Titre : La fille du Nil, chapitre 6
Base : Papyrus
Personnages/Couple : Theti Cheri/Papyrus
Genre : domestique
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de De Gieter, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Nombre de mots : +1550/ 18 880
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Malgré l'espoir apporté par la Déesse aux Cheveux Resplendissants, la situation à la cour restait pesante. Raouser, prêtre-devin, avait vu en rêve un serpent attaquer la Princesse Royale, s'insinuer dans son ventre et essayait de la dévorer de l'intérieur. Il était formel : non, ça n'était pas un mauvais présage concernant son union mais bien la preuve qu'une attaque magique était à l'œuvre contre elle.
Pour protéger Theti et l'enfant à venir, Pharaon et la Grande Épouse Royale consentirent à les cacher, elle et Papyrus. La première stratégie de prétendre à des vacances, ou à une lune de miel, dans un palais de province secondaire, était devenue impossible à maintenir : ça les aurait laissés toujours trop en vue. Ne voulant plus leur laisser le moindre risque s'ils pouvaient l'éviter, les parents acceptèrent de chercher autre solution plus radicale : les faire disparaître aux yeux du monde. Theti n'appréciait guère l'idée de s'enfuir devant ses propres sujets récalcitrants ni Papyrus celle de reculer devant l'adversité, mais ils reconnurent que leur priorité était ailleurs.
On laissa donc le bruit courir que la princesse était souffrante. Ainsi, ses adversaires pourraient croire avoir réussi et peut-être, relâcher leurs efforts. Elle avait besoin de se reposer à la campagne et préférait rester au calme dans son palais. Elle et son conjoint n'accepteraient alors plus d'invitations, à part celles de ses propres parents.
Mais derrière cette excuse facile, Theti Cheri et Papyrus quittèrent même discrètement leur palais pour gagner incognito une demeure plus modeste dans une petite bourgade où personne ne devrait les reconnaître. Pour moins attirer l'attention, ils modifièrent sensiblement leur apparence.
Ils renoncèrent aux diadèmes royaux, à l'uraeus. En tant que jeunes nobles, outre les fameuses ceintures magiques désormais dissimulées, ils portaient des robes de belle facture et quelques bijoux, mais rien de trop voyant. Leur nouvelle demeure, de même, était de taille relativement modeste mais décorée avec goût. Mieux valait éviter pour des jeunes mariés espérant se fonder dans le paysage d'être trop tape-à-l'œil…
Papyrus poursuivit ses cours auprès d'un scribe local. Theti, sous le nouveau surnom bien mérité de Nefer, se lia d'amitié avec des dames locales, plus ou moins fortunées, et se fit témoin de la vie réelle de ses sujets. Tenir sa maison, aidée d'une seule servante, se révéla un apprentissage bien différent de la direction d'un palais bruissant de monde. Mais chaque chose en son temps.
Papyrus connaissait déjà la vie des gens simples et apprit maintenant celle des couches plus aisées. Toute expérience ainsi faite pourrait les aider tous les deux à diriger le royaume, plus tard.
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Et leur vie prit un nouveau cours tranquille. Dans un palais de province ou une maison bien à eux, après tout, tant qu'ils étaient ensemble et au calme, ça faisait relativement peu de différence et ils étaient heureux ! Le seul changement notable, c'était ces ceintures qui tintaient et cliquetaient, particulièrement quand ils s'unissaient. Theti devait porter la sienne sous ses robes ; Papyrus râlait chaque fois qu'il se prenait les mains dans la sienne en renouant son pagne.
Quand ils reposaient nus côte à côté avant ou après l'amour ou juste pour un moment de calme et tendresse, Papyrus trouvait que la ceinture de Theti soulignait magnifiquement ses courbes délicates. Le rituel auquel ils s'étaient prêtés n'avait rien changé à leurs ardeurs. Pour le moment en tout cas. Au contraire, Theti montrait un regain d'enthousiasme pour leurs jeux.
Il fallut une paire de semaines pour que l'humeur de Papyrus commence à se modifier. Une digestion capricieuse, sans aller jusqu'à lui gâcher la vie, lui gâtait l'esprit. Les jeux amoureux l'amusaient moins. Ils duraient plus qu'il ne voudrait : sans que Theti s'en plaigne, lui les trouvait moins plaisants. Il en avait moins facilement envie. Quoiqu'il servit toujours Theti de son mieux quand elle demandait à ce qu'il l'honore, lui se satisfaisait plus difficilement.
Le ventre de Theti gardait sa courbe discrète, égal à lui-même. Il arborait un petit renflement élégant, une promesse de vie, et pas grand' chose de plus.
Papyrus, en revanche, s'empâtait, s'alourdissait. Les commères racontaient que la vie mariée lui profitait un peu trop bien, qu'il sympathisait aussi un peu trop avec l'état de sa jeune épouse. Les maris qui grossissent plus vite que leurs femmes étaient un sujet de moquerie facile, mais personne n'allait soupçonner ce qui se cachait réellement là-dessous.
Et c'était normal pour un notable établi que de prendre des rondeurs, signe corporel de son opulence, mais ça devrait plutôt arriver à des messieurs d'âge plus avancé, ou qui avaient toujours vécu dans la richesse, en position de pouvoir. En tant que Prince consort, Papyrus se trouvait tout à coup très haut dans la société, oui, mais dans son cœur, il restait toujours un simple fellah, et aux yeux de sa Princesse, il était toujours son ami cher et simple… si on lui avait demandé son avis, il n'aurait pas pris tant de poids avant d'avoir atteint au moins le double de son âge actuel. Et d'ailleurs, personne dans cette petite bourgade ne devait savoir quelle étaient leurs positions réelles à la cour qu'ils fuyaient. En tout cas, malgré son mariage et son nouveau statut, il se sentait encore trop jeune et trop frais pour finir comme ça !
Mais il n'avait pas le choix. Plus le choix. Il avait accepté ce marché, il en portait les conséquences.
Il n'était plus le leste garde du corps de la Princesse, il était devenu son balourd de mari. Il n'occupait plus qu'une position décorative.
Et il se sentait obligé de se décorer. La ceinture magique passait pour un luxe ostentatoire et il préférait la cacher, tant pour la protéger du moindre accrochage que des regards qui en jaugeaient le prix et la nécessité de l'exhiber. Et puis il se sentait trop lourd, il se voyait déformé, et engoncé contre son gré dans un rôle qui n'était pas le sien : le costume assorti suivit.
Papyrus renonça donc à nouer ses pagnes simples sur ce ventre rebondi qui en dépassait d'une façon qu'il trouvait obscène. Il se mit à la cacher sous de chemises, des robes de seigneur.
Alors que Theti pouvait continuer à se permettre quasiment tout ce qu'elle voulait ; elle, avait toujours la fraîcheur de la jeunesse et du début encore de son état intéressant pour s'habiller légèrement. En tant que jeune épouse, et princesse à même de dicter les modes si tel était son bon plaisir… si elle était une dame plus respectable et plus soumise aux lois, une femme mariée plus âgée, une mère visiblement plus avancée dans son attente, elle se ferait plus discrète.
Elle commençait tout juste à penser que ça viendrait au fil des mois mais pas tout de suite, quand la Déesse aux Cheveux Resplendissants vint leur suggérer d'infléchir le cours des choses. Et maintenant, est-ce que ça finirait réellement par arriver ?
Le ventre de Theti continua à s'arrondir, mais toujours très légèrement, beaucoup moins qu'il n'aurait dû si les choses suivaient leur cours normal.
Papyrus prit tout le poids qui étaitt épargné à Theti, et plus encore. Et contrairement à elle, son ventre n'était pas seul à enfler. Le secret était bien caché sous un épaississement de tout son corps. Même ses membres et son visage y prirent leur part.
Les leçons du scribe se firent alors pénibles. Son dos se fatiguait vite et le faisait souffrir, son ventre exigeait des pauses fréquentes.
C'est infernal, se plaignait-il quand il se retrouvait seul, mais jamais devant Thei.
Il refusait de laisser trop paraître son inconfort ou de laisser penser à Theti qu'il regrettait sa situation, mais il n'empêchait qu'elle n'était pas des plus agréables. Sans la menace de la magie noire et l'offre de magie divine pour inverser les choses, Theti Cheri aurait-elle subi ce qu'il vivait là ? Papyrus ne le lui souhaitait pas. Il espérait que c'était plus dur pour lui parce que son corps devait faire avec quelque chose qui n'était pas prévu par la nature, que pour une femme ça se passerait plus naturellement.
Les commères qui venaient parfois abreuver Theti tant de leurs conseils que de leurs questions semblaient penser le contraire. Elles trouvaient que la petite princesse avait bien de la chance que ça se passe si facilement, comme quoi ça arrivait, mais que souvent, ça n'allait pas si bien, et allez donc qu'elles énuméraient une liste terrifiante de symptômes désagréables pouvant les affliger. Elles les entrecoupaient de conseils sur comment lutter contre certains, puis repartaient de plus belle sur lesquels il faudrait simplement se résigner à subir sans pouvoir rien y faire.
"Mon pauvre Papyrus…" compatit Theti après leurs départ.
Lui-même qui n'était plus très loin de s'apitoyer sur son sort, refusa pourtant de s'y laisser aller. Les commères en avaient trop fait : il lui semblait impossible que ça puisse être si pénible ! Tout ça ne pourrait pas arriver. Il refusait d'y croire. Il en subissait déjà bien assez pour accepter d'en rajouter encore. Et si ça arrivait vraiment, enfin, comment les femmes arriveraient-elles toujours à faire autant d'enfants ? Non, non, il faudrait bien que la suite leur soit épargnée !
"Allons, ça n'est pas si terrible," affirma-t-il bravement, tant pour rassurer Theti que pour s'en convaincre lui-même.
Papyrus devait quand même reconnaître, à son grand regret, que la baisse de ses ardeurs le chagrinait.
