Bonsoir tout le monde ! Je suis vraiment désolée du retard, mais ces derniers jours le temps va tellement vite que je n'ai même plus le temps pour écrire quoique ce soit... et comme je travaille le week-end, je n'ai même pas le temps pour me reposer même un peu. Enfin bref !
Voici le chapitre 3 de cette fiction, qui j'espère vous plaira ;) On commence à en apprendre davantage sur Nijimura et son passé, enjoy !
Réponse aux review :
Ink in White : Merci beaucoup pour tes deux reviews ! Pour le fait que certains passages vont plus vite que d'autre, surtout dans le chapitre 1, c'est qu'à la base cette fiction était un OS (oui, oui encore un autre que je n'arrive pas à tenir...). Mais Nijimura et Akashi m'ont soufflé tant d'idées que ça ne pouvait plus être le cas, en tout cas je suis désolée si cela t'a dérangé et j'espère que c'est moins le cas avec le chapitre 2 et 3. Et pour cette suite qui sent l'embrouille à plein gaz, je te laisse découvrir ça avec ce chapitre ;) Je te souhaite une bonne lecture et à la prochaine fois !
Merci en tout cas à vous qui mettez en favori, ou en follow, cette histoire ! Je vous souhaite à vous aussi une bonne lecture et n'hésitez pas à commenter ;)
Le portrait
Chapitre 3
« Je t'ai pourtant demandé de ne plus m'appeler, sauf en cas d'urgence ! »
Sa voix avait claqué dans les airs, résonnant dans cette impasse où reposait une silhouette assise misérablement au sol. Nijimura n'était pas content, mais le regard qui se leva sur sa personne le fit déglutir. Le corps sous lui, dont les bras pendait à bout de force de chaque côté, était couvert de blessures profondes et superficielles, mais jamais rien de grave. Son T-shirt comportait aussi des déchirures, sûrement faites à l'arme blanche.
Non, ce qui avait fait déglutir Nijimura était tout autre.
Le regard de son ami ; cette animosité derrière sa pupille, cette envie de vengeance dès qu'un peu de force lui sera revenue, afin de faire payer à la personne qui l'aura mis dans cet état… Tout ceci et encore tellement de choses encore rappelèrent à Nijimura que quelques années auparavant, il n'était pas plus différent de son ami.
« T'crois que ça m'fait plaisir de voir ta tronche, hein !? »
Voici à quoi s'était résout leur conversation : aucun mot de politesse, aucune salutation, rien. Nijimura l'aida pourtant à se lever, soutenant par la suite son poids en passant son bras par-dessous ses épaules et ainsi avancer tous les deux ensembles. Puis ils étaient retournés dans l'appartement que partageait son ami avec son frère aîné où il lui administra les premiers soins avant de se retirer. Sans un mot encore.
Nijimura était ensuite retourné chez lui, où Akashi dormait encore bien que le Soleil se levait doucement. Il décida alors de prendre une douche et de mettre ses vêtements au sal, où le sang de son ami s'était échoué sur le tissu en l'aidant à se redresser. Akashi n'avait pas à voir ce genre de choses. Préparant ensuite le petit déjeuner en ne portant qu'une serviette autour de sa taille puisque toutes ses affaires se trouvaient dans sa chambre, Nijimura se sortit de l'esprit toutes pensées inopportunes en cuisinant.
Ce fut quand Nijimura déposa les premières assiettes sur la table, qu'une voix blasée arriva jusqu'à ses oreilles.
« Je peux comprendre que tu n'es aucun complexe à propos de ton corps, mais épargne-moi cette vision au réveil.
— Merci pour le compliment détourné, Akashi, mais sache que tous mes vêtements sont dans ma chambre. Et je ne suis pas suicidaire. »
L'adolescent poussa un soupir faussement agacé, du rouge discret ayant couvert ses joues tandis qu'il fermait ses yeux tout en s'asseyant pour faire face au petit-déjeuner dont l'odeur l'avait sorti de ses songes. Au moins, cet incapable savait au moins faire une chose : ses plats étaient bons.
« Ta chambre est libre maintenant, va te changer.
— Vos désirs sont des ordres, Majesté ! »
Nijimura accentua la scène en se mettant au garde à vous, se détournant ensuite de la cuisine tout en ricanant après qu'Akashi lui ait lancé un regard menaçant. Akashi qui en ce moment suivait du regard son manager simplement vêtu d'une serviette, qu'il tenait par sa main droite afin que celle-ci évite de tomber au sol. Il était vrai que le corps de Nijimura était bien formé, principalement son torse. Ce dernier n'avait rien à voir avec celui d'Akashi. Nijimura était musclé, des pectoraux visibles et une chute de reins qui en feraient sûrement rougir plus d'unes. C'était presque injuste, mais la seconde d'après le rouquin se souvint que son manager avait plusieurs années d'avance sur lui et avait donc eu le temps de bien se former.
Les sourcils d'Akashi se froncèrent subitement quand il observa plus en détail le dos de son manager, qui s'éloignait de plus en plus de lui. Quelque chose venait d'attirer son attention et de briser l'harmonie de la structure du brun : entre ses omoplates jusqu'au milieu de son dos, la peau était plus claire. Une longue cicatrice barrait le dos pratiquement parfait de Nijimura, à ce détail prêt. Comment une telle cicatrice avait-elle donc pu apparaître ? Ce n'était pas une zone commune et la trace était nette et précise, une unique ligne qui partait d'un point pour s'arrêter à un autre. Pendant un instant, Akashi cessa d'amener ses baguettes à sa bouche et ces dernières reposèrent dans son bol de riz.
Des mots commencèrent à sortir de sa bouche, afin de poser la question qui désormais le démangeait, mais ses lèvres vinrent se refermer presque aussitôt. Akashi se retourna et déposa son dos contre le dossier de la chaise, entamant son déjeuner sans pour autant ôter de son esprit l'image de cette cicatrice. Il était vrai qu'il n'avait jamais pris le temps de réellement connaître ses managers, pour certains il n'avait même pas cherché à apprendre leur nom qu'ils partaient déjà de sa maison sans avoir eu le temps de le formuler.
Akashi jeta de nouveau un coup d'œil autour de lui. Cet appartement entier pourrait contenir dans une seule pièce de la maison de son père, pourtant, étrangement, Akashi s'y sentait bien. Toutes les pièces sentaient l'odeur de Nijimura, rajouté à ça celle persistante du tabac qui finalement était devenue habituelle pour Akashi. Selon les pièces et les moments, il la ressentait davantage, mais il avait fini par s'y faire.
Lorsque Nijimura revint à la cuisine, Akashi avait fini de manger et avait mis ses couverts dans l'évier. Désormais propre et changé, Nijimura s'assit afin de déguster son propre petit-déjeuner même si entretemps ce dernier avait eu le temps de se refroidir.
« Nous n'allons pas tarder à rentrer chez toi, alors si tu veux prendre une autre douche n'hésite pas à y aller. »
Akashi acquiesça sans ajouter quoique ce soit d'autre. Il vint ensuite se rasseoir à son ancienne place et observa avec un nouvel œil encore son manager : son esprit ne voulant pas se sortir de la tête l'existence de cette cicatrice. Le jeune homme n'appréciait véritablement pas ne pas savoir quelque chose, et être ainsi plongé dans l'ignorance. Cependant, il avait tout à fait conscience qu'il s'agissait là de choses qui le ne regardaient pas. Même si ces derniers temps Akashi s'entendait bien avec Nijimura, ça ne faisait pas d'eux des amis.
Il leva toutefois un regard curieux vers Nijimura, ses yeux rouges brillant d'une lueur que n'aurait cru jamais voir Nijimura. En tout cas, pas dirigé à l'encontre de sa personne.
« Si tu as quelque chose à me dire, hésite pas. » Souffla-t-il tout en continuant de manger.
Le manque de manière de son manager aurait pu agacer Akashi, cependant il avait d'autre chose à penser. Tout à l'heure il n'y avait pas fait attention à cause de la quasi nudité du brun, et du fait qu'il lui ait rapidement tourné le dos pour aller se changer, mais sous son œil droit se trouvait un pansement qui couvrait ainsi une de ses pommettes.
« Quand est-ce que tu t'es blessé ? Demanda-t-il alors en désignant sa propre joue pour montrer au brun l'endroit dont il parlait.
—Oh ça… c'est en me rasant ce matin. »
Nijimura ricana en se moquant de lui-même, et du fait qu'il n'était jamais très matinal. C'était bien évidemment un mensonge, mais Akashi n'avait pas besoin de savoir la vérité. Si le rouquin faisait par ailleurs attention, il verrait les écorchures au niveau de ses poings. En réalité, Nijimura n'avait pas fait que rejoindre son ami au détour de cette ruelle pour le ramener chez lui, il ne se serait pas déplacé pour si peu et l'aurait laissé se débrouiller.
Il n'était pas une âme si charitable.
Après, à savoir si Akashi le croyait… En tout cas, ce dernier ne revint pas à la charge et détourna bientôt son attention. De nouveau, le silence s'empara de l'appartement.
« Ça fait longtemps que tu vis ici ? »
La seconde question d'Akashi fit se hausser les sourcils de Nijimura. Son protégé se montrait bien curieux vis-à-vis de lui ces derniers temps, mais il n'allait pas le commenter à voix haute. Nijimura commençait à assez bien connaître l'adolescent pour savoir que s'il se moquait de lui à ce sujet, alors Akashi se braquerait et retrouverait sa langue de vipère qui avait fait sa réputation.
« Après que mon père soit mort, c'était assez tendu chez moi. C'était mieux pour tout le monde que je me prenne en main et vive séparé du reste de ma famille, révéla-t-il.
— Donc ça fait combien de temps ? Renchérit aussitôt Akashi, qui après tout n'avait pas eu la réponse escomptée.
— Hm… bientôt cinq ans ? J'ai pris cet appartement après mes dix-huit ans. »
De nouveau, Akashi acquiesça simplement sans renchérir quelque chose. Son attitude poussa alors Nijimura à s'intéresser davantage à lui, puis une idée vint s'infiltrer dans son esprit.
« Tu comptes prendre un appartement plus tard ?
— Bien sûr que non. Mon père ne me laisserait jamais quitter la maison.
— C'est vrai… déjà que te faire sortir une seule journée a été un rude combat. » Soupira-t-il alors tout en se grattant le sommet de son crâne.
A cette révélation, Akashi fronça des sourcils et voulut en savoir davantage. Il n'était pas au courant que Nijimura et son père aient pu avoir une quelconque discussion à son propos.
Quelques minutes plus tard, Nijimura termina ses assiettes et partit ensuite faire la vaisselle en sentant contre son dos le regard insistant d'Akashi. Cependant, celui-ci restait silencieux et ne posa plus aucune autre question. Une fois les couverts propres et rangés, Nijimura invita Akashi à le suivre pour rejoindre sa voiture et pouvoir ramener le petit prince dans son palais. Comme toutes les autres fois, Akashi monta sur la banquette arrière et ne parla pas tout au long du trajet, observant simplement le paysage défiler sous ses yeux.
La routine lui tendait de nouveau les bras sans qu'Akashi ne puisse savoir si dans un jour prochain, tout cela allait recommencer. Si un jour, il allait pouvoir sortir de sa maison autrement que pour assister à des interviews ou autre. Comme tout enfant de son âge, et surtout dorénavant que son manager lui ait fait goûté à de nouvelles formes de plaisir, Akashi ressentait le vide l'habiter au fur et à mesure que le véhicule le rapprochait de chez lui.
Après avoir dépassé le portail et éteint le moteur de la voiture, Nijimura vint ouvrir la portière pour qu'en ressorte Akashi. Le jeune homme se retourna légèrement pour faire face à l'immense façade que représentait le devant de sa demeure. Si grande…
« C'est que tu peux plus te séparer de moi, ou bien ? Se moqua alors Nijimura en voyant Akashi toujours à ses côtés, bien que son regard ne fût pas dirigé dans sa direction.
— Ne prends pas tes rêves pour la réalité, Nijimura-san. »
Comme d'habitude, Akashi savait se montrer cassant. Un sourire tremblant déforma alors le visage de Nijimura qui leva ses yeux au ciel, essayant tant bien que mal de garder son calme. Après tout, il l'avait bien cherché en lançant cette plaisanterie bancale. Il ne fut guère étonné par la suite de voir Akashi contourner la voiture pour pouvoir s'avancer jusqu'aux premières marches qui le séparaient encore de chez lui, et disparaître ensuite par les portes sans lui jeter ne serait-ce qu'un dernier regard.
Ce fut avec le sourire aux lèvres que Nijimura remonta dans sa voiture de fonction, redémarrant le moteur pour s'éloigner de cette grande maison. L'attitude d'Akashi était vraiment amusante de temps à autre.
Le reste de la journée, Nijimura la passa à se prélasser dans son appartement. Aujourd'hui était son jour de repos où il pouvait faire ce qu'il désirait, se prélassant alors dans son canapé avec la télévision allumée. Par moment, il regardait les images défiler sans y faire attention, son esprit voguant à d'autres occupations. L'adulte aimait ces moments de détente où il n'avait pas besoin de réfléchir, où il pouvait faire ce qu'il voulait quand il le souhaitait.
Il s'agissait là de ses moments à lui, où il pouvait se ressourcer tranquillement.
Malheureusement, malgré toute la volonté du monde, Nijimura ne parvint pas à éloigner de son esprit le regard que lui avait lancé son ami ce matin. Son visage paisible s'assombrit dès lors, le poussant alors à se redresser pour attraper sur sa table basse son paquet de cigarette et décider de s'en allumer une. Dans un juron étouffé, Nijimura rejeta sa tête en arrière qui vint alors reposer contre le dessus de son dossier, expirant les premiers nuages blancs qui s'éparpillèrent dans l'espace en quelques secondes.
« Je suis vraiment un idiot… »
Nijimura couvrit ses yeux par son avant-bras tandis qu'il expirait au même instant un autre nuage de nicotine qui se volatilisa petit à petit dans son salon.
Ce même nuage nocif qui plusieurs années auparavant, se mêlait avec celui que provoquait leur respiration dans ces rues gelées par la saison hibernale. Le sol était couvert de cette poudreuse qui crépiter à chacun de leurs pas, se tâchant au fur et à mesure du passage des citoyens de cette ville. Le spectacle aurait pu être magnifique s'ils avaient pris le temps de lever les yeux vers le ciel obscur où tombaient de nombreux flocons venant couvrir leurs épaules mutilées.
Ce jour-là, Nijimura ne savait pas comment son corps était-il encore capable de se tenir debout et d'avancer. Seulement, il avait compris à cette époque que s'il s'était arrêté pour reprendre son souffle, ou pour regarder où aller, jamais il n'aurait pu se remettre à marcher. Son bras passé au-dessous des épaules de son ami, ils se soutenaient mutuellement tout en continuant de mettre leur pied l'un devant l'autre, sans savoir où ils allaient exactement.
Ils devaient poursuivre leur marche pour ne pas tomber, et ne plus être capable de se redresser.
Puis, tout à coup, Nijimura avait entendu son ami ricaner sans qu'aucun mot ne soit pourtant échangé.
« Tu dérailles ou quoi ? Avait-il alors juré, car les secousses du fou rire de cet abruti le faisaient tanguer par la même occasion.
— Je viens d'me rappeler… aujourd'hui c'est Noël. »
Bien que Nijimura ait de sévère doute envers l'intelligence de son ami Haizaki, il savait tout de même que ce dernier n'était pas assez stupide pour encore croire à ces choses futiles. Alors il avait observé Haizaki du coin de l'œil, le regardant le nez en l'air où venaient s'échouer de nombreux flocons qui vinrent par la suite se mélanger avec le sang qui s'écoulait de ses plaies.
« Quand on rentrera, personne ne nous aura attendu. Et même si cela avait été le cas, en nous voyant dans cet état, ils auront fait comme si nous n'étions pas là. »
Le regard de Nijimura se tourna vers le sol et se concentra alors sur l'avancée de ses pieds, marchant à leur rythme et tant bien que mal. Parfois, ils croisaient des vieilles personnes qui parvenaient à marcher plus rapidement qu'eux et qui évitaient soigneusement leur regard ; de toute façon toutes les personnes qu'ils pouvaient croiser à cette heure tardive faisaient exprès de changer de trottoir pour ne pas à avoir leur faire face.
Ils étaient comme la peste : s'en approcher de trop près pourrait s'accrocher à eux et les contaminer.
Et bien qu'à l'inverse d'Haizaki, Nijimura avait encore sa famille chez laquelle rentrer, personne ne venait panser ses blessures quand il revenait amoché. Son père le regardait fixement sans pour autant lever le petit doigt tandis que sa mère ignorait son existence.
« J'en ai ras le cul… cette vie n'a aucun sens… »
Les rires forcés d'Haizaki se transformèrent rapidement en sanglots qui tenta de camoufler le plus possible, mais ces tressaillements ne passèrent pas inaperçu. Après tout, son corps était appuyé contre celui de Nijimura. Ils arrivèrent ensuite chez son ami qui les fit entrer, retrouvant entre ces murs son frère plus âgé qui ne leur jeta pas même un regard avant de partir dans sa chambre et de s'y enfermer.
Ce Noël-ci, comme tous les autres jours de l'année, Nijimura et Haizaki le passèrent à soigner leurs plaies sans dire quoique ce soit. Pendant cette nuit où les familles réveillonnaient dans la bonne humeur et la joie, Haizaki se montra d'une honnêteté perturbante. Au final, Nijimura fondu à son tour et passa la nuit aux côtés de son ami, partageant à eux deux un misérable matelas posé à même le sol. Cette nuit-là, ils n'avaient formé plus qu'un afin de s'apporter du plaisir, afin de se sentir vivant et de profiter un peu de cette vie ; mais au final cela faisait plus de mal que de bien.
Le retour à la réalité était des plus épouvantables, et Haizaki finissait toujours replié sur lui-même.
Au fond de lui, Nijimura savait qu'entre lui et Haizaki, il avait été celui qui se fichait le plus de son quotidien. Celui n'était pas réjouissant, il n'était pas agréable et encore moins facile, mais il s'en accoutumait. Il ne se posait aucune question existentialiste et vivait le jour présent comme celui d'hier. Haizaki était celui qui voulait changer, qui rêvait d'un meilleur quotidien et d'un meilleur avenir… Nijimura en était parfaitement conscient.
Pourtant, c'était lui qui avait changé. Lui qui s'était métamorphosé et qui avait quitté ce monde où se trouvait encore Haizaki.
Alors ce regard que lui avait lancé Haizaki ce matin, ce regard de dégoût qu'avait su remarquer Nijimura, il pouvait tout à fait les comprendre. Au final, il avait abandonné Haizaki sans même se retourner une seule fois, le laissant dans ce monde pourri et mauvais sans lui tendre un seul instant la main pour l'en ressortir en même temps que lui.
Nijimura avait été stupide et égoïste.
Son avant-bras quitta la partie supérieure de son visage, et tandis que ses yeux se réhabituaient à la luminosité de son appartement, Nijimura vit de nouveau cette femme lui sourire gentiment tout en essuyant du bout de ses doigts les larmes qui descendaient de ses yeux. Ses joues se colorèrent rapidement à ce souvenir ; jamais il n'avait jusqu'à lors pleurer devant une femme, même pas sa mère.
Malheureusement, en face de cette personne, Nijimura s'était toujours senti faible et incapable de lui mentir.
« Promets-moi de prendre soin de toi dès à présent, Nijimura-san. Je ne serais bientôt plus là pour te soutenir. »
Malgré son visage pâle à cause de la fatigue et de la maladie qui la rongeait un peu plus chaque jour, cette personne lui étira un merveilleux sourire qui avait fait s'arrêter l'écoulement de ses larmes comme par enchantement. Il avait alors pris la main de cette femme allongée dans un lit d'hôpital, la serrant si fort qu'il avait sûrement dû lui faire mal, mais elle avait continué à lui sourire et d'essuyer de son autre main les larmes qui étaient restées coincées par ses cils.
Certains auteurs et philosophes disaient que chaque rencontre n'est pas fortuite, qu'on a était destinée à les rencontrer. Nijimura avait été convaincu par ses paroles lors de sa rencontre avec cette femme qui avait su trouvé en lui quelque chose de bon, et le potentiel de l'exploité. Pour cela, comme par enchantement, son influence qu'elle provoqua chez Nijimura permit à celui-ci de se relever sous un nouveau ciel et ainsi voir un jour différent des précédents sous ses yeux étonnés.
Et lui, avait par la suite ignoré tout son passé et donc par là Haizaki. Il avait été tellement reconnaissant envers cette femme qu'il avait tout oublié, préférant passer ses journées à ses côtés que de se soucier de ce qu'il laissait derrière lui.
Revoir Haizaki lui faisait ressurgir un flux de pensées et de souvenirs trop importants, faisant alors regretter à Nijimura d'avoir accepté l'appel de ce matin. Seulement, son sentiment de culpabilité à l'égard d'Haizaki l'en avait forcé. Nijimura devait prendre ses responsabilités et assumer ses erreurs.
Au final, il n'était pas autant tiré d'affaires qu'il l'avait pensé.
Le lendemain, Nijimura retourna à la demeure des Akashi. Sa journée de la veille ne l'avait finalement pas reposé comme il l'avait espéré, le rendait pour l'instant d'une humeur massacrante. Ainsi quand il arriva dans l'immense bâtisse, son chemin croisa celui des domestiques qui vinrent le saluer avec le sourire, mais ce dernier se fana rapidement devant l'expression énervée qu'affichait le visage du manager par ses sourcils froncés et ses lèvres pincées. Nijimura leur répondit d'ailleurs par un simple mouvement de tête, alors que d'ordinaire il se serait arrêté pour discuter un peu avec eux et s'en tenir aux nouvelles.
Ce fut toutefois en rejoignant l'atelier et constatant ce dernier dépourvu de la présence de l'artiste, que Nijimura se tourna dans leur direction pour en demander la raison. Ce fut le domestique qui apportait toujours du thé au maître de maison qui vint lui faire face pour répondre à sa question.
« Notre jeune maître est tombé malade la nuit dernière, il a attrapé la fièvre. »
Les yeux de Nijimura s'agrandirent avant que sa mémoire lui rappelle le soir où ils avaient été sous la pluie torrentielle avant de rejoindre son appartement. Quelques injures s'échappèrent de sa bouche tandis qu'il marmonnait dans sa barbe qu'il avait prévenu Akashi, celui-ci aurait dû mieux sécher ses cheveux en sortant de la douche pour en pas tomber malade. Puis, Nijimura pensa à son père et les remarques qui ne tarderaient à arriver à ses oreilles : comme quoi ce vieil homme avait toujours raison, et que cette idée de sortie était une stupidité de plus à ajouter dans la longue liste de Nijimura.
« Fais chier, marmonna de nouveau Nijimura en se passant sa main dans ses cheveux.
— Mais ne vous en faites pas, Nijimura-san. Le maître est parti hier matin à une réunion à Kyoto et il ne doit revenir qu'en fin de semaine. »
Ce domestique était plus malin qu'il en avait l'air, ce qui fit s'étirer le coin des lèvres de Nijimura.
« Vous savez si Akashi dort ? Demanda-t-il ensuite, commençant à se diriger vers la chambre du jeune homme.
— Quand j'y suis allé, il dessinait. »
Nijimura l'en remercia avant de grimper l'escalier et de se retrouver dans l'immense couloir qui donnait sur les chambres ou encore au bureau de Masaomi. Pendant un instant, son regard traîna sur la porte close et au fond de lui, Nijimura ressentit l'irrésistible envie de profiter de l'absence de cet homme pour fouiller dans ses affaires. Cet homme dont le nom pouvait en faire trembler plus d'un, et qui possédait sûrement un bras très long dans tous les domaines. Dans son bureau devait sûrement se trouver des documents confidentiels, des numéros de politiciens ou d'autres noms importants pour la société japonaise.
Masaomi Akashi était un homme manipulateur, calculateur, qui n'avait aucun scrupule à se servir des autres et même des membres de sa famille pour s'élever toujours plus haut et être toujours le meilleur. Certaines personnes le caractériseraient de mauvais, tout comme son existence devait être haïe, et parfois même voulue six pieds sous terre. Assurément, Masaomi Akashi avait des ennemis qui le préféreraient mort que vivant.
Cet homme qui était sans pitié, autant méprisé que respecté, et qui avait su trouver à ses côtés la bonté même ; une femme dont la beauté n'avait d'égale sa gentillesse. C'était comme si le Diable et l'Ange s'étaient liés l'un à l'autre dans une romance interdite. La répercussion de cette alliance maudite avait été de faire tomber gravement malade l'Ange, et de laisser dépérir le Diable devenu plus amère et sévère qu'auparavant.
N'ayant pas senti son corps avancer jusqu'à la porte menant au bureau de Masaomi, Nijimura ressentit un éclair d'électricité lorsque sa main toucha la poignée de la porte, l'obligeant à reculer d'un pas et d'agrandir ses yeux. Que ferait-il avec de tels documents en sa possession, de toute façon ? Rien qui se trouvait dans ce bureau ne pourrait lui servir d'une bonne façon. Nijimura jeta néanmoins un regard à sa main qui avait reçu ce coup de jus imprévu, se souvenant de l'époque où cette femme était encore en vie et qu'elle lui souriait gentiment.
Tout en continuant d'observer sa main, le regard de Nijimura se fit pourtant de plus en plus absent. Sa mémoire lui jouait une scène de son adolescence ; un jardin somptueux les entourait et une petite table en bois avait été installée afin qu'ils puissent prendre le thé. Pendant cette douce après-midi printanière, Nijimura avait passé son temps avec cette femme qui lui faisait goûter diverses pâtisseries, l'obligeant à s'avancer pour attraper la nourriture qui se logeait sur le bout de la fourchette. Puis, quand des miettes se retrouvaient coincée contre son visage, avec sa main cette femme les lui retirait d'un geste délicat tout en gardant inscrit sur son visage ce sourire tendre qui lui allait à merveille.
Au loin, Nijimura avait remarqué cette présence reculée qui pourtant les observait d'un mauvais œil. Masaomi se tenait à une fenêtre, le visage sombre et le regard acéré. N'étant pas la personne qu'il était aujourd'hui, ce jour-là Nijimura avait senti son ventre se tendre et la peur commencer à envahir chaque parcelle de son corps. Un rire cristallin était alors venu lui chatouiller les oreilles.
« Mon mari doit être jaloux de me savoir seule en compagnie d'un si beau jeune homme ! »
Etonné de voir cette femme rire si spontanément et ne plus être capable de s'arrêter, ses bras fins venant s'enrouler autour de sa taille tandis que des larmes perlaient de ses yeux, rassura Nijimura qui détourna alors son regard de la fenêtre où se situait encore cet homme. Un sourire se dessina rapidement sur ses lèvres alors que le rire de cette femme perdurait, l'amusant tout autant qu'elle quelques secondes plus tard.
Est-ce qu'au final ce jour-là Masaomi avait été jaloux de lui qui se tenait aux côtés de sa femme, et semblait proche d'elle ? Nijimura n'en avait aucunement la réponse et ne se voyait assurément pas lancer un tel sujet avec le principal concerné.
Se détournant ensuite de cette porte fermée, Nijimura partit en direction de la chambre d'Akashi où il toqua avant de savoir s'il pouvait entrer, et surtout ne pas déranger si finalement le rouquin avait trouvé le sommeil. Une voix vint pourtant rejoindre ses oreilles et Nijimura abaissa alors la poignée, entrant dans l'espace où les rideaux avaient été fermés et que seule la lampe de chevet d'Akashi éclairait la pièce.
Nijimura le vit alors refermer son cahier à dessin pour ensuite le poser à côté de lui, virant par la suite son regard rougeoyant dans sa direction. Le manager remarqua alors qu'on avait placé sur le front de son protégé une bande rafraîchissante dans l'espoir de faire chuter sa fièvre, recouverte par quelques mèches sanguines trempées par l'humidité du produit. En se rapprochant du plus jeune, Nijimura constata aussi que son visage avait pris plus de couleurs que d'habitude et que sa respiration était laborieuse. Ainsi quand un Akashi avait succombé à la fièvre, il ne s'agissait pas d'une petite.
« Penses-tu que c'est une bonne idée de dessiner alors que tu es fiévreux ? Tu devrais te reposer, conseilla-t-il en prenant un siège pour ensuite le rapprocher du lit.
— Je m'ennuyais et je n'ai pas sommeil. »
Les réponses courtes d'Akashi prouvèrent à Nijimura que l'adolescent ne comptait pas argumenter la chose, sûrement parce qu'il n'en avait pas la force. Ce constat amusa grandement Nijimura qui trouva son interlocuteur bien trop mignon pour son propre bien.
L'attention de Nijimura se décala ensuite d'Akashi pour détailler ce cahier à dessin qu'il n'avait jusqu'à lors jamais vu, ainsi qu'un crayon de papier qui avait été posé à côté. Pendant un instant, les sourcils de Nijimura se froncèrent. D'habitude, il voyait Akashi dessinait principalement avec un pinceau et non pas un crayon. Son intérêt pour ce petit cahier grimpa alors d'un cran et il ressentit bientôt l'envie d'en parcourir les pages.
« Est-ce que je peux y jeter un coup d'œil ? » Demanda-t-il en pointant du doigt l'objet en question.
Ayant un peu de mal à réfléchir aujourd'hui à cause de sa fièvre, Akashi dut suivre la direction que montrait l'index de son manager pour ensuite tomber sur son support de dessin. Ses joues se colorèrent davantage, mais furent camouflée fort heureusement par son état actuel. Nijimura ne put donc voir la différence tandis qu'Akashi se tournait à nouveau dans sa direction pour donner sa réponse.
« Non ! »
Sa réponse fit sursauter Nijimura par son intensité, ne s'étant pas attendu à un refus si catégorique. Pourtant, son intérêt n'en diminua pas et se décupla même.
« Pourquoi donc ? Ce ne sera pas la première esquisse que je verrai, si c'est ça le souci, avoua-t-il en essayant de se montrer amusé par son attitude.
— Ce ne sont que des idées en l'air. Si tu veux vraiment les voir, alors montre toi patient et attend de les voir sur mes tableaux. »
Nijimura soupira longuement en comprenant qu'il n'aurait aucune chance de toucher ce cahier, voire même de le frôler du bout des doigts. Il décida alors d'abandonner la bataille et de donner raison à l'adolescent dont la respiration bruyante se faisait de plus en plus difficile. Ce gamin ne savait donc jamais quand s'arrêter.
Tout en se redressant, Nijimura avança ses mains pour les déposer sur chacune des deux épaules d'Akashi et de forcer l'adolescent à s'allonger. Au début, Akashi voulut lui résister et rester redressé, mais il ne put rien faire face à la force qu'exerçait le brun sur lui. Il s'allongea alors contre sa volonté, promettant de se venger dans un jour prochain alors que Nijimura lui remontait sa couverture jusqu'en dessous de son menton. Il vérifia ensuite que la bande rafraîchissante servait encore à quelque chose et s'il avait besoin ou non de la changer.
« Est-ce que tu as mangé, même un peu ? Vérifia-t-il par la suite.
— Mes domestiques voulaient me faire manger quelque chose, mais j'ai refusé. Je n'ai pas faim.
— Tu dois pourtant avoir quelque chose dans l'estomac, c'est important.
— Je n'ai pas faim, répéta plus durement Akashi alors que Nijimura se tenait debout à ses côtés.
— Fichu gamin… » Grommela alors Nijimura.
Le brun ne s'attarda pas davantage dans la chambre puisque tout ce qu'il pourra dire, Akashi le refusera ou n'en aura rien à faire. Il se retrouva alors à nouveau dans le hall de la maison et rejoignit quelques domestiques qui s'enquirent de l'état de leur jeune maître. Akashi n'en avait certainement pas conscience, mais il était adoré par la plupart de ses employés qui s'inquiétaient réellement de son état de santé et non pas car c'était leur travail.
« Est-ce que je peux vous emprunter votre cuisine, s'il vous plaît ? »
Sans subir le moindre refus, Nijimura fut donc invité à rejoindre les cuisines et préparer quelque chose pour ce jeune impertinent qui pensait tout savoir. Akashi n'avait peut-être pas faim, en effet, mais son corps avait besoin de nutriment afin de combattre le virus. Et puis, c'était toujours bien d'avoir quelque chose dans l'estomac que compter sur ses graisses. Ainsi, Nijimura fouilla dans le réfrigérateur pour trouver ce dont il avait besoin et préparer quelque chose de facile à manger, et qui calerait suffisamment l'adolescent.
Pendant sa préparation, quelques domestiques vinrent lui proposer son aide et Nijimura les convia à le rejoindre. Il obtint alors de magnifiques sourires ravis de la part de ces personnes qui se posèrent à ses côtés, lui demandant ensuite ce qu'il comptait préparer. Ils cuisinèrent ainsi ensemble tout en discutant des derniers événements et des potions qui circulaient dans cette maison ; Nijimura apprit ainsi qu'Akashi avait pu discuter du film qu'ils avaient été voir avec ses employés puisque c'était ces derniers qui lui en avait inspiré l'idée.
« Même s'il ne le montre pas, Akashi-sama est vraiment un jeune garçon bienveillant, commenta la domestique qui gérait habituellement la cuisine.
— S'il pouvait me rendre la vie plus facile, je ne dirais pas non, soupira ensuite Nijimura.
— Pourtant, je pense que Nijimura-san et Akashi-sama ne sont pas si différent l'un de l'autre que ça. »
La comparaison du domestique avec qui Nijimura avait discuté plus tôt, pour savoir si Akashi dormait ou non, surprit l'intéressé qui cessa toute activité pour se tourner vers lui. Cet homme entre deux âges qui avait toujours travaillé dans cette demeure et qui avait alors vu Nijimura lorsqu'il n'était encore qu'un adolescent à problèmes.
Nijimura n'arrivait pas à saisir en quoi il pouvait être si peu différent d'Akashi ; puisque tout deux avant évolué dans des milieux radicalement différent, que ce soit niveau éducation ou financière. Le manager ne comprenait donc réellement pas où voulait en venir ce domestique qui en voyant sa surprise dans le regard, cessa à son tour toute activité pour se retourner dans sa direction et lui sourire gentiment.
« Quand vous êtes entré pour la première fois dans cette demeure, Nijimura-san, je ne cacherai pas que vous m'aviez fait peur. Je me demandais ce qui avait pris à Shiori-sama !
— Je n'étais pas si effrayant, arrêtez. » Tenta de rire Nijimura sans pour autant y parvenir.
Le sourire sur les lèvres du domestique s'élargit tandis qu'autour d'eux, d'autres employés se rapprochèrent. La plupart d'entre eux avaient en effet déjà rencontré le brun avant que celui-ci ne se présente comme étant le manager de leur jeune maître, poussant les plus jeunes à s'intéresser davantage à cet individu qui semblait avoir des histoires avec leur maître Masaomi Akashi et la femme de celui-ci.
« Lors de votre arrivée, vous ne teniez pas debout. C'est moi qui ai dû vous transporter de la voiture jusqu'à l'intérieur de la maison pendant que Shiori-sama parlait à notre maître. »
Au fur et à mesure que les paroles de cet homme traversaient ses lèvres, Nijimura revoyait les scènes en question se jouer dans sa mémoire. Il se souvenait parfaitement de la difficulté qu'il avait ressentie de mettre un pied devant l'autre, sa vision de l'endroit se brouillant à cause du sang qui s'échappait de ses plaies au front et qui venaient ensuite s'écouler par-dessus ses yeux et son visage. De plus, son corps était si lourd et si pénible à traîner que plusieurs fois il avait sûrement dû perdre connaissance, puisqu'au moment où il avait rouvert les yeux, il portait des vêtements qui n'étaient pas à lui et qui n'étaient ni déchirés ni tâchés de sang.
Ouais, il devait en avoir effrayé plus d'un.
« Je suis désolé, souffla-t-il d'une voix éteinte.
— Ne vous en faites pas, nous ne recherchons aucunement des excuses de votre part. Seulement, à cette époque vous aussi n'étiez pas une personne à qui on pouvait facilement parler et se lier. Comme vous, Akashi-sama n'a pas toujours été comme ça, avoua le domestique tout en gardant son sourire sincère.
— Aussi psychorigide ? S'enquit Nijimura pour essayer de détendre l'atmosphère, ce qui amusa quelques employés.
— C'était un enfant beaucoup plus souriant que maintenant, en effet.
— Il était toujours collé à sa mère à lui montrer ses dessins, c'était vraiment mignon. » Rappela ensuite une vieille femme qui s'occupait du ménage.
Quelque part, Nijimura essaya d'imaginer Akashi sourire innocemment à sa mère, fier de ses premiers dessins. Malheureusement, son essai fut rapidement balayé par un échec cuisant : il lui était impossible d'imaginer Akashi sourire. Ou en tout cas, étirer un réel sourire.
Ils se remirent ensuite tous à leur tâche, et au final le repas d'Akashi fut rapidement terminé malgré l'interruption. Nijimura remonta ensuite les escaliers et toqua de nouveau, sans toutefois attendre une réponse d'Akashi cette fois-ci, et entra dans la chambre du rouquin. Celui-ci s'était entretemps redressé comme l'avait prévu Nijimura et s'était remis au dessin, ne l'ayant décidément pas écouté. Nijimura ne préféra pourtant pas s'énerver, puisque de toute façon il ne pouvait pas attacher Akashi à son lit et ainsi le forcer à rester allongé contre son gré.
Puis, il remarqua l'intérêt particulier d'Akashi pour ce qui se trouvait entre ses mains. Nijimura s'assit alors de nouveau à ses côtés et déposa le plateau par-dessus Akashi, où se trouvait par-dessus le petit récipient où un couvercle permettait de garder la chaleur. Les sourcils froncés, Akashi essayait de comprendre ce qui se passait. Combien de fois allait-il devoir dire qu'il n'avait pas faim ?
« Je, commença alors le plus jeune avant de se faire couper.
— Mange. Ou alors tu préfères que je te fasse manger ? »
Pour appuyer ses dires, Nijimura prit dans sa main la fourchette et commença à relever le couvercle du plat circulaire. Cela ne le dérangeait absolument pas de donner la becquée à Akashi, même cela l'amuserait sûrement. Cependant, le plus jeune finit par lui arracher la fourchette des mains et finit par retirer le couvercle par ses propres moyens. Ses yeux s'agrandirent en observant le contenu de son assiette.
« Du porridge ?
— Ma mère m'en faisait quand j'avais de la fièvre, ça me calait bien. »
Akashi lui jeta un coup d'œil avant de retourner détailler ce qu'il avait sous le nez. Comprenant qu'il n'avait pas le choix et que son manager ne le laisserait pas s'en tirer aussi facilement, il commença à manger bien qu'au final, le goût de la nourriture avait disparu à cause de sa fièvre. Et devant l'insistance du regard du brun à chacune de ses bouchées, Akashi se sentit comme responsable puisqu'il ne pouvait ni lui dire si c'était bon ou mauvais.
« Qu'est-ce qu'il y a ? C'est trop chaud ? S'inquiéta subitement Nijimura en voyant le visage de l'adolescent s'assombrir.
— Non… c'est juste que je ne sens pas le goût. »
La façon dont Akashi révéla son incapacité gustative parut stupéfiante aux oreilles de Nijimura, c'était comme si ce garçon était en train de s'excuser. Akashi Seijūrō et sa langue de vipère qui serait en train de s'excuser de façon indirecte ? Tout à coup, Nijimura sentit son cœur se gonfler de fierté. Seulement, quand il regarda attentivement Akashi, il sut remarquer l'étincelle de tristesse qui illuminait ses deux yeux sanglants, ce qui le surprit légèrement. Pourquoi ce gamin semblait tant affecté par le fait de ne pas sentir le goût de la nourriture ?
« Ça va ? Demanda-t-il, à quoi Akashi répondit premièrement en agitant négativement sa tête.
— Je sais que ça doit être à cause de la fièvre, mais j'aurais aimé savoir le goût de ce porridge. »
La confession d'Akashi aurait pu être touchante, mais Nijimura était tellement choquée par son attitude qu'il ne réalisa rien. Son expression était tellement surprise que n'importe qui aurait pu se moquer de lui, mais ici Akashi était trop concentré par le plat qu'il détenait entre ses mains.
« Hm… tu n'en as jamais mangé, c'est ça ? Supposa alors Nijimura.
— Oui. »
D'habitude, l'honnêteté et la franchise d'Akashi déroutaient Nijimura, et l'énervait la plupart du temps. Pourtant cette fois-ci, il sentait son corps se réchauffer petit à petit sans qu'il n'en comprenne totalement la raison.
Seigneur, il était en train de rougir !
« Si tu veux je pourrais t'en refaire… la prochaine fois. » Ponctua-t-il après un temps de silence.
A ces mots, le visage d'Akashi se tourna dans sa direction et Nijimura ne sut dire si c'était à cause de la fièvre ou s'il avait simplement une hallucination, mais les yeux de l'adolescent brillaient davantage que d'ordinaire. Il comprit donc par ce regard qu'Akashi serait plus que ravi de regoûter à ce plat dans un jour prochain ; et son attitude n'aida en rien Nijimura pour rafraîchir son corps.
Pourquoi ce gamin pouvait se montrer si attendrissant, et être à la fois si horripilant ?
Nijimura patienta ensuite qu'Akashi termine son porridge avant de le débarrasser, détenant le plateau entre ses mains après qu'il se soit redressé. Il vit par la suite Akashi bâiller et sourit en coin : désormais l'adolescent ne pouvait plus prétexter ne plus avoir sommeil.
« Repose-toi maintenant, révéla-t-il en commençant à se mettre en chemin pour quitter la chambre.
— Nijimura-san, l'appela alors Akashi.
— Oui ?
— La dernière fois, je n'ai pas pu vous remercier… alors merci. J'ai beaucoup apprécié notre sortie, et si c'était possible, j'aimerai retenter l'expérience. »
Clignant plusieurs fois ses yeux pour réaliser ce qui venait de se passer à l'instant, Nijimura bredouilla plus que ne parla avant de s'excuser et de quitter la chambre. Ce gamin allait avoir sa perte, c'était devenu une certitude. Les paroles des domestiques lui remontèrent alors dans un coin de la tête. Comment ces derniers pouvaient dire que lui et Akashi n'étaient pas si différent l'un de l'autre…
Akashi était simplement une personne réservée, avec certaines mauvaises manières, mais il pouvait se livrer et paraître adorable dès qu'on prenait le temps de bien l'observer et de passer du temps avec lui. Il n'avait strictement rien à voir avec lui ; une personne qui avait volé, qui savait utiliser ses poings et n'avait absolument pas peur de se battre pour survivre. Akashi était un adolescent de ce qui a de plus banal, si on écarte sa situation familiale et surtout financière.
Ils n'étaient définitivement pas pareils.
