Titre : La Fille du Nil, chapitre 10
Base : Papyrus
Personnages/Couple : Theti Cheri/Papyrus, Imoutep, le palais royal
Genre : organique ?
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de De Gieter, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.

Nombre de mots : +2000 / 18 800

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La fin de la journée s'écoula lentement pour la Princesse et son consort, que plus personne ne vit entre le retour la grande procession et le lancement officiel de la suite des festivités. On les laissa, pour quelques heures, à leur intimité, au calme, sans aucun témoin de l'avance lente des choses.

La princesse royale Nefer Neferou Rê Theti Cheri fit ensuite au banquet de l'Opet une apparition très remarquée. Toujours très en beauté, elle se montra pleinement à la hauteur des attentes que toute la cour avait placées en elle au cours de ces si longs mois d'absence. Elle présentait un ventre épanoui et le reste du corps était à peine marqué ; elle suscita admiration, envie… et dépit chez les aigris qui souhaiteraient renverser la dynastie mais n'oseraient plus agir désormais.
Son consort fut à peine regardé par les uns et les autres. Éclipsé par sa splendide épouse, plus personne ne lui portait attention. Papyrus n'intéressait plus personne… et c'était peut-être mieux ainsi.
La princesse pourtant n'était pas aussi à l'aise qu'elle essayait d'en donner l'impression. Elle mangea à peine. Elle souriait par automatisme. Trois fois au cours du repas, elle porta une main hésitante à son ventre rebondi.

Alors que la soirée commençait à peine pour de vrai, elle se retira déjà. Son conjoint la suivit. À l'écart des regards, la sage-femme préféra lui accorder du repos que forcer les choses et les laissa regagner leurs appartements.
Rendus à leur intimités, les deux époux s'enlacèrent tendrement. Bientôt, l'enfant serait né et changerait tout.
Mais d'ici là, il leur restait quelques heures, peut-être même une nuit entière qui n'appartenait qu'à eux deux et qu'ils passeraient blottis l'un contre l'autre, malgré la chaleur de l'été. Leurs corps s'épousèrent parfaitement.
« Tu vois, ainsi ? s'amusa Theti. On ne sait plus qui de nous deux le porte. Il est entre nous deux comme déjà dans son berceau. »

Trop fatigués et trop anxieux de la suite prochaine des événements, ils renoncèrent à accomplir un nouvel acte d'amour et se contentèrent de s'étreindre tendrement.

Réveillée en milieu de nuit par une douleur plus intense, Theti sentit tout d'un coup poindre l'exaltation, l'excitation, couvrant complètement toutes les inquiétudes qu'elle avait pu avoir avoir. Cette fois c'était vraiment pour bientôt ! Et avant ça, elle eut envie, finalement, d'en profiter une toute dernière fois.
Ça encore, c'était faire un enfant, n'est-ce pas ? Ça ne devait pas pouvoir lui faire du mal et elle en mourait d'envie. Pour elle, toujours excitée et pas encore fatiguée, la naissance à ce moment semblait une affaire animale et non pas divine. Avec une fougue qui la surprit elle-même, elle entreprit Papyrus qui s'y prêta un peu à contre-cœur cette fois. Encombrée par son ventre devenu tellement volumineux, elle se trouva incapable de le chevaucher et obtint de Papyrus une dernière fois, une toute dernière fois, à la chien.

« Non, ça ne fera pas de mal. Si je le veux tant, c'est que ça doit arriver. J'en ai besoin.
- Ne devrais-tu pas te reposer, prendre des forces ?
- Je n'en dormirai que mieux après. Je n'y arriverais pas pour l'instant. »

Ne sachant dire non à sa royale épouse, il fit taire ses réticences et s'exécuta. À sa grande surprise et avec un peu de honte, aiguillonné par l'idée de l'interdit, de l'urgence de profiter d'être juste eux deux avant le grand bouleversement, et par un retour de sa forme physique, il y prit plus de plaisir qu'au cours des dernières semaines.

Et après effectivement, Theti retomba comme une masse, dormant de quart d'heure en quart d'heure, s'éveillant un instant à chaque fois qu'un élancement la saisissait et se rendormant aussitôt après.
Son bref plaisir déjà oublié, Papyrus passa la nuit dans l'angoisse, se réveillant lui aussi en sursaut à chaque mouvement, chaque vague gémissement de Theti, se sentant lui-même une boule au ventre et se trouvant incapable de prendre le moindre repos.

À l'aube, définitivement réveillée et sentant les élancements appuyés et réguliers, Theti eut la certitude qu'elle devrait faire appeler la sage-femme, mais n'osa pas encore. La naissance était affaire de femmes uniquement et dès qu'elle les ferait venir, on la séparerait de Papyrus… Elle commençait à avoir peur de ce qui se passerait dans la salle close, entourée de la confrérie des Hathor.

Maintenant dolente et craintive, toute son énergie sapée, Theti dut s'en remettre à Papyrus pour reprendre courage pour la suite. Il l'aida lui-même à se laver à fond et se rhabiller avant d'appeler les servantes pour leur demander d'aller prévenir la Reine, le médecin, les sages-femmes.
Parce qu'il fallait bien que les choses se passent, il se força à se montrer devant toutes très calme en extérieur… alors qu'il tentait d'étouffer ses propres craintes à l'intérieur.

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Theti fut conduite en salle d'accouchement, escortée par des femmes uniquement. Elles laissèrent Papyrus angoissé à la porte, la condamnant à faire les cent pas dans le couloir pendant des heures ou retourner se morfondre seul dans ses appartements vides, face à un lit vide et un berceau vide et son propre ventre vide et son cœur lourd.

Faire les cent pas l'aiderait peut-être, se dit-il avec humeur, sachant que derrière la porte, les sages-femmes obligeaient Theti Cheri à marcher elle aussi de long en large pour aider ses hanches à s'ouvrir et l'enfant à descendre. Alors qu'elle aurait pu le faire aussi bien et avec peut-être plus de plaisir dans leurs jardins privés. Alors qu'elle le faisait avec beaucoup, beaucoup plus de plaisir sur leur lit en exigeant de son époux un hommage musclé. Mais il n'était plus temps pour cela à présent.
Et un peu d'exercice, à lui, ne ferait pas de mal, en regard de tout le poids qu'il a pris ces derniers mois.

Papyrus se demanda brièvement si Theti Cheri lui serait rendue aussi belle qu'au premier jour, le ventre vide et plat, alors que lui serait toujours aussi flasque. Maintenant que plus rien ne le menaçait, qu'il n'avait plus à prendre la moindre précaution concernant son corps, il comptait le bouger à sa guise et plus encore.
Il se demanda aussi, pour la première fois depuis quelques mois, si Theti serait aussi prête à reprendre leurs ébats. Elle ne s'en était pas lassée de toute cette année, alors même que lui n'en avait plus trop envie. Elle avait même eu envie de le faire encore quelques heures auparavant à peine. Mais maintenant qu'il en retrouvait l'envie, elle était sur le point de prêter cette partie de son corps à une autre personne, pour un sport sans nul doute bien moins agréable et qui risquait de l'abîmer. Est-ce que ça ne risquait pas de lui en couper toute envie, quand Theti reviendrait ? Quant Theti reviendrait…

Mais ils n'en étaient pas là. Ils en étaient encore loin. La distance le torturait. À mesure qu'il avançait dans le couloir, plus il s'éloignait de la pièce où Theti avait été introduite, plus il se sentait mal. Il ne supportait pas de s'éloigner d'elle. Même si on ne voulait pas de lui ici, il ne pouvait pas partir.
Il sentait, bien qu'il ne vît plus Theti, ne la touchait plus, la douleur qui l'assaillait. Quelque chose tirait périodiquement au fond de son ventre, sans qu'il puisse rien y faire. Le rythme ne changeait pas, mais l'intensité de l'inconfort augmentait s'il essaie de s'éloigner. Il était toujours lié à Theti et à leur enfant, magiquement, et ne pouvait pas les abandonner. Il ne pouvait pas.

Il en était réduit à faire quelques pas dans un sens, quelques pas dans l'autre devant cette porte, devant régulièrement s'appuyer au mur et n'osant s'en aller. Les gardes s'en amusaient. Il essaya de ne rien montrer de sa douleur, ni cette étrange gêne physique ni l'humiliation et la peur.

C'est dans ce triste état que le retrouva l'ami Imoutep, pas vu depuis si longtemps et qu'il n'avait pas cherché à revoir en revenant, tellement préoccupé par Theti. Papyrus sentit monter une vague de culpabilité à se rendre compte qu'il l'appelait toujours mentalement ami alors que son comportement était loin de soutenir cette pensée.

« Alors, l'homme marié, on évite les vieux amis maintenant ?
- Pardonne moi. J'aurais dû. »

Mais la remarque d'Imoutep n'avait rien de sarcatisque ; gentiment, ne lui en tenait pas rigueur. Pas à ce moment-là en tout cas.

« Mon pauvre vieux, dans quel état tu te mets. C'est si terrible que ça ?
- C'est pire. Je devrais être avec elle. »

Sans un seul mot de reproche pour tous ces longs mois d'oubli, il lui offrait simplement son soutien silencieux, épaule à laquelle s'appuyer, une béquille solide. Il n'eut pas de mots creux non plus : sa simple présence, un pardon facile, une amitié inconditionnelle suffisaient.

« Je suis content que tu sois là, le remercia Papyrus. Tu veux bien rester un peu ? »

De l'agitation au bout du couloir rendit sa réponse inutile. La Reine fit son apparatition, s'étant défaite d'une partie de ses devoirs cérémoniels pour assister à la naissance. Ayant échangé ses robes habituelles contre celle des Hathor, on la fit entrer dans la chambre du mystère.
Elle bien sûr, non seulement on la laissait entrer sans aucune difficulté : on fêtait même sa venue et l'aide qu'elle offrait. Prenant part au côté magique et cérémoniel de la naissance, elle serait celle qui présenterait les clés de vie à sa propre fille.

La porte se referma sur elles sans que Papyrus puisse entr'apercevoir plus, dans l'entrebâillement, que la robe de cérémonie d'une des Hathor, mais pas Theti elle-même, bien cachée à l'intérieur.

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Theti, luttant depuis quelques heures maintenant et trouvant les choses difficiles désormais, se sentit un peu moins seule de voir sa mère venir la soutenir, mais aurait préféré quand même avoir Papyrus à ses côtés. Si ces inconnues ne l'entendaient pas ainsi, peut-être sa mère au moins la comprendrait-elle… Elle réclama donc.

« Il est la moitié de moi. Cet enfant c'est avec lui que je l'ai fait, c'est avec lui que je l'aurai. Je veux qu'il soit là auprès de moi.
- Ça n'est pas la place d'un homme, protesta la sage-femme en chef.
- Ça n'est pas « un homme », c'est mon mari. C'est moi. Nul ne sait mieux que lui ce qui m'arrive. Cet enfant, c'est autant le sien que le mien. Il m'aidera. J'ai besoin de lui.

La Déesse au cheveux resplendissants le lui avait dit, mais comment le leur expliquer, à elles qui ne juraient que par Hathor et juste un peu , Isis ? Heureusement, la Reine elle-même intercéda en sa faveur. Elle avait vu Papyrus dehors. Elle avait senti quelque chose qui venait de lui. Elle ne saurait dire quoi exactement mais elle faisait confiance à son intuition de magicienne.

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Dehors, Papyrus, recroquevillé dans les bras d'Imoutep, n'en menait pas large. Ne sachant rien des dispositions de la Reine, il craignait au contraire que sa venue ne soit synonyme de mauvaises nouvelles.

Elle souffre et je ne peux plus rien faire pour elle. Si cette magie avait pu me permettre…
Il s'interrompit, conscient d'en avoir trop dit. Imoutep ne releva pourtant que l'essentiel :
Tu souffres aussi.
Moins qu'elle.
Autant. Dans ton cœur, au moins.

Car qui croirait qu'il ressentait aussi dans sa chair l'écho de ce qui arrivait à Theti ?

La Reine, peut-être, qui l'envoya chercher.
« Obéis vite, » le poussa Imoutep, soulagé de voir se profiler un dénouement.

Malgré son ordre, les prêtresses refusèrent d'abord, à voir l'état nerveux dans lequel il était, de le laisser entrer. Il fallait du calme, de la composition, de l'assurance, pour entourer une jeune mère afin qu'elle reste elle-même sereine et forte.
Et puis sur l'insistance de la Reine et les suppliques de Papyrus l'on finit par céder.
Il ne protesta même pas quand les sages-femmes exigèrent qu'il revête la même tenue qu'elles. Pour Theti et leur enfant, il était prêt à se prêter à n'importe quoi. Et elles n'imaginaient même pas ce qu'il avait déjà accepté de faire !

Il prit la place de celle qui la soutenaitt, celle sur qui elle s'appuyait et qui la maintenait, qui l'aidait à pousser.
Le lien entre eux deux pleinement renoué, depuis que Theti était à nouveau dans des bras, son dos fort contre son ventre qu'il lui prêtait avec tant de facilité, ils se sentirent à nouveau complets. Prêts à lutter ensemble.
Papyrus sentait toujours venir les élancements chez Theti, sans plus en souffrir lui-même, et savait quand et comment l'accompagner.
La simple présence de Papyrus raffermit Theti. Maintenant, elle pouvait faire face. Tant pis si ça faisait vraiment mal, elle n'avait plus peur.

Celle qui assistait dirigeait.
Celle qui recevait se prépara.

Les efforts se précisèrent.

Père et mère travaillaient ensemble. Lentement, l'enfant glissa hors de l'édifice qu'ils formaient ensemble et se sépara de la chair maternelle.

Et avec force, prit son premier souffle.