Titre : La Fille du Nil, chapitre 9
Base : Papyrus
Personnages/Couple : Theti Cheri/Papyrus
Genre : gen-ish
Gradation : PG / K-plus
Légalité : propriété de De Gieter, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.

Avertissements : je blâme la vache des Larmes du Géant et le manteau de guêpes de L'Égyptien blanc pour ça
Nombre de mots : ~1200/18 800

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Depuis qu'ils avaient dénoué leurs ceintures magiques, Papyrus avait la désagréable impression que son ventre est en train de se vider contre sa volonté. Anxieux, il vérifia et revérifia : pourtant non, tout allait bien, il ne s'était pas souillé. C'était juste une impression, mais qui perdurait de manière dérangeante.

Theti ne voulait pas se plaindre mais souffrait d'un étrange inconfort, à la limite de la douleur, et d'une sensation de pesanteur terrible. Elle qui avait vécu ces derniers mois comme si de rien n'était, se voyait tout à coup rattrapée par une situation à laquelle elle ne s'était pas du tout préparée. Elle avait vu le corps de Papyrus changer, mais n'avait jusqu'ici rien ressenti dans le sien propre.

« Mon pauvre Papyrus, s'horrifia-t-elle : et toi qui a supporté ça pendant des mois avec bravoure…
- Mais moi, c'est venu petit à petit, j'avais eu le temps de m'habituer, » se défendit-il, refusant que Theti le plaigne.

Et au contraire, la disparition soudaine laissait un vide affreux. Et puis, parlant de disparition et de vide soudain, ça n'était pas lui qui aura la charge de le mettre au monde pour de vrai, et cette perspective qui se rapprochait de plus en plus commençait à les angoisser tous deux. Ils avaient eu des mois pour y penser, et ils ne s'y sentaient pas du tout prêts pour autant !

Son ventre enflé élançait maintenant désagréablement Theti Cheri, ce qui inquiéta les suivantes qui l'entendirent en faire la remarque.
Venues au matin proposer – ou imposer – leurs services pour assister le couple princier dans ses ablutions, son habillement, sa restauration et envahissant pour cela leur intimité, elles furent en outre impressionnées par le ventre de leur princesse : il semblait avoir grossi en une nuit. Cela mit une halte aux préparatifs des festivités en ce qui la concerne. On lui dépêcha donc la sage-femme du palais qui la palpa et l'examina, lui tirant des grimaces au passage.
Elle rendit son verdict : il y a bien un enfant, peut-être un petit peu petit, mais bien formé, bien positionné, prêt à naître. À en croire sa vieille expérience, si la princesse ne montrait pas beaucoup son état jusqu'ici et que tout semblait être venu d'un coup, c'est qu'elle le portait très haut, très en arrière, et qu'il venait de commencer sa descente. C'était une question d'une couple de jours maintenant… peut-être même quelques heures seulement.

La Grande Épouse Royale voulut savoir s'il était sage de poursuivre la procession. La sage-femme hocha la tête.
« Il reste encore du temps. La bouche de la matrice commence à peine à se ramollir et n'est pas du tout ouverte. »
Pharaon exigea donc la présence de sa fille, pour rassurer le peuple :
« Elle les impressionnera favorablement. »

Rassemblant son courage, Theti s'y prépara.
Elle n'était pas fatiguée ou dans la peine au point de devoir garder le lit. La procession se ferait en palanquin. Puis les cérémonies se dérouleraient à l'écart de la foule pressante. Et un peu d'air frais et d'exercice lui feraient du bien. Si l'approche de la naissance n'était pas urgente, elle ferait donc son devoir avec grâce et courage.

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Bien forcés par l'étiquette et la volonté royale, Theti Cheri et Papyrus se firent revêtir de lourdes robes empesées et décorer de non moins lourds bijoux cérémoniels et tendre d'aussi lourds encore sceptres cérémoniels à tenir.
Rester debout derrière Pharaon et la Grande Épouse Royale le temps de la prière tourna lentement au supplice. Lui, bien qu'il ne portât plus l'enfant, se fatiguait encore vite. Elle, qui le portait désormais pour de vrai mais plus pour longtemps, trouva vite la station debout immobile pénible.

Alors que Pharaon accomplissait le dernier rite de fertilité pour appeler la crue bienfaitrice du Seigneur Nil, un grondement commence à se fit sentir alentour. À point nommé, les eaux du fleuve bouillonnèrent et se mirent à monter.
Theti, comme en transe, ressentit la crue au plus profond de son être. Elle frissonna. De nouveau, son ventre l'élança douloureusement. Mais il sembla cette fois que ça venait de l'extérieur. Ce n'en était plus l'habitant qui s'étirait en dedans et la pressait de l'intérieur, on aurait dit la main d'un dieu qui la saisissait et qui appuyait sur sa chair. Et cette chaleur humide, cette image intérieure de vague…
Elle dut attirer discrètement l'attention de sa mère :
« Les eaux primordiales… le barrage est rompu. »
La Reine acquiesça et garda une sérénité imperturbable, montrant à sa fille un exemple à suivre de calme.

Sans panique aucune, sans autre incident, sans que personne d'autre ne remarque rien, la cérémonie se termina dans l'allégresse générale.
Puis la Grande Épouse Royale et la Princesse furent ramenées en palanquin au palais aussitôt après, alors que le reste de la procession mettait un temps fou à se disperser. Papyrus, au supplice, se vit séparé de Theti Cheri le temps d'un retour qui se traînait. Il était fatigué, il se sentait toujours lourd et faible, et il craignait pour la vie de son aimée maintenant elle s'éloignait trop pour qu'il puisse veiller directement sur elle, chose qui n'était plus arrivée depuis près d'une année entière. Et l'absence dans son corps se fit encore plus désagréable à mesure que la distance se creusait entre eux, comme si elle emportait physiquement avec elle une partie de son ventre.

Au palais, la sage-femme examina à nouveau la Princesse : oui, les choses commençaient, mais à peine. La barrière était bien rompue, mais la bouche était à peine entr'ouverte, et les douleurs étaient encore très espacées. Depuis celle de la cérémonie et son retour dans ses appartements, il n'en était arrivé qu'une seule autre. Elle ne pouvait encore jurer de rien, si tôt dans le travail, mais elle avait l'intuition qu'il faudrait bien une journée entière.

Après concertation du couple royal avec la sage-femme, sans réellement consulter Theti elle-même sur la question, la Grande Épouse Royale estima qu'une apparition symbolique au banquet du soir était toujours de rigueur. C'était la dernière exigence de sa part et de celle de Pharaon en regard du protocole et de la cour. Ensuite, elle serait libre… d'attendre.

Il en allait de même pour Papyrus. Il n'avait ni le cœur ni le corps à s'empiffrer en public alors que son épouse commençait à souffrir.
Elle ne souffrait pas, pourtant, pas tant que ça en tout cas, précisa Theti. C'était désagréable et elle admettait qu'elle s'inquiétait un peu face à la grande inconnue, mais ça n'est pas si douloureux et surtout ça ne durait pas. Pas encore en tout cas. À vrai dire elle avait plutôt hâte que ça se passe. L'idée d'attendre de nombreuses heures, peut-être jusqu'à deux jours, dans l'incertitude et avec l'idée que la douleur finirait par s'installer à un moment ou l'autre, la mettait mal à l'aise.

Mais le choix ne lui appartenait pas. Le cours des heures, des jours à venir, se trouvait entre les mains des dieux. Et un peu de la confrérie de Hathor qui l'assisterait.