Titre : La fille du Nil, chapitre 8
Base : Papyrus
Personnages/Couple : Theti Cheri/Papyrus
Genre : lime
Gradation : R / M
Légalité : propriété de De Gieter, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Nombre de mots : +1500/18 800
oOo
Une missive de la Reine arriva un matin, exigeant leur retour rapide à la capitale. Le terme approchait ; malgré les menaces passées, qui d'ailleurs ne semblaient s'être concrétisées – la Grande Épouse Royale louait pour cela les protections magiques de Raouser, Theti et Papyrus s'en remettaient à la Déesse aux cheveux resplendissants, qu'il ne se soit pas prêté à cet échange hautement inconfortable pour rien – il était préférable que Theti ait son enfant à la cour. Elle y serait assistée des meilleures sages-femmes et pour la légitimité de l'enfant, mieux valait qu'il naisse là où tout le monde pourrait le reconnaître immédiatement, et pas le ramener de nulle part sans témoin.
De plus, l'inondation reviendrait bientôt et la présence de la Princesse Royale était requise pour les fêtes de l'Opet.
Les arguments religieux et politiques étaient indiscutables, mais celui de la magie soulevait une inquiétude. Et l'idée de la naissance en soi, une vague de panique. Il fallait bien que cet état se termine un jour, de plus en plus proche et que l'enfant vienne au monde, pourtant pour Papyrus comme pour Theti Cheri, c'était toujours « plus tard ». Et surtout, sans arriver à envisager
comment donc exactement ?
Les sages-femmes du palais passaient peut-être parmi les plus expérimentées du pays, mais sans doute jamais n'avaient-elle délivré d'enfant d'un homme...
Au milieu de leurs préparatifs de départ en demi-teinte, la Déesse aux cheveux resplendissants apparut pour les rassurer. D'abord sur leur sécurité à tous les trois :
« Oui, la protection de Raouser sera efficace. Fidèlement, sans jamais douter malgré l'impression de la tisser dans le vide, il n'a cessé de la renforcer. Vous ne craindrez plus rien. Ne pouvant aboutir, la malédiction a fini par se retourner contre ceux qui l'ont lancée. »
Ils pouvaient donc voyager et approcher leur dernière épreuve l'esprit en paix.
« Quant à la naissance, ça sera évidemment Theti Cheri qui devra l'accomplir. »
Une fois au palais, expliqua-t-elle, mais pas avant d'être en sécurité au sein de ses murs et auprès de la Grande Épouse Royale et de Raouser, il leur suffirait alors de dénouer mutuellement et simultanément leurs deux ceintures. Et d'accomplir un acte d'amour. La magie refluerait et les choses reprendraient leur place et leur cours normaux.
o
Theti Cheri et Papyrus regagnèrent donc le palais royal, précédés puis accompagnés de rumeurs.
Au cours d'une très brève apparition en public, si l'on commençait par admirer le petit ventre rond de la princesse, on s'en inquiétait ensuite. On compta depuis combien de temps elle était absente et réputée souffrante. Bien longtemps maintenant. Et ce ventre était si petit justement ! Quel problème y avait-il ? L'héritier ne se développait-il pas normalement ? Ne naîtrait-il pas d'enfant ? Les premières rumeurs n'étaient-elles qu'une fausse alerte ? Ou la princesse en avait-elle perdu un premier et était-ce là une seconde tentative ?
À peine remarquait-on Papyrus à côté d'elle, par faute de ne l'avoir pas reconnu tout de suite, et ensuite quand on en parlait c'était avec pitié ou mépris. Comme il avait changé, et pas en bien : il ne restait plus rien en lui du jeune et fringant garde du corps d'autrefois. En voilà un qui avait bien profité du mariage, quel dégoût ça devait être pour sa royale épouse... Et on ne lui avait toujours pas pardonné ce mariage à la base ; les mêmes vieux arguments mesquins revinrent encore et encore : parvenu là avec des origines si modestes, comment était-ce possible, quelles intrigue avait-il tissées, la princesse l'avait-elle réellement choisi, serait-elle réellement heureuse avec lui, n'était-ce pas un paravent pour une histoire sordide ? N'était-ce pas une histoire sordide, tout court ?
Que le jeune couple, à peine revenu, ne marque qu'une apparition minimale à la cour et aille s'enfermer presque directement dans ses appartements ne fit qu'alimenter les discussions.
Les préparatifs des grandes fêtes de l'inondation, s'ils ne coupèrent pas totalement court à ces racontars, apportèrent au moins un second sujet de conversation et occupèrent suffisamment les esprits pour les en distraire en partie.
o
Theti Cheri et Papyrus furent introduits en grande pompe dans leur appartements royaux. Ceux qui étaient autrefois les appartements de la Princesse Royale, qu'elle connaissait par cœur depuis des années mais qu'on avait réaménagé pour un couple pendant leur longue absence, et où Papyrus n'avait pénétré jusqu'ici que rarement et en visiteur seulement. Les premiers temps de leur mariage ils les avaient vécus à la sauvette dans sa chambre plu modeste. Maintenant, on les reconnaissait à part entière comme mari et femme. Ça rejaillissait aussi sur Papyrus, impressionné.
Theti elle-même se sentit comme une étrangère dans ces chambres rendues moins familières, qu'elle redécouvrait et réapprivoisait.
Un grand lit s'offrait à eux. Des vêtements et des bijoux de tous styles s'entassaient dans divers coffres, pour eux deux. Parlant de bijoux, ils avaient déjà dû reprendre leurs lourds diadèmes royaux. Et parmi les meubles luxueux l'on avait également prévu un berceau, ce qui les impressionna encore plus.
Bien sûr, quand l'enfant serait né, il serait confié à une nourrice et élevé dans une pièce attenante, un peu à l'écart. Mais leurs vies n'en seraient pas moins bouleversées par le changement imminent.
« Alors, le faisons-nous ? »
Outre le geste magique demandé par la Déesse, il était question pour Theti de reprendre possession de cette chambre, de cette vie, d'y introduire Papyrus de façon légitime et définitive... et seulement ensuite, de reposséder sa propre maternité.
Émus comme au premier soir, main dans la main, ils se dirigèrent vers le lit. Lentement, ils s'ôtèrent mutuellement leurs habits de voyage, à la simplicité desquels ils s'étaient habitués ce derniers mois. Dans quelques heures, ils en passeraient de plus riches et tout aurait changé. Pour l'instant, c'était entièrement nus qu'ils voulaient s'appartenir. Ils ôtèrent même leurs bijoux : ils ne pensaient plus avoir besoin de leur protection, face à l'acte magique qu'ils s'apprêtaient à accomplir, et préféraient qu'ils entravent plus leurs mouvements déjà difficiles. Ça leur permettait également de faire durer la préparation.
Ils s'offrirent une première douche pour se délasser après le voyage, après laquelle ils congédièrent rapidement toutes leurs suivantes. Ces derniers mois ils avaient pris l'habitude de tout faire eux-mêmes et n'avaient plus besoin de leur aide ; ils voulaient se retrouver juste eux deux sans aucun témoin, sans aucune surveillance. L'idée que leur Déesse veillait sur eux et attendait quelque chose de leur union était déjà suffisamment embarrassant comme cela pour ne pas y ajouter encore les regards des hommes.
Ils voulaient simplement toucher le corps l'un de l'autre, commencer à s'apprivoiser à nouveau, à leur rythme, sans précipitation. La hâte leur était impossible, de toute façon. Papyrus avait besoin de tous ces encouragements pour réussir cette union, et ça aidait également Theti. Ils essayèrent de se distraire l'un par l'autre, de ne penser qu'à leur amour et pas aux enjeux derrière ce geste.
Enfin, il ne resta que les fameuses ceintures magiques.
Yeux dans les yeux, après une grande inspiration, Theti et Papyrus détachèrent leurs ceintures.
Et il ne se passa rien.
Lentement, avec précautions, ils s'allongèrent et se lancèrent dans la manœuvre, conscients que c'était sans doute la dernière fois qu'ils faisaient ça dans cet état. Leur union fut bien mal aisée, gênée par leur circonférence à tous deux, mais Theti était plus que jamais déterminée à ce que ça marche, et Papyrus en mesurait toute l'importance.
L'angoisse de l'échec pesait également sur eux et les ralentit, mais ils s'obstinèrent.
Sur le côté, imbriqués comme ils pouvaient, répartissant tant bien que mal le poids de leurs corps respectifs et leurs appuis, se voyant à peine et ne se touchant que fort peu, mais se tenant toujours les mains et échangeant sans cesse des mots d'amour, ils donnèrent de la gîte à leur nouveau lit nuptial.
Bientôt, pour contourner ce poids, Theti plaisanta avec et Papyrus suivit.
« Aussi volumineux que la déesse Hathor, et sans doute aussi fertile. Les hippopotames ont bien du mérite.
- Tu crois que c'est ça qu'on appelle faire un bébé ? Hop, il va apparaître tout seul, comme ça ? »
Entre plaisanteries et noms tendres et promesses d'amour passionnées, lentement, doucement, avec plus de délicatesse que jamais, mais également une détermination solide, ils s'acheminèrent ensemble vers la jouissance.
Comme jamais auparavant non plus. Papyrus eut l'impression que son être entier se dissolvait, que son kâ lui échappait, qu'il se vidait de sa substance quand le plaisir le balaya. Theti Cheri sentit un monde entier de plaisir naître au creux de son ventre et se répandre dans son tous corps et s'étendre à tout l'univers autour d'elle.
Éblouis, essoufflés, ils restèrent de longs, longs moments toujours unis, sans vouloir ni pouvoir bouger. Ils ne se détachèrent qu'une fois endormis, et sans s'éloigner beaucoup l'un de l'autre.
Une sensation d'inconfort grandissante au creux du ventre força Papyrus à se dégager de l'étreinte de Theti Cheri. Il se releva toujours maladroitement : le rituel n'avait pas fait magiquement disparaître son embonpoint. Même s'il avait l'impression que quelque chose avait changé… Il se sentait un peu plus léger. Et paradoxalement, encore plus maladroit dans ses mouvements. Plus… vide… et il avait encore besoin de se vider un peu plus.
Pourtant rien ne vint. Étrange sensation.
Theti au contraire se sentait beaucoup plus lourde. Son ventre ne semblait pas avoir grossi, il était toujours loin de présenter les proportions attendues, pourtant elle le sentait sous sa peau comme tendu à se rompre.
Pour la première fois, elle sentit bouger l'enfant en elle, et elle eut l'impression que chaque mouvement, si léger soit-il, manquait de lui déchirer la peau.
Et Pharaon et la Grande Épouse Royale voulaient qu'ils participent tous deux à la grande procession de l'Opet…
