Titre : La fille du Nil, chapitre 7
Base : Papyrus
Personnages/Couple : Theti Cheri/Papyrus
Genre : domestique/un peu de drama amoureux
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de De Gieter, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Nombre de mots : +2000/18 800
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Les mois s'ajoutaient aux semaines, en toute tranquillité. Papyrus traînait son corps, s'escrimait sur les hiéroglyphes, les chiffres, les noms. Theti apprenait à tisser, à superviser une cuisine où s'affairent quelques servantes, à cuisiner elle-même un peu. Son petit ventre rond provoquait l'admiration et les attentions des autres femmes, et ne la gênait en rien.
Papyrus en revanche se prenait souvent à soupirer. Tenir sa posture de scribe la moitié de la journée se révélait bien plus difficile que prévu. À se demander comment faisaient ses professeurs âgés et bedonnants. Sans doute que leur embonpoint était venu bien plus lentement au fil de longues années, leur laissant plus de temps pour s'y adapter ? Ça n'était pas comme si le travail qu'on exigeait de lui était si fatigant en soi : il restait assis presque toute la journée, après tout. Il était le premier à refuser de croire à quel point sa situation l'épuisait, combien son dos et ses jambes se faisaient douloureux au fil des heures, comment en fin de journée il ne se sentait plus bon à rien et n'aspirait qu'à une seule chose : s'étendre et dormir. S'il avait entendu quelqu'un d'autre, qui que ce soit, s'en plaindre, jamais il n'y aurait accordé foi, et donc continuait à se taire, maudissant son propre manque de résistance.
Surtout qu'à côté de ça, il voyait chaque jour Theti s'activer, avec entrain, avec le sourire, sans paraître souffrir le moins du monde de son propre état – au contraire même. Il y avait quelque chose d'injuste à leur situation : aux yeux du monde, lui tenait la place facile d'un mari qui profitait de journées tranquilles, à ne pas faire grand' chose d'autre que lire et se reposer, alors que sa femme enceinte remplissait les doubles offices de tenir la maison et porter la vie. Et il ne s'en serait jamais rendu compte s'ils n'avaient pas secrètement échangé leurs rôles et enduré la moitié de la peine à sa place !
« On devrait faire l'inverse, suggéra-t-il un jour. Les mères en devenir devraient avoir droit à tout le repos dont elles ont besoin pendant que leurs maris feraient tout le travail de tenir la maison. Jusqu'à la naissance au moins. »
Theti, ne trouvant pourtant pas grand' chose à redire à sa situation, s'en étonna.
« Peut-être. Mais après la naissance, alors ? Il faut bien que quelqu'un élève les enfants et seules les mères peuvent les allaiter. Même si le mari acceptait de s'occuper des nouveaux-nés, comment les nourriraient-ils ?
- Ohla. Je n'avais pas pensé à ça. Je ne me sens pas de m'occuper d'un très petit enfant, avoua Papyrus. Il y a longtemps que j'ai appris comment mes parents ont fait avec moi et personne d'autre ne m'a jamais appris comment faire depuis ! »
Le porter, il avait accepté sans vraiment penser aux conséquences. Mais ensuite ?
« Il faudra une nourrice pour les premiers temps, » avança Theti.
Aucune ne vaudrait la brave Choubra, bien sûr, mais c'était ce qui se faisait. Elle non plus n'avait pour l'instant aucune idée réelle de comment faire, même si ses nouvelles amies abondaient de conseils, souvent contradictoires : ça restait abstrait. Le faire elle-même ? Ça ne s'était jamais vu à la cour !
« Les femmes plus simples le font bien.
- Parce qu'elles n'ont pas le choix.
- Et nous, l'aurons-nous ? Nous n'avons jamais pris le temps de demander à Raouser combien de temps il faudrait se cacher, après tout.
- Mais nous n'en sommes pas encore là. Nous avons le temps.
- Mais ça viendra… »
L'idée faisait son chemin, petit à petit, que l'enfant à venir n'apportait pas juste un changement d'apparence et un poids inerte à l'intérieur du corps de Papyrus, mais qu'il devenait quelque chose de vivant, et qui s'en détacherait un jour, pour former, en attendant d'être vraiment une nouvelle personne, d'abord une charge réelle et fragile et délicate dont s'occuper.
Leur vie de couple passionnée et sans souci fit place à une vie de famille plus raisonnée. La lune de miel où ils ne fiernt que s'aimer en laissant aux serviteurs tout soin du palais et d'eux mêmes était finie. Ils prenaient désormais eux-mêmes soin de la maisonnée et affinaient leurs projets d'avenir pour le jour où ils ne seraient plus deux mais trois.
Et leurs ébats se faisaient moins fréquents, moins passionnés, au grand regret de Theti Cheri dont les ardeurs n'avaient pas changé – Papyrus en revanche y avait moins de goût, y mettait moins d'entrain.
Les deux mains sur le ventre de son époux, Theti faisait de son mieux pour l'encourager.
« Tu restes l'homme dont je suis tombée éperdument amoureuse, l'assura-t-elle quand elle le sentit faiblir. Ton courage et ta grandeur d'âme n'ont pas d'égal. Et que m'importe si ton apparence se modifie… la mienne aussi. Et je sais si bien pourquoi. Ce que tu fais pour moi, pour nous, est magnifique.
- N'aurais-tu pas préféré être à ma place ? Celle qui était la tienne ?
- C'est aussi beau vu d'ici. »
Theti déplaça ses mains et les appuya un peu plus avant de les arrêter avec un sursaut de surprise.
Mais oui. C'est bien ça. Je le sens qui bouge. Là.
« C'est incroyable, s'extasia-t-elle en se mettant à rire de plaisir.
» Tu ne sens pas ? » s'étonna-t-elle tout à coup devant l'air interdit de Papyrus.
Maintenant que Theti appuyait dessus, il devait bien reconnaître qu'il sentait bien des ébauches de mouvement à l'intérieur depuis plusieurs jours, mais installés de façon progressive, et il n'y avait pas prêté attention. Il les avait mis sur le compte des désagréments collatéraux. Il ne s'était pas rendu compte de leur cause réelle, de leur cause directe.
« C'est vraiment ça ?
- Je t'assure. Ici, » pointa-t-elle.
Sous ses mains, une sensation qu'il croyait familière prenait tout à coup une dimension nouvelle et étrangère. Deux petits pieds qui tapaient doucement…
Theti s'émerveillait. Papyrus malgré lui laissa une angoisse sourdre. C'était à la fois un élan de vie et d'amour, et une source de crainte. L'enfant était vraiment là, dans son corps, sous sa responsabilité, et il ne pouvait plus ne pas le sentir. Jour et nuit, pendant encore plusieurs lunes, sans aucun répit, il allait le sentir croître et bouger et peser sur son corps et sur son cœur.
Theti passa les premiers temps après cette découverte à s'extasier, à le caresser dès qu'elle en trouvait l'occasion. Et puis elle finit par développer juste une pointe de dépit et de jalousie.
Les commères, elles, murmuraient dans son dos que vraiment, son ventre ne s'arrondissait pas beaucoup et peut-être, il y avait erreur… ou drame. On se rendait compte que son enfant ne grandissait pas assez vite pour être normal. Qu'il ne naîtrait peut-être pas vivant.
Alors qu'à côté, dans le ventre de Papyrus, bien caché par la magie et la chair, il se développait, lourd et fort et vigoureux et elle ne pouvait s'en vanter d'aucune façon.
L'enfant n'était plus en elle. Elle en portait le Kâ, pensait-elle, mais ne ressentait rien. Ni lourdeur ni chaleur ni mouvement. À Papyrus seul le privilège de le savoir et le sentir grandir, jour après jour, en lui.
En public, elle ne pouvait évidemment pas le toucher comme elle l'aurait souhaité. Et les regards des autres la blessaient. Les blessaient tous les deux. Les idées erronées crues par le monde leur pesaient. Theti manifesta moins d'enthousiasme aux visites des unes et des autres et les laissa s'espacer, relâchant les liens d'amitié qu'elle avait commencé à tisser avec ses voisines.
En privé en revanche, elle ne se lassait pas de le caresser, de le bercer, alors que Papyrus s'en fatiguer.
Si l'échange n'avait pas eu lieu, se demandait-il Papyrus, s'émerveillerait-il autant, serait-il aussi fasciné par sa belle épouse, ou se tiendrait-il à distance plus respectueuse ? Ils ne le sauraient jamais. Mais que l'attente se faisait pesante désormais…
D'autant que depuis qu'il s'empâtait Papyrus se trouvait laid et gourd. Theti avait beau l'assurer qu'il restait toujours l'homme qu'elle aimait, qu'elle savait pourquoi il était devenu ainsi, elle en revenait toujours au fait que rien ne l'empêcherait, dans quelques lunes, de reprendre son apparence initiale.
Elle le caressait toujours avec tendresse, cherchant sous les rondeurs qui l'alourdissaient l'enfant caché. Elle tentait de nouvelles façons de réveiller ses ardeurs, ses envies, son courage. Le ventre de Papyrus, à force de se développer, surpassait en masse celui de Theti, rendant les choses doublement malaisées, leurs rencontres presque impossibles. Theti voulut prendre l'habitude le chevaucher Papyrus pour circonvenir le problème, mais cette solution ne dura qu'un temps.
Quand les échanges directs se firent impossibles, elle développa de nouveaux jeux. Elle prit les choses en main et montra à Papyrus comment lui rendre la pareille. Il était toujours prêt à la caresser, à adorer ses lignes restées plus sveltes, sa peau lisse, à l'embrasser partout, où elle le lui demanderait, où elle le laisserait tenter.
Parfois, elle tenait encore de le chevaucher, même si ça ne devait plus avoir de grand succès. D'autres, elle prenait possession de son visage, de sa bouche. Et qu'importait si ça ne leur semblait pas très orthodoxe, tant que ça leur convenait à tous deux ?
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Vint pourtant un soir où Papyrus n'arriva plus du tout à rassembler la volonté de se prêter au jeu.
Quand Theti plaqua les mains sur son ventre, y cherchant et surtout y trouvant la vie qui croissait dessous, l'union de leur deux êtres, la cause magnifique de cette transformation, la preuve d'amour immense qu'il lui offrait, c'était facile pour elle d'aimer cet étrange état. Alors que lui semblait le subir plus qu'en profiter… Il avait suivi sa propre transformation jour après jour avec une crainte attentive, alors que Theti l'avait laissée s'installer progressivement et elle ne l'avait pas vue venir tout de suite. Ce ne fut que quand elle prit suffisamment de place pour non seulement gêner mais finalement empêcher leurs jeux qu'elle réalisé combien elle était bien installée.
C'était tout de même vrai que Papyrus ne se ressemblait plus et Theti prit alors pitié de lui. Il était un peu plus jeune qu'elle, elle l'avait connu alors qu'elle était toute jeune fille et lui encore petit garçon, elle l'avait vu grandir rapidement et devenir un beau jeune homme alors qu'elle devenait elle-même plus femme. Ils étaient jeunes et avaient la vie devant eux. Et là, avant l'âge, presque du jour au lendemain, Papyrus était devenu malgré lui un dignitaire imposant, gros et gras, lourd d'une importance empruntée et mal à l'aise dans son corps.
Dessous, il était toujours Papyrus, mais dehors, on aurait dit un courtisan de Pharaon, un de ces nobles trop vieux et trop imbus d'eux mêmes qu'on dépêchait autrefois auprès d'elle en espérant qu'elle en choisisse un, dont l'idée de faire sa vie avec la répugnait… voilà pourquoi elle avait choisi Papyrus qui ne leur ressemblait en rien. Mais maintenant…
Pauvre Papyrus, regrettait Theti ; comment avait-elle pu le laisser devenir quelque chose qui la dégoûtait chez d'autres que lui ?
Transformé autrefois en bête sauvage par un dieu jaloux d'un élan de générosité, Theti était capable de voir au delà des poils, des griffes, des crocs et de retrouver son Papyrus. Sachant pertinemment qu'elle était à l'origine de cette transformation-là, elle aurait dû encore plus être capable de passer outre !
Mais la transformation d'autrefois c'était avant qu'elle ne partage sa couche, et celle d'aujourd'hui venait après leur mariage.
Theti se prit à frissonner à l'idée que, si les choses avaient suivi leur cours normal, c'est elle qui serait si lourde, si encombrée de son propre corps, et alors qu'en penserait Papyrus ?
…Papyrus la trouverait toujours splendide et l'aimerait toujours chaque jour un peu plus, bien sûr. Honteuse d'elle-même, Theti se promit de faire taire ces mauvaises pensées. Elle aimait toujours Papyrus, fort, très fort, et le dépit qu'elle pouvait éprouver en réponse au tarissement de leur passion charnelle ne devait pas entamer l'amour plus profond et plus calme que lui portait son cœur. Et elle ne trouvait toujours en lui rien de comparable au courtisan qu'il n'avait souhaité être ! Elle ne mentait pas quand elle l'assurait de son amour éternel et de son admiration pour sa propre patience dont elle-même craignait de manquer.
Cependant, elle commença à compter les lunes, les jours qui les séparaient du temps de la naissance qui lui rendrait son corps d'autrefois, et, l'espérait-elle, renouvellerait ses ardeurs. Et leur donnerait bien sûr leur enfant…
