suivantes m'ont préparé un bain avant de venir vous trouver ? Et faites-en donc préparer un pour Papyrus également, et un petit déjeuner… princier. »
Son ton royal ne souffrait aucune réflexion, aucun protestation. Dans les yeux du capitaine, pourtant, la compréhension se fit et le pauvre dut se demander à toute vitesse quelle conduite tenir, s'il devait courir informer Pharaon…
Non, évidemment, son premier devoir était d'obéir à la Princesse, puisqu'on lui avait demandé de la retrouver, et que c'était fait : la ramener donc en sécurité, à sa place. Et quelle serait donc sa place désormais ? Ça n'était pas à lui de le décider. Il ne pouvait que suivre ce qu'elle avait ordonné, qui était d'ailleurs sensé.
Rien ne l'avait préparé en revanche à prendre des mesures concernant Papyrus. Il supposait que là encore, il n'avait qu'à obéir à la princesse, pas à inventer une quelconque sanction pour un crime qu'on ne voudrait peut-être pas voir étaler au grand jour. Il prit toutefois la résolution de faire poster une surveillance discrète, juste au cas où. Il transmit les ordres aux serviteurs concernant les commodités, mais une fois accomplie, le garçon ne quitterait pas le palais, pas même ses appartements, sans que Pharaon n'en soit au courant.
Papyrus lui-même n'était pas préparé à cette rencontre, à avoir un public dans un moment aussi intime. Aux pieds de sa princesse, de son aimée, dans l'intimité de sa chambre, rien d'autre ne lui importait. Maintenant, la porte ouverte sur un couloir plein de gens qui risquaient de porter la rumeur dans tous les coins du palais, il s'efforçait avec difficulté de garder contenance. Leur regard inquisiteur semblait le mettre à nu. Rougissant malgré lui, il se prit à regretter n'avoir pas une couverture, un manteau dans lequel se cacher, et tant pis si ça ne serait qu'un aveu supplémentaire sur sa conduite de cette nuit.
Comme si leur amour était honteux…
Il n'était pourtant pas sacrilège ! Même s'il allait probablement à l'encontre des projets politiques de Pharaon.
Papyrus savait qu'en cas de confrontation même avec son souverain divin et tout-puissant, il défendrait toujours le choix de Theti Cheri. Pas tant parce qu'il s'était porté sur lui, mais parce qu'il l'aimait et lui serait dévoué de toute sa vie. Elle en aurait choisi un autre, pour peu que ça soit de son plein gré, qui aurait déplu à ses parents, et il l'aurait encore soutenue, supportée, défendue.
C'était facile à affirmer la veille au soir, quand elle lui avait demandé. Mais maintenant qu'elle avait quitté la pièce, et qu'il pensait à quand il se retrouverait, bientôt sans doute, devant un Pharaon prêt à juger cet acte, la solidité de sa résolution était plus durement mise à l'épreuve.
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Theti se laissa baigner, et masser et parfumer et recoiffer par ses suivantes. Leurs gestes étaient familiers mais sous leurs mains tout son être semblait avoir changé.
Elles lui ôtèrent sa robe froissée, tous ses bijoux, et effacèrent les traces de sa nuit sur sa peau. En dedans pourtant, dans son cœur, elle en gardait à jamais le souvenir. Il perlait un peu de sang au creux de ses cuisses : l'ouverture de son ventre qui tardait à cicatriser, ou peut-être les affaires de femme qui s'en revenaient de loin en loin depuis l'année passée, et n'était-elle pas plus jamais qu'auparavant femme ? Encore toute fraîche de ses ébats, comme ouverte et un peu endolorie, elle ne tenait pourtant pas trop à insérer là ce qu'elle avait utilisé sans y penser beaucoup les fois précédentes. Maintenant, rien que penser au nom de l'objet la faisait rougir, au souvenir d'un autre usage qu'elle venait de faire là d'autre chose portant le même nom. Le cœur, la pulpe du papyrus, plante à tout faire bénie des dieux et indispensable à la vie du pays entier, des usages les plus sacrés au plus triviaux…
Les servantes comprirent facilement que leur princesse n'était plus la même, mais ne commentèrent pas. Theti s'attendait un peu à ce que la nouvelle les change en volière, qu'elles pépient et chantent à n'en plus finir et s'en aillent tout raconter à tire d'aile par tout le palais. Et peut-être, une fois le rituel du bain achevé et rendues pour quelques minutes ou quelques heures à leur liberté, iraient-elles s'oublier à toute prudence, mais pour l'instant, elles avaient pour elle la gravité et la fierté silencieuse de commères, bien qu'elles aient le même âge tendre.
Leur princesse, adulte, était presque une reine maintenant, et ce prestige rejaillissait un peu sur elles.
Elles choisirent pour elle un parfum plus capiteux, une robe à la fois plus modeste et plus somptueuse, des bijoux plus…royaux. Theti se sentit alors plus belle que jamais, et en même temps, moins légère, moins jolie. Le sérieux, la respectabilité avaient pris le pas sur l'insouciance.
Son choix avait changé sa vie. Elle n'était plus une princesse innocente et libre de papillonner où et comme bon lui semblait entre les exigences des devoirs royaux. Elle était une dame rangée, maintenant. Elle devrait tenir son rang tous les jours.
Et son époux avec elle.
Alors seulement, elle laissa les doutes l'assaillir. Elle s'était préparée toute sa jeune vie à ce moment, même si elle pensait qu'il arriverait beaucoup, beaucoup plus tard : celui où elle deviendrait réellement une princesse régnante et plus seulement un ornement pour les cérémonies ou une main de plus dans la diplomatie. Mais Papyrus ? Papyrus était son ami, pas moins, pas plus, et si au cours de ces quelques années il avait beaucoup appris de la cour où elle le faisait évoluer et des missions diverses que lui confiait régulièrement Pharaon pour le bien de l'Égypte, il n'était pas prêt à jouer les courtisans.
C'était bien pour cela qu'elle l'aimait d'ailleurs, pour sa fraîcheur, sa droiture, son courage, que n'avaient pas la plupart des nobles et des haut fonctionnaires engoncés dans leur propre importance.
Et elle l'avait jeté là dedans sans réfléchir, ne pensant qu'à ses désirs immédiats et à un futur lointain, mais pas à toute la route à faire pour joindre les deux.
Comment allait-il vivre cette vie, lui ?
