Bonjour tout le monde, comment allez-vous ? Je tenais tout d'abord à m'excuser pour mon énorme retard par rapport à cette fiction ! Je vous rassure elle n'est pas du tout abandonnée, mais je voulais avancer ma fiction Le Papillon le plus possible... et puis les mois se sont enchaînés ^^'
Enfin voici le chapitre 4 qui j'espère vous plaira ! On commence à en savoir un peu plus sur Nijimura, mais aussi sur Masaomi ! J'espère que ce chapitre vous plaira :D
Réponses aux reviews :
Miss Yuki 66 : Je suis contente que tu t'es laissée tenter par ma fiction, et surtout qu'elle te plaise ! Et je n'ai pas grand chose à l'encontre des journalistes, mais c'est vrai que maintenant que tu me le dis, je viens de réaliser que j'en fais pas des gentils xD Mais comme tu le dis, c'est surtout pour m'aider à mettre en place l'histoire ! Mais promis, promis, la prochaine fois les journalistes seront plus gentil avec notre pauvre Akashi ;) Pour le nombre de chapitres ensuite, je ne pense pas que cette fiction dépasser 10 chapitres, à la base il devait s'agir d'un OS xD Merci beaucoup pour ton commentaire en tout cas et j'espère que ce chapitre te plaira ! Bonne lecture :)
iPouf : Merci beaucoup d'avoir commenté ma fiction, je suis ravie d'apprendre que mon style d'écriture te plaît ainsi que ma fiction bien sûr haha ! Et je suis d'accord avec toi, c'est vraiment dommage que Nijimura ne soit pas plus utilisé... pourtant, il a un caractère intéressant. Mais est-ce qu'il va y avoir du Bokushi dans cette histoire ? ;) ce chapitre pourrait un peu t'éclairer si tu fais attention haha. Encore merci pour ton commentaire et je te souhaite une bonne lecture !
Chloemanga : Merci beaucoup pour ta review, elle m'a énormément fait plaisir ! Malheureusement pour le temps de publication, la fac me prend énormément de temps et je ne peux donc pas écrire comme je le souhaite, surtout que j'ai d'autres fictions qui sont publiées... Je m'excuse d'ailleurs du temps que ce chapitre a pris pour être publié... Après pour répondre à ta question, est-ce qu'il va y avoir Bokushi ? Ce chapitre pourrait t'apporter un début de réponse ;) Par contre, non Akashi ne rejoindra pas d'équipe de basket comme on peut le voir dans le manga/l'animé. Ce n'est pas le sujet de l'histoire ^^' Du coup, on ne peut pas dire qu'il possède l'Emperor Eyes aussi...
Et ne t'inquiète, tu peux me poser autant de questions que tu le souhaites. Je me ferais un plaisir d'y répondre ! :D D'ailleurs pour ta dernière question, le capitre 5 ne devrait pas mettre autant de temps que celui-ci (je m'excuse encore ). J'espère donc à la fin du mois ou en tout cas début mois de Février, je préfère pas m'avancer plus. En tout cas, merci encore pour ta review et bonne lecture ! :D
Merci en tout à vous tous de suivre la fiction, de l'ajouter dans vos favoris/follow et j'espère que ce quatrième chapitre vous plaira ! N'hésitez pas à commenter ;)
Le portrait
Chapitre 4
A l'intérieur d'une chambre plongée dans l'obscurité, une masse plongée sous les couvertures n'avait de cesse de gesticuler de droite à gauche. Son visage crispé par les images qui défilaient derrière ses paupières closes, tentant tant bien que mal d'avoir un sommeil réparateur. Malheureusement, son objectif de la soirée n'allait pas pouvoir être accompli : et pour cause, les paroles des domestiques de la famille Akashi, les pensées qui l'avaient poursuivi jusque chez lui, ainsi que tous ses souvenirs en compagnie d'Haizaki qui remontaient à la surface… Nijimura se trouvait plongé dans un rêve qu'il aurait préféré éviter.
L'obscurité l'engloutissait complètement, seuls les flocons s'échouant sur son visage engourdi lui rappelaient son existence dans ce bas monde. Il n'avait plus la force d'ouvrir les yeux, laissant alors libre court à son imagination. Allongé dans cette impasse, il pouvait seulement ressentir la neige accumulée sur le sol fondre pour venir imbiber ses vêtements, mais en aucun cas il ne ressentit le froid mordant de l'hiver.
Le simple fait de respirer et de se maintenir en vie était une épreuve pour lui. Nijimura ne préférait pas se demander combien de ses côtes étaient cassées ni à l'état déplorable dans lequel devait être son visage. Il espérait uniquement que les flocons qui tombaient du ciel cesseraient de fondre sur son visage et viendraient complètement le recouvrir, le camouflant ainsi de la société, et le faisant ainsi disparaître à tout jamais.
Ce n'était pas juste… Dans un coin de sa tête, il entendait encore la voix des médecins annoncer à sa mère et son père que la situation ne pouvait être arrangée. C'était la fin. Cet homme qui l'énervait au plus haut point d'ordinaire, qui lui criait dessus et qui parfois lui avait même interdit de rentrer à la maison en voyant toutes ses blessures qui couvraient son corps… Il ne pouvait pas partir de la sorte…
Mais alors qu'il se laissait aller dans ses pensées noires, ses oreilles entendirent soudainement la neige crépiter à chacun des pas de cette personne qui se rapprochait de lui. Un ennemi ? Quelqu'un venu terminer le travail ? En temps normal ses lèvres se seraient arquées d'amusement, mais encore une fois il n'en avait pas la force. Ses yeux restèrent fermés et il n'exécuta pas le moindre mouvement.
Sous ses couvertures, Nijimura continua de s'agiter un peu plus. Son corps se souvenant que trop bien de ses blessures reçues ce jour-là, le goût du sang qui avait imprégné sa bouche ainsi que sa respiration laborieuse.
La personne venue le rejoindre dans cette impasse, vint s'accroupir à ses côtés. La neige venait toujours et encore tomber sur leur corps, silencieuse.
Les paroles qui traversèrent les lèvres de cet homme familier, une personne avec qui Nijimura avait passé le plus clair de son temps, avec laquelle il avait plusieurs fois partagé un lit, il ne les comprenait que trop bien. De la rancune, de la haine, et encore tant de choses qu'il n'essaya pas de discerner derrière toutes ces injures et ces larmes. Lui resta silencieux, car il n'avait rien à ajouter et reconnaissait ses torts.
« T'es qu'une ordure, Nijimura. La seule chose de bien que tu puisses faire pour cette société, c'est de crever dans cette ruelle ! Crève donc et débarrasse-nous de ta putain d'existence ! »
Ces mots qui avaient été crachés pour le faire réagir, pour qu'il use de ses dernières forces afin de répondre quelque chose ou d'attraper cette bouche mal polie pour lui faire ravaler ses paroles… En soit, Nijimura aurait pu. Il aurait pu retenir cet homme qui pleurait tout en lui hurlant de mourir pour de bon, de ne jamais revenir et de lui faciliter la vie ; il aurait même pu le prendre dans ses bras.
Au fond, c'était que ce que cet homme désirait et Nijimura en avait été parfaitement conscient.
Mais lui n'était qu'une ordure, il n'en ressentait pas l'envie. Tout simplement parce qu'il n'appréciait pas s'encombrer de choses inutiles, comme une prétendue relation. Cela créait plus d'histoires qu'autre chose, ce soir en était même la preuve parfaite. Alors il était resté allongé, les yeux clos, et sentait les flocons fondre contre la peau de son visage. Seul son souffle se transformant en des nuages de vapeurs prouvait encore qu'il était en vie.
Dans cette impasse où avaient été abandonnés des packs de bières vides, des sacs poubelles éventrés par les chiens errants, il reposait et n'avait que pour seul espoir que la neige le recouvre complètement et le fasse disparaître. Car il ne méritait que ça : disparaître à tout jamais et ne plus vivre. Il en avait assez de voir son reflet enlaidit par toutes ses blessures, chaque matin en se levant. Comment cela pouvait-il durer ? Comptait-il faire ça pour le restant de sa vie ?
Et pendant ce temps, son père luttait de toutes ses forces contre un ennemi invisible, immatériel. Et pourquoi ? Les médecins avaient été catégoriques à ce sujet : aucune chance d'y survivre. Alors pourquoi lui qui était un délinquant, qui avait arrêté ses études sur un coup de tête, et qui ne méritait aucun avenir pouvait survivre ? La vie était injuste.
Tout à coup, la sensation de tomber dans la vide prit Nijimura qui aussitôt se redressa pour se retrouver en position assisse sur son lit. Le souffle irrégulier, la sueur dégoulinant de son front pour ensuite venir s'écraser contre ses poings qui serraient fermement sa couverture. Son esprit devint au fur et à mesure plus clair, et quelques brides de son rêve lui revinrent en mémoire ; le poussant à prendre son visage entre ses mains.
Pourquoi avait-il eu l'opportunité de changer de mode de vie, alors qu'il était sûrement celui qui le méritait le moins ? Nijimura s'était plusieurs fois posé cette question sans en obtenir la moindre réponse, mais le fait était là : un beau jour, une femme était entrée dans sa vie sans crier gare et lui avait tendrement tendue la main pour l'aider à se relever. Cette femme qui était la mère d'Akashi, qu'il n'avait jamais rencontrée avant ce jour où elle était venue à lui qui espérait plus que tout mourir.
Mais le fait que ce soit lui qui ait pu changer, qui ait pu rencontrer cette femme qui a eu autant d'impact dans son existence, ce n'était pas juste. Il aurait mieux valu pour tout le monde qu'il termine ses jours dans cette impasse. Son père ou peut-être même Haizaki le méritaient beaucoup plus.
Après un soupir qui lui fit réaliser à quel point sa gorge était sèche, Nijimura jeta un coup d'œil à son téléphone pour constater l'heure puisqu'à travers ses rideaux il pouvait voir qu'il faisait encore nuit. Une injure franchit ses lèvres quand il vit qu'il n'était que deux heures du matin, et qu'il serait incapable de se rendormir paisiblement après le rêve qu'il venait de faire.
Nijimura quitta son lit afin de pouvoir prendre une douche qu'il espérait revigorante, se changea par la suite pour revêtir des vêtements de ville et fermer derrière lui la porte de son appartement. Malgré l'heure tardive, le vent n'était pas agressif et balayait légèrement ses cheveux, l'accompagnant dans sa marche nocturne comme un compagnon agréable.
La traversé des rues de Kyoto en pleine nuit ne fut guère périlleuse, puisque la plupart des habitants se trouvaient tranquillement endormis dans leur foyer avec leur chère famille. Marchant seul, Nijimura arriva quelques minutes plus tard face à un bar où il n'avait plus été depuis des lustres. En poussant la porte, Nijimura partit s'asseoir au bar. L'employé qui se trouvait derrière parut surpris de le voir arriver.
Un maigre sourire vint recouvrir les lèvres de Nijimura qui s'installa en face de lui, levant simplement sa main vers le plafond pour le saluer.
« Ça fait longtemps, souffla-t-il faiblement.
— Bonsoir, Nijimura-san. Vous êtes venu seul ? »
Le fait que ce barman se souvenait encore de son nom amusa le brun, mais cela ne se vit pas sur son visage qui garda son expression boudeuse typique. Il acquiesça simplement pour répondre à la question posée, puis commanda un verre que l'employé se pressa à exécuter. Après tout, peu de clients étaient restés aussi tard hormis les habitués et quelques saoulards qui se plaignaient de leur travail ou encore de leur femme.
Quelques minutes plus tard, sa commande lui fut apportée et il en remercia son interlocuteur. Un discret sourire étirait les lèvres de cet homme qui était visiblement enchanté de le voir toujours en vie après tout ce temps.
« Que devenez-vous désormais, Nijimura-san ? Je pensais que vous aviez déménagé après cette nuit.
— Toujours aussi honnête à ce que je vois, Kuroko. »
A force de côtoyer cet établissement durant des années, Nijimura était parvenu à se lier d'amitié avec ce jeune employé discret et qui passait souvent inaperçu quand il ne venait pas faire face à son client assis derrière le bar, faisant à tous les coups sursauter ceux qui n'étaient pas habitués à cet endroit.
Apportant de temps à autre son verre à ses lèvres pour en boire quelques gorgées, Nijimura répondit à la question de son homologue.
« Je suis manager maintenant. Je travaille pour Akashi Seijūrō.
— Vous devez donc avoir beaucoup de responsabilités, commenta ensuite Kuroko en essuyant en même temps des verres qu'il avait précédemment lavés.
— Pourquoi j'ai l'impression que tu ne m'en sens pas capable ? Râla-t-il plus pour la forme que pour chercher des ennuis.
— J'ai rencontré un homme qui passait son temps accoudé piteusement à mon bar, insultant notre société.
— Ce n'est pas le cas de tous tes clients ici ? Se moqua alors Nijimura en faisant mine de regarder partout autour de lui.
— Pas ceux dont je désinfectais les blessures à l'alcool à l'arrière de la boutique, non. »
Nijimura fronça ses sourcils tandis que Kuroko continua de le regarder droit dans les yeux, et comme ces fois où ils se regardaient de la sorte sans même cligner du regard, Nijimura se rappela à quel point il détestait que Kuroko fasse cela. Le regard de ce garçon ne devrait pas être autant dénué d'émotions, cela l'empêchait de découvrir à quoi il pouvait bien penser de lui. Seulement, c'était une chose impossible : les yeux du bleuté étaient indéfinissables, personne ne parvenait à les déchiffrer.
Le silence s'installa entre les deux hommes. Nijimura continua de faire diminuer le volume contenu dans son verre, en demandant un autre lorsque le premier fut complètement vidé. De son côté, Kuroko venait parfois servir d'autres clients qui arrivaient, ou s'absentait pour aller débarrasser des tables qui venaient de se vider. Pendant ce temps, Nijimura ne regardait rien de précis et était de nouveau plongé dans ses pensées. En sortant de chez lui, il avait voulu se changer les idées et pourtant il était venu dans un endroit qui était encore raccroché à son passé. Ses pieds l'avaient emmené ici, comme par un pilotage automatique qui se serait greffé à son cerveau sans qu'il n'en sache rien.
Le nombre de soirées alcoolisées qu'il avait passées entre ces murs, à essayer tant bien que mal de discuter avec Kuroko malgré son alcoolémie, ces toilettes qu'il connaissait comme sa poche pour y avoir accompagné Haizaki qui ne se sentait pas bien, ou pour lui-même parfois. Sans oublier l'arrière de cette boutique qui donnait sur cette impasse où il avait failli y rester, où Kuroko était souvent venu le recueillir pour désinfecter ses plaies et lui permettre de se réchauffer un peu, et de manger quelque chose parfois.
Au bout d'un moment, Kuroko revint lui faire face et recommença à essuyer des verres qu'il rangeait ensuite à leur place.
« Tu as des nouvelles d'Haizaki ? » Demanda-t-il subitement.
Si Nijimura avait fait attention, il aurait pu remarquer le coin des lèvres de Kuroko s'étirer vers le haut. Seulement, le brun préférait regarder le bar qui se trouvait fortement intéressant en cet instant.
« Il est ici depuis cette après-midi. »
La réponse inattendue fit se redresser Nijimura dont l'expression surprise amusa grandement Kuroko, sans bien qu'évidemment cela se voit sur son visage. Il indiqua par la suite à Nijimura où se situait la place d'Haizaki dans l'établissement, et il se mit à compter intérieurement le temps que le brun mettrait pour décoller son postérieur de son fauteuil. Cela dura au final cinq minutes avant qu'il n'observe Nijimura s'éloigner de lui pour rejoindre Haizaki.
Nijimura était vraiment sorti de chez lui pour se changer les idées, mais il avait fallu que son corps décide de l'emmener dans cet endroit. Etait-ce le hasard ou encore l'affaire du destin ? A vrai dire, en cet instant, Nijimura s'en fichait éperdument. Kuroko lui avait signalé qu'Haizaki se trouvait à trois tables du bar, le trajet ne devrait donc pas être long mais il parut pourtant être une éternité aux yeux du brun. Ce fut seulement quand il aperçut ue silhouette avachie sur une table que Nijimura sut reconnaître les mauvaises manières de son ancien acolyte. Il pressa alors le pas, voyant de mieux en mieux Haizaki : ses bras croisés supportant le poids de sa joue gauche et les jambes écartées de part et d'autres de la table. En se mettant sur le côté pour voir son visage, Nijimura remarqua qu'il avait les yeux clos et que sa respiration était régulière.
Sérieusement, il était en train de dormir ?
Et paisiblement en plus.
Un sourire de mauvaise augure recouvrit le visage de Nijimura, qui avança alors sa main droite vers la joue offerte d'Haizaki. Les autres clients environnants pourraient presque entendre le rire sinistre qui s'échappait de la bouche du brun, si seulement ils tendaient l'oreille.
Ses doigts pincèrent férocement la peau qui se trouvaient à leur porter, forçant vers l'arrière pour tendre le visage de la belle aux bois dormants qui ne tarda à se réveiller et de tenter de s'échapper de l'emprise de cette personne qui le tirait violemment de ses songes. Sa voix commença à faire vibrer les murs par sa puissance, gesticulant ensuite dans tous les sens sur son siège tout en manquant à plusieurs reprises de finir les quatre fers en l'air. De son côté, Nijimura prenait un malin plaisir à torturer sa victime qui lui avait le droit à un sommeil paisible alors que lui en avait été privé. De plus, voir autant réagir Haizaki pour une simple pression contre sa joue était tout à fait délectable.
« Putain, lâche-moi ! Qu'est-ce que tu m'veux ? »
Finalement, Haizaki parvint à se dégager en retirant la main de Nijimura par son bras. Il se massait donc sa joue douloureuse tout en posant sa question, son regard sombre fusillant du regard cette personne qui avait été autrefois l'un de ses plus proches amis.
« Va pas dire après qu'c'est moi qui cherche à te voir ! Qu'est-ce que tu fous ici ? »
Les questions d'Haizaki lui étaient jetées à la figure, méchamment et sans retenue. La rancœur était encore bien présente chez son homologue qui avait reculé sa chaise de quelques centimètres après être parvenu à se libérer, instaurant ainsi une certaine distance entre eux deux.
« Je suis venu boire un verre dans un bar, qui y a-t-il de mal là-dedans ? Rétorqua-t-il enfin.
— Peut-être le fait que tu sais très bien que j'y serais ! »
Tout à coup, la main d'Haizaki rencontra la table et il se retrouva debout. Le verre tomba à la renverse, et roula contre la table avant d'être arrêté par la main de Nijimura afin d'éviter un accident. Alors qu'il remettait en place le verre, Haizaki inspira bruyamment avant de cracher de nombreuses injures à la figure de Nijimura qui leva simplement son regard dans le sien. Il n'eut guère le temps de répondre quoi que ce soit qu'Haizaki le dépassait, prenant avant tout le soin de le bousculer violemment par l'épaule avant de balancer ses billets à Kuroko et de quitter l'établissement.
« Vous n'êtes toujours pas réconciliés à ce que je vois… »
La soudaine intervention de Kuroko que Nijimura n'avait pas entendu arriver, fit bondir celui-ci vers l'avant. Après s'être retourné et avoir maudit le manque de présence du bleuté, Nijimura vint se masser nerveusement la nuque tout en détournant le regard.
« Mais je peux comprendre Haizaki-san, poursuivit Kuroko.
— Comment ça ? Le reprit alors Nijimura, plongeant son regard dans celui du bleuté.
— Cette nuit où j'allais vous ramassez après mon service, cette femme est soudainement apparue pour vous emmener avec elle. Je ne vous ai plus revu jusqu'à ce jour. Et je constate que physiquement, vous avez beaucoup changé. Vous êtes même plus poli et paraissez plus réservé, Nijimura-san.
— Où tu veux en venir, Kuroko ? » Grommela-t-il en s'impatientant.
Le visage inexpressif de Kuroko ne permettait pas à Nijimura de deviner ses futures paroles, et encore moins de commencer à les appréhender. Comme à chaque fois avec ce jeune homme, Nijimura ne savait à quoi s'attendre.
« Vous avez abandonné Haizaki-san, car vous ne vouliez pas être garant de lui et que c'était plus facile pour vous de changer de vie. »
Les propos de Kuroko n'étaient pas des reproches, Nijimura l'avait compris au fil des années qu'il avait passé à discuter avec ce dernier. Seulement, peut-être que c'était ça le pire avec Kuroko : ce dernier ne vous reprochait rien, il faisait toujours que constater les choses que les personnes tentaient tant bien que mal d'ignorer volontairement. Ce genre de choses, Nijimura en était tout à fait conscient, mais il avait préféré concentrer son attention sur un autre point et oublier le reste.
Il avait ignoré Haizaki. Il avait même fait une croix sur leur amitié, sur son existence.
Au final, il était resté cette ordure qui croupissait dans cette impasse.
Une ordure qui chaque matin en se réveillant, se donnait l'image d'un homme bien et respectable.
« Vous avez peut-être changé physiquement Nijimura-san, mais il ne s'agit là que d'apparence. Nous savons l'un comme l'autre que la véritable nature d'un l'homme, celle qui est au fond de nous, ne change pas du jour au lendemain. Vous êtes toujours le même délinquant que je ramassais à la fin de mon service pour soigner les plaies à l'arrière de ma boutique. »
La voix de Kuroko était profonde, assurée, et Nijimura n'aurait aucunement pu le contredire.
Il n'était qu'un comédien qui jouait le rôle de manager, ou même pour aller plus loin encore : celui d'un homme qui se voulait bienveillant et qui prenait à sa charge un adolescent de quinze ans. Nijimura le savait parfaitement.
Sa vie était et resterait toujours une fantastique mascarade.
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La matinée touchant à sa fin, le professeur qui était venu lui faire cours à domicile quitta sa chambre en le saluant respectueusement. De nouveau seul dans cette pièce qui lui appartenait, Akashi referma le cahier et rangea ses affaires avant que son regard ne soit capté par le calepin sombre qui reposait dans un coin de son bureau. Après s'en être saisi, il laissa pendant un instant les pages défiler les unes après les autres, s'arrêtant subitement sur une. Le carnet à moitié ouvert entre ses mains, le regard sanglant de l'adolescent observait les traits qui se superposaient les uns aux autres, créant ainsi une forme abstraite.
Comme pour la plupart de ses dessins inachevés, mais davantage pour celui-là en particulier, Akashi n'était pas satisfait. Il manquait toujours quelque chose ; cette chose qui saurait faire la différence entre ses créations et un vulgaire gribouillage enfantin que tout le monde serait capable de réaliser.
Son attention fut néanmoins happée par la personne qui vint toquer à sa porte, lui faisant refermer son carnet de dessins avant d'autoriser la personne à rentrer. Akashi haussa ses sourcils en voyant apparaître son père qui referma la porte derrière lui. Habituellement, leurs échanges se résumaient à ses études et parfois son géniteur, et unique parent à présent, s'intéressait à son état de santé, ainsi que ses peintures, bien que ce soit extrêmement rare. De la sorte, il était aisé de dire qu'Akashi n'entretenait pas une relation étroite et complice avec son père.
Ainsi, le voir s'avancer jusqu'à le rejoindre à son bureau le surprenait grandement. En toute honnêteté, il pouvait compter sur les doigts d'une seule main le nombre de fois où son père était entré dans sa chambre. De plus, ses notes étaient restées parfaites, et malgré ces derniers jours où il avait eu de la fièvre, il n'avait manqué aucun de ses cours. Le rouquin ne comprenait donc pas pourquoi son père se trouvait dorénavant à quelques centimètres de lui.
« Je n'irais pas par quatre chemins, Seijūrō, commença-t-il avec cet air éternellement sérieux proscrit sur son visage.
— Qu'y a-t-il, Père ?
— Dans une heure, un manager viendra te rencontrer. Je l'ai moi-même choisi. »
Le regard d'Akashi s'agrandit suite à cette annonce.
Et Nijimura ?
Seulement, son père ne lui laissa pas le temps de dire quoique ce soit qu'il enchaîna :
« Nijimura-san n'est pas venu travailler ces derniers temps, et il n'a de toute façon jamais été à la hauteur, soyons réaliste. Si tu veux réellement poursuivre ta carrière dans la peinture, il te faut le meilleur.
— Nijimura-san est en congé. » Révéla l'adolescent qui ne comprenait pas la situation.
Le fait que son père lui révélait avoir pris le temps de choisir un manager et, ainsi, acceptait en quelque sorte qu'il veuille devenir un peintre célèbre, au lieu de reprendre l'entreprise de son père, aurait dû lui plaire. Seulement, Akashi était pris de court. Son regard observait sous toutes les coutures cet homme qui se dressait face à lui, les mains jointes derrière son dos et le menton levé. Comme d'habitude, il n'avait pas le droit de contester les choix de son père.
Abaissant alors son regard, Akashi regarda du coin de l'œil le carnet sombre sur son bureau.
« Nijimura-san a été mis au courant ? Demanda-t-il simplement.
— Je l'ai appelé ce matin. »
Akashi ressentait l'envie de demander des explications, de savoir ce qu'avait pu dire Nijimura quand son père lui avait téléphoné et si le brun avait essayé de défendre son poste. Mais cela serait inutile, son père ne lui répondrait jamais.
Face à lui, Masaomi put voir son fils contracter ses poings et l'observa plisser des yeux. Il s'était douté que son garçon ne serait pas ravi par sa décision, que le prendre de court de la sorte ne lui plaisait pas davantage. Seulement, Masaomi n'avait de toute façon jamais accepté Nijimura et avait déjà programmé son renvoi bien avant que cet homme commence sa première journée en tant que manager.
« Je te demanderai de supprimer son numéro et de ne plus avoir aucune forme de relation avec lui. Ce n'est pas une personne fréquentable.
— Nijimura-san s'est toujours très bien occupé de moi, le contredit néanmoins Akashi en regardant de nouveau son père droit dans les yeux.
— A un tel point qu'il t'a fait tomber malade ? Ironisa alors Masaomi en étirant un rictus mauvais.
— Ce n'était qu'une simple fièvre…
— Nijimura-san n'est pas une personne solide, il peut s'effondrer à la moindre difficulté rencontrée. Je ne veux pas que tu côtoies ce genre de personnes, et surtout pas que vous instauriez une forme d'amitié entre manager et artiste. »
A ces mots, de nouveau les yeux d'Akashi s'agrandirent et il entendit alors son père rire un instant. Cependant, c'était un ricanement malveillant, loin d'être agréable à l'écoute. Akashi remarqua ensuite que les yeux de son père se voilèrent et devinrent beaucoup plus sombres que d'ordinaire, prenant un air un peu plus supérieur et dominateur.
« Voyons, Seijūrō. Je t'apprends à avoir un regard sur tout, partout et dans n'importe quelle situation. Ne penses-tu donc pas que je l'applique à moi-même ? Ce n'est pas parce que j'ai été absent quelques jours, ou que je ne suis pas dans la même pièce que vous, que je ne vois rien ni n'entends rien. Tu es ici chez moi, les murs sont mes oreilles et les domestiques mes yeux. »
Akashi abaissa de nouveau le regard, impuissant face à son père. Le jeune homme était tout à fait conscient qu'il serait incapable de le faire revenir sur la décision du renvoi de Nijimura. En le voyant ainsi capituler silencieusement, le coin des lèvres de Masaomi se redressa. Il ne tarda pas à quitter la chambre de son fils, refermant la porte derrière lui avant de rejoindre son bureau.
Une bonne chose avait été enfin réglée, et savoir Nijimura loin de sa maison le rassurait grandement. Il allait enfin pouvoir dormir sur ses deux oreilles.
Pendant qu'il retournait à son travail et remplissait des documents administratifs, quelqu'un vint à son tour toquer à sa porte. Sous ses yeux apparut un domestique étant venu lui apporter du thé, sans que Masaomi ne l'ait demandé. Ce même domestique qui quelques jours auparavant avait discuté avec Nijimura, lui rappelant le jour de leur rencontre et son ressenti à ce moment précis sur ce garçon aux cheveux teints et aux nombreux piercings.
Après avoir déposé la tasse de thé, le domestique releva son regard pour enfin croisé celui suspicieux de son employeur. Cela faisait des années qu'il travaillait pour la famille Akashi et qu'il côtoyait cet homme puissant et redoutable. Il savait donc à quel point cela pouvait être périlleux de se frotter à un pareil individu, mais parfois il fallait prendre le taureau par les cornes afin de faire entendre sa voix. Il était important de lui montrer les limites à ne pas franchir pour éviter d'être blessé.
« Cela fait longtemps que nous nous connaissons, Akashi-sama. Et je ne vous ai jamais vu manquer de professionnalisme, même dans les pires situations qu'a pu traverser votre entreprise.
— Tu es venu me faire la leçon, toi ? Grinça-t-il mauvaisement, les représailles pouvant tomber à tout moment.
— Je cite simplement les faits, Akashi-sama. »
Le domestique vit ensuite son employeur se saisir de sa tasse pour en boire quelques gorgées, camouflant ainsi sa bouche tordue par les injures qui la traversaient. Un sourire amusé s'étira sur les lèvres de l'homme qui se tenait droit, son plateau appuyé contre son flanc. Il avait été l'un des premiers domestiques à venir travailler dans cette immense maison, lorsque Shiori attendait son premier enfant et que Masaomi commençait à se faire un réel nom grâce à sa multinationale. Ses yeux avaient donc pu voir évoluer cette famille richissime avec l'arrivée de leur premier et unique enfant ; il avait, comme tous les autres domestiques, assisté à la dégradation de la santé de Shiori tandis que Masaomi était tant submergé par le travail qu'il n'avait pas le temps de voir sa femme ni son fils.
« Pendant que Madame se mourrait, vous n'avez pas pu être à ses côtés et vous le regrettez profondément encore aujourd'hui. Vous n'avez pas non plus été là pour consoler votre unique enfant. »
Masaomi détourna le regard, sous ses paupières se jouant cette triste époque. Son entreprise prenait un tournant radical et il ne pouvait se permettre de le manquer, se retrouvant alors tiraillé entre son travail et les médecins qui l'avaient informé de la mort certaine de son épouse. Et même s'il avait fait tout son possible, s'il avait fait appel aux meilleurs médecins du monde entier, fait toutes les recherches imaginables, la Mort avait été plus forte que lui.
« La personne qui faisait rire votre femme mourante, qui l'a accompagnée jusqu'à la mort, cela n'a pas été vous. Et la raison pour laquelle vous ne supportez pas Nijimura-san, c'est uniquement parce qu'il a joué le rôle que vous auriez dû tenir. La dernière main qu'a empoigné votre femme, c'était la sienne et non la vôtre. »
Le regard voilé par la colère de Masaomi se dirigea vers son domestique, maudissant du plus profond de son être son attitude arrogante. Cet homme savait qu'il pouvait le virer à tout instant, qu'il pouvait même détruire son existence et l'empêcher de se relever par tous les moyens possibles. Il pouvait rayer son nom de la société sans pour autant avoir à mettre fin à ses jours. Pourtant, son domestique se tenait toujours dans la même pièce que lui.
Ils s'étaient de toute évidence beaucoup trop côtoyés. Ce domestique avait trop appris de lui à son insu, et était devenu en quelque sorte un Akashi : imperturbable, un regard porté sur tout ainsi qu'un jugement acéré.
« Ma décision a déjà été prise. Nijimura-san ne sera plus le manager de mon fils, assura-t-il froidement.
— Je ne suis pas venu pour vous faire changer d'avis, Masaomi-sama.
— Contre quoi souhaites-tu me mettre en garde dans ce cas-là ? Demanda-t-il, faisant alors sourire légèrement son interlocuteur.
— Shiori-sama a toujours eu bon cœur, mais vous êtes-vous déjà demandé pourquoi elle avait amené un délinquant dans votre maison ? Ce délinquant qui aurait pu vous voler et qui pourtant n'en a rien fait.
— J'ai cessé de chercher une raison à ses agissements au moment où je l'ai épousée.
— Alors je vous demande d'y réfléchir, s'il vous plaît, Masaomi-sama. »
Le domestique se pencha respectueusement vers l'avant, se retournant ensuite pour retourner à ses occupations et laisser son employeur cogiter. Après avoir refermé la porte, il soupira longuement et sentit ses jambes frémir subitement, lui faisant dès lors étirer un sourire nerveux : finalement, cela avait été plus dur qu'il ne se l'était imaginé. Tenir tête à Akashi Masaomi n'était pas une épreuve facile.
Pendant ce temps, Masaomi avait cessé toutes ses activités. Son front reposé contre ses mains jointes, les yeux clos. Cela faisait des années que sa femme avait succombé à la maladie, et il n'arrivait toujours pas à accepter ce fait indéniable ; accepter que la Mort avait pu être plus forte que lui et lui avait retiré la femme de sa vie, la mère de son unique enfant, sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit. Pour la première fois de son existence, Masaomi avait perdu et ressentait la désagréable sensation d'être une personne impuissante et faible. Le sourire de sa femme lui revint en mémoire, ce qui aurait pu le soulager, le faire se sentir un peu mieux, si seulement ce beau sourire n'était pas dû à ce que venait de lui chuchoter à l'oreille Nijimura. Ce fichu délinquant ramassé dans une impasse un soir enneigé, et qui aurait mieux fait d'y rester pour y finir ses jours.
Pourquoi réfléchir là-dessus, ça ne servirait à rien.
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Quelques jours plus tard, Akashi peignait sans conviction une toile. Son pinceau venait mécaniquement appuyer contre le tissu blanc et traçait une ligne, recommençant encore et encore. L'esprit du jeune homme était ailleurs, ne prenant même pas en compte la présence de nouveau manager qui faisait les cent pas autour de lui, les bras croisés contre son torse et les sourcils froncés. Lors de leur rencontre, Akashi n'avait pas vraiment parlé et avait plutôt hoché de la tête lorsque la conversation l'obligeait. Cet homme lui avait fait part de son expérience, des artistes qu'il avait auparavant suivis, ainsi que de sa manière de les faire monter au sommet.
Toutes ces belles paroles, Akashi s'en fichait. Eiji Shirogane était pour lui une personne sans importance, dont l'avis lui passait par-dessus la tête et dont les conseils n'étaient même pas écoutés. Akashi était donc revenu comme auparavant, lors du début de sa collaboration avec Nijimura. Il fallait aussi savoir que depuis que Shirogane travaillait avec lui, Akashi n'avait aucunement cherché à joindre son ancien manager. Au début, le rouquin s'était attendu à au moins recevoir un message de la part du brun, mais les jours défilant lui firent réaliser ses vaines illusions. Finalement, Nijimura se fichait bien de lui et ne voyait que son talent. Sa personne, ce qui le constituait réellement, ne l'intéressait pas. Il n'était qu'un Akashi à ses yeux.
Pourtant, au fond de lui, Akashi ne put oublier ce porridge que Nijimura lui avait spécialement préparé alors qu'il était fiévreux…
Qu'elles avaient été les réelles intentions de Nijimura en lui préparant un tel plat ? Akashi n'arrivait pas à en saisir l'étendue, et cela le frustrait plus que nécessaire. Il n'aimait pas être incapable de mettre un mot sur une situation.
« Concentre-toi, Akashi-san. »
La voix de Shirogane était froide, rappelant à l'ordre l'artiste dont il avait la responsabilité. Cela n'eut toutefois pour seul résultat que de faire relever les yeux sanglants d'Akashi de sa toile pour les planter dans les siens, lui faisant rapidement détourner des yeux devant l'intensité du regard du jeune homme. Aucune parole ne fut prononcée et pourtant Shirogane avait compris sa place ; cet enfant n'était pas n'importe qui et il n'avait pas à recevoir d'ordres.
Seulement, tout cela Shirogane en avait conscience avant même qu'Akashi Masaomi ne lui téléphone pour réclamer ses services. Shirogane savait donc dans quoi il mettait les pieds avant même de rencontrer correctement le fils de cette grande famille. L'agent d'artiste contracta dès lors sa mâchoire avant d'observer de nouveau Akashi qui avait cessé de peindre et regardait sans réellement la voir la toile sous son nez.
« Je n'ai pas choisi de vous représenter si vous vous tournez les pouces, Akashi-san.
— Si vous n'êtes pas content, vous connaissez le chemin vers la sortie. Je ne vous raccompagne pas. » Trancha dès lors le plus jeune.
Shirogane agrandit ses yeux devant l'impertinence de ce garçon, n'en croyant pas ses oreilles. Au cours de sa carrière, on lui avait manqué de respect et souvent charrié lorsqu'il débutait. Puis, il s'était fait une certaine renommée et inspirait dorénavant le respect et son chemin était souvent admiré par certains. Ainsi forcément les paroles de ce garçon atteignirent son égo et lui fit contracter ses poings, ses yeux se plissant pour regarder de haut en bas Akashi qui pour l'instant n'avait qu'un simple nom. Certes, un nom qui le hissait au-dessus de certaines personnes, mais en soit, valait-il réellement quelque chose san son lien avec le grand Masaomi Akashi ? Shirogane retint de justesse des injures de franchir la barrière de ses lèvres. Il ne comptait pas satisfaire cet impertinent en se ridiculisant. Il devait donc garder son calme.
« Vous devez bientôt faire une exposition, nous devons d'ailleurs décider d'une date ensemble. Seulement avant cela, il vous faut terminer assez de tableaux, et donc travailler. Ce n'est pas en flânant de la sorte que vous y parviendriez.
— Si je peins, c'est car j'en ai envie. Ce n'est pas pour vendre des tableaux et me faire une renommée.
— Dans ce cas, pourquoi avez-vous demandé à votre père de vous trouver un agent ? »
La voix de Shirogane s'était radoucie, mais elle gardait son autorité. Il essayait simplement de calmer le jeu et faire baisser la tension qui s'était accumulée dans ce petit atelier. Un semblable de réussite lui apparut dès lors qu'Akashi se tourna vers lui, le visage apparemment calme. Toutefois, à l'intérieur du rouquin c'était bel et bien autrement. Au moins, Nijimura respectait sa concentration et ses heures de travail. Pendant ce temps, le brun s'asseyait quelque part et feuilletait un magazine, ou le regardait peindre sans dire quoi que ce soit. Parfois même, Akashi l'avait surpris en train de somnoler.
Mais au moins, Nijimura ne l'embêtait pas au point de lui faire ressentir l'envie de planter son pinceau entre ses yeux.
« Si tu désires comprendre et analyser des histoires familiales, il fallait devenir psychologue. »
Le changement de langage, passant du vouvoiement au tutoiement fit d'abord tiquer Shirogane, dont le regard n'avait pas quitté les yeux vermeils de son interlocuteur. Cependant, l'agent artistique ressentit quelque chose de différent, d'inquiétant. L'ambiance était devenue beaucoup plus lourde, et le garçon qui se trouvait à quelques mètres de lui semblait gagner en prestance. Shirogane sentit l'air lui manquer, lui faisant ainsi réaliser qu'il avait cessé de respirer pendant un certain temps.
Akashi déposa par la suite son pinceau et quitta son atelier. Il laissa ainsi Shirogane seul, ne se souciant pas du regard désobligeant que lui dirigeait l'adulte. C'était sincèrement sa dernière préoccupation alors qu'Akashi regagnait sa chambre tout en fermant derrière lui la porte. Après avoir rapidement jeté un coup d'œil à son téléphone, il dut à nouveau se rendre à l'évidence que Nijimura n'avait pas essayé de le joindre.
Il avait un arrière-goût amer en bouche et n'arrivait définitivement pas à l'enlever.
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Depuis son licenciement, Nijimura avait passé les premiers jours à flâner dans son appartement ; voguant entre son lit, la salle de bain et la télévision. Parfois il sortait afin de rejoindre le premier bureau de tabac à proximité, s'acheter son paquet de cigarettes avant de retourner chez lui. Nijimura n'avait pas vraiment cherché un nouveau travail, car après tout il avait arrêté ses études après le lycée et n'avait jamais cherché à entrer dans une université. Toutefois, il se rendait compte avec l'âge que c'était une erreur de jeunesse. Après tout, les études ne l'avaient jamais réellement dérangé, mais le délinquant qu'il était refusait d'être un élève assidu obtenant de bonnes notes et travaillant sérieusement. A cette époque, il pensait valoir mieux que ça.
Toutefois, Nijimura était tout à fait conscient qu'il ne pouvait décidément pas finir ses jours ainsi. La première raison était parce qu'il était encore assez jeune, et que ses journées allaient rapidement devenir interminables. La deuxième raison, et la plus importante, était que son compte bancaire baissait de jour en jour sans connaître de remontée ; et qu'un jour ou l'autre, Nijimura n'allait plus être capable de payer son loyer. Devenir sans domicile fixe n'était pas dans ses optiques de vie.
Nijimura avait alors commencé à éplucher les journaux, à la recherche d'annonces pour des emplois ne requérant pas de capacités spécifiques. Il se présenta à plusieurs endroits, que ce soit pour devenir caissier pour un combini ou serveur dans un café, ainsi qu'un tas d'autres lieux. Malheureusement, la même réponse lui revenait en plein visage. Son profil ne correspondait pas avec le poste proposé, mais au fond, Nijimura en connaissait la réelle raison. En effet, si les patrons fouillaient un peu dans son passé, ils verraient alors à quel point il avait connu les services de police.
Certaines erreurs de jeunesse ne pardonnent pas et resteront toujours inscrites quelque part, comme marquées au fer rouge contre sa peau.
Alors un jour, désabusé de ne récolter que des refus, Nijimura vint s'asseoir au bar de Kuroko et lui commanda un verre. Il parla de son quotidien au bleuté, non pas pour se plaindre, ce n'était pas son genre, mais seulement pour insulter ses employeurs qui avaient peur qu'il pique dans la caisse ou leur cause d'autres ennuis. Bon sang, il avait changé depuis.
« Malheureusement, les personnes ne retiennent que ce que nous faisons de mal, et ne voient que trop rarement les efforts que nous mettons en œuvre pour changer cela, annonça Kuroko.
— C'est tout à fait ça. Bordel, je suis plus le petit con que j'étais auparavant ! S'écria-t-il en se grattant la tête, énervé contre ces individus à l'esprit fermé.
— Vous étiez un petit con adorable, Nijimura-san. »
Nijimura discerna le sourire taquin qu'élaborait en ce moment même Kuroko, le faisant sourire à son tour alors qu'il se penchait par-dessus le bar pour venir engouffrer sa main dans la chevelure du barman. Il finit par éclater de rire, la présence de Kuroko lui faisant un bien fou grâce à son impertinence et son franc parler. Ce franc parler qui lui rappela Akashi, alors qu'il se rasseyait correctement sur son siège et amenait son verre entre ses lèvres.
Cela allait bientôt faire deux semaines qu'il avait quitté la famille Akashi et il n'avait pas reçu le moindre appel ni message de sa Majesté. En pensant à Akashi, Nijimura passa de nouveau sa main dans ses cheveux et finit par s'appuyer contre son avant-bras, observant son téléphone qui se trouvait à côté de son verre. Etonnamment, cela lui manquait de ne plus recevoir des appels dans la matinée, pour qu'il aille le chercher et l'emmener à des interviews à l'autre bout de la ville, et de devoir répondre au moindre de ses caprices. Cependant, au-delà de son sale caractère d'enfant gâté, Nijimura avait découvert chez ce garçon une certaine sensibilité à ce qui pouvait l'entourer. Akashi retrouvait son véritable âge et sortait des principes imposés par sa famille pour redevenir le petit garçon qu'il devrait être, profitant de sa jeunesse et de son insouciance.
Une fois, Nijimura s'était fait la réflexion qu'il était chanceux par rapport à Akashi. Il avait pu avoir une enfance agréable et comme il l'entendait, tandis qu'Akashi devait répondre aux exigences de son père et le rendre fier de lui sous peine de recevoir de sévères punitions.
En remarquant son air absent, Kuroko se rapprocha de lui après avoir servi un client qui était arrivé entretemps.
« Le petit vous manque ?
— Son sale caractère me manque, ouais… Je ne peux plus m'amuser à lui répondre et le regarder s'énerver.
— Vous avez gardé son numéro, n'est-ce pas ? Vous pouvez toujours communiquer avec lui, proposa Kuroko.
— Son père me l'a interdit lorsqu'il m'a téléphoné. S'il apprend que j'ai repris contact avec lui, il compte engager des poursuites. »
Le regard de Kuroko s'agrandit, se demandant alors en quoi le père d'Akashi pourrait poursuivre Nijimura pour de simples échanges téléphoniques. Il ne posa néanmoins pas de questions supplémentaires et vit alors Nijimura déposer quelques pièces sur le comptoir avant de se relever.
« Merci pour le verre, à une prochaine fois.
— Courage à vous, Nijimura-san. Je suis certain que vous finirez par trouver quelque chose. »
Nijimura acquiesça tout en rangeant son téléphone dans la poche de son pantalon, remettant par la suite son manteau par-dessus ses épaules avant de sortir du bar et retrouver de la sorte le froid de l'extérieur. Il faisait déjà nuit et les passants se dépêchaient à rentrer chez eux pour profiter de leur famille et des bons petits plats de leur femme. En chemin, Nijimura entendit son téléphone sonner et décrocha rapidement en voyant que sa mère cherchait à le joindre. La douce voix de celle-ci ne tarda donc pas à caresser ses oreilles tandis que le brun continuait à marcher pour rentrer chez lui.
« Il y a un problème ? Demanda-t-il puisque sa mère ne l'appelait que trop rarement.
— A vrai dire, je comptais te faire une surprise…
— Mais ?
— Je suis devant la porte de ton appartement et… un garçon se trouve assit devant avec une valise sous le bras. »
Pendant un instant, Nijimura cessa d'avancer. Il décala son téléphone de son oreille pour l'observer d'un drôle d'air. Sa première pensée fut que sa mère lui faisait une plaisanterie, mais n'étant ni le genre de la personne ni encore moins un sujet à plaisanter, Nijimura chercha à découvrir qui pourrait se trouver devant sa porte à une pareille heure et surtout avec une valise.
Haizaki ? Ce n'était pas envisageable en vue de leur dernière discussion, et puis de toute façon sa mère le connaissait. Elle l'aurait donc appelé de la sorte ; ou plutôt elle ne l'aurait même pas appelé et aurait trouvé un moyen comme un autre d'éloigner Haizaki de lui. En effet, même si sa mère n'avait rien contre son ancienne relation charnelle avec Haizaki, elle n'acceptait simplement pas la mauvaise influence que ce garçon pouvait avoir sur son fils. Elle ne l'avait jamais apprécié et avait toujours pensé que c'était lui qui l'avait traîné là-dedans.
Enfin, si ce n'était pas Haizaki cela réduisait grandement le champ des possibilités.
« Allo, Shūzō ? L'appela sa mère face au silence qui se prolongeait à l'autre bout du fil.
— Oui… désolé… tu peux me dire qui c'est, s'il te plaît ? Quémanda-t-il en reprenant sa marche, accélérant le pas pour rentrer le plus rapidement possible.
— Dis-moi mon petit, comment tu t'appelles ? Demanda ensuite gentiment sa mère, que put entendre Nijimura.
— Ça ne vous regarde pas. Et ma taille est moyenne. »
La précision fit étirer un sourire sur les lèvres de Nijimura qui avait instantanément reconnu la voix. Cette fois-ci, Nijimura se mit à courir après avoir raccroché. Qui savait ce qui pourrait arriver à sa mère en présence de sa Majesté suprême qui semblait de mauvaise humeur, et qui de toute évidence, avait quitté le nid de papa.
Bon sang, ce petit n'en faisait vraiment qu'à sa tête ; mais Nijimura mentirait en disant que cela le dérangeait. Ainsi quand il gravit les marches pour rejoindre l'étage de son appartement et qu'il découvrit sa mère penché en deux, essayant de discuter avec ce garçon mal élevé, Nijimura étira ses lèvres en voyant Akashi les bras croisés contre son torse. Le rouquin ne regardait pas cette femme qui lui faisait la morale pour des raisons qu'il ne préférait même pas entendre. Comment ça il devait respecter ses aînés ? C'était à eux de le respecter et de s'agenouiller devant lui. Il était un Akashi après tout.
Akashi ne tarda pas à croiser le regard de Nijimura, décroisant un instant légèrement ses bras. Nijimura profita alors de cet instant pour se rapprocher et poser une main sur l'épaule de sa mère qui se redressa instinctivement, relevant son menton pour observer le profil de son fils qui au même instant attrapait le sac d'Akashi pour la placer par-dessus son épaule.
« Comme il est tard et que je suis fatigué, je ne te ramènerai pas chez toi, mais j'appellerai ton père dès que je passerai ma porte.
— Je te l'interdis, ordonna alors sèchement Akashi.
— Je me fiche que tu aies fugué et les raisons qui t'ont poussé à être aussi insouciant, mais ton père mérite d'être prévenu.
— C'est bien beau de dire ça maintenant, soupira de son côté sa mère.
— Maman…
— Laissons ce garçon se calmer avant d'appeler son père. Depuis tout à l'heure il contracte sa mâchoire, j'ai peur qu'il se fasse un ulcère à son âge, se moqua-t-elle.
— Mon état de santé ne vous regarde pas, oba-san. »
Des frissons désagréables traversèrent le corps de Nijimura qui se tourna vers Akashi, lui faisant mentalement ses adieux. Au même moment, à ses côtés se dressait quelque chose de plus terrifiant que sa Majesté vous appelant aux aurores : une femme injustement traitée de grand-mère alors qu'elle n'avait pas le moindre cheveu blanc et se portait comme un charme. Un faux sourire couvrait donc le visage de la mère de Nijimura qui au même instant faisait craquer ses poings, penchant sa tête sur le côté tout en marmonnant des paroles qui firent agrandir les yeux d'Akashi.
« Je vois que mon fils parvient toujours à avoir de formidables fréquentations, de si polies et agréables compagnies. »
Un rire nerveux emporta Nijimura alors qu'il ouvrait rapidement sa porte, attrapant le poignet d'Akashi afin de l'attirer avec lui à l'intérieur pour lui éviter le courroux de sa mère. Cette dernière les poursuivit, criant après cet impertinent qui l'avait traité de vieille femme, parlant si vite qu'elle s'emmêlait les pinceaux et finit même par se mordre la langue et ainsi cesser tout son vacarme tout en retenant ses larmes de douleur. Pendant ce temps, Nijimura regardait les nouveaux événements prenant place dans son appartement, se demandant encore quels problèmes allaient lui tomber dessus et ce que sa Majesté allait encore bien pouvoir ordonner.
Au final, il n'appela même pas le père d'Akashi.
