Disclaimer: Tous les personnages ici présents appartiennent à Tite Kubo.
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Acte III: Ichigo
Un espoir si charmant me serait-il permis?
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– Grimmjow-kun…
La voix d'Urahara, cette voix toujours posée, douce, polie, qui jamais ne jurait, avait néanmoins une façon très particulière de marquer son mécontentement.
– Quoi? aboya Grimmjow, furieux, qui savait pourtant très bien pourquoi il allait se faire reprendre.
Urahara lui jeta un regard acéré par-dessous son éternel bob rayé.
– Tu n'es pas dans ton assiette, aujourd'hui, on dirait. Qu'est-ce qui t'arrive?
Grimmjow émit un grondement rageur, tandis que tout le monde, sur scène, se tenait coi.
Depuis le début de la répétition, il jouait comme un pied.
– Rien, pourquoi? cracha-t-il à Urahara, tout en sachant très bien qu'il ne trompait personne.
Urahara le fixa un instant, comme s'il allait se mettre en colère. Puis un large sourire se dessina sur son visage et il frappa dans ses mains.
– Bien. Tant pis. Allez, tout le monde, on va faire une pause maintenant. Reprise dans dix minutes!
Tout le monde se détendit et la tension se relâcha dans un soupir général de contentement et un brouhaha naissant de conversations.
Grimmjow resta seul sur scène. Ses narines frémissaient de colère et la tension de ses muscles trahissait son agacement.
Ichigo le regardait.
Il ne comprenait pas ce qui se passait.
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La fascination qu'Ichigo éprouvait pour Grimmjow ressemblait étrangement à celle dont Orihime brûlait pour lui. Elle était faite d'amour, de désir et d'admiration.
Grimmjow Jaggerjack était un artiste. Un vrai.
Sur scène, sa présence détonnait. Il explosait littéralement sous les lumières. Quand il jouait, il laissait son personnage l'envahir, prendre sa place, s'approprier son enveloppe charnelle et se donnait aussi passionnément au public qu'à un amant. Son énergie, sa fougue, sa violence et la passion qu'il mettait dans son jeu l'avaient abonné aux premiers rôles masculins tragiques et dramatiques, ou aux seconds éclatants, tel Mercutio qu'il incarnait dans leur Roméo et Juliette.
Ichigo adorait le regarder jouer. C'était exaltant, grisant, puissant, magnifique. Un tigre enragé. Un lion farouche. Une sauvage panthère.
Grimmjow l'inspirait, jour après jour. Il jouait depuis l'enfance et sa carrière était déjà lancée lorsque Ichigo avait commencé le théâtre, quoique les deux hommes aient moins d'une dizaine d'années de différence. Si Ichigo avait voulu s'intégrer à la troupe d'Aizen, puis d'Urahara, c'était surtout parce que Grimmjow Jaggerjack en faisait partie. Et l'adoration qu'il vouait à son idole s'était transformée en amour timide, puis en véritable passion.
L'engouement d'Ichigo n'avait d'ailleurs jamais cessé de croître à mesure qu'ils travaillaient ensemble. Il ne l'aimait pas seulement: il le respectait pour son talent d'interprète et sa force de travail.
Et pourtant, ce jour-là, il était incroyablement médiocre.
C'est sans doute ce qui agaça Ichigo et le poussa à réagir ainsi.
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L'acteur aux cheveux bleus lui tournait le dos. Comme chaque fois, le regard noisette d'Ichigo passa en revue chaque détail de ce corps dont il admirait la puissance. La nuque épaisse, les bras musculeux, dont celui, légèrement tordu, qui ne s'était jamais remis de l'agression à laquelle il avait survécu, la taille bien étroite… Tout cela était beau. Lui-même aurait voulu disposer d'une telle musculature.
L'œil d'Ichigo était bien trop énamouré, bien trop éperdu pour remarquer les imperfections de Grimmjow. D'abord, il y avait les cicatrices, partout, mais surtout au creux du coude, qu'il cachait sous son éternelle veste. Il y avait aussi cette dent cassée qui ébréchait son sourire. Et ce pli du ventre qu'il cachait désespérément depuis qu'il s'était sevré de certaines substances et qu'il s'était, disons, à moitié rangé, ce pli de chair qui commençait à se former par-dessus les muscles abdominaux, à coups de rechute clopes-alcool et de nourritures grasses. Oui, le regard qu'Ichigo posait sur Grimmjow éludait chaque détail qui risquait d'amoindrir sa beauté. Il ne supportait pas que l'objet de sa passion fût déprécié, ne serait-ce que par un bourrelet ou une mauvaise journée. Aussi, c'est la colère qui parla par sa bouche lorsqu'il lança:
– Ben alors, on se ramollit, aujourd'hui, Grimmjow!
Grimmjow pivota sur lui-même et lui jeta un regard agacé, de ceux qu'un chat vous lance quand vous le taquinez trop et qui signifie "me cherche pas trop, toi, il pourrait t'arriver des bricoles!"
Mais Ichigo n'avait cure de son agacement. Il ne pouvait supporter que son idole ne soit pas à la hauteur de ses attentes.
– Tu veux pas qu'on répète la scène Mercutio-Roméo avant la reprise? Ce serait dommage de la rater ce soir…
– Nan, t'es gentil, mais ça va.
– Mais qu'est-ce qui t'arrives? T'es à plat, tu…
– Écoute, là, je prends ma pause, OK? Va voir ailleurs si j'y suis.
– Eeh, calme-là, j'essaye de t'aider…!
Grimmjow fit alors un pas vers lui. Le rouquin sentit son pouls s'accélérer brutalement. Plantant ses yeux azurés dans les siens, Grimmjow murmura d'une voix basse:
– Et depuis quand est-ce que j'ai besoin de conseils de ta part, gamin?
Ichigo sursauta. S'il n'était pas rare que Grimmjow soit abrupt, grossier et rogue, il le traitait rarement de gamin, à part pour le charrier et surtout, il ne lui avait encore jamais parlé d'une façon aussi condescendante et méprisante.
Il était vraiment près. Ichigo déglutit, troublé, mais aussi terrifié à l'idée que Grimmjow puisse s'en apercevoir. La seule défense qu'il trouva fut une attaque:
– Depuis que tu te mets à jouer comme un pied! C'est notre scène que tu massacres, là, t'es au courant?
L'œil de Grimmjow se fit terrible. Une petite veine palpitait sur son front et ses poings se serrèrent. Ichigo sentit la sueur ruisseler le long de ses omoplates. Il ne savait même pas comment il avait pu oser dire une chose pareille. Grimmjow allait le massacrer. D'ailleurs, il l'avait peut-être mérité.
Alors qu'Ichigo se préparait silencieusement à rejoindre ses ancêtres, Grimmjow recula.
Le rouquin, interloqué, le vit desserrer les poings, l'air toujours sombre. Puis, d'une voix calme, son partenaire lança:
– Tu sais quoi? N'importe qui serait mort pour m'avoir dit ça.
Ichigo retint son souffle. C'était la dernière chose qu'il s'attendait à entendre. Qu'est-ce que cela voulait dire? Qu'il n'était pas n'importe qui?
– Mais venant de toi, je m'en fous. Tu n'es rien. Rien du tout. Je m'en tamponne de ton avis. Tu n'es qu'un acteur minable, un bleu, un tocard. Tu ne sais pas de quoi tu parles.
Les mots, suintant de mépris, l'atteignirent en pleine face. En plein ventre. En plein cœur.
– Casse-toi, je t'ai assez vu, acheva Grimmjow. Tu vaux pas la peine que je me salisse les mains pour toi.
La diatribe laissa Ichigo pantelant. Anéanti. Lorsque son partenaire de scène eut terminé son massacre verbal, le jeune homme se sentit mourir, lentement.
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Le monde tournait autour de lui. Ils étaient seuls, tous les autres étaient sortis, mais Ichigo ne le vit pas. Il avait l'impression que des milliers de regards le poignardaient dans le noir. Que le sol s'effondrait sous ses pieds. Que son âme venait d'exploser dans sa poitrine et coulait en fleuves de sang par tous ses orifices.
Une atroce douleur monta comme un raz-de-marée dans sa poitrine. Une poigne de fer vint étrangler sa gorge et le fit suffoquer. Ichigo voulut hurler. Il ouvrit la bouche mais ne put proférer un seul son. Réduit au silence par les mots cruels de son aîné, il battit des lèvres stupidement, sous l'œil narquois de Grimmjow. À la détresse, s'ajoutèrent les affres de la honte. Son orgueil se révolta. Le cri jaillit alors de ses lèvres comme une vomissure. Le jeune homme se jeta sur Grimmjow et lui décocha un coup de poing furieux.
Grimmjow parvint à éviter le coup qui ne fit que heurter le côté de son menton. Cependant, il réagit à son tour et frappa son partenaire. Sauf que cette fois, Ichigo ne s'y attendait pas. Le rouquin n'eut pas le temps de reculer et reçut l'uppercut en pleine face. Fou de rage, il se jeta à nouveau sur Grimmjow et, abandonnant toute dignité, le bombarda de coups anarchiques et erratiques. Il se moquait du ridicule, il se moquait de sa faiblesse. Il n'était plus qu'un animal blessé à mort.
Grimmjow le repoussa rudement, mais jugula assez rapidement sa fureur. L'expérience et l'indifférence aidant, il ne souffrait pas, comme Ichigo, de cette confrontation. Il n'avait pas été blessé dans ses sentiments. Il retint donc ses coups et tenta plutôt d'arrêter le jeune homme furieux. Mais Ichigo refusait de se calmer.
Le rouquin continua à s'acharner contre son aîné, au point que celui-ci fut obligé de le retenir avec un peu plus de force. Il le saisit par les poignets et contint ses bras de toute sa force. Immobilisé, Ichigo poussa un cri de rage et tenta de se débattre.
– Mais putain, tu vas te calmer, oui? rugit Grimmjow.
Ichigo céda à son emprise, épuisé, le souffle court. Il déglutit, stupéfait en réalisant à quel point leur altercation les avait rapprochés l'un de l'autre. Grimmjow le tenait toujours par les avant-bras et ses ongles s'enfonçaient sous la peau d'Ichigo. Leurs visages n'étaient séparés que de quelques centimètres. Il pouvait admirer chacun de ses traits dans les moindres détails. Alors, le jeune comédien sentit sa colère s'évanouir instantanément, chassée par une émotion profonde. Jamais encore il ne s'était tenu aussi près de l'objet de sa passion.
– Alors, ça y est? cracha Grimmjow. Tu t'es calmé?
Ichigo abandonna toute lutte et Grimmjow, surpris, lâcha prise après quelques secondes. Puis il siffla:
– T'as complètement pété les plombs, Kuro…
Il n'acheva pas ce nom.
Ichigo se rua à la rencontre de son idole, une fois de plus. Mais cette fois, il le saisit à la base du cou, tremblant, exultant, et posa ses lèvres sur les siennes.
Il chercha un passage, quêta un accès, mendia une réponse. Mais la seule qu'il obtint fut un sursaut de stupeur et une rebuffade violente.
Grimmjow le repoussa rudement en braillant:
– Mais t'es devenu dingue ou quoi?
Cette fois, il semblait vraiment en colère. Ses yeux viraient au terrible, les veines de ses tempes saillaient, son expression était celle du dégoût. Grimmjow s'essuya la bouche d'un revers de bras rageur et tonna:
– Putain de connard! On peut savoir ce qui t'a pris?
Mais Ichigo, encore sonné, ne put formuler aucun propos cohérent.
– Je… je… je…
Un index menaçant se matérialisa sous ses yeux. Grimmjow, le visage tordu par une fureur terriblement difficile à contrôler, articula froidement:
– Je sais pas ce qui t'arrive, mais je te déconseille de recommencer un truc comme ça. T'as compris?
Comme Ichigo ne répondait pas, il répéta, plus violemment:
– T'as compris?
Ichigo hocha la tête, vaincu, abruti, désespéré. Compris… non il n'avait rien compris. Il ne comprenait plus rien. Qu'avait-il fait? Comment avait-il pu? Et lui… Comment une telle horreur pouvait-elle lui arriver, à lui?
Soudain, Grimmjow se désintéressa de lui. Il s'éloigna d'un pas rageur, laissant son camarade enfoui jusqu'à la gorge dans le plus profond désespoir.
Ichigo sentit les larmes couler sur ses joues avant de réaliser qu'il pleurait. Un sanglot envahit sa poitrine. Il le contint au prix de sa force et soudain, poussant une exclamation, il balança son poing dans le vide. C'était ridicule. Cela ne le soulagea pas. Fondant en pleurs, le jeune homme s'en fut, enragé de dépit.
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Il ne savait pas que sa détresse avait eu un discret spectateur. Une spectatrice. Dont les petits yeux avides n'avaient rien perdu de tout ce qui venait de se passer.
Chizuru sortit de sa cachette, bouche bée.
Seule dans le théâtre déserté, elle ricana doucement, fit mine de donner un coup de poing en l'air, comme Ichigo peu de temps auparavant. Puis elle gloussa, gloussa encore et regloussa.
Que tout cela était amusant.
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Le soir même, la représentation fut catastrophique.
Grimmjow campa un Mercutio bien plus méchant que d'ordinaire. Le comédien était survolté, au top de sa forme, d'un professionnalisme parfait. En revanche, Ichigo, par comparaison, était totalement en-dessous. Sa mollesse déstabilisa Orihime, dont l'éclat pâlit sévèrement durant la pièce par ce fait. Tous les autres, même, furent surpris par la baisse de niveau conséquente d'Ichigo et certains en pâtirent lorsqu'ils durent interagir avec lui. Kensei parvint à sauver la pièce par sa présence imposante et finalement Renji se reprit lui aussi et livra au public un Tybalt plus profond que jamais.
À l'issue du spectacle, tous s'interrogeaient, chuchotaient, sans oser demander à Ichigo ce qui lui arrivait. Le jeune homme le sentait mais il n'en avait cure. Il n'accorda aucune attention aux gestes de soutien d'Orihime, ni aux regards gênés de Matsumoto, Renji ou de Kiyone et Sentarô. D'ailleurs, il ne remarqua pas le regard pénétrant d'Urahara, pas plus que l'expression furtive de Chizuru.
Il n'avait d'yeux que pour Grimmjow et celui-ci lui adressa un coup d'œil sec et méprisant avant de l'ignorer et d'aller se démaquiller.
Ichigo baissa le nez, vaincu.
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Urahara ne les félicita pas, ce soir-là, mais ils savaient pourquoi.
- Vous feriez mieux de sortir vous aérer un peu, décréta soudainement leur metteur en scène, contre toute attente. Allez, faites quelque chose, allez boire un verre, lâchez-vous. Demain, nous travaillerons dur.
La troupe en resta béate, car tous s'attendaient plutôt à se faire engueuler dans les règles de l'art avant d'être consignés dans leurs chambres jusqu'au lendemain. Mais à la place, Urahara les flanqua à la porte du théâtre pour la soirée. Il fallait bien trouver quelque chose à faire.
C'est la raison pour laquelle ils se retrouvèrent dans cette boîte. Ichigo n'avait pas prononcé un mot sur le chemin et se contentait de suivre avec morosité. Ils échouèrent tout d'abord dans un bar où l'on éclusa consciencieusement l'alcool nécessaire à l'oubli de ce début de soirée lamentable et à la fête qui allait suivre.
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La musique saoula Ichigo dès l'instant où il posa les pieds dans la salle bondée, éclairée de lumières sanglantes qui donnaient des visages effrayants à tous ceux qui se trouvaient là. Il resta quelques instants hébété, sans savoir ce qu'il allait faire, puis soudain, la main de Matsumoto l'entraîna au milieu des danseurs. La belle rousse avait l'alcool joyeux et riait à gorge déployée. Autour d'eux, Kiyone, Sentarô, Renji, Kaien et Ganju dansaient déjà. Chizuru suivait sournoisement Orihime. Grimmjow et Kensei, eux, s'étaient réfugiés en hauteur pour réquisitionner une table, avec Isane, trop timide pour danser. Le regard de Grimmjow passa distraitement sur Ichigo qui frissonna. Et s'il parlait de ce qui s'était passé à Kensei? Ichigo en mourrait de honte! Non, en fait, non, il n'en mourrait pas. Il s'en moquait. Tout était fichu de toute façon. Il s'en foutait, oui.
Happé par la foule, Ichigo se laissa emporter.
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La musique trop forte battait à ses tempes. Les gens lui paraissaient hideux. Ses compagnons étaient complètement déchaînés. Matsumoto et Kaien avaient entamé une danse si sensuelle qu'elle semblait presque obscène. Renji observait la scène sans aucune gène, l'œil humide et déçu. Les autres hurlaient, trépignaient, les yeux fermés. Personne ne faisait plus attention à rien.
Seule Orihime parvint à toucher son regard. Son visage empli d'amour abaissait les masques, si jamais masque il y avait eu. Enhardie par la semi-obscurité, le bruit, la masse de gens, Inoue se laissait à aller à contempler Ichigo.
Elle m'aime, elle, songea-t-il. Ha! Il fallait que ça soit elle.
Destin ou désespoir, quelque chose le poussa vers la jeune femme. L'échéance du troisième acte, peut-être. Le retournement obligé, la loi du théâtre, à moins que ça ne soit celle de la tragédie. Peu importe, toujours est-il qu'Ichigo parvint jusqu'à Orihime. La jeune fille avait quelque chose d'éperdu qui, par magie, fonctionna encore. Elle était la seule à être sobre, la seule à se soucier de lui, à être là pour lui. Elle lui était offerte, sans réserves.
Il prit ce qu'on lui donnait.
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Ichigo et Orihime ne s'étaient pas quittés de la soirée et furent les premiers à partir. Le reste de la troupe était en trop mauvais état pour s'en apercevoir. Seul Kensei réalisa qu'il leur manquait leur Roméo et leur Juliette et insista pour qu'on les cherche avant de rentrer. On s'aperçut alors que Chizuru avait disparu, elle aussi.
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Ichigo et Orihime ne se souciaient plus de rien du tout.
Orihime était heureuse. Elle était dans les bras d'Ichigo et elle espérait ne jamais les quitter. Le jeune homme l'embrassait furieusement, presque cruellement. Ses mains serraient trop fort, sa bouche mordait, son poids la maintenait un peu trop fermement contre le mur. Mais Orihime subissait cela sans broncher, terrorisée à l'idée de le briser dans son élan. Ichigo, lui, se vengeait férocement sur elle de ce qu'il ne pouvait avoir.
Il finit par s'écarter d'elle. Elle le laissait de marbre. Il avait beau y mettre toute sa force, nulle passion, nul élan ne montait en lui. Rien. Il ne pouvait pas. Il ne pouvait rien. Sa peau était trop douce, trop veloutée, son œil trop tendre, sa bouche trop ronde, et ces courbes! Et cette douceur, cette timidité, cette candeur! Et cette passivité! Pouah!
Pourquoi agissait-il ainsi? Il n'aurait su le dire. Elle n'éveillait pas même l'ombre d'un frémissement d'excitation chez lui. Pourquoi se retourna-t-il au lieu de monter? Pourquoi la regarda-t-il ainsi, en ce cas, pourquoi ses lèvres prononcèrent-ils ces mots impatients qui la firent courir à sa suite: "Tu viens?" Il n'avait pas la réponse à ces questions. La vengeance? L'exutoire facile? L'envie de tout foutre en l'air, d'aller jusqu'au bout, sans se soucier des conséquences?
Toujours est-il qu'Orihime le suivit.
Et avec l'évidence de la fatalité rien de tout cela n'échappa au regard marbré de folie de Chizuru.
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