Titre : La fille du Nil, chapitre 4
Base : Papyrus
Personnages/Couple : Theti Cheri/Papyrus
Genre : domestique
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de De Gieter, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Nombre de mots : +1800/18 800
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Pharaon – vie, force, santé – serait un piètre roi s'il ne savait ce qui se trame en son propre palais. Si en tant que père il aurait préféré ignorer les choix de sa fille, en tant que monarque il était bien obligé d'exiger qu'ils lui soient expliqués. Sous son regard inquisiteur Theti Cheri se tenait droite et superbe. À ses côtés, Papyrus faisait plus humble figure.
« Qu'as-tu fait ?
- Père, vous considériez qu'il était temps pour moi de songer à me marier. Voilà qui est fait. Je vous avais exposé mon choix il y a longtemps et je m'y suis tenue. Vous l'approuviez à l'époque, mais la conduite, les hauts faits accomplis par Papyrus depuis, vous auraient-ils fait changer d'avis depuis ?
Au contraire, reconnut Merenrê, nul n'est plus méritant que lui de rester à tes côtés. Il a mille fois prouvé sa bravoure, sa droiture, sa dévotion. Mais si le courage et l'amour seuls peuvent en faire un prince à cœur, ils n'en feront pas un dirigeant, et la cour ne l'acceptera pas si facilement. »
S'il avait parlé avec colère, Theti aurait répondu de même. Ça n'étaient pas les courtisans qui allaient lui dicter sa conduite ! Mais nulle colère n'habitait Pharaon en ce moment. Sur son visage, de la tristesse, dans sa voix, de l'inquiétude.
« Mes enfants, vous vous êtes placés en grand danger. Papyrus, tu es plus que capable de te défendre de toutes les menaces ouvertes. En revanche, je crains pour votre sécurité à tous les deux au sein d'un nid de vipères. Vous ne pouvez pas rester ici. Vous partirez dès demain pour le palais secondaire de l'Île d'Éléphantine où vous serez en sécurité. Et où, surtout, Papyrus recevra désormais une éducation plus solide. »
Si Pharaon était déçu du choix de Theti et de la conduite de Papyrus, il ne le montrait pas. Pourtant, devant sa mine soucieuse et en l'absence de tout reproche de sa part, Theti s'en fit intérieurement à elle-même. Elle n'avait pensé qu'à son propre bonheur et à obtenir l'approbation de son père envers son époux, sans mesurer pleinement toutes les ramifications impliquées…
Les craintes de Pharaon étaient légitimes : pour l'avenir de l'Égypte, mais également pour la vie de ses enfants, sa fille chérie, chair de sa chair, et le compagnon qu'elle avait choisi, qui restait à se côtés depuis des années et qu'il s'était pris à aimer comme une évidence. Il doutait toujours de pouvoir faire de Papyrus son successeur comme Theti pensait pouvoir l'affirmer haut et fort. Le mérite ne faisait tout, face à la tradition. Theti pourrait régner effectivement à ses côtés, prendre toutes les décisions importantes tandis qu'il ne serait qu'un consort, un symbole pour l'équilibre, les cérémonies, la diplomaties ; les dieux les préservent de la guerre ! Mais il souhaiterait voir à sa suite un pharaon mieux préparé. Et Papyrus lui-même détesterait ce rôle passif, décoratif. Ça n'était pas une récompense pour tous ses bons et loyaux services que de le bombarder à un tel poste. Sans compter tous les jaloux…
Plusieurs fois, Theti Cheri, en temps qu'héritière, gardienne de la légitimité, s'était vue menacée de complots terribles, dont Papyrus l'avait toujours sauvée. Maintenant, ils allaient changer de cible. Le simple fellah qui fréquentait la princesse et se prendrait déjà à leurs yeux pour un roi, voilà qui ils viseraient. Papyrus restait toujours modeste et ne briguait pas le trône, mais les envieux, jaloux de son ascension fulgurante, ne verraient pas cela d'un bon œil. L'inconscience de Theti Cheri l'avait propulsé sans défense ni préparation sur le devant de la scène où l'on s'attendait qu'il joue un rôle bien différent.
Désormais, c'était lui, le consort gênant, que des intrigants pourraient chercher à supprimer. Alors veuve éplorée, la princesse devrait se hâter de prendre un nouvel époux dès la fin de la période de deuil…
Cela ne devait pas arriver.
La décision de Pharaon fut donc sans appel possible. Sans Grande Épouse Royale, consultée, abonda dans son sens. Theti fut donc envoyée en vacances en province avec une escorte réduite, discrètement et avec autant de précipitations que la folie passagère d'une princesse pouvait justifier, avant que le palais apprenne ce qu'étaient devenus les liens avec celui qui partageait ce voyage.
Si Pharaon et la Grande Épouse Royale se devaient de considérer les implications politiques du mariage de la Princesse Royale d'un œil ouvert, ça permettrait aussi à son père et sa mère de ne pas trop penser à ce que leur fille et son époux avait fait exactement cette nuit et referaient les suivantes dans leurs appartements.
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Le voyage se déroula sans incident. Nul ne songea à questionner la participation de Papyrus : depuis des années, il était le garde du corps de la princesse, qu'elle parte en mission diplomatique dans le désert, en Nubie, ou en voyage d'agrément. À vrai dire, c'est même plutôt si la Princesse était partie sans lui qu'on aurait jasé, le croyant tombé en disgrâce.
On les installa dans un petit palais, nullement ostentatoire, avec une domesticité réduite, ce qui arrangeait Papyrus qui restait modeste, et qui ne déplaisait pas à Theti non plus, qui préférait le calme. Quelques gardes, trois suivantes, une intendante, un cuisinier… Pour Theti habituée à être entourée, c'était le minimum suffisant ; pour Papyrus, ça faisait déjà presque trop de monde à gouverner.
Ils auraient pu être n'importe quels petit nobles sans histoire, un jeune couple anonyme et heureux… Ne serait-ce que la politesse qui obligeait à se présenter à ses voisins et à accepter leurs invitations ici et là, ils auraient presque pu occuper leur palais complètement incognito.
La princesse se montra claire : elle n'était pas là pour mener une vie mondaine, mais au contraire s'éloigner un temps de la cour, passer quelques mois dans un calme studieux. Lors de ses brèves et rares apparitions en public, Papyrus l'accompagnait et se tenait un pas en arrière, présenté simplement comme « l'accompagnant ». Theti ne comptait pas le cacher, il fallait bien qu'il entre dans son rôle de consort, mais ils s'appliquaient quand même à ne pas attirer démesurément l'attention sur lui.
Dans leur nouvelle demeure, ils occupaient des appartements voisins… communiquant entre eux par une porte que nul n'aurait songé à fermer. Les serviteurs n'avaient pas besoin de tout savoir non plus.
Le matin, Papyrus recevait les enseignements d'un maître scribe. L'après-midi, Theti prenait des leçons de politique, de diplomatie, d'économie, de religion… beaucoup de sujets déjà traités lors de sa première éducation, qu'elle revoyait et approfondissait maintenant. Surtout, Papyrus assistait aux mêmes leçons que sa princesse, où l'on exigeait d'ailleurs de lui la même assiduité et pas juste de la curiosité.
La nuit, nul ne questionna ce que faisaient les deux jeunes gens derrière leurs portes closes.
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Les lunes passèrent et Theti et Papyrus s'ajustaient à leur nouvelle vie. Les apprentissages commençaient à porter leurs fruits.
Et leur mariage aussi. Pas une seule fois depuis qu'ils s'étaient mariés, Theti n'avait encore eu besoin de recourir à cet usage du papyrus dont l'idée l'avait tant fait rougir le premier matin de ses noces. Ses robes commençaient à nécessiter des ajustements mineurs ici et là.
Ça ne se voyait pourtant pas beaucoup au premier coup d'œil. Les mains aimantes de Papyrus découvraient bien de nouvelles rondeurs, une nouvelle fermeté. Mais à part lui qui saurait ? Theti elle-même n'était sûre de rien. Elle mettait les changement sur le compte de sa nouvelle vie, sans mesurer leur profondeur réelle. Ne disait-on pas que le mariage apportait aux époux un embonpoint à la mesure de leur nouveau confort ? Cela pouvait en être le début.
Ce fut une remarque d'une servante qui la fit vraiment s'interroger. Devant le silence surpris de as maîtresse, elle s'enhardit même à lui proposer d'accomplir un rituel avec des graines, pour voir ce qui germerait… Theti ne croyait qu'à moitié à son intérêt et la laissa faire sans trop y penser. Et en quelques jours l'orge et le blé germèrent tous deux, sans qu'elle prête attention auquel se développa en premier.
Theti prit la nouvelle avec une incrédulité renouvelée. Un enfant ! Si tôt après leur mariage ? Alors qu'ils commençaient seulement à se faire à leurs nouvelles habitudes de vie commune ? C'était tellement… précipité, comme développement ; ça lui semblait impossible !
Papyrus, mis devant la possibilité de plus en plus réelle d'avoir laissé une marque profonde et permanente dans le corps et la vie de Theti Cheri, se partageait entre la crainte terrible d'avoir commis un sacrilège, l'espoir que les dieux, en bénissant ainsi leur union, l'approuvaient de fait, la joie et l'orgueil infinis de la voir si pleinement concrétisée… et la crainte à nouveau de trop présumer de sa propre importance.
Ils n'eurent pas loisir de se faire à cette idée tranquillement tous les deux. De temps à autre, un messager rappelait Theti Cheri – et Papyrus avec elle – à la cour royale, quand la présence de la Princesse pour telle ou telle cérémonie se faisait sentir – ainsi que celle de son garde du corps officiel à ses côtés pour faire entrer en douceur son image dans l'esprit des courtisans.
Une des ces visites eut lieu très peu de temps après. Dès leur arrivée, la Reine, elle, n'eut besoin ni de toucher ni d'utiliser un rituel pour savoir, dès le premier coup d'œil, quelle nouveauté fleurissait dans la vie de sa fille.
« Mon enfant, ma chère enfant… »
La fierté parentale et la joie débordantes éclipsèrent de prime abord toute objection, tout doute que Pharaon ou la Grande Épouse Royale auraient pu émettre. Après cela cependant, les rumeurs se répandirent très vite. Leurs retrouvailles officielles s'étaient faites en comité restreint, mais les servantes avaient des yeux et les courtisans des oreilles partout. Ils compensaient l'instinct maternelle par un goût acéré pour observer les moindre détails et une telle nouvelle était propre à faire jaser la cour entière. La présence de Papyrus dans le palais personnel de la princesse devint brusquement une évidence, pour tout le monde.
Entre les félicitations d'usage des familiers, sincères ou obligées, celles d'Imoutep manquèrent légèrement de sincérité. Quand Papyrus s'en étonna, il n'eut pas le cœur de nier qu'effectivement, il était un peu vexé et s'excusa de son manque d'enthousiasme, chagriné qu'il était par ce qu'il avait perçu comme un manque de confiance. Que Papyrus et Theti aient dû cacher la réalité de leur mariage aux courtisans que ça ne regardait pas, il comprenait parfaitement, mais il aurait cru qu'à un ami, au moins, ils auraient confié leur secret.
La vérité était qu'ils n'y avaient tout simplement pas pensé, ne voyant sur le moment que leur propre bonheur aveugle et fermant les yeux à tout ce qui n'était pas eux deux, autant à la méchanceté des gens jaloux, qu'aux inquiétudes des parents, et jusqu'à la joie qui aurait dû être celle des amis à partager la nouvelle de leur bonheur.
