Bonsoir tout le monde, comment allez-vous ? J'espère que la reprise n'a pas été difficile et que vous êtes tombés sur une bonne classe, ainsi qu'un bon emploi du temps. Et tout comme vous, je regrette tellement la fin des vacances... ce genre de choses se terminent toujours trop rapidement, c'est pas juste !

Je profite d'avoir un peu de temps libre pour vous poster le second chapitre de cette fiction, qui j'espère vous plaira et vous fera un peu plus aimer le Nijimura x Akashi !

Réponses aux review :

Ununbium : Merci beaucoup pour ton commentaire ! Et oui enfin un Nijimura x Akashi ; je me demande vraiment pourquoi personne n'a encore pensé à une histoire regroupant ces deux personnages, c'est pourtant tellement évident qu'ils peuvent être mis ensemble !

hanahime : Je suis contente si le premier chapitre t'a plu, ainsi que mon écriture ! J'espère que ce chapitre te plaira aussi :)

chizumi-san : Que tu dises que l'intrigue est fabuleuse m'a fait sourire car je suis vraiment partie d'une idée toute simple, où je n'ai pas besoin d'user de stratagèmes farfelues pour rendre le truc un peu plus tordu (comme j'ai la sale habitude de faire). Du coup, tout est assez facile à deviner et simple à comprendre ! Pour ce qui est de mes critères personnels, crois-moi je ne le fais pas exprès xD Bon souvent je fais des différences d'âge, c'est vrai... mais les thèmes que j'aborde fait que souvent l'un des deux personnages principaux se retrouve être un adulte, et j'essaie de le faire le moins âgé possible (Donc 23 ans pour Nijimura dans cette histoire, et 23 ans aussi pour Akashi dans Le Papillon, puisque la majorité au Japon est de 20...). Ce sont toutes mes idées qui sont comme ça, mais après j'aime aussi les histoires où les deux personnages ont le même âge, comme j'ai aussi pu en écrire mine de rien x)

Que d'enthousiasme haha pour ce premier chapitre ! En tout cas je suis vraiment contente s'il t'a plu, c'est ce qui compte ;) Pour ce qui est des échanges entre Nijimura et Akashi tu pourras déjà te rendre compte que ça continu dans ce chapitre, et que ce n'est pas prêt de s'arrêter ! Et en effet, je ne sais pas pourquoi mais je vois très bien Nijimura fumer... ça m'est venu tellement naturellement, comme si c'était une évidence... Par contre Aomine, j'ai plus de mal... pareil quand je vois dans des Doujinshis Kise ou même Kuroko fumer ! Pour ce qui est de la première rencontre entre Nijimura et Akashi, je ne dirais pas un mot là-dessus ;) tu le découvriras en temps et en heure !

Cette partie du chapitre a été un réel délice à écrire, alors si en plus tu me dis que ce passage est ta scène favorite, olala le sourire qui s'étale sur mon visage je te dis pas ! Et t'inquiète pas pour la tête de Masaomi, tout le monde pourra en profiter à un certain moment de la fiction :D

Je vous souhaite une bonne lecture et surtout n'hésitez pas à commenter ;) Merci pour les follow et les ajouts en favoris, ça fait toujours extrêmement plaisir ! Bisous :)


Le portrait

Chapitre 2


La relation entre Akashi et Nijimura n'avait de cesse de s'améliorer. L'adolescent s'ouvrait un peu plus au fil des jours et cessait de critiquer le mode de vie de Nijimura, ainsi que de l'appeler au beau milieu de la nuit ou encore très tôt le matin pour qu'il l'emmène quelque part. Nijimura était passé du statut d'esclave à celui qu'il aurait dû avoir dès le départ : manager. Le brun découvrit aussi au fur et à mesure qu'Akashi n'était pas qu'un sale garnement égoïste, mais plutôt quelqu'un de reclus à cause de son père qui ne lui permettait pas d'aller étudier dans un lycée et ainsi de côtoyer des personnes de son âge.

Quelque part, le fait de voir Akashi toujours enfermé dans cette demeure, qui certes n'avait rien à envier à une autre, ne plaisait pas à Nijimura. Comment un enfant pouvait-il se construire psychologiquement si on lui retirait toute communication avec l'extérieur ? C'était comme le garder en cage. Seulement, Nijimura n'avait aucun pouvoir au sein de cette famille. Alors il se taisait, regardant de loin la situation sans émettre à voix haute le moindre avis.

Un jour cependant, lorsqu'il entra dans la demeure des Akashi, Nijimura tomba sur son protégé qui discutait avec son paternel dans le salon. En vue des gestes secs de l'homme âgé, ce n'était pas une conversation agréable. De son côté, Akashi acquiesçait par intermittence, ne disant rien. Son père finit alors par pester avant de monter les escaliers qui l'éloignaient de son bureau, s'étant déjà trop absenté pour remettre à sa place son fils unique.

« Salut ! » Souffla-t-il après s'être rapproché de l'adolescent.

Ne s'étant pas attendu à l'arrivée de son manager à un pareil moment, Akashi retenu un sursaut. Il leva seulement un regard étonné dans la direction de Nijimura qui avait la main levée vers le plafond, un de ses gestes habituels pour venir le saluer. Tellement désinvolte…

« Tu as entendu ? Demanda-t-il sévèrement.

— Hm ? Ça doit être la prise de l'âge, je deviens sourd… »

Nijimura se gratta l'intérieur de l'oreille comme pour se la déboucher, tout en s'éloignant d'Akashi pour se mettre en direction de l'atelier de ce dernier.

Il avait en effet entendu quelques brides de la conversation avant que le père d'Akashi ne remonte dans ses quartiers, mais si son protégé ne voulait pas en parler alors il ne lancerait pas le sujet. Akashi le suivit tout en laissant entre eux deux quelques mètres de différences, le regard absent.

A vrai dire, il le fut le restant de la matinée. Son pinceau n'atteignit pas une seule fois sa toile, et resta penché vers le sol, laissant goutter à ses pieds la peinture qui en imbibait la tête.

Apposé contre un mur les bras croisés contre son torse, Nijimura observait sans dire un mot. Bien que ces derniers temps sa relation avec Akashi s'était améliorée, ils n'étaient tout de même pas devenu les meilleurs amis du monde. Il y avait juste de la reconnaissance l'un envers l'autre désormais, ou plutôt Akashi lui portait enfin de la reconnaissance. Il avait compris de quoi Nijimura pouvait être capable et comment il pouvait arriver à ses fins.

Enfin en ce moment, Akashi n'était pas du tout productif et il semblait porter tout le malheur du monde sur ses épaules. Pourtant, sa position droite et fière ne changeait en rien d'ordinaire, mais quelque chose était différent et Nijimura pouvait le sentir. C'était par ailleurs assez étrange et paradoxale pour Nijimura qui ne saurait dire avec exactitude si le jeune homme allait mal ou non.

Dans un râle plus qu'un soupir, il finit par quitter son appui et s'avança en direction d'Akashi qui était encore et toujours dans ses pensées.

L'adolescent ne sentit même pas Nijimura lui prendre le pinceau, et le reposer à sa place sur son chevalet. Ce fut seulement quand Nijimura passa une énième fois sa main dans ses cheveux qu'Akashi releva son menton pour projeter son regard rougeoyant dans celui grisâtre de son vis-à-vis. En temps normal, le rouquin se serait déjà dégagé et se serait même éloigné de lui d'une dizaine de pas tout en l'injuriant. Pourtant à cet instant, Akashi ne faisait que le regarder. Il restait immobile.

De toute évidence, ce qu'avait pu lui dire son père l'avait véritablement ébranlé ; Nijimura n'avait pas entendu toute la conversation.

« Et si tu arrêtais pour aujourd'hui ? Lui proposa-t-il suavement.

— Je n'ai pas le temps pour ça, rétorqua aussitôt Akashi avant de se tourner pour faire face à son tableau.

— Tu penses vraiment être capable de peindre quelque chose aujourd'hui ? »

Les yeux d'Akashi se rétrécirent, jugeant Nijimura de la tête aux pieds. Etait-ce une moquerie qu'il avait aperçue dans le timbre de son manager ? Nijimura agita néanmoins sa tête sur les côtés avant de remettre sa main précédemment dans les cheveux d'Akashi, sur sa hanche.

« Je n'ai pas tout entendu de ce que t'a dit ton père, mais je sais que vous parliez de tes peintures. Est-ce que tu veux m'en parler ?

— Non. »

Un sourire tremblant se forma sur les lèvres de Nijimura qui se retint d'agripper férocement les épaules de ce garnement et de le secouer de toutes ses forces. Akashi allait le rendre fou, définitivement. Cependant, après des exercices respiratoires, Nijimura parvint à se calmer et à retrouver de son calme. Ce n'était pas en s'énervant contre le jeune homme qu'il allait parvenir à en tirer quelque chose.

Toutefois, alors qu'il allait ouvrir sa bouche pour insister et ajouter qu'Akashi pouvait se reposer sur lui et donc avoir confiance, l'intéressé lui faucha l'herbe sous le pied en annonçant :

« Je ne sais même plus pourquoi je continue à peindre… »

Du bout de ses doigts, Akashi frôla sa peinture sans toutefois appuyer pour éviter de l'abîmer. A ses côtés, Nijimura remarqua son expression triste ainsi que son regard absent. Ce geste que le jeune homme entreprenait, celui de toucher son propre tableau sur lequel il avait déjà travaillé des heures durant, c'était comme si ce dernier lui semblait inatteignable. Plus Akashi s'efforçait à le terminer, à le rendre sublime aux yeux de tous, et plus cela devenait impossible. Tous ses efforts se retrouveraient vains.

Son œuvre lui échappait.

« Pourquoi as-tu commencé déjà ? Demanda Nijimura bien qu'il en connaissait déjà la réponse.

— J'ai toujours aimé dessiner… Et puis ma mère me félicitait à chaque fois, alors j'ai continué pour lui faire plaisir.

— Mais tu le faisais aussi car tu aimais ça, non ? »

Akashi acquiesça faiblement, restant silencieux avant de reprendre. Sa main s'éloigna du tableau et vint de nouveau longer son corps.

« Ces journalistes ont raison quand ils disent que je ne peins plus que des paysages. Je veux pouvoir être capable de dessiner un tableau qui sera capable de m'emporter. »

Sans ajouter quoique ce soit d'autre, Akashi dépassa Nijimura et quitta son atelier sans avoir peint quoique ce soit. Il remonta dans sa chambre sans jeter un regard à son violon posé sur son bureau, se forçant même à ne pas regarder l'instrument. Il ne le méritait pas. Sa gorge le brûlait comme si un feu intérieur le détruisait petit à petit, prenant un malin plaisir à le faire souffrir sans qu'il puisse appeler à l'aide.

Finalement, Akashi décida de retourner dans son lit et abattit les couvertures par-dessus sa tête. Camouflant ainsi sa silhouette du violon qui semblait lui porter un regard désapprobateur. C'était comme si la caisse en bois où des cordes avaient été fixées, le jugeait d'un mauvais œil : il était faible et ridicule.

Laissé seul dans cette pièce vide de sens sans la présence de son propriétaire, Nijimura jeta un coup d'œil à la toile où étaient dessinés des arbres avec un courant d'eau ruisselant non loin.

Faire un tableau qui serait capable de l'emporter ?

Les sourcils froncés, il chercha à comprendre le sens caché de ces mots. Les œuvres d'Akashi étaient justement connues par cette sensation de possession, d'envol pour rejoindre l'environnement qui avait été peint. Alors que sous-entendait-il en disant ceci ? Nijimura réfléchit longuement, les sourcils froncés et pinçant par intermittence ses lèvres, les entrouvrant quelque fois pour penser à voix haute et mettre de l'ordre dans son esprit.

Akashi désirait une échappatoire ; un moyen de se retirer de cet endroit et de prendre le large, sans malheureusement pouvoir y trouver l'opportunité ni même ressentir le réel désir de mettre en œuvre ses fantasmes inavoués, même envers lui-même. Et quand Nijimura réalisa cela, il trouva la situation triste. Akashi était le peintre qui faisait voyager son public à travers ses tableaux, mais lui était enfermé dans cette pièce où des bâches couvraient les murs et où l'odeur de vernis piquait les narines des personnes non habituées.

Et derrière tout ça, l'image du père du rouquin se glissa sous les paupières de Nijimura.

Il était peut-être temps d'avoir une petite conversation avec le concerné.

Cela arriva quelques jours après sa prise de décision. Nijimura vint toquer à la porte du père d'Akashi tandis que ce dernier s'efforçait tant bien que mal à peindre quelque chose, désireux de combattre son inactivité et remporter ce combat en peignant quelque chose de magnifique. Pas de potable, jamais Akashi ne perdrait son temps à produire quelque chose de juste bien.

Le visage sévère, Masaomi Akashi croisa ses mains sous son menton et se donna un air redoutable. Cependant, Nijimura n'avait pas peur de lui. Ce genre de personnes, il en avait connu un nombre incalculable pendant sa jeunesse, il en avait combattu certains et s'en était toujours tiré.

« Que me dis-tu ? Posa froidement l'adulte dont les cernes appuyaient davantage ses rides.

— Lâchez du lest, et laissez enfin votre fils faire quelque chose qu'il affectionne.

— La peinture est éphémère, ce n'est pas ce qui nourrira mon fils dans plusieurs années.

— C'est dans votre droit de vous inquiéter de l'avenir d'Akashi, mais ce n'est pas en le coupant du monde entier qu'il s'épanouira. Les paysages qu'il peint et qui l'ont rendu célèbre, les a-t-il déjà vu de ses propres yeux ? »

Le coin des lèvres raidies de Masaomi s'étirèrent en un rictus moqueur. Seulement, le plus âgé ne renchérit rien et préféra retourner à ses documents qui reposaient contre son bureau, ignorant ainsi superbement la présence du manager de son fils. Il n'avait jamais toléré la présence de ce brun impertinent, qui se pensait en droit de mettre les pieds où ça l'enchantait.

« Prochainement, je compte emmener Akashi avec moi, hors de votre prison dorée. »

La feuille que détenait Masaomi dans le creux de sa main se froissa. Son regard ne relâcha toutefois pas les lignes qu'il faisait semblant de lire. Quant à Nijimura, ce dernier se détourna du bureau de cette personne pour en ressortir. Ce fut quand sa main eut atteint la poignée que la voix grave et dangereuse de Masaomi remplit les lieux. C'était comme si tout autour d'eux, le sol était prêt à s'effondrer et les emmener dans les profondeurs des Enfers ; là où se trouvait déjà leur place à tous les deux.

« Ne crois pas que je t'ai oublié, Nijimura Shūzō. Et je continue à penser que ma femme aurait dû te laisser crever dans cette impasse. »

Les mots étaient crus, jetés en plein visage dans l'unique but de le blesser tout en le remettant à sa place : un vaurien qui avait le rêve et la prétention de vouloir être quelqu'un de bien.

La tête penchée vers l'avant, Masaomi pouvait seulement voir les épaules de son vis-à-vis tressauter. Mais de toute évidence, ce n'était pas pour pleurer. Nijimura riait silencieusement, de façon à peine audible même pour une personne qui placerait son oreille contre ses lèvres. Une atmosphère particulière se forma autour du jeune adulte, mais Masaomi n'en prit pas peur : après tout, la première fois qu'il avait rencontré cet enfant il était comme un chat sauvage qui feulait dès que l'on s'en approchait trop.

« Et moi, je me demande toujours comment une femme aussi gentille et d'une bonté rare a pu tomber amoureuse d'un être aussi répugnant que vous. »

Nijimura ne se retourna pas, pourtant il sentit aisément le regard noir que lui lança Masaomi en cet instant. Il ne s'attarda pas davantage dans cette pièce où il lui était difficile de respirer correctement. Non pas car Masaomi l'impressionnait, mais simplement car l'air n'était pas respirable à cet endroit : il y avait quelque chose de putride, comme du poison qui s'infiltrerait dans ses poumons et viendrait aussitôt intoxiquer son cœur.

Après cette conversation dont Akashi ignorait complètement l'existence, Nijimura réfléchissait à des endroits où il pourrait emmener le jeune homme et qui pourraient lui plaire. Ce n'était pas comme si Akashi était un garçon facile : le petit avait grandi dans un milieu luxueux. Feuilletant un guide touristique qu'il avait pris à l'office de tourisme pendant un de ses jours de repos, Nijimura restait silencieux. Une petite table avait été aménagée pour lui dans l'atelier afin qu'il puisse s'y établir, et ainsi lire ou bien même parfois faire la sieste pendant qu'Akashi travaillait.

« Tu comptes partir en vacance ? » Lui demanda subitement l'adolescent après être passé derrière son manager pour découvrir ce qui l'obnubilait autant ces derniers temps.

Etant auparavant plongé dans de profondes pensées, Nijimura ne l'avait pas senti se rapprocher de lui. Il fut donc pris d'un sursaut qui manqua de le faire tomber de son tabouret si seulement il n'avait pas eu de bons réflexes, se rattrapant comme il le put à la table. Il se tourna ensuite vers la personne qui allait décidément lui faire faire un arrêt cardiaque un de ses jours, et remarqua alors le regard surpris que lui offrait Akashi. Lui aussi ne s'était pas attendu à une telle réaction de sa part.

« Pas tellement des vacances… »

Après avoir répondu, Nijimura apporta sa main à sa nuque et se la massa un instant. Son regard partit ensuite regarder en coin la silhouette d'Akashi, se demandant à nouveau dans quels endroits ce garçon aimerait mettre les pieds. Si seulement il avait été un gamin ordinaire, comme il avait pu en croiser et finir par être ami avec eux, cela aurait été beaucoup plus simple.

Un soupir irrité traversa par la suite la barrière de ses lèvres. C'était ridicule. Autant demander au principal concerné.

« Si tu pouvais sortir de chez toi, tu désirerais aller où ? Interrogea-t-il de but en blanc, faisant s'agrandir les yeux d'Akashi.

— Pourquoi cette question ?

— Car je compte t'emmener avec moi une journée et te faire découvrir l'extérieur. »

De plus en plus surpris par les propos de cet homme qui devait avoir perdu la raison, Akashi préféra s'en désintéresser et retourna faire face à son tableau. Il fit alors comme s'il n'avait rien entendu, préférant effacer cette scène de son esprit à tout jamais. Seulement, Nijimura n'allait pas lui permette cette faveur. Il se dressa ainsi entre le tableau et son peintre, son regard ancré dans celui du plus jeune qui le fusillait déjà du regard.

« Si cette sortie a un rapport quelconque avec ce que j'ai pu dire la dernière fois, oublie. » Ordonna l'adolescent.

Ce fichu gosse avait vraiment le talent pour lui faucher l'herbe sous le pied. Il resta silencieux de longues minutes, ne sachant quoi répondre à cela, ce qui permit à Akashi de comprendre qu'il avait visé juste.

« Je le savais… »

Akashi venait de prononcer ces mots en un soupir déçu, faisant se contracter le cœur du brun tandis que les yeux sanglants se levèrent dans sa direction. Comme son manager ne semblait pas décidé à se décaler, Akashi décida à la place de changer de toile et en reprit une autre, tournant ainsi le dos à Nijimura.

Avoir déplut à ce garçon, dont la prestance, la façon de s'exprimer ainsi que de se comporter en société le faisaient passer pour une personne bien plus âgée, fit se comprimer la poitrine de Nijimura. Ça lui faisait mal. Cette solitude qui surplombait Akashi et dont il s'était rendu compte qu'au fil des jours, les paroles de Masaomi se jouant dans un coin de sa cervelle comme une musique distordue, toujours là pour lui rappeler sa présence et les dangers de s'impliquer plus qu'il ne le devrait… Nijimura agita vivement sa tête sur les côtés.

C'en était assez.

Sa main vint claquer contre celle d'Akashi, serrant davantage son emprise pour empêcher toute échappade tandis que ses grandes enjambées les emmenaient hors de cet atelier. Akashi essaya de se débattre, plantant sans vergogne ses ongles dans le poignet de Nijimura pour l'obliger à le lâcher, l'insultant et le rappelant à l'ordre. Il le menaça aussi de le virer s'ils passaient le pas de la porte qui les emmènerait à l'extérieur.

Nijimura s'arrêta à la menace, se tournant alors vers Akashi dont il détenait toujours la main. Son regard était furieux et interloqua sur l'instant le rouquin, n'ayant jusqu'alors jamais vu une telle expression sur le visage de son manager : c'était à la fois intriguant et inquiétant. Comme si une bête sauvage se dissimulait derrière ces yeux ombragés.

« Tes paroles m'ont interpelé, mais ce n'est pas pour autant que je t'ai pris en pitié. Alors maintenant tu vas te taire et me suivre, capich ? »

Devant l'air ahuri que lui offrit Akashi complètement dépassé par les événements, l'humeur de Nijimura revint et un sourire se dessina discrètement sur le coin de ses lèvres. Deux de ses doigts se rapprochèrent alors du front de l'adolescent pour y administrer une pichenette afin de le faire redescendre sur terre, l'obligeant quelques secondes plus tard à apporter sa main à son front endolori et le fusiller du regard.

Lorsqu'ils arrivèrent à la voiture de fonction de Nijimura, ce dernier se tourna vers le rouquin après avoir ouvert la portière arrière. Il n'allait pas le jeter à l'intérieur et lui laissa ainsi le choix, bien que sa main gardait dans son creux celle d'Akashi. Les yeux sanglants du jeune homme passèrent des siens à la portière ouverte, sans dire le moindre mot. Derrière eux, se tenait la demeure des Akashi depuis laquelle Masaomi observait la scène, camouflé en parti par les rideaux qui étaient accrochés de chaque côté de la grande fenêtre de son bureau.

Au fond, Akashi souhaiterait monter dans cette voiture et découvrir la ville qu'il n'avait jamais pris le temps de visiter. Ou plutôt, qu'on ne lui avait pas laissé le temps de visiter. Seulement, sa raison lui indiquait de faire demi-tour et de se remettre au travail. Il n'avait pas le loisir de se balader dans les rues de Kyoto. Son hésitation était toutefois parfaitement visible sur son visage alors Nijimura soupira un grand coup avant de faire claquer sa main entre les omoplates d'Akashi, le faisant ainsi basculer vers l'avant de quelques pas et le forçant à se rattraper au toit de la voiture.

« Niji, commença-t-il à grincer avant que le brun ne le coupe.

— Monte dans cette voiture, Akashi. »

Le rouquin hausa un sourcil devant l'ordre qui lui avait été donné, Nijimura soutint son regard sans faillir. Son manager était sérieux, il venait bel et bien de lui donner une directive. Son employé ne lui laissait désormais plus le choix. En temps normal, Akashi aurait riposté et aurait recadré en une simple phrase Nijimura, mais de nouveau quelque chose d'étrange se dégageait du brun. Quelque chose de mauvais, d'inquiétant, qui le poussa à s'asseoir sans dire un mot sur la banquette arrière.

La porte ne tarda à se refermer après lui, et Nijimura rejoignit ensuite le siège conducteur. Akashi le vit ensuite diriger son regard grisâtre dans le rétroviseur intérieur, l'observant ainsi sans devoir se retourner.

« Je souhaite simplement que tu te changes les idées, et que tu vois enfin les paysages que tu peins pratiquement tous les jours. Alors si tu as une destination spéciale en tête, dis-moi et je nous y conduirais. Je suis ton taxi pour la journée ! »

Un sourire s'étira sur le visage de Nijimura qui était redevenu la personne que commençait à connaître Akashi. L'adolescent pencha ensuite sa tête et se mit à réfléchir ; avoir subitement le choix d'aller n'importe où il voulait lui laissait beaucoup de possibilité, et la journée était déjà bien entamée. Il ne resta néanmoins pas plus longtemps silencieux et donna leur première destination : les monuments historiques que possédait Kyoto. En compagnie de Nijimura qui ne râlait jamais lorsqu'Akashi proposait un nouveau trajet, ils visitèrent ensemble un nombre incalculable de temples japonais, se joignant parfois aux visites touristiques qui se déroulaient au fil de la journée.

Etant déjà venu à certains de ces endroits avec sa classe ou bien même avec ses parents et des amis, Nijimura connaissait les histoires que ces guides leur racontaient. Son regard se désintéressa alors de ces monuments culturels pour observer avec un intérêt particulier la silhouette d'Akashi ainsi que de l'expression émerveillée qui se peignait sur son visage. Ses yeux sanglants détaillaient dans les moindres recoins ce qui se dressait face à lui tandis que ses oreilles attentives ne perdaient pas une miette de ce qui se disait de ces bâtiments connus mondialement.

C'était comme emmener un enfant à une fête foraine pour la première fois, et cette comparaison amusa grandement Nijimura.

Après leurs visites des temples japonais, Akashi voulut voir les endroits populaires de Kyoto. Ces lieux qui ne sont inscrits dans aucun prospectus touristiques et que seuls les habitants de cette ville peuvent connaître, se tournant alors vers Nijimura qui haussa l'un de ses sourcils.

« Tu veux vraiment que je t'emmène dans des endroits comme ça ? S'assura-t-il alors.

— Oui. Je veux que tu me montres les endroits que tu affectionnes. »

Gêné par la demande subite, Nijimura pivota son visage sur le côté tout en se grattant la nuque. Sa moue habituelle de retour sur son visage. Son attitude parut étrange aux yeux d'Akashi, qui ne comprenait pas le silence subit de son interlocuteur.

« Ça te dérange ? Demanda le plus jeune.

— C'est pas vraiment ça, marmonna le brun avant de s'arrêter, ce qui commença à agacer Akashi.

— Parle alors. »

La voix d'Akashi était impérieuse et ne laissait aucune échappatoire à Nijimura. Alors le plus âgé soupira avant de replonger son regard dans celui de son vis-à-vis.

« Bien, je t'y emmènerai. Viens. »

Nijimura esquiva ainsi la question d'Akashi en retournant à la voiture et y mettant le contact, patientant jusqu'à ce que son protégé monte à son tour pour démarrer et s'éloigner des zones touristiques pour enfin s'enfoncer au cœur de Kyoto où toute la population se regroupait pour passer du bon temps ensemble. Après être parvenu à trouver une place de parking, Nijimura descendit de son véhicule de fonction et mit ses mains dans les poches de son pantalon, humant pendant un instant l'air qui se trouvait autour de lui. Ce même air qui lui avait manqué entre les pots d'échappement des voitures, la nourriture qui se vendait à chaque coin de rue ainsi que les bars où des effusions d'alcool se faisaient sentir dès le trottoir. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus mis les pieds ici à cause de son travail.

De son côté, Akashi observait avec un intérêt particulier le paysage qui se l'entourait. Lorsque sa mère était encore vivante, il s'était déjà baladé dans les rues de Kyoto, loin de la maison et de l'emprise de son père. Seulement, il n'était jamais venu dans ce genre de quartier. Etait-ce d'ailleurs ça un quartier mal famé ? Entre ces personnes qui se bousculaient sans s'excuser, qui tanguaient sur un pied puis sur l'autre avec sûrement de l'alcool dans le sang au beau milieu de après-midi ainsi que toutes ces choses qu'Akashi voyait réellement de ses yeux pour la première fois.

C'était ce genre d'endroits qu'affectionnait son manager ?

Akashi dirigea ainsi son attention vers Nijimura et le vit alors parfaitement détendu, comme si ce dernier venait de retrouvait son environnement naturel. Akashi détourna cependant rapidement son regard lorsque Nijimura vint l'observer à son tour, l'impression d'être pris sur le fait démangeant le rouquin qui pinça alors ses lèvres. Son corps eut un mouvement de tressaillement lorsque la main du brun vint s'engouffrer dans ses cheveux jusqu'à ce qu'une voix amusée ne vienne flirter avec ses oreilles.

« Comme tu es encore mineur, ne compte pas sur moi pour t'emmener dans un bar. Mais il y a une salle d'arcade pas loin, suis-moi ! »

Se mettant en route pour rejoindre cette dite salle d'arcade, Akashi laissa Nijimura le devancer tandis qu'il observait d'un œil nouveau cette ville qu'était Kyoto. Il avait toujours vécu ici, pourtant c'était bel et bien la première fois qu'il la voyait sous cet angle. Ils ne tardèrent à entrer dans le bâtiment où une vingtaine de jeux voire plus étaient proposés. Nijimura se dirigea vers l'un d'eux en particulier et se saisit du pistolet qui reposait gentiment dans son socle. Akashi le rejoignit sans tarder, apportant un regard curieux au jeu qui lui faisait face. Sur les côtés de la machine étaient dessinés des zombies ainsi que deux combattants armés du même pistolet que détenait Nijimura dans sa main droite, et qui reposait dorénavant contre son épaule.

« Je te préviens tout de suite : je suis très fort à ce jeu. Tu ne parviendras pas à me vaincre. »

L'assurance que donnait Nijimura par rapport à ce jeu fit s'embraser les yeux sanglants d'Akashi d'une lueur de défi. Il se saisit alors à son tour du deuxième pistolet qui était proposé, dirigeant le canon vers l'écran de la machine tout en attendant que son manager insère les pièces pour que le jeu démarre. Les premiers zombies ne tardèrent à pointer le bout de leur nez et bien que c'était la première fois qu'Akashi expérimentait de tels jeux, Nijimura ne pouvait que reconnaître son talent une nouvelle fois.

Cependant, il n'allait pas le laisser remporter cette manche.

Les yeux de Nijimura s'allumèrent alors d'une nouvelle flamme. Son arme vint alors disloquer la tête des zombies de leurs épaules. Il ne tardait jamais pour en abattre un autre, puis encore un, tandis qu'Akashi, concentré, essayait tant bien que mal de rattraper son retard. De temps à autre, il observait du coin de l'œil l'adulte qui poussait des cris de réjouissance ou bien qui s'adressait directement aux zombies qui ne faisaient jamais long feu face à lui. C'était à se demander qui était l'enfant ici.

A la fin de la partie, les scores apparurent et bien que Nijimura ait gagné celui-ci ne semblait pas satisfait. Son visage avait repris sa bouille habituelle et il croisa ses bras contre son torse après avoir rangé son arme sur son socle. Le score d'Akashi affiché sous son nom était à quelques points d'écart de lui.

« Tu t'es bien débrouillé pour une première… tu joues à ce genre de jeux dans ta chambre ? Demanda-t-il en se tournant vers le plus jeune.

— C'est ma première fois. » Confessa Akashi.

Nijimura fronça davantage ses sourcils mais ne dit rien. Il ne remettait pas en question la parole d'Akashi, mais il trouvait cependant cela très étonnant. Une personne qui n'aurait jamais joué à un jeu, comment pouvait-elle obtenir un score aussi élevé du premier coup ? Il décida néanmoins de ne plus y songer et de mettre de nouveau au défi Akashi sur tous les autres jeux que proposaient cette salle d'arcade. Son enthousiasme et son esprit de combattant finirent par attirer l'attention des autres personnes présentes dans l'établissement, et qui venaient alors les entourer pour les observer jouer. Sur tous les jeux auxquels Akashi fut confronté, il s'en sortait toujours à merveille : comme s'il y avait toujours joué. Et bien que de temps en temps il rencontrait des difficultés en vue de son adversaire, il ne baissait pas les bras et continuait de lui répondre.

« Joli coup ! » S'écria Nijimura avant de tendre son poing vers Akashi.

Le visage souriant de son manager fit légèrement s'agrandir les yeux de l'adolescent qui observa ensuite le poing tendu dans sa direction, sans savoir quoi faire.

« Ferme ta main et fais la taper contre mon poing. » lui expliqua-t-il tout en lui souriant gentiment.

L'explication de Nijimura le fit aussitôt rougir discrètement.

« Je le sais bien. »

Akashi fit ce qu'on lui demandait et contracta son poing pour venir rencontrer celui de Nijimura, tout en gardant son visage tourné sur le côté pour que son manager ne voie pas son rougissement soudain. Sa soudaine gêne amusa beaucoup Nijimura qui après avoir éloigné son poing avait engouffré sa main dans la chevelure sanguine du plus jeune. Ils continuèrent par la suite leur partie après qu'Akashi ait viré sa main de sa tête, se concentrant davantage sur leur jeu pour cette fois-ci battre le brun qui releva le défi.

Au final, leur journée se passa beaucoup mieux que se l'était imaginé Akashi ainsi que même Nijimura. Après la salle d'arcades, les deux hommes se dirigèrent vers un fast-food afin de pouvoir enfin se restaurer. Par ailleurs, voir Akashi manger un hamburger fit étirer un discret sourire sur les lèvres du brun, mais le plus jeune ne rechignait aucunement devant la nourriture offerte par son manager. C'était la première fois qu'il mangeait ce genre de nourriture et c'était moins pire qu'il ne se l'était imaginé ou l'avait entendu. L'intérêt particulier que portait le rouquin pour ce genre de nourriture bas de gamme était tout à fait touchante, car Nijimura était conscient que jamais dans sa vie Akashi n'avait eu le droit à de la nourriture aussi grasse et mauvaise pour la santé.

Son objectif de la journée n'était pas seulement de faire découvrir de nouveaux lieux à Akashi, mais aussi de le faire se comporter comme un enfant de son âge le ferait. Des plaisirs simples, des conversations faciles et sans prises de tête, et s'amuser continuellement sans penser à rien d'autres. Nijimura avait d'ailleurs remarqué que parfois, Akashi pouvait être extrêmement mignon ; surtout cette fois-là à la salle d'arcades où il avait rougi de gêne et sûrement un peu de colère aussi car il s'était moqué de lui. Son protégé avait été tout à fait adorable à ce moment précis.

« Dis-moi, Nijimura-san…

— Hm ? Souffla-t-il tout en prenant une autre bouchée de son hamburger.

— Quand tu avais mon âge, que faisais-tu de tes journées ? »

Le regard du brun vacilla sur le côté, et un sourire tremblant se forma sur ses lèvres. Si seulement Akashi savait ce qu'il avait été avant de le rencontrer…

« J'allais de temps à autre au lycée et je traînais avec mes amis dans des salles d'arcades comme je t'y ai emmené, avoua-t-il.

— Tous les jours ?

— Pas tous les jours, haha. Parfois on allait au cinéma voir des films d'action, ou on allait manger au fast-food le plus proche. Des fois pendant notre temps libre, on allait à des Streets Basket et on jouait quelques parties.

— Je suis sûr que tu étais nul. »

La remarque d'Akashi fit élever la voix de Nijimura, bien qu'il comprenait qu'il s'agissait là d'une plaisanterie. Enfin, il espérait que ça en soit une. Est-ce qu'Akashi savait d'ailleurs ce qu'était qu'une blague ?

« Je t'y emmènerai la prochaine fois alors ! Promit-il.

— Pourquoi pas maintenant ? Posa tout de suite Akashi.

— Car il commence à se faire tard… et même si je t'ai emmené de force et qu'au final tu apprécies cette journée, je ne pense pas que ton père tolèrera que tu rentres quand le soleil se couche. »

Nijimura vit alors Akashi reposer son hamburger à moitié entamé. Le plus jeune se pinça alors les lèvres pour retenir les mots qui le démangeaient, et qui étaient à l'encontre de son paternel. Seulement, ces mots finirent par franchir la barrière de ses lèvres. Il ne voulait pas rentrer chez lui, pas encore.

« J'en prends la responsabilité. Allons-y. »

Sans plus attendre, Akashi se redressa et quitta leur table pour se tenir à côté. Il ne laissait décidément pas le choix à Nijimura qui dut alors reposer son hamburger et suivre le jeune homme après avoir débarrassé, l'emmenant ensuite vers un des Street Basket où il avait passé beaucoup de temps en étant plus jeune. Par chance, d'autres personnes y jouaient ainsi Nijimura put les aborder pour leur demander si c'était possible de le compter lui et Akashi dans leur équipe et ainsi pouvoir profiter du ballon.

Les équipes furent alors formées et Akashi joua contre Nijimura qui faisait à l'instant rebondir le ballon qui revenait docilement contre sa paume droite ; les règles avaient été rapidement expliquées et Akashi se tenait prêt à prendre le ballon des mains de son manager. Pourtant, cela n'empêcha aucunement Nijimura de le dépasser avec une facilité déconcertante, lui et ses coéquipiers, pour dunker quelques mètres plus loin. Des cris d'admiration furent poussés par ces inconnus qui vinrent entourer Nijimura, des étoiles pleins les yeux, tandis qu'Akashi se tournait vers cet homme qui venait de le balayer comme une rafale de vent.

Reprenant le ballon qu'il cala ensuite contre sa hanche, Nijimura vint se rapprocher d'Akashi avec un sourire victorieux.

« Alors, qui était nul ? » Demanda-t-il tel un idiot qui souriait pour un rien.

Akashi ne trouva aucune raison valable de lui répondre. Son attention retomba plutôt sur le ballon qui était à sa portée, et sans plus attendre sa main vint taper dessus et ainsi le faire perdre à Nijimura. Il n'attendit alors pas plus et se mit à courir pour aller le récupérer et le faire rebondir contre le sol, repartant dans l'autre sens pour se diriger vers son panier tandis que ses adversaires ainsi que Nijimura lui barraient la route. Akashi fut donc forcé à faire la passe à un moment donné, les bras et la silhouette de son manager étant trop large pour qu'il puisse se permette de le dribbler avec aisance.

Ainsi, le reste de l'après-midi Akashi et Nijimura la passèrent avec ces jeunes personnes sûrement âgées de quelques années de plus que le rouquin. Ces derniers durent néanmoins les quitter pour rentrer chez eux avant que leur mère ne les gronde, les faisant s'éloigner du duo en prenant le ballon avec eux. S'asseyant à même le sol et soupirant d'épuisement, Nijimura jeta par la suite sa tête en arrière et vint soulager son front en sueur en mettant sa mèche brune en arrière après un geste de sa main. A côté de lui, Akashi se tenait toujours droit et fier.

« Tu es fatigué ? Demanda le plus jeune en voyant Nijimura reprendre petit à petit son souffle.

— Ça faisait juste longtemps que je n'avais pas joué au basket… On rentre ? »

Nijimura se releva tant bien que mal, ses jambes commençant à le tirer. Après avoir fait quelques pas pour s'éloigner du Street Basket, il remarqua qu'Akashi ne l'avait pas suivi et était resté à sa place sans dire quoique ce soit. Nijimura revint alors sur ses pas et se plaça en face de lui, se penchant vers l'avant pour voir ce qui n'allait pas.

« On peut aller quelque part avant de rentrer ? Proposa l'adolescent en dirigeant son regard vers le sien, et bien que l'expression de ces yeux restaient là même Nijimura y vit une supplication silencieuse.

— Ça dépend, tu comptes encore me mettre au défi pour me forcer à t'y amener ? Répliqua-t-il avant de se recevoir un énième regard assassin.

— Si tu ne t'endors pas devant comme une vieille personne, je pense que ça pourrait être un endroit intéressant.

— Où donc ? Et je ne suis pas si vieux. » Grommela-t-il ensuite.

Akashi étira un sourire discret avant de quitter le premier le terrain, retrouvant le trottoir ainsi que bientôt la civilisation. Il ne donna aucunement le nom de leur prochaine destination, laissant ainsi Nijimura le suivre dans les rues de Kyoto. Curieux de savoir où allait l'emmener l'adolescent, Nijimura regarda attentivement autour de lui cherchant à reconnaître des ruelles pour deviner leur destination.

Ses yeux s'agrandirent toutefois lorsque Akashi s'arrêta devant un établissement qui lui était connu, regardant l'enseigne comme pour s'assurer que c'était bel et bien cet endroit qui se trouvait en face de lui et non pas une hallucination. Akashi voulait aller au cinéma ? A cette question, le brun se tourna vers son protégé et l'interrogea du regard.

« Pendant leur jour de repos, mes domestiques sont allés voir un film qu'ils ont vraiment apprécié et ils en ont beaucoup discuté dans les couloirs. J'ai réussi à avoir le nom de ce film ainsi. Est-ce que nous pouvons aller le voir, Nijimura-san ? »

Akashi apporta ses yeux sanglants dans ceux de son manager, qui tressaillit à l'entente de son nom de la bouche de cet enfant. Les fois où le rouquin l'utilisait étaient assez rare, voire même inexistante. Comment donc Nijimura pouvait-il refuser cette faveur au plus jeune ? Un sourire tremblant vint alors se peindre sur son visage qu'il avait détourné au préalable ; Akashi commençait à savoir comment le manipuler pour parvenir à ses fins, et ceci n'était pas du tout une bonne nouvelle.

Pourquoi ce garnement devait-il être si adorable et innocent par moment ?

Il ne préféra alors rien répondre et s'avança vers le guichet pour acheter deux entrées, laissant Akashi donner le titre du film en question, avant de se diriger vers la salle concernée. Peu de monde se trouvait dans l'espace obscur, laissant au duo le choix des places. Ils s'installèrent au milieu, côte à côte, et virent alors quelques minutes plus tard le film être projeté sur le grand écran qui recouvrait la totalité du mur. Bien que les deux protagonistes commençaient à discuter entre eux, Akashi était agité sur son siège, ce qui commença à déranger Nijimura.

« Si tu voulais aller aux toilettes, il fallait y penser avant, commenta-t-il avant de recevoir, il le savait malgré l'obscurité, un regard assassin.

— Ce n'est pas ça. C'est juste la première fois que je suis dans une salle de cinéma, alors j'en profite, grinça le rouquin.

— Je ne doute pas de ta capacité à voir dans le noir, mais ne serait-ce pas plus logique de regarder le film pour lequel nous sommes venus ? » Se moqua-t-il ensuite.

Nijimura entendit Akashi siffler quelques injures avant de retomber dans son siège, les bras croisés contre son torse. Son attitude fit sourire Nijimura qui heureusement fut caché par l'obscurité des lieux. Akashi l'aurait sûrement frappé en voyant son expression.

Une bonne heure plus tard, les lumières revinrent dans la salle et les quelques autres personnes présentes commencèrent à sortir à tour de rôle. Il ne resta bientôt plus que Nijimura et Akashi qui se tourna alors vers son manager, prêt à partir et rentrer chez lui. Ce qu'il vit le laissa pourtant sans voix ainsi que la bouche entrouverte : son manager tentait tant bien que mal de retenir ses larmes et se mordait la lèvre inférieure qui avait blêmie. Ses mains étaient contractées autour des accoudoirs et seraient presque capable de les décoller si seulement Nijimura détenait plus de force.

« C'est pas juste, fit-il remarquer en s'essuyant les yeux par le revers de sa manche.

— Quoi donc ? S'y intéressa Akashi.

— L'héroïne aurait pas dû partir comme ça, elle a tout laissé derrière elle et… bordel c'est pas juste ! »

Nijimura se redressa subitement et se dirigea vers la sortie d'un pas rageur. La honte commençait à l'habiter, pour avoir montré ses larmes à son protégé bien que c'était à cause de ce film à l'eau de rose pour lequel il n'aurait pas dû débourser son argent. C'était vraiment injuste. Derrière lui, Akashi le rattrapait tant bien que mal à cause des grandes enjambées de Nijimura.

Sa marche fut néanmoins interrompue quand il commença à mettre le nez dehors ; la pluie s'était entretemps abattue férocement sur Kyoto et le ciel s'était complètement fait recouvrir par des nuages sombres. Par moment, le tonnerre se faisait entendre et obligeait les passants à accélérer leur allure pour rentrer au plus vite chez eux, ou aller s'abriter quelque part. Et Nijimura ne pensa qu'à une seule chose : du cinéma, sa voiture de fonction était garée bien trop loin et bien évidemment, il n'avait pas pris de parapluie.

« Nijimura-san ? L'appela dès lors Akashi en le voyant immobile.

— Qu'est-ce que nous pouvons faire… même si nous courrons rapidement, nous serons trempés jusqu'aux os le temps de retourner à la voiture…

— Je peux appeler à la maison que quelqu'un vienne nous chercher, proposa Akashi en commençant à sortir son téléphone.

— Et donner une raison à ton père pour me critiquer un peu plus ? Range ton téléphone… »

Akashi l'écouta alors et remit son téléphone dans la poche de sa veste. Il vit ensuite Nijimura se passer rageusement sa main dans ses cheveux, réfléchissant à voix haute. Le brun hésitait à emmener son protégé à son appartement qui ne se trouvait pas très loin d'ici pour d'attendre là-bas que la pluie se calme avant de retourner à la voiture et ramener Akashi chez lui. Seulement, en vue de comment c'était partie, la pluie allait sûrement perdurer jusqu'à tard le soir, ce qui reviendrait à faire dormir Akashi chez lui.

Après un soupir dépité, Nijimura se tourna vers le principal intéressé.

« Est-ce que ça te dérange d'attendre à mon appart ? Et si la pluie ne s'arrête pas, j'appellerai ton père pour l'avertir que tu dormiras chez moi.

— Ça ne te dérange pas ? »

La question fit aussitôt rire Nijimura.

« Depuis quand tu t'inquiètes pour ce genre de choses ? Allez, prends ça ! »

Nijimura commença à retirer sa veste et la plaça au-dessus de sa tête ainsi que celle d'Akashi, l'obligeant alors à se pencher vers l'avant. Ils se mirent ensuite à courir pour rejoindre au plus vite son appartement qui se trouvait à une dizaine de minutes du cinéma, les faisant alors rentrer en trombes dans le hall d'entrée où Nijimura salua le gardien avant de monter le petit escalier en bois qui le séparait encore de son lieu de vie. Derrière lui, Akashi observait l'endroit avec un vif intérêt.

C'était la première fois qu'il allait chez quelqu'un d'autre, ainsi que la première fois qu'il était invité chez quelqu'un. Quelque part, il était heureux.

Ouvrant sa porte d'entrée, Nijimura s'y engouffra rapidement afin de faire un peu de rangement tout en demandant à Akashi de rester à l'entrée quelques instants. Le plus jeune en profita alors pour se déchausser et replacer correctement quelques-unes de ses mèches trempées par la pluie. Il observa ensuite autour de lui le couloir où il se situait : un porte-manteau se trouvait à sa droite avec devant lui un petit meuble sur lequel Nijimura avait auparavant balancé ses clés et où était rangées quelques chaussures et chaussons.

Quelques minutes plus tard, Nijimura revint à sa hauteur et l'invita à entrer après lui avoir prêté une paire de chaussons. Akashi traversa ainsi le couloir pour se retrouver dans le salon de petite taille, n'ayant strictement rien à voir avec le sien. En fait, la totalité de l'appartement de Nijimura pouvait tenir en une seule pièce de sa demeure. Le salon et la cuisine se partageaient ainsi le même espace. Un canapé deux places était positionné devant la télévision décorée par des pots de fleurs à ses côtés. Akashi pouvait aussi remarquer quelques cadres photographiques où Nijimura était représenté auprès de sa famille et de quelques-amis ; dont notamment un jeune homme avec des cheveux gris et des piercings aux oreilles. Pendant sa phase d'observation, Akashi ne remarqua même pas l'absence de son manager qui était parti à la salle de bain pour ranger un peu de son bric-à-brac avant qu'Akashi n'y fasse un tour.

« Je suis désolé, mais je n'ai pas de baignoire alors tu ne pourras prendre qu'une douche bien chaude. Je t'ai mis des affaires de rechange aussi, hésite pas à me dire si c'est trop grand. »

Se tournant en direction de Nijimura qui venait de réapparaître, Akashi reposa le cadre photo qu'il détenait entre ses mains. Cela piqua l'intérêt de Nijimura qui le rejoignit et le prit à son tour, souriant devant l'air idiot qu'affichait son ami sur celle-ci.

« C'était l'un des gars avec qui je passais le plus de mon temps, tout aussi insupportable que toi voire même plus !

— Vous ne vous parlez plus ? Interrogea Akashi tout en ignorant la critique, mais son regard tranchant ne loupant pas le brun.

— Parfois… on a juste suivi des chemins différents. »

Face au regard persistant d'Akashi, Nijimura se sentit rapidement mal à l'aise. Si un jour on lui avait dit que son protégé et tortionnaire à ces jours perdus viendrait dans son appartement…

« Allez, va te réchauffer ! »

Sa main s'engouffra de nouveau dans la chevelure d'Akashi avant que Nijimura ne le dépasse pour se diriger vers la cuisine. Il commençait à se faire tard et la partie de basket puis le cinéma l'avait affamé, alors Akashi ne devait pas en être loin aussi. Se dirigeant pour sa part vers la salle d'eau, Akashi continua son observation regarda tout avec une attention particulière. Sur le rebord de la vitre, des produits de rasages et des déodorants étaient posés ainsi qu'une brosse à dent et du dentifrice. Même la salle de bain était minuscule en comparaison de la sienne, cette pièce était même plus petite que ses toilettes. Mais cela, Akashi allait le garder sous silence.

Il remarqua ensuite qu'en effet Nijimura lui avait prêté l'un de ses shorts et un T-shirt qu'il avait déposé contre un coin du lavabo.

Se déshabillant, Akashi ne tarda à rentrer sous la douche et d'enclencher l'eau chaude qui lui fit un grand bien. Pendant ce temps, Nijimura découpait des légumes avec soin tout en écoutant les journaux télévisés qui avaient commencé. Quand Akashi revint vêtu de ses affaires auxquelles il avait dû faire plusieurs revers, surtout au niveau du short, Nijimura se mordit les lèvres pour ne pas éclater de rire. L'adolescent avait un look complètement dépareillé ainsi, mais après tout c'était à prévoir : Nijimura et lui ne faisaient pas du tout la même taille.

« Ça t'as fait du bien ? S'enquit-il en délaissant ses couteaux.

— Oui, merci pour les vêtements.

— Pas de problème ! Appelle ton père pendant que je vais me doucher à mon tour. »

Akashi acquiesça tandis que Nijimura rejoignit la salle de bain après y avoir apporté des vêtements secs. Pendant que l'eau s'écoulait sur son corps, Akashi avait son père au téléphone pour le prévenir qu'il risquait de ne pas dormir à la maison ce soir, et lui expliqua alors chez qui il se trouvait. Son père n'était évidemment pas ravi, cependant par le ton de sa voix Akashi commença à se demander si on ne lui cachait pas quelque chose. Certes son père était strict et intransigeant, mais ici c'était la faute de la pluie qui était tombée brusquement et non celle de son manager.

« Fais attention à toi, Seijūrō. Au revoir. »

Akashi comprit que ce n'était pas qu'une simple politesse et que les mots tenaient plutôt de l'avertissement, mais il raccrocha sans en demander davantage. Nijimura quittait au même moment la salle de bain avec de nouveaux vêtements beaucoup plus détendus que d'ordinaire et continuant de passer sa serviette sur ses cheveux encore humides.

« Ton père ne m'a pas trop descendu ? Ricana-t-il en se rapprochant de l'adolescent.

— Il n'était pas ravi, mais il accepte. Je dois rentrer avant midi, avertit Akashi.

— Ça marche. Assis toi, je finis de préparer le repas. »

En passant à ses côtés, Nijimura déposa sa serviette sur ses cheveux. Des gouttelettes continuaient de perler pour venir rouler sur son corps.

« Essuies toi correctement les cheveux ou tu seras malade demain. »

Akashi vira rapidement la serviette du haut de sa tête et fusilla du regard son manager qui se permettait décidément beaucoup de choses aujourd'hui. Il alla alors ranger la serviette à sa place sans prendre le temps de sécher complètement ses cheveux. Comme s'il pouvait tomber malade aussi facilement, c'était mal le connaître. Par la suite, Akashi vint s'asseoir sur le canapé et regarda les informations tout en écoutant d'une oreille distraite le son du couteau contre la planche à découper. Les odeurs qui commençaient à s'échapper de la cuisine firent se tordre ses entrailles.

Au moment de passer à table, Akashi attrapa les couverts que lui tendit Nijimura de la cuisine afin de couvrir la table. Une fois le tout bien installé, le brun vint remplir leur assiette avant de s'asseoir. Le début du repas se passa dans le plus grand des silences, seulement entrecoupé par les informations télévisées. Nijimura regardait d'ailleurs sur le côté afin de voir et comprendre ce qui se passait dans le monde, ne faisant donc pas attention à Akashi qui ayant pourtant faim prenait son temps pour savourer le plat qui avait été préparé.

Ce fut seulement quand Nijimura eut terminé son assiette et vit celle d'Akashi encore à moitié pleine qu'il fronça ses sourcils.

« Ça ne te plaît pas ? » L'interrogea-t-il alors, inquiet.

Après avoir relevé son regard dans celui grisâtre de son interlocuteur, Akashi agita négativement sa tête avant d'ajouter :

« C'est juste que ça doit faire des années que l'on ne m'a pas préparé un repas fait maison, confia-t-il en admirant le contenu de son assiette.

— Vos domestiques vous préparent pourtant tous vos repas, non ?

— Oui, mais c'est leur travail. C'est comme une obligation pour eux de nous nourrir, ils y sont quelque part forcés. De plus, ils sont obligés de suivre un programme précis et faire des plats sains. Ce n'est pas comme si j'avais la possibilité de choisir ce que je veux manger. »

Akashi était bien bavard ce soir, mais cela ne déplut aucunement à Nijimura. A force de se livrer à lui, à lui confier des choses de son quotidien, Nijimura commençait à le comprendre et à découvrir qui était réellement Akashi Seijūrō. Le brun vit ainsi son protégé apporter ses baguettes à sa bouche et se régaler du plat qui lui était servi, gênant au fond Nijimura qui couvrit la partie inférieure de son visage par sa main qui entoura sa mâchoire. Son regard ne pouvait toutefois dévier de l'expression ravie qu'Akashi laissait filtrer, délaissant ainsi son visage neutre quotidien.

Après le dîner, ils regardèrent un film en s'asseyant chacun de leur côté sans qu'aucune proximité ne soit visible. Tous les deux étaient appuyés contre les accoudoirs du canapé, discutant seulement pour commenter certains passages du film présenté. Puis, quand le générique pointa le bout de son nez, Nijimura jeta un coup d'œil à l'heure et vit de la sorte qu'il se faisait tard.

« Comme je doute que tu acceptes de dormir sur le canapé, je te laisse mon lit pour cette fois-ci.

— Et toi ?

— C'est un lit double. »

L'expression qui se déploya sur le visage d'Akashi en cet instant aurait mérité une photo ; un mélange de colère, d'ahurissement et curieusement une certaine part de gêne. Sa main se tendit alors sur le côté pour venir rejoindre le crâne du rouquin et de le décoiffer.

« Je plaisantais. Tu dormiras seul dans mon lit, je prends le canap'.

— J'espère bien ! »

Akashi se redressa subitement et s'éloigna ainsi de son manager stupide, qui s'était trouvé une nouvelle passion : celle de jouer avec ses nerfs. L'adolescent contourna ensuite le canapé pour arriver dans le couloir qui donnait sur plusieurs pièces, et si celle-ci emmenait à la salle de bain alors celle de gauche devrait être la chambre de cet idiot impertinent. Avec conviction et rage, Akashi attrapa la poignée avant d'entendre derrière son dos le rire de Nijimura.

« A moins que tu ne veuilles dormir entre trois-quatre cartons pourquoi pas, mais cette pièce est un débarras. »

Nul doute que derrière lui, Nijimura devait étendre un sourire satisfait. Akashi n'avait pas besoin de se retourner pour savoir cela. Le menton enfoncé entre ses épaules et les poings crispés, il se dirigea vers la seule porte qu'il n'avait pas encore ouverte et arriva enfin dans la chambre du brun : un lit double s'offrant à lui avec des draps propres que son manager avait sûrement trouvé le temps de changer afin qu'il soit à l'aise.

Toujours dans le salon, Nijimura entendit Akashi fermer bruyamment la porte sans lui souhaiter une bonne soirée ou encore bonne nuit. Akashi pouvait donc bel et bien être un adolescent de quinze ans tout à fait normal. Rassuré sur ce point, Nijimura se releva à son tour de son canapé pour aller prendre des couvertures et un oreiller qu'il rangeait dans l'un de ses placards au cas où il recevait un invité surprise. N'ayant pour sa part pas encore sommeil, il continua de regarder la télévision tout en ayant au préalable baissé le volume. Il pensa aussi à mettre un réveil sur son téléphone au cas où il tomberait dans les bras de Morphée sans s'y attendre.

Ce fut d'ailleurs quand la sonnerie de son téléphone le sortit tout à coup de ses songes que Nijimura réalisa qu'il avait bien fait. Seulement, quand son regard pris conscience de l'heure qu'il était, ses sourcils se froncèrent. Dans les rues de Kyoto, peu de voitures circulaient encore et tous les businessmans étaient déjà rentrés chez eux depuis plusieurs heures. Tout était désert, hormis dans les coins mal famés où délinquants et revendeurs se côtoyaient et se disputaient la plupart du temps, faisant souvent intervenir les forces de l'ordre.

Cette personne qui était en train de l'appeler, cet appel dont Nijimura connaissait déjà la portée avant même de décrocher, Nijimura ne put se résoudre à l'ignorer malgré le fait qu'il savait dans quoi il allait tomber. Ou plutôt retomber. Malgré tous les efforts du monde et la meilleure des volontés pour changer et devenir une personne respectable, le passé ne pouvait être ignoré et encore moins être effacé.

Nijimura apporta alors son téléphone à son oreille et entendit la voix rauque et irrégulière de son ami. En l'espace de quelques minutes, son appartement se composa bientôt que d'une seule et unique présence profondément endormie dans un lit qui n'était pas sien et qui sentait encore le tabac bien que les draps furent propres.