Bonjour tout le monde, comment allez-vous ? Tout d'abord, je voulais m'excuser pour cet immense retard que j'ai pris sur cette fiction ! Mais voici finalement le chapitre 6 qui j'espère vous satisfera :D

Réponses aux reviews :

Guest : Bonjour à toi et merci pour ta review ! Je suis contente si la fiction te plaît, toutefois Nijimura ne sera pas le uke dans cette relation x) Après tout, il est plus âgé qu'Akashi et même sans ça, dans ce contexte, ce serait vraiment étrange haha. Mais pourquoi pas dans un autre projet, qui sait ;) J'espère que ce chapitre te plaira et je te souhaite une bonne lecture.

ajiahdompey : Lorsqu'Akashi décide d'être mignon, il y a va pas par quatre chemins haha. Et puis Akashi dormir sur un canapé ? Nijimura était bien trop naïf x). Enfin concernant le mariage de Shiori et Masaomi, il n'était pas du tout arrangé. Par ailleurs, dans ce chapitre tu verras un peu plus comment était justement le couple de Shiori avec Masaomi :). Et oui nous sommes des sadiques mouahaha, je compte faire apprendre toute l'histoire à Akashi d'une toute autre façon (sinon ce serait trop facile voyons !) Pour ce qui est de savoir si Nijimura va replonger ou non dans son passé, telle est la question ma chère ! Et tu as tout à fait raison pour Akashi, la mort de sa mère a été un événement assez traumatisant, choquant, qui lui ont fait oublié certaines choses. Dont justement l'existence de Nijimura quand celui-ci était chez eux. Mais qui c'est, peut-être que ces souvenirs ne sont pas totalement disparus ? :D En tout cas merci pour ta review et je te souhaite une bonne lecture !

Rin-BlackRabbit : Bonjour à toi et un grand merci pour ta review, elle m'a fait énormément plaisir ! Je suis heureuse de t'avoir fait découvrir, et surtout, aimer le couple NijiAka. Je suis parvenue à rallier une nouvelle personne à notre cause, c'est génial haha. Et ne t'inquiète pas, c'est prévu qu'Akashi et Nijimura continuent de se chamailler même si le brun n'est plus l'agent artistique d'Akashi ; c'est leur façon de communiquer après tout ;) J'espère que ce chapitre te plaira tout autant que les précédents et je te souhaite une bonne lecture !

Miss Yuki 66 : Je suis contente que mon OC t'ait plu ! C'est toujours compliqué de créer un nouveau personne et de le faire l'apprécier, alors je suis plus que ravie. Et oui, Akashi commence à devenir tout guimauve en présence de Nijimura, et ça n'ira qu'en empirant mouhaha ! Pour la réaction de notre petit Masaomi, elle est à l'intérieur de ce chapitre alors je te laisserais la découvrir :D Merci pour ta review et je te souhaite une bonne lecture !

luce1999 : Bonjour à toi et merci pour ta review :D En effet, tout Akashi qui se respecte aurait viré l'occupant du lit pour se l'approprier pour lui tout seul ! Mais il faut croire qu'il voulait profiter de la présence de Nijimura, qui sait, peut-être pour se coller à lui et se servir du brun comme oreiller humain ;) Tout à son utilité après tout mouahaha. Je te souhaite une bonne lecture :)


Le portrait

Chapitre 6


Après avoir quitté le bar de Kuroko, ils repassèrent par l'appartement de Nijimura afin de chercher ses affaires. Akashi ne voulait pas encore rentrer chez lui, pas après ce dont il venait de se rendre compte : il ne connaissait pas Nijimura. Des dizaines de questions tournoyaient dans son esprit alors qu'il patientait dans la voiture, le regard plongé dans le vague. Akashi avait beau réfléchir et chercher le peu d'informations qu'il détenait sur le brun, rien d'important ne lui revenait en mémoire. Il ne pouvait que décrire les traits de sa personnalité.

Akashi contracta ses poings contre son pantalon, s'injuriant lui-même pour son aveuglément. Puis, il entendit le coffre du véhicule s'entrouvrirent et il jeta un coup d'œil en arrière, Nijimura rangeait ses affaires emmenées avant de venir le rejoindre. Tout en tournant la clé pour faire démarrer la voiture, Nijimura ne lui jeta pas même un regard et commença à rejoindre la route sans même lui adresser la parole, encore plongé dans ses pensées et sa discussion avec Kuroko. Quelque chose clochait définitivement avec cet endroit, sinon pourquoi le brun ne se réjouirait-il pas d'avoir finalement la possibilité de travailler de nouveau ? La réaction de toute personne serait d'au moins étirer un sourire ravi, et se préparer pour la suite. Toutefois en ce moment, Nijimura semblait partir défaitiste avant même que le combat ne commence.

« Quel est le problème avec cet endroit ? Demanda-t-il finalement, trop curieux pour se taire.

— Pourquoi devrais-je répondre à ta question ? Renchérit Nijimura, continuant de regarder la route et de ne lui prêter aucune attention.

— Tu n'es pas dans ton assiette depuis que nous sommes partis. »

Akashi observait avec soin le profil de l'adulte, remarquant ainsi ce dernier faire claquer sa langue contre son palais. Ses mains se contractèrent contre son volant et ses yeux se plissèrent, de toute évidence de mauvaise humeur. Tous les signaux envoyés à Akashi d'abandonner l'idée d'en savoir davantage, que Nijimura ne comptait pas se livrer à lui, mais Akashi n'était pas connu pour laisser tomber aussi facilement. Alors, le jeune homme s'entêta ; il savait que pour en connaître davantage sur Nijimura, il n'avait pas le choix : il devait insister et creuser la carapace de l'adulte à grand coup de pioche.

« Alors pourquoi tu ne me dis pas la vérité ? »

Sa voix sonnait tel un reproche, mais Akashi n'essaya même pas de s'en cacher. Il était vexé de sa propre attitude mais aussi du fait que malgré tout le temps passé ensemble, Nijimura ne lui ait jamais véritablement montré qui il était réellement. Ses poings serraient encore son pantalon. Akashi voulait savoir. Il désirait connaître cet homme. Son désir sembla arriver jusqu'au brun puisque pour la première fois depuis qu'ils ont quitté le bar de Kuroko, leurs regards se croisèrent enfin.

Nijimura semblait surpris par l'intonation de sa voix, puisque ses yeux étaient légèrement agrandis. Sa surprise ne désemplit pas lorsqu'il remarqua l'attitude du rouquin assit à ses côtés, qui le regardait fixement et qui de toute évidence ne comptait pas lâcher l'affaire avant d'avoir obtenu ce qu'il voulait. Dans un long soupir, Nijimura détourna son visage et se concentra de nouveau sur la route.

« Car la personne que j'ai été par le passé n'existe plus. Du moins, je me plais à le croire. »

Akashi fronça ses sourcils tandis qu'il apercevait un voile de tristesse apparaître sur le visage de Nijimura, qui semblait peu convaincu par ses propres paroles. Sa réponse n'était toutefois pas suffisante, elle soulevait même davantage de questions dans l'esprit du jeune peintre, mais il ne put ajouter quoi que ce soit. La voiture de Nijimura se garait devant sa résidence et son père se trouvait déjà devant les portes, Akashi comprenant facilement que durant le temps qu'avait passé Nijimura dans son appartement, ce dernier avait sûrement dû en profiter pour appeler son géniteur.

« Maintenant, sois attentif aux paroles de ton père et de ton nouveau manager, Akashi. Ne gâche pas ton talent. »

Rapidement, Nijimura ébouriffa ses cheveux tout en lui souriant. Mais est-ce que ce sourire était sincère ? Akashi n'arrivait plus à arrêter ses interrogations sur le compte de son ancien agent artistique. Une fois sorti de cette voiture, aurait-il l'occasion de le retrouver ? La main qui tapotait gentiment son crâne lui semblait à la fois si lointaine et pourtant si proche, lui faisant dès lors ressentir des émotions qu'Akashi n'arrivait pas à reconnaître. Son cœur se contractait douloureusement, ayant l'impression que c'était la dernière fois qu'il voyait Nijimura. Et son sourire n'était sûrement même pas sincère.

Laissant basculer sa tête vers l'avant, ses mèches rougeoyantes vinrent cacher l'expression de son visage. Puis, sans attendre davantage et ne voulant pas que Nijimura ne le remarque, Akashi sortit précipitamment du véhicule sans prendre le temps de prendre ses affaires dans le coffre. L'adolescent passa par la suite à côté de son père sans lui porter un seul regard, entrant chez lui pour monter dans sa chambre en ignorant tout ce qui pouvait l'entourer. Il n'était plus d'humeur et insultait silencieusement l'attitude de ce crétin.

Après la sortie éclair du rouquin, Nijimura abaissa sa main restée en suspens et ferma un instant ses yeux agrandis par la surprise. Un soupir traversa alors ses lèvres, et il s'enfonça dans son siège un instant avant d'entendre le père d'Akashi toquer contre la vitre passagère. Il ne manquait plus que ça ; que le grand Akashi Masaomi souhaite s'entretenir avec lui.

Nijimura sortit donc de sa voiture, rejoignant de l'autre côté l'homme qui l'attendait avec son éternel visage strict.

« Merci de t'être occupé de Seijūrō.

— C'est plutôt à moi de m'excuser… je n'aurais pas dû l'emmener à mon appartement, cette fois-là. Tout ceci ne serait jamais arrivé. »

Poliment, Nijimura se pencha vers l'avant. Il était conscient que cet homme ne le portait pas dans son cœur, et ce depuis une éternité, alors il ne désirait pas jouer avec le feu. Et puis, Nijimura en était conscient : jamais il n'aurait dû proposer cette sortie à Akashi, jamais il n'aurait dû faire un pas en avant pour rejoindre la silhouette du garçon. Cela lui avait juste attiré des pensées inutiles.

Son interlocuteur demeura silencieux, Nijimura se pencha alors une nouvelle fois pour le saluer avant de retourner à sa portière et partir de cet endroit une bonne fois pour toute. Il sentait encore contre sa peau le regard pesant de Masaomi, mais il chercha à n'en rien laisser transparaître. En réalité, cet homme l'avait toujours intimidé de par sa prestance et son air strict. Durant son enfance, Shiori lui avait cependant parlé de cet homme pour lui expliquer la raison de ses agissements et de sa légendaire sévérité. Afin de lui faire comprendre qu'au bout du compte, Masaomi n'était pas le méchant de l'histoire ; il était un homme parmi tant d'autres, qui commettait des erreurs et tâtonnait, voulant savoir si c'était la bonne décision, le bon chemin à prendre. Seulement, sa situation l'obligeait à se montrer sévère, mais aussi à faire des choix difficiles. Masaomi avait été éduqué de la sorte, et transmettait donc automatiquement son éducation à son fils come un héritage familial. Mais sous ce masque impassible et au semblant cœur de pierre, Shiori avait su réveiller l'âme généreuse de cet homme.

Elle avait su voir ses failles et les accepter, le soutenant dans la moindre épreuve que son mari traversait. Tout comme elle l'avait relevé, Shiori se tenait aux côtés de Masaomi et le chérissait de tout son être. Ses sourires donnant la force nécessaire pour se redresser et retourner sur le champ de bataille.

« Nijimura-san. »

L'appel soudain de Masaomi fit sursauter l'intéressé, qui jusqu'alors était plongé dans ses souvenirs. Il tourna alors son regard vers cette personne qui avait su obtenir le cœur de Shiori.

« J'ai conscience de vous avoir mal jugé, et bien que je ne compte pas m'en excuser… je tenais à vous remercier.

— Me remercier ? Vous l'avez déjà fait pour… »

Masaomi leva les yeux au ciel, scandalisé par le fait que cet idiot ne comprenne pas le sens caché de ses remerciements. Pour quelles autres raisons pourrait-il en faire si ce n'était pas pour son fils ? Ils avaient tous deux quelque chose en commun autre qu'Akashi, mais visiblement c'en était trop demandé pour cette cervelle de moineau ébahi.

« Pour avoir pris soin de ma femme lorsque je ne pouvais le faire. Et pour avoir toujours apporté des fleurs à son lit d'hôpital.

— Ce n'était pas grand-chose, précisa le brun subitement mal à l'aise.

— Je vous enviais. »

L'honnêteté soudaine de Masaomi surprenait de plus en plus Nijimura, qui sentait son cœur faire des loopings dangereux pour sa santé. Durant un instant, il cligna même des yeux pour savoir si l'homme qui se tenait de l'autre côté de sa voiture était bel et bien le Akashi Masaomi qu'il avait toujours connu. En quoi cet homme qui avait tout en sa possession, pouvait donc l'envier ? Il était un homme banal, un ancien délinquant qui avait su saisir sa chance pour retrouver une vie honnête et respectable. Il n'était pas riche, n'avait pas bonne réputation et aucune influence sur d'autres personnes. Personne ne dépendait de lui. Ce serait plutôt à lui d'envier et non l'inverse.

Remarquant l'air perdu de son interlocuteur, Masaomi soupira une nouvelle fois avant de se retourner et commencer à rentrer chez lui.

« Vous pouviez être aux côtés de ma femme durant les derniers instants, pendant que j'étais enchaîné au travail. Vous la faisiez sourire quand moi je la faisais se sentir seule. Pour cela, je vous remercie. »

S'éloignant petit à petit de Nijimura, ce fut quand sa main entoura la poignée de sa porte que Masaomi décida de conclure leur conversation. Il tourna légèrement son visage en direction de Nijimura qui avait entrouvert sa bouche, ayant perdu la faculté de langage en vue des paroles de son homologue.

« Je ne sais pas si elle vous a demandé de lui accorder une faveur, ou autre, mais votre travail au sein de cette famille est achevé dès à présent. Vous ne nous devez plus rien. Au revoir, Nijimura Shūzō. »

La lourde porte se referma sur Masaomi, ne laissant plus que Nijimura à l'extérieur. Ses au revoir qui étaient des adieux, une mise à distance entre leurs deux familles, fit réaliser à Nijimura que c'était depuis le départ la manœuvre de cet homme. Tous ces remerciements, cette soudaine honnêteté et politesse, étaient là pour l'éloigner. Certes, ce n'était pas à de mauvaises fins, Masaomi le faisait pour eux deux. Afin que Nijimura puisse tourner la page et ne se sente plus redevable envers Shiori, et Masaomi pour cesser de maudire son existence et faire disparaître le malentendu entre eux deux. Ce n'était pas qu'il le haïssait car il avait été un délinquant qui pouvait entacher l'honneur de leur famille, c'était simplement là un homme jaloux et envieux.

Tout en remontant silencieusement dans sa voiture, Nijimura referma sa portière et démarra le moteur. Pourtant, avant de partir et disparaître de la demeure des Akashi, un petit rire s'échappa de ses lèvres et remplit le véhicule. Son front vint s'apposer contre son volant tandis que son corps était pris de soubresaut. Un rire nerveux que Nijimura ne parvenait pas à contrôler, et qui lui arrachait la gorge. Un ricanement qui, plus il s'éternisait, et plus ses sanglots prenaient le dessus.

Ne plus venir dans cette maison, ne plus côtoyer Akashi, c'était comme s'éloigner davantage de Shiori. En réalisant cela, Nijimura comprit. Depuis toutes ces années, depuis qu'il avait décidé d'être le manager d'Akashi, c'était uniquement dans l'idée de s'accrocher à Shiori, à son souvenir.

Nijimura était incapable d'avancer sans elle.

-x-x-x-

Deux semaines s'étaient écoulées depuis ce jour et Nijimura avait commencé à travailler pour Kuroko. Bien que les premiers jours étaient difficiles, Nijimura se forçant à se lever car il n'avait pas le choix et ne pouvait se permettre de sécher le boulot, il avait fini par retrouver du poil de la bête. Le fait qu'Haizaki soit davantage présent dans le bar y aidant, puisque son vieil ami avait gardé cette faculté de le faire sortir de ses gongs dès qu'il ouvrait la bouche. Peut-être même en faisait-il davantage en le voyant déprimé, afin de retrouver le Nijimura qu'il connaissait. Seulement, sa technique ne marchait que trop bien, et souvent après le service Kuroko devait soigner les éraflures de Nijimura et d'Haizaki.

« J'ai l'impression de me retrouver des années en arrière, soupira le bleuté en désinfectant les plaies des mains de Nijimura.

— Ce n'est pas ma faute si certaines espèces sont incapables d'évoluer, rechigna Nijimura en dévisageant Haizaki qui boudait de son côté.

— Toutefois, le bar n'est pas un ring de boxe. Même si tu attends la fin de ton service pour le frapper Nijimura-san, je te demanderai d'arrêter.

— Le client est roi d'abord ! J'ai le droit de dire et faire ce que je veux, ricana Haizaki en voyant le brun se faire gronder par Kuroko.

— C'est de même pour toi, Haizaki-san. Si tu continues à chercher délibérément Nijimura-san, je vais t'interdire l'accès au bar.

— Quoi !? Tu peux pas faire ça ! » S'écria Haizaki en se redressant brusquement.

Kuroko leva un sourcil, une lueur de défi s'emparant de ses yeux normalement inexpressifs. Nijimura discerna même un petit rictus s'étirer sur le coin des lèvres de leur médecin improvisé, et des frissons mordirent son échine. Il releva alors son attention sur Haizaki qui brassait inutilement de l'air en expliquant d pourquoi Kuroko ne pouvait pas l'exclure de cet endroit, le bleuté n'en avait rien à faire et continuait paisiblement à désinfecter la main de Nijimura. Comprenant facilement que son ami s'enfonçait au fur et à mesure de ses propos, il lui sauva les fesses en attrapant le bas de son T-shirt pour le forcer à se rasseoir.

La force dont il usa, manqua toutefois de faire tomber à la renverse Haizaki qui parvint à se rattraper de justesse. De nouvelles insultes virent dès lors le jour, ainsi qu'un poing contracté prêt à foncer sur le visage du brun, mais le regard pesant que lui jeta Kuroko refroidit instantanément Haizaki. Sa main vint alors se reposer contre sa cuisse, et il partit simplement regarder ailleurs en insultant une dernière fois son vieil ami tandis que Kuroko le félicitait comme un bon enfant.

En effet, pour Kuroko il s'agissait là de deux enfants qui étaient incapables de s'avouer mutuellement leur affection et qui préféraient se la faire comprendre à coup de poings et d'injures. Une complicité douteuse, une amitié encore plus étrange, mais au fond cela lui mit du baume au cœur de voir ces deux-là réunis. Les premiers jours de Nijimura dans l'enceinte de l'établissement avaient été durs, le brun ressemblait à une épave ambulante. Nijimura se laissait porter par le courant, allant là où les vagues le décidaient. Ses yeux vitreux et son manque de présence ayant bien évidemment inquiété Kuroko, mais même en interrogeant le brun, aucune réponse ne lui était parvenue. Puis, Haizaki avait décidé de prendre les choses en main et de secouer cette personne inerte mais pourtant encore consciente.

Dans le fond, Kuroko savait qu'Haizaki attendait simplement des excuses de la part de Nijimura pour retrouver leur complicité d'antan.

« Voilà. J'ai terminé. » Souffla-t-il en se redressant pour jeter les cotons utilisées et dorénavant imbibés de sang.

Il entendit les remerciements de Nijimura tandis qu'Haizaki croisa simplement les bras contre son torse, et jura de nouveau. Un sourire amusé s'étira sur les lèvres de Kuroko qui observait le tableau à quelques mètres de lui, avant de disparaître de la pièce et laisser ces deux-là seuls. Un silence tout d'abord pesant occupa bien vite l'arrière du bar, Nijimura et Haizaki ne préférant même pas se regarder.

Mal à l'aise, Nijimura gratta sa nuque. Il attendit quelques secondes supplémentaires avant de comprendre qu'aucun des deux ne comptait lancer la conversation, se relevant alors pour quitter cet endroit et aider Kuroko à fermer boutique avant de pouvoir rentrer chacun chez eux. Il dépassa ainsi Haizaki et se rapprocha de la porte pour rejoindre le bleuté, mais ce fut finalement lorsqu'il rapprocha la porte contre son torse que la voix de son vieil ami vint couvrir le silence. Les mains jointes contre ses genoux et le regard rivé vers le sol, les lèvres d'Haizaki se décelèrent.

« Tu sais, j't'ai attendu. J'arrivais pas à croire que tu m'aies abandonné si facilement. »

A ces mots, Nijimura referma la porte. Toutefois, il ne se retourna pas et laissa Haizaki poursuivre. Ils avaient tous les deux besoin de cette conversation, de savoir ce qu'il en était pour l'un comme pour l'autre.

« J'me disais, p't'être tu t'étais fait avoir et que t'étais à l'hôpital. Alors j'y suis allé, à tous. J'me suis vraiment inquiété, tu sais !? Rugit Haizaki en relevant cette fois-ci son regard pour assassiner Nijimura par ses yeux.

— Désolé…

— Tch. »

Haizaki passa sa main dans ses cheveux, gêné de sortir de tels propos. Il se sentait comme une midinette devant le garçon auquel elle était en train de faire une déclaration. Toutefois, il n'abandonna pas et inspira plutôt, retrouvant sa concentration. Sa tête bascula vers l'arrière et ses yeux se perdirent dans le vague, se rappelant cette nuit enneigée où il avait hurlé à Nijimura de mourir dans cette ruelle et ainsi débarrasser la planète d'une raclure de son espèce. Il avait bien sûr dit ces choses sous le coup de la colère, de la haine qu'il avait ressenti à cet instant à l'égard du brun, mais jamais il n'aurait supporté de le savoir mort. C'était la raison qui l'avait fait visiter tous ces hôpitaux, espérant à chaque fois que les hôtesses lui répondent qu'ils n'avaient pas de patient de ce nom.

Son cœur manquait à chaque fois de se séparer en deux alors qu'il les voyait chercher dans les registres.

« Enfin bref… après j'ai appris qu'une femme t'avait recueilli. Un jour, j'avais décidé d'aller lui parler pour te ramener avec moi, mais j'suis tombé sur son gosse.

— Akashi ?! »

Sans le vouloir, la voix de Nijimura était montée d'un ton. Haizaki hocha plusieurs fois sa tête, avant de poursuivre son récit.

« J'lui ai demandé si t'étais là alors il m'a dévisagé de la tête aux pieds. J'ai dit que je te connaissais et qu'il pouvait avec confiance, et tu sais ce qu'il a fait ? Commença-t-il à rire.

— Quoi donc ? Demanda Nijimura, qui commençait sérieusement à avoir peur.

— Il m'a gentiment pris la main et m'a emmené dans le jardin. C'était tellement mignon ! »

Bien qu'Haizaki exagérait en caractérisant la scène de mignon, utilisant une voix qui ne lui ressemblait pas et qui fit hérisser le poil sur les bras de Nijimura, au fond de son esprit le brun tenta de s'imaginer la scène. Akashi ne devait pas avoir plus de huit ans et Haizaki avait la vingtaine, un drôle de duo qui bientôt fit s'étirer un sourire amusé sur les lèvres de Nijimura.

« Nous nous sommes caché dans des buissons, car il voulait pas que j'te dérange en train de prendre le thé avec sa mère. J'ai failli mourir de rire tu sais ? Te voir autant rougir et bégayer, mon dieu… même si j'me mordais le poing pour cacher mon rire, ce gamin arrêtait pas de me faire 'chut' avec son doigt posé sur ses lèvres. »

Nijimura regarda mauvaisement Haizaki qui se fichait de lui, et qui avait désormais des larmes dans ses yeux en se souvenant de cet instant. Il se serait bien passé du fait qu'Haizaki ait assisté à une telle scène. Puis, se souvenant qu'à aucun moment il n'avait discerné la présence d'Haizaki dans la demeure des Akashi, Nijimura plissa de nouveau les yeux. De la sorte, il chercha à en savoir plus. Akashi et Haizaki avaient dû parler et le délinquant avait ensuite dû quitter les lieux, sans même venir lui parler un seul instant.

Face à ses réflexions et ses questions, Haizaki soupira longuement avant de reprendre le cours de son récit.

« Il m'a dit que sa mère était mourante et que depuis qu'elle t'avait rencontré, elle riait beaucoup plus. Alors j'ai compris ce qu'il cherchait à me dire… »

Basculant son visage pour observer Nijimura qui le regardait fixement, mais une étincelle de tristesse brillant dans son regard, Haizaki sourit en coin.

« Il voulait que je lui donne du sursis et ne te récupère pas maintenant. Et puis à te voir si heureux avec cette femme… honnêtement, j'ai eu un mal de chien à pas intervenir. T'vas pas me dire qu'elle t'a fait virer de bord, hein ?! »

Haizaki fronça ses sourcils, essayant de sonder Nijimura et connaître la réponse à sa propre question avant que le brun n'y réponde. Il le vit ainsi soupirer longuement, grattant sa nuque avec gêne, tout en fermant les yeux et laissant son dos s'appuyer contre la porte. Puis, Nijimura releva ses yeux vers le plafond et chercha à réunir ses pensées. Etait-il tombé amoureux de Shiori malgré que depuis toujours, il n'avait jamais ressenti la moindre attirance pour la gente féminine ? Haizaki était bien placé pour le savoir, puisqu'ils s'étaient toujours fréquentés depuis leur plus jeune âge, et qu'ils avaient partagé le même lit plusieurs fois. Jamais Haizaki ne l'avait vu au bras d'une fille, dont Nijimura préférait se tenir à distance.

Le silence qui se prolongeait devenait petit à petit insupportable pour Haizaki. Il avait besoin de savoir. Nijimura était conscient pour les sentiments que portaient Haizaki à sa personne, il l'avait toujours su, mais il avait été trop lâche pour les accepter ou encore y faire face. Ainsi, même en les connaissant parfaitement, cela ne l'avait pas dérangé de leur tourner le dos pour suivre Shiori sans même regarder derrière lui.

Il n'était pas une personne dont il fallait tomber amoureux.

« Honnêtement… je ne sais pas. J'ai aimé cette femme, ça j'en suis sûr.

— Arrête de déconner, cracha Haizaki en se redressant violemment.

— Mais en réalité, c'est un autre amour… je n'aurais jamais pu la toucher. »

Nijimura se mit à ricaner, apportant sa main à son visage qu'il recouvrit avec celle-ci. Un rire triste qui calma Haizaki, dont les traits se radoucirent.

« Pathétique, hein ? » Souffla le brun tandis que sa main repartait longer son corps et qu'il observa Haizaki à quelques mètres.

A son tour, Haizaki se mit à rire et vint rejoindre son ami. Au fond, ils avaient toujours été pathétiques. Leur façon de raisonner se résumait quand leurs poings atteignaient leurs cibles, qu'ils donnaient des coups autant qu'ils en recevaient, et que Kuroko venait les soigner dans cette pièce. Seulement, Nijimura avait rencontré cette femme qui lui avait permis de connaître une autre sorte de vie, une autre voie qu'il se devait de saisir. Haizaki lui en avait terriblement voulu d'avoir préféré suivre cette femme que de rester à ses côtés, et de surmonter ensemble cette épreuve.

Toutefois, ce jour-là, quand il se trouvait caché derrière ces buissons avec Akashi et qu'il observait de loin Nijimura et cette femme… Haizaki avait compris. Il avait compris pourquoi Nijimura avait fait ce choix et restait aux côtés de cette personne à la santé mauvaise. Un Nijimura, radicalement différent de celui qu'il connaissait, était apparu sous ses yeux interloqués. Ses rires étaient différents, l'expression de son visage n'avait rien à voir avec celle boudeuse habituelle. Cette personne qui discutait avec la mère d'Akashi, n'était pas le Nijimura Shūzō dont il avait fait la connaissance.

« Tu as changé à son contact. J'sais pas si c'est en bien, mais j'peux le voir. »

Malgré tout, les paroles d'Haizaki cherchèrent à se montrer rassurantes. Maladroites certes, mais il le soutenait. Un sourire timide se forma alors sur les lèvres de Nijimura, qui le remercia par un hochement de tête. Il s'excusa ensuite, devant rejoindre Kuroko pour éviter de lui laisser tout le travail. Haizaki se retrouva bientôt seul dans la petite pièce, regardant un instant autour de lui avant de s'étirer longuement, ayant le sentiment qu'une bonne chose avait été accomplie. Cette conversation avait été nécessaire, autant pour lui que pour Nijimura. Elle leur avait permis de se retrouver, de se faire comprendre que l'un et l'autre était toujours présent pour l'autre.

Puis, il décida de rentrer chez lui. Disparaissant dans l'obscurité de la nuit.

De son côté, Nijimura tomba sur Kuroko qui lui sourit gentiment. De toute évidence, il semblait avoir entendu leur conversation mais ne dit rien, son sourire se renforçant seulement en remarquant les légères rougeurs sur le visage de Nijimura. Ils fermèrent ensuite le bar et se saluèrent, partant chacun de leur côté pour rentrer chez eux et profiter du reste de la nuit pour se reposer pour le lendemain.

Dorénavant seul, Nijimura leva ses yeux vers le ciel éclairé par quelques étoiles ainsi que la Lune. Il ne savait pas encore sur quel chemin il était en train d'avancer, ni même si c'était le bon, mais en cette douce soirée pour la première fois depuis longtemps, il se sentait serein. Tout en allumant sa cigarette, le bord de ses lèvres s'étira vers le ciel.

-x-x-x-

Les jours continuèrent de s'enchaîner les uns après les autres paisiblement, Nijimura continuant de travailler avec Kuroko sans qu'aucun incident n'ait lieu. Ses disputes avec Haizaki avaient cessé, du moins leurs poings ne partaient plus à la rencontre du visage de l'autre. Seuls leurs combats verbaux perduraient, mais c'était là leur façon de communiquer. Ils ne savaient pas comment faire autrement, ni ne cherchaient à vrai dire, puisque cette situation leur convenait très bien.

A la demeure Akashi cependant, l'ambiance n'était pas au beau fixe. Les fois où le manager d'Akashi apparaissait, il ne restait guère longtemps. Cela faisait plusieurs jours qu'Akashi ne peignait plus, ne lui adressait même plus la parole et se contenait simplement de l'ignorer. Plongé dans ses lectures ou jouant parfois du violon, Akashi n'avait plus touché une toile depuis le jour où Nijimura l'avait ramené à la maison. L'adolescent savait pourtant qu'il avait encore dans son répertoire le numéro du brun, qu'il lui suffisait de l'appeler pour entendre le son de sa voix et convenir d'une date et d'un endroit pour se revoir, seulement sa fierté l'en empêchait. Et puis, des pensées obscures occupaient son esprit ; après tout, Nijimura pouvait aussi ignorer son appel.

Rien ne l'obligeait à lui répondre à présent.

Cette constatation le fit arrêter de jouer, reposant son instrument contre son étui. Un soupir traversa ses lèvres sans qu'il n'en ait conscience, le bout de ses doigts effleurant le dessus du violon. Il se souvenait du jour où Nijimura le lui avait emprunté pour lui jouer un morceau écrit par son père. Son cœur lui faisait mal sans qu'il n'en sache la véritable raison, il était conscient que ce n'était pas simplement le fait de ne plus pouvoir voir le brun qui le mettait dans un pareil état.

« J'ai appris que vous ne peignez plus, Akashi-sama. »

La soudaine voix le fit se retourner vers le majordome qui déposa son goûter sur sa table de chevet, l'observant avec un regard doux. Puis, Akashi s'en détourna et referma son étui qu'il rangea à sa place.

« Je n'en ressens tout simplement pas l'envie, voilà tout, répondit-il sèchement.

— Est-ce la véritable raison ? Ces derniers temps, vous mangez à peine. Votre père s'en inquiète.

— Je ne ressens pas non plus l'envie de manger. En quoi est-ce un problème ? »

La voix d'Akashi devenait de plus en plus forte, au fur et à mesure que l'énervement se propageait dans son corps. Son père s'inquiétait pour lui ? Il en rirait presque. Tout ce qui préoccupait cet homme était le fait qu'il puisse le succéder un jour ou l'autre.

« Dans ce cas-là Akashi-sama, permettez-moi de vous le demander, mais que ressentez-vous ? »

La question soudaine pris au dépourvu l'adolescent, qui se retourna une nouvelle fois pour observer le majordome se tenir à côté de sa table de chevet. Il avait croisé ses mains contre sa taille, se tenant parfaitement droit et le regardant avec autant de douceur que lui permettaient ses yeux. Akashi réalisa de ce fait que cet employé s'inquiétait réellement, et qui lui proposait silencieusement de lui prêter une oreille attentive.

Il apporta alors une main au niveau de sa poitrine, serrant la chemise qu'il portait tandis que ses yeux se voilèrent de tristesse et d'incompréhension.

« J'ai mal, ici. Un vide est apparu et je n'arrive pas à le combler, que ce soit en peignant, jouant du violon ou en mangeant. Et plus les jours s'écoulent, plus ce vide s'intensifie. »

Son regard se releva vers le majordome qui lui sourit davantage.

« Ne vous sentez-vous pas ainsi depuis le départ de Nijimura-san ? »

Le fait que cet homme ne prenait pas quatre chemins pour discuter avec lui, plut à Akashi. La conversation s'en verrait plus facile.

« Je veux le voir et discuter avec lui comme avant, mais rien ne me dit qu'il répondra à mon appel.

— En effet. Il ne vous répondra sûrement pas. » Affirma le majordome.

Akashi fronça ses sourcils et jugea cet homme du regard. L'intéressé sembla le remarquer puisqu'il enchaîna rapidement, sentant les premiers signaux tintaient dans son esprit pour éviter la colère du jeune maître.

« Nijimura-san doit sûrement penser s'être acquitté de sa dette, son travail ici est terminé.

— Sa dette ? Interrogea Akashi, ne comprenant pas.

— C'est une longue histoire dont je ne suis pas le mieux placé pour vous en parler, Akashi-sama. Discutez-en avec votre père ou avec Nijimura-san lui-même. »

Observant d'un nouvel œil cet homme qui se tenait à quelques mètres, Akashi réfléchit à ses propos. Nijimura aurait travaillé ici pour se libérer, ou bien se faire pardonner, de quelque chose. Akashi eut beau chercher dans ses souvenirs une raison pour expliquer l'attitude du brun, mais rien ne lui apparut à l'esprit. Il songea alors à interroger son père au sujet de son ancien manager, mais il n'était même pas sûr d'obtenir les réponses voulues par cet homme. Après tout, lui et Nijimura ne s'entendaient pas.

Tout le long de ses intenses réflexions, le majordome se pencha vers l'avant et prit congé de la chambre du rouquin. Il avait semé la graine qui bientôt germerait et ferait se décider ce garçon sur ce qu'il désire au plus profond de lui-même, refermant ainsi la porte après sa sortie avec un petit sourire accroché sur le coin de ses lèvres. Il trouvait cela injuste de cacher la vérité à son jeune maître, qui se languissait clairement de l'absence de Nijimura dans cette demeure devenue bien silencieuse et morose depuis le départ du brun.

S'éloignant du couloir menant aux chambres, le majordome descendit les escaliers et retourna à ses tâches principales. Il espérait bientôt revoir les jours ensoleillés à l'intérieur de cette demeure.