Bonsoir Messieurs et Mesdames les Caribous =D

Vouii, c'est bien le chapitre trois! Je trouve que je fais beaucoup d'effort dans le rythme de publication. Ça fait quoi, deux semaines que j'ai publié le chapitre précédent? Un grain de sable dans l'éternité! Juste pour ça, je trouve que je mérite des encouragements xD

Bref, bref, je vous remercie pour votre soutien, c'est vos messages si gentils qui m'encouragent à écrire =)

Je vous laisse lire, on se retrouve en bas?


Chapitre 3

Stupide. Stupide. Stupide. C'était le seul mot qui passait en boucle dans son cerveau depuis son départ précipité du manoir Hale. Mais qu'avait-il eu en tête ? Rien, apparemment... songea-t-il amèrement en ralentissant quelque peu sa course. Pourtant, maintenant qu'il était en pleine forêt, esquivant les arbres et se prenant de plein fouet le vent qui venait de se lever, il avait enfin les idées claires et voyait le nombre incalculable d'indices qui aurait pu – non, – lui sauter au visage.

D'abord, la chambre. Mais bordel...il avait déjà dormi dans cette chambre. Plusieurs fois. William avait même parlé d'une Laura ! Et Henry, on devait en parler de Henry ? Franchement, c'était le portrait craché de Derek, en plus vieux, plus grand, plus barbu et plus... tout...en fait. Bon, il avait les yeux verts, mais les sourcils étaient totalement les mêmes. Et puis William et son roulement d'yeux, un truc de famille apparemment. Stupide.

Lorsqu'il fut parvenu en lisière de la forêt, Stiles s'accorda une pause pour reprendre un peu son souffle et réfléchir quelques secondes. Que faire maintenant ? Impossible d'aller chez lui, pour une raison évidente. Il songea vaguement à se cacher dans l'abri que Scott et lui avaient construit lorsqu'ils avaient douze ans. Il n'y resterait que le temps de trouver une solution à ce merdier. C'était une sorte de petite cabane à quelques mètres du sol, au fin fond des bois, où ils cachaient toujours des gâteaux et des canettes de soda pour jouer les caïds lorsqu'ils avaient décidé de bouder leurs parents. Il sourit en se remémorant cette époque lointaine mais tellement agréable... Puis il se souvint qu'en 2004,...il avait pas encore douze ans... alors la cabane, il risquait de la chercher longtemps. Bon, alors... Plan B.

Il soupira et finit par s'asseoir sur une souche, posant son coude sur un genou et son menton contre sa paume. Le penseur. Ça l'aiderait à...penser. Enfin, il espérait. Après quelques minutes d'intense - mais stérile - réflexion, il soupira de nouveau et s'allongea sur le dos, fixant le ciel qui persistait à vouloir rester d'un noir profond, poétiquement parsemé de quelques étoiles éparses. Son regard se perdit dans l'obscurité de la nuit avant de croiser la lueur argentée de la lune. Elle était pratiquement ronde. Encore heureux qu'elle ne soit pas pleine... se dit vaguement Stiles, ses yeux se fermant de fatigue. Puis...

« La lune ! Deaton ! » s'écria-t-il en rouvrant subitement les paupières.

Il se releva tellement vite qu'il fallut un certain temps pour que le monde arrête de danser la valse. Il se remit ensuite en marche, cette fois-ci déterminé. Tout allait s'arranger.


« Mais Deaton ! Je vous assure, je viens du futur, vous – enfin votre « vous » plus vieux – m'avez dit de venir vous voir ! Mais ouvrez-moi, bordel de cul ! »

Cela faisait environ dix minutes que Stiles frappait comme un forcené sur la porte du cabinet vétérinaire. Heureusement pour lui, Deaton n'avait pas déménagé... enfin, il avait déjà emménagé... Bon bref, son cabinet avait la même place qu'à son époque. Stiles avait eu un léger doute lors de son arrivée en ville. Peut-être le vétérinaire ne s'était-il pas encore installé à Beacon Hill. À vrai dire, il l'avait découvert le jour où Scott avait commencé à travailler pour lui. Son soulagement fut donc bien réel lorsqu'en se pointant dans la ruelle menant au cabinet, il avait aperçu le néon représentant un chien qui enlaçait un chat – image que Stiles avait toujours trouvée légèrement bizarre – bien à son poste et allumé, signe que le docteur était présent malgré l'heure tardive. Ou très matinale, selon les points de vue.

Hélas, l'homme ne semblait pas, mais alors pas du tout, disposé à le croire. Bon, il le comprenait un peu. Un mec échevelé qui vient frapper à la porte de votre lieu de travail à cinq heures du mat', ça pouvait flanquer la frousse. Mais le vétérinaire – enfin, celui de 2012 – lui avait assuré que, bien que surpris, son autre « lui » comprendrait rapidement la situation et l'aiderait. Okay. Fallait préciser que dans leur superbe plan, il aurait dû connaître Stiles, ce qui aurait bien arrangé les choses. Mais quand même ! Deaton ne donnait pas du tout l'impression d'être capable de le croire un jour. En fait, de là où se trouvait Stiles, juste en face du véto, avec pour unique obstacle la porte vitrée, il avait plus l'air prêt à se pisser dessus ou à appeler les flics. Au choix.

« Si vous ne partez pas, j'appelle la police ! » lui lança-t-il, sa voix étouffée par la lourde porte.

Dans le mille...

« Deaton ! Je vous dis la vérité ! Comment pourrais-je savoir, sinon, que... euh... » Il y eut un instant de flottement tandis que Stiles penchait la tête en arrière pour trouver l'inspiration et que Deaton suivait tous ses gestes, derrière la porte vitrée, les yeux écarquillés de peur, mais cependant vaguement intrigué. « Que... que vous vous appelez Alan Deaton mais que votre sœur s'appelle Marine Morell ! … D'ailleurs je trouve ça super bizarre, entre nous, surtout qu'elle a jamais été mariée, je lui ai demandé. Faut que je me renseigne... » Il croisa le regard dubitatif du vétérinaire et se mit à supplier. « Pitié Deaton, vous êtes mon seul espoir, je peux pas rester ici toute ma vie, je suis déjà là ! On peut pas avoir deux « soi » au même endroit, ça finit toujours mal. » Pas qu'il ait déjà vécu cette situation, mais il l'imaginait sans peine. « Et puis, je ne bougerai pas d'ici avant que vous ne me laissiez entrer. » Conclut-il en croisant les bras et fixant le vétérinaire.

Plus personne ne bougea durant quelques minutes, le cerveau de Deaton semblant fonctionner à plein régime, pesant le pour et le contre. Était-il raisonnable de le laisser entrer ? Et surtout, cela valait-il le coup de perdre du temps avec un probable cinglé ? Assez étrangement, la balance pesa plus lourd du côté du « pour » car il finit par avancer une main hésitante vers la porte, qu'il déverrouilla lentement pour laisser entrer Stiles. Le regard du plus vieux oscillait toujours entre la crainte et la suspicion – air que Stiles n'avait jamais vu sur l'homme, maintenant qu'il y pensait – mais un grand pas avait été franchi.

Stiles avança prudemment dans le hall– il se savait jamais à quoi s'attendre en pénétrant chez Deaton. Il laissa le vétérinaire refermer derrière lui puis jeta un regard alentour, analysant les changements dans la disposition des meubles. Il posa les yeux au fond de la pièce, s'attendant à y trouver la porte qui menait à la cave, endroit où le propriétaire des lieux entreposait son attirail magique et autres objets suspects, mais il constata avec stupeur que cette porte n'existait pas encore. Il s'apprêtait à se retourner pour en faire part à Deaton lorsqu'une vive douleur lui vrilla la nuque et tout devint noir.


La première chose dont il prit conscience en se réveillant fut le nombre incalculable de courbatures qui avait envahi son dos et ses jambes. La seconde, fut qu'il ne pouvait pas se relever. Et pour cause : il était enfermé dans une cage, comme tous les animaux présents dans la pièce. Son voisin de droite était un persan au poil aussi noir que le regard qu'il posait sur Stiles, et de l'autre côté, un gros doberman le fixait d'un air vitreux, comme s'il avait abusé de la seringue.

Bon. Au moins il avait trouvé un endroit pour crécher. Toujours voir le bon côté des choses.

Alors qu'il tentait de dés-embrumer quelques-uns de ses neurones, il entendit un bruit dans le coin droit de la pièce et Deaton apparut dans son champ de vision, amenant un bol de croquettes à son voisin félidé, qui abandonna aussitôt l'idée d'impressionner Stiles avec son regard de tueur pour se concentrer sur sa nourriture. Stiles crut un instant que l'homme n'allait pas s'apercevoir du réveil de son... prisonnier, mais finalement, leurs yeux se croisèrent et Deaton se figea dans une position grotesque, le bras tendu et les genoux pliés.

La scène dura quelques longues secondes pendant lesquelles aucun des deux hommes ne fit un geste. Puis, Deaton se releva entièrement pour chercher un tabouret qu'il installa en face de la cage de Stiles – enfin celle où il se trouvait, soyons clair, il ne comptait pas en faire sa résidence secondaire – avant de s'y asseoir. A la surprise de Stiles, il se mit directement à parler.

« Bien. » Pause pseudo-dramatique. « Maintenant, dites-moi : qui êtes-vous ? Je vous arrête tout de suite, » ajouta-t-il en levant la main pour le couper avant qu'il ne parle, « je n'ai pas encore appelé la police, mais je n'hésiterai pas si vous me racontez encore vos conneries. » Conclut-il en croisant les bras devant lui, l'ai revêche et légèrement condescendant.

Stiles referma la bouche. Puis la rouvrit, pour la refermer juste après.

« Je n'ai qu'une seule histoire à vous raconter. » Finit-il par articuler sèchement. Non mais oh ! Il l'enfermait dans une prison pour chien – ou pour chat, rien n'était encore certain vu la taille réduite du truc – et il lui parlait comme... à un chien. C'était plutôt logique en fait. « Et c'est ce qui m'est réellement arrivé. Allez, Deaton, avec tout vos trucs de magie, vous avez bien dû entendre parler de voyage dans le temps, non ? » Stiles croisa le regard effaré – non, carrément halluciné – de l'homme et eut un léger doute. Se pourrait-il que... « Attendez... vous êtes au courant... pour les loups et tout, hein ? » Aucune réaction. Enfin, si arrêter de respirer et devenir blanc comme un linge était considéré comme une absence de réaction. « Bordel de merde, vous êtes vétérinaire ! » souffla-t-il dans un murmure.

« Évidemment... » dit Deaton, son air méprisant s'accentuant, rajoutant même une once de pitié envers le jeune homme. Je vais m'le faire... pensa Stiles avec un léger – mais léger, hein – agacement. « J'avais cru comprendre que vous connaissiez tout de ma vie. »

« Non ! » Une grimace déforma les traits fatigués de Stiles. « Non, je veux dire, vous êtes seulement vétérinaire ! Pas émissaire !»

« Emi-quoi ? »

« Oh purée... »

Stiles laissa lourdement tomber sa tête contre le métal froid des barreaux, faisant ainsi bouger l'ensemble des cages dont les occupants se réveillèrent en sursaut – pour ceux qui étaient toujours endormis – et se mirent à grogner/japper/feuler. Mais il ne s'en préoccupa absolument pas, son cerveau restait accaparé par une seule et même pensée sinistre : « Bordel de chiottes, je vais me retrouver coincé dans le passé jusqu'à la fin de mes jours... Dans une cage. Y'a qu'à moi que ça arrive ce genre de merdes. Merde. »

Alors qu'il ressassait ses idées noires – voire suicidaires – il ne vit pas Deaton partir dans la pièce voisine à pas de loup. Ainsi, lorsque son regard se fixa à nouveau sur le vétérinaire, il fut plus que surpris de le voir en possession d'un vieux grimoire d'une propreté plus que douteuse. Un immense soulagement s'inscrivit dans le regard de Stiles, sentiment que Deaton dut capter car il s'empressa de lui donner une explication, comme pour se justifier.

« Mon cousin vient de m'envoyer cette... chose. Hier en fait. Je l'ai feuilleté durant votre sieste. » Stiles eut à nouveau l'envie de frapper la tête de l'homme contre le mur et serra les poings pour se recentrer. « On y parle de sorcellerie, de monstres et autres bizarreries. Et, il y a un chapitre consacré aux voyages en tout genre, dont le voyage temporel. »

Il s'arrêta, attendant visiblement une réaction de la part de Stiles. Ce dernier se racla bruyamment la gorge, plusieurs fois, avant de trouver la force de parler.

« Vous êtes en train de me dire que... que vous me croyez ? » Tenta-t-il, incertain de ce que Deaton était en train d'insinuer.

« Non. Pas vraiment. Mais je sais reconnaître un menteur quand j'en croise un, et tu as l'air de croire à ce que tu dis. » Le vétérinaire avait apparemment décidé de le tutoyer. « Donc soit ton histoire contient une petite part de vérité... soit tu es complètement fou, et je devrais probablement appeler l'institut d'Eichen House. Personnellement, je penche pour la seconde solution, mais il arrive que je me trompe. Pas souvent, certes, mais c'est toujours possible. »

« Et... donc... » intervint Stiles, traînant sur le dernier mot, « vous proposez quoi ? Me retenir captif pendant que vous réfléchissez entre m'interner et m'aider ? Personnellement, je penche pour la seconde solution » acheva Stiles d'un ton pompeux, singeant Deaton en lui lançant un regard hargneux. Ce n'était pas forcément la meilleure façon de faire, mais Stiles commençait à en avoir légèrement marre de ce type qui ne ressemblait pas du tout à son Deaton. Il se demanda vaguement s'il n'avait pas atterri dans une autre dimension – après tout, pourquoi pas – mais l'homme l'empêcha de partir dans ses délires en lâchant un soupir mi-amusé, mi-alarmé.

« Bien sûr que non ! Vous faites peur aux animaux. » Ah, on était revenu au vouvoiement. Bien. Ce type était légèrement bizarre. « Je vous fais une offre : je vous relâche, et vous ne quittez pas la ville. En attendant, je fais des recherches. Si je trouve quoi que ce soit qui penche en votre faveur, je m'engage à vous aider. Si non, je donne votre photo à la police et les laisse se débrouiller. Qu'en dites-vous ? »

Stiles dut se mordre la langue pour ne pas envoyer péter ce... ce... bref ! Il se contenta, après un instant de concertation avec lui-même, de hocher la tête, laissant tout de même percer une lueur agacée – quel bel euphémisme – dans son regard.


Bien. Maintenant qu'il était sorti de sa cage et libre d'aller où bon lui semblait, il ne savait pas vraiment quoi faire. Assis sur un des bancs du petit parc à côté duquel il était apparu, Stiles regardait distraitement quelques enfants jouer sous la surveillance de leurs parents. Il réfléchissait. Pour être franc, il avait l'impression que son cerveau était en surchauffe tant il avait réfléchi depuis qu'il avait commencé cet agréable séjour dans le passé. Que faire ? Rester caché, le temps que Deaton l'appelle, ne le tentait pas trop – il remerciait le ciel pour que son téléphone, malgré ses avancées technologiques en décalage avec l'époque, fonctionne. Et puis, il commençait à avoir faim. Mine de rien, ça faisait pas mal de temps qu'il n'avait pas nourri son estomac. Ce dernier sembla se rendre compte que Stiles pensait à lui car il grogna, mécontent, et Stiles le tapota gentiment. Mais oui, bientôt mon gros.

Il sentit soudain qu'on le fixait et détourna les yeux, qu'il avait dans le vague, pour croiser le regard suspicieux d'une mère. Il fronça les sourcils un instant avant de comprendre le comportement de la femme : sans qu'il s'en aperçoive, son regard s'était posé sur une petite fille en robe bleue qui se balançait sur un des jeux. Et comme il se frottait l'abdomen, la main cachée par son tee-shirt... Il fit un sourire gêné à la maman, tentant d'atténuer son statut de pédophile en puissance mais, au regard choqué de la femme, cela dut empirer les choses. Elle se précipita vers sa fille pour la prendre dans ses bras et Stiles s'empressa de se relever pour sortir du parc. Manquait plus qu'elle appelle les flics pour signaler un pervers qui se tripotait dans un parc pour enfant.

Il se retrouva alors à vagabonder dans les rues de Beacon Hill, notant avec satisfaction que sa ville n'avait guère changé en huit ans. Il passa devant un diner et son estomac refit des siennes, hurlant à la mort. Au son que son ventre émettait, il était presque sûr que son intestin s'était joint à la fête. Il vérifia rapidement que ses poches contenaient bien quelques billets – toujours prêt ! Encore heureux, il n'aurait pas aimé devoir chasser des lapins – et s'avança lentement vers le bâtiment, ses narines s'emplissant un peu plus à chaque pas d'un délicieux arôme de bacon grillé et de pancakes.

En poussant la porte d'entrée, il se fit la réflexion qu'il avait souvent l'habitude de venir manger ici avec ses parents lorsqu'ils étaient encore tous deux présents. Mais, après le décès de sa mère, lui et son père n'avaient plus eu la force d'aller déjeuner dans ce restaurant, l'endroit leur rappelant douloureusement un passé plus que joyeux. Ce lieu était tellement chargé de souvenirs que Stiles eut même l'impression d'entendre sa mère rire aux éclats. Il fallait dire que sa mère avait toujours eu un rire particulier, reconnaissable à des mètres à la ronde.

Stiles fronça les sourcils lorsqu'il crut à nouveau l'entendre s'esclaffer. Puis, ses yeux s'écarquillèrent et il se figea lorsqu'il comprit que le rire qu'il entendait ne provenait pas de son esprit – quelques fois dérangé, il l'admettait – mais résonnait bel et bien dans la salle du restaurant. Il tourna vivement la tête sur la gauche pour confirmer son pressentiment. Assise à une petite table se trouvait une femme, la trentaine, coiffée d'un chignon lâche. Elle souriait à un petit garçon d'une dizaine d'années assis en face d'elle, semblant lui raconter une histoire drôle.

Le cœur de Stiles rata un battement – voire trois ou quatre – et il ne put détacher son regard de la femme durant un long moment, oubliant momentanément qu'il se trouvait en présence d'un petit Stiles de dix ans. Parce que cette femme si joviale au visage éclatant de santé portait les traits de celle qui se trouvait sur toutes les photos accrochées aux murs de chez lui. Sa mère... Combien de fois Stiles avait-il espéré la revoir ? Combien de fois, son visage souriant mais pâle comme la mort avait-il hanté ses rêves ? Même maintenant, après sept ans de deuil, il lui arrivait encore de faire des cauchemars où il se voyait à l'hôpital, courant dans les couloirs aseptisés pour atteindre sa mère qui pleurait au loin, sans jamais y parvenir.

Pas une seule fois, depuis qu'il était arrivé dans le passé, il n'avait songé à ce « risque ». A vrai dire, il n'avait pas vraiment eu le temps d'y réfléchir. Oh, bien sûr, il avait bien pensé à la possibilité de se trouver en présence de lui-même version jeune – et il s'était imaginé avoir une réaction beaucoup plus... enfin au moins en avoir une. Mais sa mère ? Non, à aucun moment il n'avait réalisé qu'en 2004... elle était toujours vivante. Qu'en 2004, la famille Stilinski était toujours heureuse. Qu'en 2004, tout allait bien.

Toujours sous le choc, il ne s'aperçut pas tout de suite qu'il avait avancé de quelques pas en direction de Claudia Stilinski, bloquant ainsi le passage à un homme qui attendait patiemment qu'il se décale. Stiles secoua la tête légèrement pour reprendre contact avec la réalité, fit un pas sur le côté et ouvrit la bouche pour s'excuser. Mais aucun son n'en sortit.

Parce que devant lui se trouvait son père, quelques rides et pas mal de kilos en moins, portant un plateau avec trois chocolats chauds et une plâtrée de pancakes dégoulinants de sirop d'érable.

Parce que l'homme qui lui souriait tranquillement n'avait pas cet air soucieux que Stiles lui connaissait.

Parce que deux électrochocs successifs avaient réussi à court-circuiter son cerveau.

John Stilinski lui adressa un signe de tête et le dépassa tranquillement pour rejoindre sa petite famille qui s'était tournée vers lui, semblant attendre leur brunch avec impatience. Stiles, fasciné, le suivit des yeux et l'observa s'asseoir à côté de sa mère, l'embrasser légèrement avant de distribuer quelques crêpes à son fils qui trépignait sur sa chaise. Son « lui » plus jeune se jeta immédiatement sur la nourriture, faisant à nouveau rire sa mère qui le couvait des yeux avec une infinie tendresse qui remua douloureusement les tripes de Stiles. Pendant ce temps, son père soupirait, paraissant vaguement exaspéré par la goinfrerie de son rejeton mais tout de même amusé.

Le cœur de Stiles se serra d'émotion à cette vision d'un bonheur inaccessible et dut se détourner pour cacher les larmes qu'il sentait affluer et qu'il n'était pas sûr de pouvoir retenir. Oubliant toute envie de manger, il ressortit à pas rapides du bâtiment et s'appuya sur le mur de pierre qui bordait le diner. Il souffla quelques instants, tentant de se remettre de ses émotions et éviter la crise de panique qui n'attendait qu'un instant d'inattention pour briller.

Lorsque son palpitant reprit un rythme moins haché et qu'il cessa d'hyperventiler, il s'autorisa un rapide – enfin, tout dépend de la définition que l'on donne à ce mot – coup d'œil à travers la vitre du restaurant. Pour la première fois de sa vie, Stiles se retrouva devant un dilemme qu'il n'arrivait pas à résoudre. Peut-être parce qu'il n'avait foutrement pas envie de le résoudre.

Son cœur lui hurlait de revenir près de sa mère, de s'enivrer de sa présence, d'aller lui dire à quel point elle lui manquait, qu'un fragment de son âme s'était noirci dès qu'elle avait expiré son dernier souffle en ce soir de mai 2005. Il voulait lui parler de ses amis, de la vie extraordinaire qu'il avait depuis l'apparition des créatures magiques, des emmerdes que ces dernières lui créaient. Lui dire que son père se noyait dans un chagrin incommensurable, lorsque ce n'était pas dans la bouteille de Whisky qu'il cachait sous le meuble de la télévision, ne voulant pas passer pour un faible devant son fils. Mais ce qu'il désirait le plus, c'était se blottir contre sa poitrine et sentir la main fine et légère de sa mère passer dans ses cheveux avec tendresse, comme elle avait l'habitude de le faire lorsqu'il faisait un cauchemar étant gamin.

Tout son être exigeait qu'il aille retrouver la mère qu'on lui avait si injustement arrachée... sauf sa tête. Car Stiles avait conscience de la fugacité de l'instant. Nous étions en septembre. Dans à peine huit semaines, les médecins lui diagnostiqueraient une saloperie qui lui rongeait sournoisement le cerveau depuis un an. Dans six mois, elle serait trop faible pour combattre la tumeur sans l'aide des machines. Dans huit mois, sa mère mourrait. Rien de ce que Stiles pourrait faire ne retarderait l'échéance. Et le petit bonhomme qu'il observait rire joyeusement, la bouche pleine à craquer de pancakes et les lèvres barbouillées de chocolat, perdrait sa mère.

Alors, soupirant à fendre l'âme mais sûr de lui, il posa une main à plat sur le verre froid et souffla douloureusement un « Je t'aime, si tu savais comme tu me manques... », ses lèvres légèrement tremblantes. Il allait pour se détourner quand une voix qu'il commençait à connaître l'interrompit dans son mouvement.

« Pourquoi cet air si sérieux, Stanley ? »


Valà valà! Qu'en dites vous? Deaton il est méchant hein? Voui qu'il est vilain, pas beau du tout!
Aucune idée du moment, dans la série, à partir duquel il est devenu émissaire.
J'ai décidé que ce n'était pas encore le cas. Et puis c'est moi qui décide, d'abord!
(Daelys est actuellement possédée par une gamine de six ans, veuillez laisser
un message et elle vous répondra après le passage d'un exorciste)

Sinon! Oui, je sais, on a pas vu Derek, mais il arrive au prochain chapitre, promis!
Pour ce chapitre, j'ai pas franchement de questions à vous poser... Bon, si quand même :
1) Où se trouve et quelle est la réplique cultissime de ce chapitre (eh! trop facile!)
2) Qui est le mystérieux personnage qui prononce la phrase de fin
(oui, je sais, mes questions sont vraiment trop nazes -_-)

3) Ca va, vous? Personnellement je suis cre-vée! Les élèves sont éreintants!
Oui, j'avais pas encore raconté ma vie, fallait bien que je case ça quelque part! xD

Dernier petit point : Les références du chapitre précédent :
Alors la plupart d'entre vous a reconnu le fameux "Ssssssplendide!" prononcé par Stanley Ipkiss aka The Mask.
Au début du chapitre, la première scène est celle retrouvée dans tous les Retour vers le futur.
Et enfin, pour la référence blibliesque (si si, je suis sûre que ça se dit),
allez lire "Comment j'ai cuisiné ma mère, mon père... et retrouvé l'amour"
et dites moi si vous trouvez. Oui, je donne des devoirs pour la prochaine fois,
je suis pas prof pour rien ;)

Gros gros bisous et à la prochaine =D
'Lys