Bonjour, comment allez-vous tous ? On se retrouve pour un nouveau chapitre de Le portrait, où un nouvel OC apparaît ! Enfin est-ce vraiment un OC quand on lit la fiche wikia de Nijimura et qu'on apprend qu'il a réellement un frère et une soeur haha ? Mais comme aucun nom n'était donné, je me suis permise de le faire. J'espère que ce chapitre vous plaira !

Merci aussi à Louna Ashasou pour sa correction ! Je vous remercie tous pour votre fidélité à cette fiction, mais aussi pour la mettre dans vos favoris et la follower :)

Réponses aux reviews :

Rin-BlackRabbit : Haha je suis contente que le prénom de la soeur de Nijimura te plaise :D Et ne t'inquiète pas, cette fois Nijimura ne va pas renvoyer boulet notre petit Akashi ! Mais un HaiKuro, pourquoi pas XD ce serait franchement étrange, voire inhabituel, mais comme couple ça pourait rester intéressant à traiter. Mais ce ne sera pas le cas dans cette fiction haha. En tout cas merci de ta fidélité pour cette fiction et de tes compliments, ça me touche toujours autant et je suis heureuse de te présenter ce huitième chapitre :) Je te souhaite une bonne lecture !

luce1999 : Je suis heureuse de savoir que tu apprécies ces trois personnes :) Et j'espère que la suite de cette fiction sera dans tes attentes, tout en souhaitant une bonne lecture !

Lys de Pandore : Un grand merci à toi de commenter cette fiction-ci, tes commentaires me ravissent toujours autant. Ainsi savoir que cette fiction te plait aussi me fait énormément plaisir ! Et je suis ravi de voir que tu as remarqué cette volonté de ne pas faire "un grand méchant", que tout n'est pas blanc et noir, que tout le monde a ses raisons pour agir de la sorte (que ce soit pour le bien ou pour le mal, mais un mal nécessaire parfois). Mais oui, dans Le Papillon bien que celle-ci aborde certaines injustices et discriminations, je la trouve moi-même plus légère que Le Portrait. Mais y a aussi le fait que Nijimura et Takao apportent l'humour nécessaire, afin de décompresser et d'apporter un peu de gaité dans le récit ; qu'il n'y a pas forcément dans Le Portrait.

Et je suis ravi que tu trouves les personnages IC malgré quelques différences avec le manga, comme le fait qu'Akashi ne côtoie pas la GM. Et oui, malgré tout ce qu'il est, Masaomi n'est pas une personne mauvaise de mon point de vue. Il est juste un homme qui a fait des erreurs, qui a préféré disparaître pour ignorer la réalité plutôt que de l'affronter... J'aime beaucoup ce personnage en vrai. Mais comme tu le soulignes, Akashi ne se laissera pas oublier si facilement xD La preuve dans ce chapitre.

En tout cas, sache que tes remarques font gonfler mon petit coeur tellement je suis heureuse en les lisant. Mais comme je ne compte pas te spoiler, je ne compte pas réponses à toutes celles-ci, ce serait dommage ;) Je peux que te laisser découvrir la suite de cette histoire avec les chapitres que je poste, et qui j'espère te plairont toujours encore. Et petit à petit, peut-être remarqueras-tu que tes remarques sont justes voire même pas si éloignées de la vérité que ça ;)

Merci beaucoup et j'espère que ce chapitre te plaira, et je te souhaite une bonne lecture !


Le portrait

Chapitre 8


Quelques minutes s'étaient écoulées depuis qu'Akashi avait mis les pieds dans le bar que tenait Kuroko, jetant par intermittence des coups d'œil à sa droite où se trouvait cette jeune fille, toujours assise. Tenant la tasse de chocolat chaud entre ses mains, elle continuait d'observer la fumée s'échapper de la boisson servie par le bleuté sans dire quoi que ce soit. De son côté, Kuroko était retourné travailler et venait les rejoindre lorsqu'il avait quelques minutes pour lui, mais il ne restait jamais bien longtemps et disparaissait toujours sans faire le moindre bruit pour ensuite revenir comme s'il n'était jamais parti. La première fois, Akashi avait cligné plusieurs fois des yeux avant de comprendre que l'adulte était aussi discret et furtif qu'un félin.

Un soupir chargé d'émotions traversa ensuite les lèvres de cette jeune fille, qui agita un instant son visage comme pour essayer de se ressaisir et de se changer les idées. Elle apporta sa boisson à ses lèvres, mais la douceur du chocolat ne suffit pas à améliorer son humeur et ses épaules s'affaissèrent rapidement.

Nijimura avait disparu depuis un certain temps et ne semblait pas pouvoir revenir de sitôt, mais Akashi ne savait pas ce qu'il pouvait bien faire en attendant. Devait-il renoncer à voir le brun pour aujourd'hui et appeler un taxi ? Ou bien devait-il ouvrir la conversation avec cette fille et découvrir qui elle était ? Sa curiosité pencherait évidemment pour la deuxième proposition, mais à cause de son statut social et des décisions prises par son père par le passé, Akashi ne savait pas comment interagir avec des enfants de son âge. C'était là pourquoi il demeurait aussi silencieux, continuant inlassablement de lorgner sur le profil de cette fille qui n'avait que faire de lui et se perdait dans ses réflexions et son inquiétude. Kuroko ordonné à cette dernière d'attendre ici et, à chacune de ses tentatives pour fuir et retrouver Nijimura et Takeru, le bleuté l'avait arrêtée.

Leur situation actuelle se résumait donc à être enfermés dans cet établissement alors que pourtant la porte n'était pas fermée à clé ; leurs pensées les enchaînant à leur siège.

Du moins, cela fut le cas jusqu'à ce que les clochettes à l'entrée du bar ne fassent retentir une nouvelle fois leur tintement, amenant un nouvel arrivant. Les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, Haizaki ne manqua pas de cligner plusieurs fois ses yeux. Le paysage qui se dessinait à quelques mètres de lui semblait irréaliste : une tignasse rougeoyante qui ne lui était pas inconnue perchée juste à côté de la petite sœur de Nijimura.

« Shōgo ! »

Akashi sursauta devant le cri que poussa cette fille en appelant le nouvel arrivant, qui eut à peine le temps de retirer les mains des poches de son pantalon pour recevoir un poids qui vint s'affaler contre son torse.

Avec la fillette désormais entre ses bras, Haizaki caressa les cheveux de Rin avant d'étirer un large sourire et reculer de quelques pas. Il en profita ainsi pour observer d'un œil nouveau cette fille qu'il avait rencontrée lorsqu'elle était en primaire et qui désormais était devenue une ravissante adolescente. Il ne manqua pas de la taquiner au sujet de son tour de poitrine qui s'était développé depuis leur dernière rencontre, y approchant ses mains afin de constater la chose par lui-même, mais un coup de poings se logea rapidement contre son estomac.

« Comme tu peux le voir, j'ai aussi gagné en force. »

Subitement rayonnante, Rin montra ses muscles formés grâce à tous ses entraînements au club de boxe de son quartier. Pendant un instant, Haizaki se demanda si c'était de famille d'apprécier le martyriser. Des injures envers Nijimura, qui aurait donné le mauvais exemple à sa sœur, traversèrent ses lèvres tandis qu'il tentait tant bien que mal de se redresser et faire comme si rien ne s'était passé.

Puis, une fois la douleur passée, il s'intéressa à la raison de sa venue dans un endroit pareil. Il chercha en vain la présence de Nijimura, sans pouvoir le trouver. Ce ne fut qu'après sa tentative, en remarquant l'expression redevenue sombre de la jeune fille, qu'il comprit que quelque chose n'allait pas. Son regard se dirigea aussitôt vers Kuroko, qui se trouvait derrière le bar et qui le salua d'un mouvement de tête.

« C'est quoi le délire, Tetsuya ? Grogna-t-il après avoir parcouru la distance entre lui et le bleuté.

— Nijimura-san est parti régler des problèmes familiaux, expliqua simplement le barman.

— En rentrant à la maison avec Takeru, nous sommes tombés sur des crétins qui…

— Et Nijimura est parti tout seul !? » Réagit-il sans même laisser le temps à Rin de terminer sa phrase.

Haizaki frappa le comptoir avec son poing, s'apprêtant à partir à la recherche du brun, mais la voix autoritaire de Kuroko l'arrêta presque aussitôt.

« Nijimura-san n'a besoin de personne. Vous lui créerez plus de problèmes qu'autre chose alors rasseyez-vous et prenez un verre. »

Comme pour appuyer ses propos, Kuroko servit la boisson habituelle à Haizaki qui ne se fit pas prier et prit à son tour place à côté de Rin. L'autorité soudaine du bleuté surprit beaucoup Akashi, à cause de la silhouette frêle que dégageait cette personne. Sa voix n'était pas non plus des plus menaçante, ni chargée à conséquence comme celle de son père. Pourtant, malgré tout cela, Kuroko ne semblait avoir aucune difficulté à se faire entendre et surtout comprendre.

De son côté Akashi n'avait pas bougé d'un pouce et en avait profité pour comprendre la situation. Il observa une nouvelle fois la jeune fille qui avait repris place à ses côtés et qui terminait son chocolat chaud, comprenant ainsi qu'il s'agissait de la petite-sœur de Nijimura et qu'à sa droite devait se trouver l'un des amis du brun.

« Akashi-san, voulez-vous que j'appelle un taxi pour venir vous chercher ? Lui demanda gentiment Kuroko.

— Non. J'aimerai discuter avec Nijimura-san avant de rentrer.

— Akashi ? Comme Akashi Seijūrō ? »

Les yeux de Rin se plongèrent dans les siens, le regardant pour la première fois malgré les minutes passées assis l'un à côté de l'autre. Cette fois-ci, ce fut à son tour de se faire lorgner par la jeune fille qui bientôt étira un large sourire qui irradia aussitôt toute sa personne. Akashi fut un instant surpris par cette expression apparue si soudainement et se demanda l'instant d'après si Nijimura serait capable de sourire de la sorte. Cette façon si innocente de montrer son bonheur fit rapidement rougir Akashi, non pas touché par les charmes de Rin mais plutôt par l'image de son frère avec un tel sourire qui s'était insinuée dans son esprit.

Il se détourna rapidement de Rin et décida de baisser la tête afin de cacher ses rougeurs par quelques mèches de ses cheveux.

« Ma mère m'a beaucoup parlé de toi ! Merci de t'être occupé de mon bon à rien de grand-frère, avoua-t-elle en se penchant vers l'avant.

— Tu parles… Nijimura m'a surtout raconté que c'était un casse-pied, assena aussitôt Haizaki en buvant ensuite sa boisson.

— Pour ma part, il ne m'a jamais parlé de toi. »

Le pic lancé par Akashi fit rapidement monter Haizaki sur ses grands chevaux, le faisant ainsi se relever et se rapprocher de lui pour lui asséner un coup. Il ne fut guère difficile pour Akashi de ressentir toute l'animosité qui entourait Haizaki, mais il n'abaissa pas pour autant son regard. Au fond de lui, Akashi ne craignait pas de recevoir un coup, et même si Kuroko arrêta une nouvelle fois Haizaki en le rappelant à l'ordre, cela ne changea rien. L'adolescent ne comptait pas se laisser impressionner par ce genre de personnes qui raisonnaient par la force et qui montraient leur supériorité en écrasant les autres par la violence.

Ainsi, il se détourna rapidement de cet individu et se concentra de nouveau sur Rin qui se présenta. Il s'agissait donc bel et bien de la petite sœur de Nijimura et elle était venue chercher son aide pour retrouver leur autre frère, un peu plus âgé qu'elle, qui avait des ennuis. En reparlant de Takeru, Rin regarda sa montre qui ornait son poignet droit et son expression s'obscurcit un peu plus.

« Si Nijimura-san est parti au secours de votre frère, il n'y a pas de quoi s'inquiéter. J'ai toujours pu compter sur lui et il n'a jamais failli, affirma-t-il afin de la rassurer.

— Haha ! Ça se voit que tu le connais pas tant que ça. »

Un rire à la fois sombre et moqueur s'échappa des lèvres d'Haizaki, qui s'appuya contre son coude avant de diriger un regard en biais à Akashi qui fronça ses sourcils. Un sentiment obscur le parcourut dès lors, lui rappelant de plein fouet qu'il ne connaissant pas tant que ça Nijimura. Il ne connaissait que quelques traits de son caractère, mais ignorait beaucoup de choses sur son passé, ce qui avait façonné sa personnalité actuelle et les épreuves qu'il avait dû endurer au cours de son existence. Et à travers le regard railleur d'Haizaki, Akashi n'eut aucun mal à comprendre que cette personne se trouvait bien malheureusement à un cran au-dessus de lui : il connaissait la personne qui se cachait réellement derrière l'appellation de Nijimura Shūzō.

« Il a toujours été comme ça. Présent à vos côtés et se rendant irremplaçable à vos yeux et du jour au lendemain, il disparait. Au point de vous faire croire que tous ces moments passés ensemble n'étaient que du vent. »

Ces paroles crachées, qui retranscrivaient tous les reproches informulés d'Haizaki envers Nijimura, fit soupirer Rin. Elle semblait rejoindre son avis et Akashi resta silencieux. Au fond, Nijimura ne s'était-il pas comporté de la même sorte avec lui ? Bien que ce soit son père qui l'ait éloigné en le renvoyant, Nijimura avait disparu de son quotidien sans même lui adresser un dernier mot. Akashi avait pourtant cherché à se rapprocher de lui, faisant un pas dans sa direction pour le rejoindre et se tenir à ses côtés, mais Nijimura semblait toujours le fuir et garder ses distances.

A son tour, son expression s'assombrit et il retourna observer sa tasse vide depuis un certain temps.

Face aux trois personnes assises à son bar, Kuroko sourit en coin et songea à la chance qu'avait Nijimura sans même que celui-ci en ait conscience.

-x-x-x-

Pendant ce temps, Nijimura avait couru à toute vitesse afin de pouvoir arriver dans les temps. Il avait bousculé bon nombres de personnes, s'était plusieurs fois fait insulter, mais il n'avait jamais ralenti son allure. Puis, il était arrivé à l'endroit où Rin avait dû se séparer de Takeru, mais il n'y eut aucune trace de son petit-frère. Avec hâte il avait alors regardé autour de lui, essayant de voir où ces idiots avaient pu se mettre à l'écart pour ne pas attirer le regard des adultes et donc des autorités.

Plusieurs fois, il appela son frère mais aucune réponse ne lui parvint. Nijimura se remit alors à courir, s'arrêtant dans certaines ruelles sombres avant de continuer ses recherches un peu plus loin. Ce ne fut que lorsque des insultes et des menaces vinrent démanger ses oreilles qu'il comprit que Takeru était tout prêt. Malgré sa course précédente et ses jambes qui manquaient d'exercice et le lui faisaient ressentir, Nijimura poussa encore un peu plus et put enfin voir la silhouette de son frère.

Accolé contre le mur de cette ruelle sombre où des packs de bières avaient été abandonnés et servaient d'urinoir à des chats errants, Takeru était maintenu par le col. Son visage était tuméfié par endroits et du sang s'écoulait de son nez et avait tâché la chemise de son uniforme. En face de lui se trouvait le garçon dont Rin lui avait parlé, lui riant au nez et lui crachant en plein visage.

« Tu l'ouvres beaucoup moins, hein ! »

Derrière lui, ses amis insultèrent davantage Takeru qui les regarda un à un, son regard flamboyant traduisant à lui seul les pensées qui traversaient son esprit. Il n'y avait pas besoin de mot, ses yeux parlaient pour lui, et cette arrogance ne plut pas à son adversaire. Le coup partit si vite que Nijimura eut à peine le temps de cligner des yeux, voyant déjà son frère recouvrir son estomac par ses bras et tomber à terre.

Se rapprochant davantage pour mettre un terme à ce cirque, Nijimura marqua cependant un temps d'arrêt lorsque la voix de cet adolescent adressa de nouvelles insultes à Takeru.

« De toute façon, maintenant que ton frère n'est plus là pour vous protéger t'as cru que tu pouvais le remplacer ? T'as vraiment cru que tu en serais capable, haha ? »

Toujours à terre, Takeru dut encaisser un nouveau coup qui lui arriva en plein flanc. Nijimura contracta sa mâchoire ainsi que ses poings en voyant cet imbécile continuer à frapper son frère qui se trouvait déjà à terre, plié en deux.

« Dis, grand-frère, on fait quoi maintenant ? »

Laissant une pause à Takeru pour reprendre son souffle, son adversaire se retourna en direction de son aîné qui apparut aux yeux de Nijimura. Cette personne devait être tout juste un peu plus jeune que lui, profitant de sa différence de carrure et de force pour terroriser des personnes comme son petit-frère, bien plus petites et plus faibles. Ainsi, sans prendre la moindre délicatesse, cet homme empoigna les cheveux de Takeru et tira son visage vers le sien pour l'observer de plus près avant d'étirer un large sourire.

Bien que son cuir chevelu était mis à rude épreuve, que son corps criait de douleur et qu'il avait un affreux goût amer en bouche, Takeru regarda droit dans les yeux son homologue. L'adolescent était conscient que dès qu'il se montrerait vaincu, ce serait la fin. Ce n'était pas la première fois qu'il se retrouvait dans ce genre de situation et ce type de personnes ne l'effrayaient plus depuis une éternité.

Ainsi, bien qu'il se retrouvait en mauvaise posture, ses yeux continuaient de briller par leur impertinence.

« Tu fais bien parti de la famille Nijimura… Ton frère avait le même regard lorsque mon chef l'a laissé pour mort. »

La poigne autour de ses cheveux se raffermit et fit s'étendre une grimace sur le visage de Takeru. Sa tête fut ensuite relâchée brusquement et un sourire mauvais étira davantage les traits de cet énergumène tandis qu'il levait son pied dans l'unique but de l'écraser sur le visage de Takeru. Un coup violent, humiliant, qui toutefois n'atteignit jamais sa cible. Sans même avoir eu le temps d'abaisser son pied, ni même de comprendre ce qui lui arrivait, il se retrouva les quatre fers en l'air après que quelqu'un ait saisi son col pour le balancer en arrière.

Des cris arrivèrent ensuite jusqu'à ses oreilles et il cligna plusieurs fois des yeux avant de reconnaître la figure qui le surplombait dorénavant. Autour de lui, son petit-frère et ses amis disparurent en voyant le grand et redoutable Nijimura Shūzō ; et bien que l'adulte ait cessé les combats depuis années, sa réputation le précédait encore jusqu'à présent.

« Shūzō, ça faisait un bail ! » Clama-t-il malgré sa situation précaire, étendant ses bras comme pour proposer une étreinte à son ancien adversaire.

Nijimura plissa des yeux et un voile sombre passa sur son visage, il regarda dédaigneusement cet homme qui éclata de rire avant de se redresser. Il épousseta rapidement son pantalon avant de planter son regard dans celui du brun, qui garda ses poings contractés et prêts à réagir au moindre geste suspect. Derrière lui, Takeru essuya le sang qui coulait de son nez tout en observant la silhouette de son grand-frère.

« On était plein à penser que Shinichi avait eu ta peau, haha ! Enfin ça n'a rien d'étonnant vu le cafard que tu es…

— Barre-toi, grogna-t-il en désignant la sortie de la ruelle par un mouvement de tête.

— Oui, oui. Profite simplement des prochains jours qui arriveront, tu as encore un paquet de personnes qui te détestent, Shūzō. »

Nijimura vit cette personne disparaître de la ruelle, tout en agitant mollement sa main par-dessus son épaule. La menace qui venait d'être soufflée et qui faisait encore écho dans l'esprit du brun le fit frémir de rage, les poings serrés. Takeru observa son grand-frère alors qu'il baissait un instant son visage, ses cheveux masquant son profil et rendant son expression indéchiffrable, avant qu'il ne se redresse et se tourne dans sa direction.

Takeru pesta tandis qu'il peinait à se relever complètement, un de ses bras entourant son estomac douloureux. L'air qui entrait dans ses poumons lui brûlait la gorge, rendant le processus compliqué et surtout désagréable. Si cela avait été possible, il aurait volontiers cessé de respirer.

« Hey… ça va ? » S'inquiéta Nijimura en voulant le soutenir.

Seulement, Takeru se dépêcha et rejeta son aide en le bousculant afin de pouvoir quitter cet endroit.

« Oï, Takeru ! »

Contractant sa mâchoire et enchaînant un pas après l'autre difficilement, l'adolescent ignora les appels de son frère aîné. Malheureusement, à cause de ses blessures, Nijimura n'eut aucun mal à le rattraper et saisir fermement son épaule afin de le forcer à lui faire face et de le regarder. Cela énerva davantage Takeru, qui put lire dans les yeux normalement si imperturbables de son frère l'inquiétude et le remord qu'il ressentait à son égard.

Pour qui se prenait-il ? Sa mère et sa sœur avaient peut-être excusées son comportement passé, mais ce n'était pas son cas. Jamais il ne pourrait lui pardonner.

« Qu'est-ce que tu veux, bordel !? Des remerciements pour m'avoir aidé ? Te fous pas de moi ! »

Sans dire quoique ce soit d'autre, Takeru parvint à se dérober une nouvelle fois et continua son chemin pour rentrer à la maison, il prévoyait déjà de rentrer par la porte arrière, afin de ne pas croiser leur mère et l'inquiéter davantage. Contre son dos, il sentit le regard appuyé de son grand-frère, qui, comme d'habitude mettait beaucoup trop de temps à prendre une décision et agir. Un juron traversa malgré lui ses lèvres, et il fit alors tout son possible pour s'éloigner rapidement de Nijimura et rentrer, se reposant le moins possible sur sa jambe droite qui semblait pouvoir le lâcher à tout moment.

Nijimura observa Takeru qui s'entêtait à avancer par ses propres moyens, seul. Un sourire moqueur envers lui-même se figea sur ses lèvres, ils n'étaient pas frères pour rien et cela rendait la chose encore bien plus triste. Cette façon de rejeter son aide ne le laissait bien évidemment pas insensible, et bien que sa gorge nouée aurait rendu sa voix chevrotante, un seul mot aurait suffi à arrêter Takeru.

Pourtant, Nijimura préféra prendre son téléphone et appeler Kuroko. Et bien que son regard resta accroché à la silhouette boiteuse de son frère, il resta à sa place.

« Allo, Kuroko ? Tu peux dire à Rin que le problème est réglé et que Takeru rentre à la maison.

— Oui. Mais comment vas-tu, toi ? Insista Kuroko.

— Ça va. Dis simplement à Rin de prendre un taxi pour rentrer à la maison. »

Sans poser de questions, Kuroko accepta et la conversation prit fin après quelques remerciements prononcés à mi-voix. Le barman resta toutefois un moment silencieux, observant son téléphone positionné dans le creux de sa main et fronça légèrement ses sourcils. Cela faisait des années désormais qu'il côtoyait Nijimura, apprenant à cerner la bête et sa façon de vivre et de réagir envers le monde qui l'entourait, tel une cage dont les étaux se resserraient inlassablement.

Apeurée et privée de sa liberté, la bête montrait davantage ses griffes et ses crocs que son ventre duveteux.

« Un problème ? Demanda nerveusement Rin, tout son corps transpira le sentiment d'alerte qui la consumait.

— Ne t'inquiète pas, Nijimura-san est arrivé à temps. Je vais t'appeler un taxi et tu pourras rentrer chez toi, la prévint-il suavement.

— Un taxi, mais pourquoi ? J'irai plus vite en y allant à pieds, avoua la jeune fille.

— Ton frère me l'a demandé. Akashi-san, ne voulez-vous toujours pas que je vous appelle un taxi ? »

L'intéressé pinça ses lèvres tout en détournant son attention de Kuroko, partant alors regarder ailleurs. Il n'appréciait pas avoir fait le chemin pour rien et voir Nijimura lui échapper une nouvelle fois, finissant par se demander si le destin ne s'amusait pas à l'empêcher de croiser la route du brun. De plus, il avait remarqué le sourire qui s'était étendu sur les lèvres d'Haizaki à l'idée qu'il soit obligé de rentrer chez lui et cela le mit davantage en colère.

Donner raison à cette personne lui était insupportable.

« Si tu es venu voir mon grand-frère, tu veux m'accompagner ?

— Putain Rin ! S'époumona Haizaki en faisant claquer ses mains contre le couloir.

— Quoi ? » Sursauta celle-ci devant tant d'agressivité.

Haizaki jeta un coup d'œil vers Akashi qui s'était retourné dans leur direction, après la proposition de la jeune fille. Des frissons traversèrent son corps lorsqu'il nota le rictus qui se trouvait étiré sur le coin des lèvres de l'adolescent, dont les yeux sanglants jubilaient sans la moindre honte.

« J'en serais ravi. » Confia-t-il en appuyant sur chacune de ses syllabes.

La proposition de Rin ne pouvait pas mieux tomber, et mise à part son combat et son énervement ressenti à l'encontre d'Haizaki, il sentait une douce chaleur emporter son cœur. Savoir qu'il verrait de nouveau Nijimura et pouvoir lui parler, Akashi ne tenait déjà plus en place. Son soudain enthousiasme sembla même se faire ressentir aux personnes qui l'entouraient, puisque Kuroko étira un sourire en coin et que Rin ne put s'empêcher de retenir un petit rire. De son côté, Haizaki jura une nouvelle fois avant de sentir son téléphone vibrer suite à la réception d'un message, agrandissant un instant ses yeux en lisant le nom de la personne.

Sans plus tarder, il ouvrit le message et sa surprise n'en fut que décuplée :

« J'ai un service à te demander. »

A l'inverse de se réjouir d'obtenir des nouvelles du brun avant ce petit impertinent, Haizaki relut une dizaine de fois ces quelques mots, comme pour s'assurer qu'il ne se trompait pas. Il vérifia aussi plusieurs fois le correspondant, s'assurant qu'il s'agissait bel et bien de Nijimura. Son incertitude résultant du fait que depuis toutes ces années où lui et Nijimura avaient traîné ensemble, couché ensemble et combattu côte à côte, jamais son ami ne lui avait demandé de l'aide.

Fière et indépendante, la bête avait toujours préféré se débrouiller seule et préférerait mourir que d'appeler à l'aide.

Sans plus tarder, Haizaki lui envoya sa réponse et ne remarqua même pas le départ d'Akashi et de Rin pour rejoindre le domicile de la famille Nijimura.

-x-x-x-

Après que Kuroko ait appelé un taxi pour Rin et Akashi, le véhicule les emmena chez la famille Nijimura. Ils étaient ainsi montés tous les deux sur la banquette arrière pour se retrouver quelques minutes plus tard devant le portail de la petite maison. Leurs regards s'arrêtèrent pourtant vers une silhouette qui avançait dans leur direction, Rin partant vivement le rejoindre pour soutenir son deuxième grand-frère. Cette fois-ci, Takeru se laissa faire et passa alors son bras par-dessus les épaules de sa sœur et la remercia. Akashi agrandit ses yeux en découvrant le visage enflé du garçon lorsque celui-ci passa à ses côtés.

Ils passèrent ensuite la porte d'entrée et Akashi découvrit l'endroit où Nijimura avait sûrement dû passer son enfance. Cette maison n'avait assurément rien à voir avec la sienne, c'était beaucoup plus petit et aucun domestique ne venait les accueillir, mais il y avait quelque chose de chaleureux. Il se sentit rapidement en confiance dans ce lieu où pourtant c'était la première fois où il mettait les pieds.

Leur mère travaillait encore au conservatoire, où elle donnait des cours, laissant ainsi les trois adolescents seuls dans la grande maison. Nijimura avait au préalable envoyé un message à Rin, l'informant qu'il repassait à son lieu de travail chercher ses affaires pour ensuite passer à la maison. De la sorte Rin en profita pour faire la visite à leur invité. Takeru se dirigea difficilement jusqu'à un tiroir de la cuisine, où il en retira une trousse de premier secours.

Sans tarder, Rin vint l'aider et s'assit à ses côtés pour lui prendre le rouleau de bandages des mains. Takeru essaya tant bien que mal de la faire partir, l'insultant parfois, mais la jeune fille ne l'écouta pas et proposa plutôt à Akashi de prendre aussi place autour de la table le temps qu'elle finisse de soigner son frère. Il se retrouva ainsi plus près de ce garçon dont les plaies avaient laissé des traces rougeoyantes sur son visage, de même pour les ecchymoses qui commençaient à entourer son œil droit. Akashi se retrouva étrangement intéressé par ces marques qui s'étalaient sur le visage de son homologue, qui pestait lorsque Rin désinfecta certaines plaies et qui agitait vigoureusement ses bras pour y échapper avant de tout de suite regretter son action. Cette scène lui paraissait étrangement familière, comme s'il avait déjà vécu cela.

Cependant, à cause de son regard insistant, Takeru finit par le dévisager.

« Où t'es allée chopper ce fils à papa ?

— Pardon ? Réagit aussitôt Akashi.

— Akashi-kun est l'enfant dont Shūzō s'occupait, révéla Rin après que leur mère le lui en ait parlé après avoir rencontré Akashi ce soir-là chez Nijimura. Il voulait le voir alors je l'ai ramené ici.

— Attends, ce crétin va venir à la maison !? »

Sans plus attendre, et tandis qu'Akashi ruminait encore l'insulte qui lui avait été faite, Takeru se redressa sans même laisser le temps à Rin de terminer son affaire. Il rangea rapidement les matériels utilisés pour ses soins et partit ranger la trousse de secours à sa place avant d'aller s'enfermer dans sa chambre. En entendant une porte se fermer brusquement, Rin affaissa ses épaules avant de plonger ses yeux dans ceux d'Akashi et força un sourire.

« Excuse le comportement de Takeru, s'il te plaît. » Lui demanda-t-elle tout en se penchant vers l'avant.

Généreusement, Akashi préféra oublier cet épisode et observa avec plus d'attention l'environnement qui l'entourait. Son humeur revint au beau fixe quand il réalisa pour de bon qu'il se trouvait dans la maison familiale des Nijimura, où son ancien manageur avait grandi et vécu avant de prendre son appartement actuel. Rapidement, Akashi vint à se tortiller sur sa chaise pour voir le maximum de choses et s'imaginer comment le Nijimura de l'époque interagissait avec ce qui l'entourait. Un discret sourire se forma dès lors sur ses lèvres, qui ne passa pas inaperçu puisque Rin finit par sourire à son tour avant de déposer son coude sur la table et prendre son visage en main, ouvrant par la suite la conversation.

« Tu avais quelque chose à demander à mon frère ? Demanda-t-elle gentiment.

— En quelque sorte, oui. »

Il vit ensuite la jeune fille froncer des sourcils, hésitant entre en savoir davantage ou en rester là. Un silence s'installa alors, Rin ayant fait son choix. Akashi la remercia intérieurement avant de jeter un coup d'œil vers la porte d'entrée, s'impatientant de la venue de Nijimura. Il avait tant de questions à poser au brun, concernant notamment cette photographie qu'il avait trouvé dans la pièce réservée aux souvenirs de sa mère. Selon leur majordome, son père et Nijimura lui cachaient des choses et Akashi avait la bonne intention d'en découvrir la raison.

Puis, la porte d'entrée s'ouvrit sur la personne tant attendue ; Nijimura se déchaussa avant d'aller poser au salon un sac plastique contenant médicaments et nécessaire médical tout en appelant sa soeur, les yeux clos et se frottant nonchalamment les cheveux. Ce ne fut qu'après avoir entendu la toux forcée de sa petite sœur qu'il ouvrit ses yeux et dirigea son attention vers la cuisine, manquant de décrocher sa mâchoire en apercevant la silhouette d'Akashi assis dans la cuisine familiale.

Nijimura cligna plusieurs fois des yeux, cherchant à briser d'une quelconque façon cette illusion optique qui se jouait à l'instant même. Comment Akashi Seijūrō pouvait-il se trouver dans son salon ? Ce n'était pas possible.

« Qu'est-ce que tu fiches ici ?

— Bonjour à toi aussi, Nijimura-san. »

Seulement cette fois-ci, Nijimura ne releva pas le pic de l'adolescent et se rapprocha plutôt de lui ainsi que de sa petite-sœur qui remarqua l'énervement de son frère. Même lorsqu'Haizaki arrivait à l'improviste chez eux, lorsque leur mère s'absentait, jamais il ne s'était montré aussi froid. Certes, des insultes étaient prononcées et des coups fusaient, mais finalement Haizaki trouvait toujours le moyen de rester chez eux, ou du moins Nijimura finissait toujours par céder.

Ce qui ne semblait pas être le cas envers Akashi qui, tout comme elle, ressentit la colère qui émanait de Nijimura. Ce dernier attendait impatiemment la réponse à sa question, chaque seconde qui s'écoulait dans le silence rendant l'atmosphère de plus en plus pesante. Rin observa son frère ainsi qu'Akashi, continuant de se regarder sans dire le moindre mot, s'entêtant l'un comme l'autre à ne pas plier le premier et perdre la bataille qui était en train de se livrer.

Akashi profita bien sûr de cet instant pour observer son homologue, dont le départ avait creusé un vide en lui. Peu de personnes composaient son quotidien, et encore moins étaient véritablement proche de lui ; avec lesquelles ils pouvaient avoir de véritables conversations et non pas savoir ce qu'il préférait manger à dîner. Au fur et à mesure des jours qui s'écoulaient, Nijimura était devenu son ami, l'extirpant un peu plus de sa solitude en l'emmenant avec lui pour visiter Tokyo et s'inquiétant ensuite de sa santé lorsqu'il avait succombé à de la fièvre, allant jusqu'à lui préparer du porridge.

A ce souvenir, Akashi étira finalement un sourire et ses lèvres s'entrouvrir pour formuler une réponse.

« Je suis venu ici pour manger du porridge, sourit-il en voyant la surprise recouvrir le visage de Nijimura.

— Excuse-moi !?

— Tu m'en avais préparé lorsque j'étais malade, mais à cause de la fièvre je n'avais pas senti le goût.

— Et alors ? Si tu en avais envie, tu n'avais qu'à demander à tes domestiques de…

— C'est toi qui m'as proposé de m'en refaire un. » Le coupa-t-il rapidement.

Nijimura marmonna une injure avant de prendre son front en main et de se gratter au même instant le cuir chevelu. Ce gamin finira vraiment par l'avoir à l'usure. Il se redressa cependant, observant d'un nouvel œil Akashi qui était visiblement fier de son coup, sachant parfaitement que le brun se souvenait de ses propres mots et qu'il ne pourrait donc se dérober aisément.

« Rin, va apporter ça à Takeru. Et toi, suis-moi. »

Tout en désignant la poche plastique à sa petite sœur, cette dernière ne tarda pas à monter les escaliers et rejoignit son autre frère. Elle laissa ainsi Akashi et Nijimura seuls, le rouquin suivant docilement son ancien manager sans se faire prier. Ils arrivèrent ainsi dans l'ancienne chambre du brun, qui alla s'asseoir négligemment sur son siège de bureau. A sa suite, Akashi referma doucement la porte derrière lui et à peine il se retourna que ses yeux dévorèrent la pièce qui se présenta à lui.

Bien que Nijimura ne devait plus être revenu entre ces murs depuis un certain temps, son odeur était encore restée et Akashi découvrit les différents posters de groupes musicaux accrochés un peu partout, tout comme les multiples magazines de sports qui remplissaient ses étagères. L'adolescent enregistra la moindre information, le moindre détail, non pas car cela l'aiderait à mieux cerner Nijimura, mais parce que c'était la première fois qu'il entrait dans la chambre d'une personne extérieur à sa famille. Ses yeux brillaient d'une curiosité qui surprit un instant Nijimura, qui fixa à quelques mètres de lui un garçon qui peinait à tenir en place.

« Tu peux fouiller si tu veux. » Lâcha-t-il tandis que le coin de ses lèvres s'étendit vers le haut.

A ces mots, les joues d'Akashi s'empourprèrent légèrement avant qu'il n'avance de quelques pas timides vers son étagère. Du bout des doigts il effleura l'arrête des ouvrages sportifs, les dévorants des yeux. Un peu plus loin, Nijimura le regarda faire sans dire le moindre mot. D'une certaine manière, ce garçon pouvait se révéler attendrissant et Nijimura parvenait à comprendre pourquoi il était à ce point choyé par les domestiques de son père. Akashi devait assurément l'ignorer, mais grâce à des brides de conversations entendues dans les couloirs ou de ses propres conversations tenues avec le majordome de la maison, Nijimura pouvait assurer qu'à sa façon, Akashi était chéri.

Ce ne fut qu'une fois que l'adolescent eut satisfait sa curiosité que Nijimura reprit leur conversation sur la réelle signification de la venue d'Akashi dans sa maison. Les yeux sanglant se tournèrent de ce fait dans sa direction, et alors qu'Akashi observa avec attention le visage du brun, il chercha au même instant à découvrir par lui-même ce que Nijimura et son père pouvaient bien lui cacher. Les deux hommes ne s'étaient jamais entendus et partageaient peu de points en communs, de sorte que le rouquin avait beaucoup de mal à savoir ce qui pouvait les relier l'un à l'autre.

« C'est quelque chose de grave pour que tu mettes autant de temps à me répondre ? Finit tout de même par s'inquiéter Nijimura, qui n'était pas habitué à un Akashi muet.

— Rien de grave ne m'est arrivé. Une personne m'a juste dit quelque chose qui m'a interpelé et depuis je ne me focalise plus que sur ça.

— Une personne est parvenue à ébranler sa Majesté ? »

Un petit rire emporta Nijimura lorsqu'Akashi lui jeta un regard noir. Ce surnom que lui avait attribué le brun lorsqu'il était encore son manager, Akashi ne l'avait bien sûr jamais apprécié. Il lui rappelait son statut social privilégié par rapport à une personne lambda. Cette appellation qui lui avait toujours hérissé le poil, creusant davantage cette distance qui le maintenait à l'écart des autres individus, de ces personnes qui pourraient devenir ses amis.

Certes, sa situation n'était absolument pas à plaindre : il avait tout sans jamais avoir eu besoin de suer corps et âme pour l'obtenir. Seulement, à travers cette splendide maison et ses couverts en argent, Akashi se savait seul. L'arrivée de Nijimura pour postuler en tant que manager, ces journées passées à ses côtés et leurs multiples disputes, pour ensuite en venir au départ de ce dernier, lui avait fait réaliser cela.

Ce vide qu'il avait jusqu'alors ressenti, allant jusqu'à l'empêcher de peindre, en était la réponse. Il avait l'impression douloureuse d'avoir perdu un ami.

Un ami qu'il ne connaissait finalement pas ; meurtrissant davantage son cœur fraîchement sorti de sa solitude.

« Pourquoi as-tu voulu être mon manager ? »

Sa question traversa ses lèvres au même rythme que ses pensées. Cette même question qui l'avait déjà traversé plusieurs fois, mais dont il n'avait pas réellement porté d'intérêt. Du moins jusqu'à aujourd'hui, et en vue de la stupeur qui se répandait sur le visage de son vis-à-vis, la réponse allait valoir son pesant d'or. Akashi vit alors Nijimura commencer à s'agiter nerveusement sur son siège, regardant ailleurs et se grattant sa nuque comme si l'adulte cherchait un moyen de s'extraire de cette conversation.

Nijimura pourrait pourtant lui sortir une réponse bateau qui passerait partout, mais il réagissait d'une manière surprenante. Akashi fronça alors ses sourcils, cherchant à comprendre la situation grâce à la gestuelle du brun.

Puis, subitement, Nijimura cessa de bouger et soupira longuement. Lorsque leurs regards se croisèrent une nouvelle fois, une lueur déterminée dans le regard acier de l'adulte se dévoila.

« Ta mère…

— Les enfants, je suis rentrée ! Cria la mère de la famille Nijimura, coupant aussitôt le brun dans ses aveux et faisant par la même occasion sursauter Akashi.

— Maman ! Shūzō est à la maison et Akashi est venu nous rendre visite. »

Du bruit se fit dans les escaliers, laissant deviner aux garçons que Rin rejoignait sa mère pour la tenir au courant. Nijimura ne tarda pas à soupirer, se relevant ensuite pour aller rejoindre les deux femmes dans le salon. Il ne savait pas si c'était une bonne chose que sa mère ait fait son arrivée à cet instant précis, après tout aurait-il été prêt à tout révéler à Akashi ? Son secret n'avait rien de bien glorieux et rien d'assez important pour le transmettre au rouquin. Sa mère avait été assez gentille pour recueillir un délinquant dans sa maison, le temps qu'il se rétablisse de ses blessures et son histoire s'arrêtait là.

Pourtant, une poigne ferme vint attraper son bras lorsqu'il passa à côté d'Akashi. Le visage jusqu'alors penché vers l'avant du jeune homme se redressa petit à petit, ses yeux rouges se plongeant avec une telle force dans les siens que Nijimura se sentit comme aspiré par une force inconnue. Un tel regard jeté vers sa personne lui coupa toute notion du temps, mais l'empêcha aussi de penser à quoi que ce soit. Il ne pouvait qu'admirer et se taire, remarquant néanmoins la souffrance déchirante logée dans les prunelles d'Akashi.

Bien sûr qu'aborder le sujet de Shiori était encore difficile, bien que la jeune femme soit partie depuis de nombreuses années. Akashi restait son seul enfant ; un enfant privé très tôt de sa mère et qui avait dû faire face à son absence.

Aucun mot ne sortit pourtant de la bouche du rouquin, mais sa main ne se desserra aucunement du bras de Nijimura. Il ne voulait pas le voir de nouveau fuir en s'éloignant de lui et ne jamais obtenir de réponse à ses questions. Son ancien manager ne pouvait pas ouvrir le sujet de sa mère et se volatiliser comme bon lui chantait, comme Haizaki l'avait souligné un peu plus tôt.

Cependant, Nijimura parvint tout de même par se défaire de l'emprise du plus jeune et descendit l'escalier. Il salua ainsi sa mère en s'obligeant à ne pas penser à Akashi resté seul dans sa chambre. Ses yeux s'agrandirent après avoir relevé son regard vers la porte de sa chambre, voyant l'adolescent en train de descendre à son tour.

« Oh ! Viens avec nous Akashi-kun, je vais préparer le thé. » L'invita sa mère.

Tout en allant rejoindre son interlocutrice, Akashi ne cessa pas un seul instant de fixer Nijimura avec insistance. Ce ne fut qu'après être au même niveau qu'eux que ses yeux se détournèrent de sa silhouette pour aller rejoindre sa mère et Rin qui s'était assisse autour de la table de la cuisine. Laissé derrière, Nijimura observa la scène et se rappela de ces moments passés en compagnie de Shiori où ils buvaient le thé tranquillement dans le jardin.

« Excuse-le, Nijimura-san. Il est très timide. »

La table dans le jardin avait été sortie et les domestiques se trouvaient à quelques mètres, regardant la scène se jouer devant eux avec un sourire attendrissant étiré sur leurs lèvres. Derrière les jambes de Shiori s'était cachée une personne aussi haute que trois pommes, agrippant fermement les pans de la jupe de sa mère tout en risquant de temps à autre des coups d'œil vers lui avant de précipitamment se cacher un peu plus.

Sa première rencontre avec Akashi avait été ce jour-là, le printemps s'installant doucement et la neige disparaissant au fur et à mesure pour être remplacée par les fleurs du jardin. Il se remettait peu à peu de ses blessures mais son visage et son corps avaient gardé certaines traces, quelques bandages et hématomes recouvraient encore sa peau. Rien de bien étonnant donc à que cet enfant ait eu peur de lui.

Un sourire mêlé de tristesse et de nostalgie s'étendit alors sur les lèvres de Nijimura, qui se rapprocha des trois autres et s'assit en face d'Akashi qui se remit à le regarder avec insistance. Ce regard assuré qui n'avait strictement rien à voir avec celui méfiant et terrorisé de leur première rencontre.

« Tu n'as pas à avoir peur de lui, mon Seijūrō. Nijimura-san est un ami et jamais il ne te fera le moindre mal. »

Comme pour rassuré son enfant, Shiori s'était agenouillée pour se retrouver à sa hauteur et avait délicatement caressé ses cheveux. Entre ses petites mains, comme pour toujours être relié à sa mère, l'enfant avait attrapé quelques-unes de ses mèches de cheveux et continua de jeter des coups d'œil vers ce garçon couvert de pansements. La timidité de ce petit garçon aurait pu toucher n'importe qui, cependant à cette époque Nijimura avait eu plus peur qu'autre chose. C'était si petit, si inoffensif, qu'il avait l'impression que si l'enfant de Shiori l'approchait de trop près, il le briserait d'une façon ou d'une autre.

L'unique enfant de Shiori, qui avait eu tant de mal à le mettre au monde à cause de sa santé fragile, ce petit être si précieux et si aimé que Nijimura avait ressenti de la jalousie envers cet amour pur et innocent dans lequel baignait cet enfant sans en avoir conscience. Ce cocon dans lequel il faisait ses premiers pas, loin de toute abomination, oui, il était jaloux de cela.

Et cette confiance que lui offrait Shiori, cette certitude qu'il n'atteindra pas à la vie ou à la pureté de son enfant… Il ne la méritait pas.

S'éloigner de lui. Le fuir le plus loin possible. Ne pas détruire la prunelle des yeux de Shiori.

Un bien nombre de fois Nijimura s'était répété ses mots, évitant le plus possible Akashi, jusqu'à ce jour où le médecin indiqua à la famille que Shiori n'en avait plus pour longtemps.

Alors que sa mère servait le thé et faisait la conversation avec Akashi et Rin, Nijimura se rappela du jour où Shiori les avait quittés. Cette toile blanche qui s'entachait devant l'injustice de la vie, le privant d'une mère alors qu'il n'avait rien commis méritant une telle punition. Ses frêles épaules qui avaient tremblé de toutes leurs forces, tout comme ses sanglots qui avaient déchiré sa voix et ravagé son corps de soubresauts.

« Nijimura-san prendra toujours soin de nous, n'est-ce pas ? »

Cette promesse innocente formulée par Shiori qui avait pourtant enchaîné Nijimura ; un sourire angélique, qui eut raison de son cœur ; ainsi qu'un petit garçon accaparé par un deuil insurmontable étaient, selon lui, une parfaite rédemption pour ses actes passés.