Il entendait tout, mais il ne pouvait bouger. Il était passager de son propre corps. Il avait entendu l'hélicoptère, puis reconnu les bruits courants d'un hôpital, puis de nouveau un hélicoptère, puis de nouveau un hôpital. Cette fois il entendait le bruit familier d'un aéroport, lui qui passait le plus clair de son temps à passer d'un pays à un autre, il aurait reconnu le bruit d'un avion à des kilomètres. Peut être étaient-ils sur le chemin du retour. Il avait cru comprendre qu'ils n'étaient plus prisonniers, qu'on était venu les chercher. Il n'avait pas entendu la voix de Clément depuis un moment et se demanda si son ami allait bien. Sûrement que oui. On lui parlait en français, puis en anglais. Il avait été opéré, il sentait les fils tirer sur son torse et son épaule, mais la douleur était lointaine, comme épongée par l'épaisse couche de drogues qui coulait dans son corps. Il sentait une pression constante sur sa tête, il n'avait pas mal, mais avait l'impression qu'on avait placé sa tête dans un étau qu'on resserrait doucement. Il se sentit soulevé, puis entendit le bruit familier d'un avion qui décolle. Il rentrait chez lui, il en était quasiment sûr, sinon où pouvait ils l'emmener. Il sentit une main s'enrouler autour de son poignet, et la voix de Clément revint le rassurer, et lui confirmer qu'il serait bien auprès des siens dans quelques heures. Il sentit une brûlure dans le creux de son bras, et tout les sens qui lui restait furent encore plus atténués, et bientôt il n'entendit plus rien et tomba dans de profondes ténèbres.
Clément avait pu récupérer ses papiers ainsi que ceux de Martin, leurs agresseurs n'avaient pas pris le temps de détruire leur matériel de tournage donc il pu également récupérer sa caméra et ses rushes qui avaient été retrouvés dans leur véhicule. IL s'apprêtait à embarquer dans l'avion qui le ramènerait chez lui quand une hôtesse vint le chercher.
« Sir ? Would you like to spend the flight with your friend ? There's enough space for the both of you in the medical area, elle avait posé sa main sur son épaule et le regardait d'un air empathique.
-Yes please, I would sure like that. »
Il la suivit donc derrière les portes derrière lesquels Martin avait disparu quelques minutes plus tôt, ils montèrent à l'arrière de l'avion cargo, elle lui fit signe de s'avancer jusqu'au fond de l'appareil et descendit de celui-ci en agitant sa main en guise d'au revoir. Il suivit donc ses instructions et se retrouva donc dans la zone « infirmerie » de l'avion, il poussa un rideau et retrouva son ami, celui-ci était sanglé à son brancard, un masque à oxygène recouvrait une partie de son visage et ses paupières étaient closes mais ses yeux eux s'agitaient, comme à la recherche de quelque chose ou de quelqu'un. Ou peut être était il en train de rêver, et alors Clément espéra que c'était bien un rêve et non un cauchemar. Parce que lui en faisait encore des cauchemars et il en fera sûrement encore longtemps. Clément s'assit près de son ami et attacha sa ceinture. Il sera sa main autour du poignet de Martin, il bascula la tête contre le mur derrière lui en ferma les yeux. C'était fini, enfin, ils rentraient chez eux, l'état de Martin s'était légèrement amélioré ces dernières heures. Bientôt son ami serait guérit et ils pourraient reprendre ensemble leur vagabondage aux quatre coins du monde. L'avion décolla, quelqu'un vint administrer un sédatif à Martin, pour s'assurer d'un vol sans stress pour son ami qui, il en était sûr, pouvait entendre ce qu'il se passait autour de lui. Leur long vol retour se passait sans encombre et Clément se permit de s'assoupir, le cœur un peu plus léger. Il avait pu avoir Théo avant de partir, pour les rassurer, il s'attendait donc à un comité d'accueil à leur arrivée. Il sourit dans son sommeil semi-profond à l'idée de retrouver ses collègues.
Ils seraient là cette nuit. Leur arrivée était annoncée pour 1 heure du matin, toute la rédaction se hâtait à la préparation de l'émission du jour mais il régnait une atmosphère particulière. Comme un soulagement collectif, qui vous prend au tripes et fait gonfler votre cœur. Yann était sûr que le sien de cœur allait explosé. Sous la pression de l'excitation, de l'inquiétude, mais aussi de l'amour. La personne qu'il aimait serait enfin à ses côtés ce soir, et son cœur battait la chamade, ses tempes résonnait à chaque fois qu'une image de son amant lui passait par la tête. On parle de papillons dans le ventre, pour lui s'était plutôt un nid d'abeille. Des abeilles bruyantes qui étouffaient les bruits extérieurs à chaque fois qu'il pensait à Martin. Si bien qu'il était dans sa bulle une bonne partie de la journée. Il rédigeait ses relances seul dans son bureau, ses collègues faisaient des aller retour dans celui-ci, demandant des idées, des permissions, des nouvelles de Martin ( au cas où ), il répondait avec courtoisie mais aurait préféré rester seul. S'il s'était écouté il aurait camper toute la journée et une partie de la nuit à l'aéroport, peut être pensait il quand étant là bas il serait plus près de Martin. Il était maintenant 17 heure et il devait aller répéter sur le plateau, il partit alors en compagnie de tout l'équipe. Sur le chemin, l'ambiance était redevenue bon enfant, ça rigolait et ça se poussait. Tout comme avant, et bientôt, il l'espère, tout sera vraiment comme avant.
Ils arrivèrent aux studios une dizaine de minutes plus tard, Yann s'installa comme à son habitude depuis 10 ans. Entre le PJ et Quotidien il avait peu changé ses habitudes. La répétition se déroula comme d'habitude, ses reporters passaient chacun leur tour présenter leur sujet, Yann testait ses relances et gribouillait sur ses fiches. Il s'efforçait de se concentrer, il voulait que l'émission se passe bien, pour s'éviter des préoccupations supplémentaires.
La routine prit le dessus et la soirée se déroula comme sur des roulettes, il lisait machinalement son prompteur, tout était réglé à la virgule près. Laurent et Théo lui parlaient calmement dans l'oreillette, la tension qui s'était installé depuis quelques jours au bureau s'emblait disparaître, tout le monde sentait le dénouement arriver. L'émission prit fin et tout le monde se hâta de se changer, de sortir du studio pour retourner aux bureaux.
Tout ceux qui souhaitaient rester pour attendre le retour de Martin s'installèrent, certains commencèrent à s'avancer pour l'émission de demain, d'autres s'assirent en grande assemblée sur une table et discutaient de tout et de rien. Yann, lui, partit s'isoler dans son bureau. Les heures passèrent, il était maintenant 23 heures, Yann s'était occupé en regardant d'anciens reportages et duplex de Martin. Il remarqua les regards qu'il lançait à Martin lors des duplex, les sourires béta et les étoiles dans les yeux. Il se mit à penser que leur relation ne devait pas être si secrète que ça et que des gens devaient s'en douter, en effet l'affection et la tendresse qu'ils partageaient crevait l'écran. Il sourit, jamais il ne s'était dit qu'il aimerai quelqu'un si profondément et tendrement que l'amour qu'il éprouvait finirai par rayonner autour de lui dès qu'il posait le regard sur son reporter, et c'était pire quand ce dernier était en plateau, Yann le regardait comme s'il était un petit chaton qui apprend à marcher. Le reportage de Martin au Japon se termina, celui-ci était déguisé en vagin géant, Yann fut prit d'un fou rire en repensant à la première fois qu'il avait vu ce reportage. Martin lui avait présenter son sujet et s'était mis à balbutier et à rougir quand Yann l'avait charrié sur la fin de son reportage. Il se souvint que Martin avait bouder pendant quelques jours suite aux remarques de son patron, mais il se souvint aussi et surtout de la nuit tendre et torride qu'il avait passé avec Martin pour se faire pardonner.
Yann fut envahit par une vague de nostalgie, comme il aimerait pouvoir revenir en arrière et vivre dans une boucle de temps éternelle qui serait cette nuit là. Lui, son Martin, ensemble, vivants et sains. Son regard se posa sur l'horloge de son bureau, Martin et Clément arrivaient dans une heure et demi à présent. Martin serait de retour, mais dans quel état. S'il se réjouissait d'avoir Martin près de lui il savait aussi que celui-ci n'était toujours pas tiré d'affaire, il devait encore sortir de son coma, et se rétablir. Cela prendrait du temps, et l'apaisement et l'équilibre qu'ils avaient trouvé dans leur couple mettrait du temps à se réinstaller. Il commençât à ranger ses affaires et à se préparer pour aller à l'aéroport, Théo rentra dans son bureau pour lui demander s'il était prêt, il acquiesça
Il commençait à angoisser, jamais il n'avait eu à faire à Martin blessé ou même malade, à part quelques rhumes, Martin était solide comme un roc et jamais il n'était tombé malade malgré tout ces voyages. Il ne savait pas à quoi s'attendre et essaya de se préparer au pire. Une partie de l'équipe avait décider de rentrer chez eux, ils iraient voir Martin le lendemain. Seul était rester Théo, Laurent, Guillaume et Hugo. Martha estimait que Martin n'avait pas besoin d'un comité d'accueil trop chargé, et était rentré chez elle aussi. Le petit groupe prit alors la route de l'aéroport.
Sur le chemin tout le monde était silencieux, personne n'osait dire quelque chose de déplacé ou dire quelque chose qui alourdirait encore l'ambiance. La famille de Martin était déjà à l'aéroport et celle de Clément n'avait pas pu faire le déplacement. Tous étaient montés dans le SUV de Laurent, Yann regardait défiler le paysage parisien à sa fenêtre. Martin devrait atterrir dans une heure, ils seraient en avance mais ils devaient s'entretenir avec la police à l'aéroport. L'équipe qui avait secouru Martin et Clément avait trouvé des indices d'un coup monté. Leur équipe n'avait pas été au mauvais endroit au mauvais moment, tout cela avait apparemment prévu, planifié. Quelqu'un dans le monde avait monter un plan pour éliminer son équipe. Yann se sentait à la fois coupable de leur avoir fait courir ce risque et effrayé que cela puisse se reproduire. Les voyages c'était la drogue de Martin, aussitôt qu'il sera rétabli il voudra repartir. Et risquer sa vie, encore. Yann chassa ses pensées de son esprit, ce n'était pas sa préoccupation principale en ce moment, tout ce qu'il voulait c'était Martin, Laurent s'occupera de la police. Laurent s'occupe des choses difficiles, surtout quand il s'agit de Martin. Parce que Yann est souvent incapable de raisonné et de mettre ses sentiments de côté. Ils arrivèrent enfin à l'aéroport, Laurent déposa le petit groupe au dépose minute et alla se garer dans le petit parking de l'aéroport du Bourget.
Ils entrèrent dans l'aéroport, Guillaume alla se renseigner auprès d'un agent de sécurité qui appela un employé de l'aéroport qui les conduisit dans une petite salle près du hall des arrivées. Ils y retrouvèrent la famille de Martin et une équipe médicale. Yann s'assit dans une chaise près d'Hugo qui avait le visage enfouit dans ses mains, lui aussi vivait très mal la situation, Martin était son meilleur ami, et eux non plus ne s'était pas vu depuis des mois. Yann tapota amicalement l'épaule du journaliste, qui lassa échapper un sanglot la famille de Martin avait les yeux rougis, sa sœur sanglotait doucement mais ses yeux restaient secs, sûrement fatigués de pleurer. Yann lui ne pleurait pas, il ne pleurait plus. Il n'osait pas regarder les parents de son amant dans les yeux, ils étaient au courant de leur relation mais Yann n'assumait pas d'être celui qui avait dit oui pour envoyer leur fils dans une zone aussi dangereuse, il comprendrait s'ils le détestaient. Il se leva finalement et s'adossa au bord de la porte, il scruta le hall des arrivées vide, et la porte au loin qui s'ouvrirait dans quelques dizaine de minutes, et rien ne serait plus jamais comme avant.
Ce n'est pas la première fois que Yann vient chercher Martin à l'aéroport, il venait le chercher quand celui-ci rentrait le week-end et ils avaient pour coutume d'aller manger dans un resto japonais chic du 16ème, puis ils passaient l'après midi ensemble, à se raconter ce qu'il s'était passé pendant leur brève séparation. Yann adorait ces moments là. Il regarda l'heure et le tableau des arrivés. Martin était dans un vol militaire puisque seul ces avions avaient des infirmeries. Leur arrivée était annoncée pour 1h10, soit dans une demi heure. Yann commençât alors à faire les cents pas, impatient, inquiet.
Cela faisait quelques minutes que Clément était réveillé, il observait son collègue qui lui était toujours sous sédatifs, leur vol était presque terminé, on lui annonçât qu'ils volaient en territoire français à présent. Bientôt ils seraient chez eux avec leur famille et leurs proches. Clément commençât à préparer leur arrivée, il sortit son passeport, celui de Martin, et rangea son ordinateur dans son sac. Il se leva et se dirigea vers les toilettes. Une fois arrivé dans celle-ci il prit le temps de regarder son reflet dans le miroir. Il avait des bleus sur le visage issus de l'accident, des cernes s'étaient profondément creusées sous ses yeux. Ses yeux étaient rougis, entre manque de sommeil et larmes. Il s'appuya sur le minuscule lavabo et essaya de se remémorer les évènements des deux derniers jours. Il s'était passé tant de choses qu'il avait du mal à tout remettre en ordre. Il y a deux jours, il était en train de dormir dans sa tante en zone sécurisée, aujourd'hui il est à bord d'un avion militaire avec son meilleur ami entre la vie et la mort. Les larmes étaient de retour et Clément s'assit sur le bord du lavabo, secoué de sanglots. Il donnerait tout pour revenir en arrière et prendre la balle à la place de Martin. Il ne pourrait jamais repartir en reportage et faire comme si rien ne s'était passé. Maintenant il ne pouvait qu'espérer que son ami s'en sorte. Il essuya ses larmes et ressorti des toilettes à l'annonce du pilote de l'entame de la descente vers Paris.
Quand il arriva devant la zone médicale de l'avion il eût l'impression que toute l'air avait quitter l'avion. Une équipe médicale s'affairait autour de son collègue, les alarmes des machines hurlaient autour de lui. La ligne qui indiquait ses battements de cœur était désespérément plate. Son ami était en train de mourir devant lui. Clément s'effondra dans le premier siège à proximité, toujours incapable de prendre sa respiration, et observa les médecins s'acharné pour sauver la vie de son partenaire. La panique lui faisait monter le sang au cerveau et il pouvait entendre et sentir son cœur battre contre ses tempes. Martin ne pouvait pas mourir, pas maintenant, pas comme ça. Pas quand ils étaient si près d'être enfin à la maison … L'avion continua sa descente vers Paris, et les médecins continuait d'essayer de ramener Martin.
Pas de panique je ne vous laisse pas comme ça ! Un épilogue arrive bientôt ! Des bisous, et merci beaucoup de me lire, et de me laisser vos commentaires et vos impressions. Vous pouvez être méchants, je suis solide émotionnellement. A toute les chatons… Avec de l'amour 3
